Quand le quotidien d’un jeune ado se résume à des parents qui se disputent tout le temps et du harcèlement scolaire, tout n’est pas rose. Jusqu’au jour où une jeune fille débarque dans sa vie. Ned Wenlock imagine cette tranche de vie dramatique dans Tsunami, un album fort aux éditions Pow Pow.
La vérité, rien que la vérité
Peter vit avec ses parents qui ne s’entendent plus vraiment. Plutôt bon élève, bon dessinateur, l’adolescent de 12 ans est assez solitaire. La faute à une grande timidité et une honnêteté de tous les instants. Il déteste mentir et dit toujours la vérité, au détriment d’une vie paisible et passe-partout.
Gus, de son côté, est le camarade de classe de Peter. Il habite avec ses deux frères, sa grand-mère et sa mère. Son père, il ne l’a plus vu depuis plusieurs années. L’adolescent n’aime pas spécialement l’école – même s’il n’est pas si bête que ça – et joue au gros dur. Il aime faire souffrir les autres et plus particulièrement Peter.

Vol, impair et passe
Gus frappe régulièrement Peter, comme ce matin, sans raison. Il l’humilie devant ses deux acolytes qui l’encouragent et rient.
En revenant de l’école, Peter aperçoit Gus et ses deux complices qui volent de la marchandises dans un camion. Le harceleur le poursuit sans le rattraper. C’était sans compter sur l’ingéniosité de Gus. Il fait croire à Mae, la grand-mère de Peter, qu’il vient jouer avec lui chez lui.
Encore une fois, il est frappé. Pire, l’adolescent pense que son persécuteur lui a volé un billet de 50$.

Charlie va-t-elle tout apaiser ?
Peter débarque alors chez Gus et lui demande de lui rendre l’argent. Ce qu’il fait par peur de représailles de sa mère.
Content de ce retournement de situation, l’adolescent apporte son billet à l’école mais un coup de vent l’emporte. Il tombe dans l’eau.
Et c’est sous les yeux de Charlie que se déroule cette scène. Charlie, c’est la nouvelle. Elle vient d’emménager avec son père dans cette petite ville néo-zélandaise. L’adolescente se lie d’amitié avec Peter, au point de l’aider dans ses relations musclées avec Gus…

Comme un tsunami de violence
De l’adolescence en bande dessinée, de nombreux auteurs en ont parlé. Et du harcèlement scolaire et des violences entre eux, fréquemment. C’est une thématique tellement prégnante aujourd’hui que les artistes s’en sont forcément emparés. Thimothé Le Boucher en a parlé dans Les vestiaires, comme Max de Radiguès dans le si puissant Orignal.
Ned Wenlock se glisse ainsi dans les pas de ses prédécesseurs pour aborder un sujet encore tabou. L’auteur britannique installé en Nouvelle-Zélande met ainsi en scène toute la noirceur, la violence et la brutalité des rapports entre jeunes garçons.
Cette violence sourde, qui s’amplifie au fil du temps pour se transformer en une vague, un tsunami que personne ne peut arrêter.

Personne à qui parler
Comme il est toujours difficile de parler à un adulte de ses problèmes, Peter cache tout à ses parents. Parents, qui ne peuvent pas s’en apercevoir, tant ils sont en dispute permanente entre eux.
Le schéma est souvent identique : un garçon ou une fille, sans histoire, timide harcelé par de grosses brutes. Ici, Peter coche toutes les cases. Et en plus, il a une propension à toujours dire la vérité, ce qui complique la tâche de Gus et ses potes tyranniques.
La victime espère juste pouvoir compter sur une autre personne pour en parler. Quelqu’un de son âge pour se confier. Ce sera Charlie pour Peter. Une adolescente qui veut faire de lui un mec badass qui pourra se défendre seul.

Les adultes aveugles à cette violence
Dans Tsunami, les adultes ne jouent vraiment pas leur rôle de protecteurs. Les parents de Peter sont présents physiquement mais absents de l’énorme problème de leur fils.
Les adultes ne voient pas, soit par méconnaissance, soit pas lâcheté. Ainsi, l’enseignante propose à Peter de ne rien dire, pour que cela se tasse. Elle n’interviendra jamais directement. C’est ce sentiment d’injustice que l’adolescent ressent, comme le lecteur d’ailleurs. Ce rapport à la justice, très important chez les enfants, est alors dévoyé.

Tsunami, un dessin redoutable
Ned Wenlock, dont c’est le premier album édité par Pow Pow, imagine ainsi cette histoire sombre et tragique. Un point de non retour jusqu’au drame ? La tension est palpable tout au long des 282 pages. Un engrenage lent et insidieux.
Le dessin du britannique est redoutablement efficace. Lisible et très ligne claire, il est au service de ce récit poignant. Ainsi, ses personnages prennent une forme de tube. Ils n’ont ni pieds, ni véritable cou. Le peu de décors permet de se centrer sur les relations entre les personnages, qui au final, sont très seuls malgré leur entourage. Quant au découpage, il est souvent composé de 6 ou 12 vignettes, pour que les protagonistes puissent s’exprimer.
Tsunami de Ned Wenlock est un récit fort et déstabilisant, au coeur du harcèlement scolaire. Un sujet important que la société ne prend pas encore assez à bras le corps.
- Tsunami a été récompensé du Best First Book Award des New Zealand Book Awards for Children & Young Adults.
- Tsunami
- Auteur : Ned Wenlock
- Traduction : Alexandre Fontaine Rousseau
- Éditeur : Pow Pow
- Prix : 27 €
- Pages : 282
- Parution : 12 septembre 2025
- ISBN : 9782925114413
Résumé de l’éditeur : Parfois, vaut mieux se taire que d’avoir raison. L’entêtement de Peter à toujours dire la vérité fait de lui la cible favorite des durs de l’école. Même la nouvelle – une fille cool qui semble vouloir devenir son amie – ne peut rien contre Gus et sa bande. Trop occupés à se chicaner sans cesse, les parents de Peter ne se rendent pas compte de ce qui se passe dans la vie de leur fils et, insidieusement, il se retrouve aspiré par une vague de fond. Avec Tsunami, Ned Wenlock fait le récit d’une adolescence aux leçons troubles en explorant avec justesse et cruauté les ambiguïtés morales de cet âge.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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