Vieilles canailles, l’intégrale

Lors de leur publication en France, en 1995 aux éditions Vents d’Ouest, les Spaghetti Brothers, apparus en Argentine en 1992, avaient marqué les esprits. Et de quelle manière! Scénariste de génie, Carlos Trillo (Cibersix, Bang Bang, Je suis un vampire…), qui s’est éteint le 8 mai 2011 à Buenos Aires à l’âge de 68 ans, dressait là le portrait d’une famille de mafieux pas tout à fait comme les autres.

Car ces cinq frères et soeurs se détestent à merveille. Ils ont pourtant tous de « bonnes » situations: Amerigo le cruel parrain local, Tony le flic inflexible mais pas toujours courageux, Franck le curé moralisateur; et puis il y a les femmmes, la belle Caterina, star du cinéma muet, et Carmela mère de famille tueuse à gages. L’histoire des Centobucci constitue une grande fresque familiale italo-americaine durant la dépression des années 30. Leurs destins sont aussi emmêlés que les pâtes ayant donné leur nom à la série. Les Soprano avant l’heure en somme.

Cette savoureuse épopée, servie à merveille par le trait saisissant en noir et blanc de Domingo Mandrafina, alterne le tragi-comique sur fond de magouilles, meurtres, argent, liaisons et trahisons. C’est un sacré polar. Le rythme est haletant, l’humour noir et truculent. Un must.

A la fin des années 90, Carlos Trillo et Domingo Mandrafina avaient souhaité renouer avec leurs personnages. Ils leurs avaient fait faire un bond dans le temps pour les découvrir au crépuscule de leur vie pour un épilogue grandiose. Car si on retrouve Amerigo en maison de retraite et à l’article de sa mort, les Centobucchi ne se sont pas calmés pour autant. Sur fond de confidences à son neveu James, le fis de Carmela, scénariste à la télévision, le vieil homme sort des cadavres des placards et revient sur de grands moments de l’histoire de la famille, permettant d’éclaircir certaines zones d’ombres restantes chez les Spaghetti Brothers. Tony, Caterina et Carmela révèlent eux aussi quelques secrets de famille.

Les personnages ont vieilli mais le ton n’a pas pris une ride. Il reste un paquet de cadavres dans les placards et même si les réflexes des mafieux ne sont pas aussi bons que par le passé, cela fait quand même du dégât. Bref des Vieilles canailles, nom donné à cette série dérivée de l’originale. Deux albums avaient été publiés en 1999 par les éditions Albin Michel: L’Esprit de famille et L’Honneur des Centobucchi. Les éditions Vents d’Ouest les proposent en intégrale. Un incontournable à se procurer au plus vite pour un prix très abordable.

Article posté le mercredi 06 juillet 2011 par Nicolas Albert

  • Vieilles Canailles, intégrale
  • Dessin: Domingo Mandrafina.
  • Scénario: Carlos Trillo.
  • Editeur: Vents d’Ouest.
  • Prix: 19 €.
  • Sortie: 6 juillet 2011.

À propos de l'auteur de cet article

Nicolas Albert

Nicolas Albert

Nicolas Albert est journaliste à la Nouvelle République - Centre Presse à Poitiers. Auteur de plusieurs livres sur la bande dessinée (Atelier Sanzot, XIII 20 ans sans mémoire…) ou de documentaires video, il assure également différentes missions pour le festival international de la bande dessinée d'Angoulême : commissaire d’expositions (Atelier Sanzot, Capsule Cosmique, Boule et Bill, le Théâtre des merveilles, Les Légendaires…), metteur en scène des concerts de dessins, rédacteur en chef de la WebTV et membre du comité de sélection.

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