Un Norvégien vers Compostelle

Auteur Norvégien installé à Montpellier, Jason entreprend de parcourir le chemin des pèlerins de Compostelle. Il  décrit cet étonnant cheminement dans Un Norvégien vers Compostelle, un beau récit de voyage édité par Delcourt.

DE LA DIFFICULTÉ A COMMUNIQUER

John Ame Sæterøy dit Jason est un auteur de bande dessinée norvégien qui s’est installé à Montpellier depuis quelques années. Il est récompensé trois années de suite par un Eisner Award de la meilleure édition américaine d’une œuvre internationale pour Hemingway en 2007, Adolf Hitler en 2008 et Le dernier mousquetaire en 2009.

Dans Un Norvégien vers Compostelle, il décrit son parcours sur le chemin des pèlerins de Saint-Jean-Pied-de-Port à Finisterre. Ce long mois de marche est décliné comme un carnet de voyage journalier. L’on découvre que Jason a beaucoup de mal à communiquer avec les autres dans les premières pages. Il est à souligner que l’auteur est très timide et ne sait comment aborder les autres marcheurs.

CAFE CON LECHE, MENU DU PÈLERIN ET BUEN CAMINO

Sac sur le dos orné d’une coquille Saint-Jacques – afin de se reconnaître entre eux – il débute sa marche dans les Pyrénées. Son souci : trouver un gîte le soir pour dormir ainsi que de laver ses chaussettes et sous-vêtements.

Si ses pieds lui font mal – comme beaucoup de ses pairs marcheurs – il se réconforte en buvant des Cafe con leche ou des « menus du pèlerins » lors de ses haltes dans les villages traversés.

Il éprouve néanmoins toujours des difficultés à trouver les fameuses « flèches jaunes » qui balisent le parcours, surtout lorsqu’il débute ses journées alors que le soleil n’est pas encore levé.

UN NORVÉGIEN A COMPOSTELLE : BEAU VOYAGE INTROSPECTIF

Au fur et à mesure  de ses 32 jours de marche, Jason se rapproche des autres, discute, croise et recroise des pèlerins sur les routes. A grand renfort de « buen camino », il chemine physiquement mais aussi intérieurement. Il se pose des questions, lui le tout jeune quinquagénaire.

Il rencontre des marcheurs venus des 5 continents, leur but étant divers : religieux, spirituel ou sportif. Les dialogues avec eux sont parfois minimalistes – que quelques mots – parfois de vraies discussions longues. La barrière de la langue n’existe pas pour Jason lui qui parle anglais, norvégien ou français.

Il a le recul nécessaire pour livrer une histoire – qui parfois peut sembler répétitive mais il ne faut pas s’arrêter qu’à cela – parce qu’il nous décrit ses petits moments ou bonheurs simples, ses pensées structurées ou non (étonnantes aussi). Mâtiné d’un humour très subtil, Un Norvégien vers Compostelle fait souvent sourire son lectorat.

Sa partie graphique est toujours aussi forte : son dessin en noir et blanc ligne-claire lui permet de composer des planches rythmées en gaufrier de 4 vignettes. Les décors sont a minima pour laisser la part belle à ses personnages caractéristiques de son œuvre : des animaux anthropomorphiques sans expression de bouche et aux yeux vides.

L’histoire se termine sur Jason, les pieds dans la mer à Finisterre afin de les soulager, pensif et sans élan de fierté-folie, comme l’album : simple et introspectif.

Article posté le mardi 10 janvier 2017 par Damien Canteau

Un Norvégien vers Compostelle de Jason (Delcourt) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Un Norvégien vers Compostelle
  • Auteur : Jason
  • Éditeur : Delcourt, collection Shampooing
  • Prix : 15.50€
  • Parution : 11 janvier 2017

Résumé de l’éditeur : Le Chemin de Saint-Jacques est une ancienne route de pèlerinage de 800 km en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle. Des milliers de personnes la parcourent chaque année, aussi bien chrétiens que non-croyants. Jason a eu cinquante ans l’année dernière et il a décidé de la parcourir durant trente-deux jours. Le livre oscille entre introspection et tentatives timides pour parler aux autres. L’humour scandinave fait mouche.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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