Wet Moon

Plusieurs meurtres sont commis dans une ville balnéaire. L’enquête est confiée à Sada, un jeune policier à la personnalité très trouble. C’est le propos de Wet Moon, magnifique polar en trois tomes signé Kaneko Atsushi et publié par les éditions Casterman.

MEURTRES SANGLANTS

Tatsumi, station balnéaire japonaise, 1966. Sata, jeune inspecteur poursuit en vain une jeune femme suspectée d’avoir tué son amant. Cette secrétaire lui a déjà échappé à deux reprises et il n’apprécie que modérément. Pour mettre toutes ses chances de son côté, il placarde des affiches de son portrait robot dans toute la ville. Il faut dire que le meurtrier n’y va pas avec le dos de la cuillère, démembrant ses victimes dans une macabre mise en scène.

TROUBLES ET VISIONS HALLUCINATOIRES

D’un seul coup, l’inspecteur de la criminelle s’effondre. Il se réveille un mois plus tard, à l’hôpital, une large cicatrice barrant son front. Un bout de fer serait encore logé dans son crâne, lui procurant de terribles mal de tête mais aussi des visions hallucinatoires où il se retrouve en face de la scène du Voyage dans la lune de Georges Méliès, datant de 1902. Pourquoi, il ne le sait pas vraiment. D’ailleurs, il ne se rappelle de rien et ses collègues mutiques sur le sujet, semblent jouer un drôle de jeu, à la limite de la conspiration.

UN UNIVERS INTRIGUANT

A mi-chemin des mondes de Charles Burns et David Lynch (Mulholland drive), le récit de Kaneko Atsushi est fascinant mais surtout très intriguant. Construit comme un thriller angoissant, il livre une ambiance des plus sombres et une atmosphère très lourde. Il faut dire que l’histoire est d’une grande densité, à la limite de perdre son lecteur dès les premières pages. Mais en s’accrochant, il découvre un scénario formidablement écrit et une intrigue captivante où les indices s’entremêle d’une façon magistrale.

Prévu en trois volumes, ce polar à l’ancienne, c’est-à-dire construit comme les maîtres du genre dans les années 50-60, peut néanmoins basculer dans l’étrange d’une page à l’autre. Le mangaka, auteur de Soil (Ankama), livre donc un récit haletant où l’enquête échappe à toute logique, entre illusions et hallucinations.

UN TRAIT SOUS INFLUENCE

Le trait de Kaneko Atsushi est un subtil mélange de plusieurs influences, à la fois proche de Charles Burns et de Paul Pope ; comme une sorte de condensé des comics underground américains. Sans aucun assistant pour l’aider dans sa tâche, le mangaka utilise à bon escient les grands aplats noirs et son découpage singulier donne toute sa force au récit. La mise en scène est magistrale et les planches, d’une grande force graphique.

Article posté le mercredi 08 janvier 2014 par Damien Canteau

  • Wet Moon, volume 1/3
  • Auteur  : Kaneko Atsushi
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 7.95€
  • Sortie : 08 janvier 2014

Résumé de l’éditeur : Japon, années 1960. Dans la moiteur d’une station balnéaire aux accents de Las Vegas, royaume des faux-semblants et de la corruption, le jeune et irréprochable inspecteur Sata enquête sur le meurtre d’un ingénieur. Lorsque ses pas le mènent sur le lieu de travail de la victime, une entreprise fabriquant des modules pour un mystérieux programme spatial, une secrétaire prend la fuite, attirant sur elle tous les soupçons. Alors que Sata la poursuit, il perd subitement connaissance. À son réveil, un éclat métallique est logé dans son crâne, provoquant des pertes de mémoire et des hallucinations. Pour Sata, qui brûle de découvrir ce qui lui est arrivé, la traque de la suspecte prend bientôt la forme d’une obsession amoureuse.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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