Catharsis

Luz, le dessinateur de Charlie Hedbo, raconte dans Catharsis les jours et les semaines qui ont suivi l’attentat du 7 janvier 2015.

PARCE QU’UN JOUR, LE DESSIN L’A QUITTÉ

Renald Luzier, dit Luz, né à Tours en 1972.Vingt ans plus tard, il signe ses premiers dessins à Charlie Hebdo. Plus tard encore, le matin du 7 janvier 2015, il échappe, suite à une panne d’oreiller parce que la veille il a un peu trop arrosé son anniversaire, à l’attaque terroriste contre Charlie hebdo par les frères Kouachi.

Le voilà depuis sous les feux de l’actualité, lui le survivant, l’ami de Charb et de Cabu, tombés sous les balles de la bêtise. Comment après un tel drame continuer à donner un sens à sa vie, à rire, aimer et créer ?

C’est à ces questions auxquelles Luz répond dans Catharsis, un album inclassable sorti le 21 mai chez Futuropolis. Pourtant, rien n’a été facile pour celui qui croyait avoir perdu toute envie de dessiner . «  Un jour, le dessin m’a quitté, a-t-il confié, le même jour  qu’ une poignée d’amis chers. A la différence qu’il est revenu, lui. Petit à petit… »

UN LIVRE THÉRAPEUTIQUE ?

En une centaine de pages, le petit bonhomme moustachu et rigolard livre ses cauchemars, ses traumatismes, ses doutes et sa vie d’après. Mais, se défend-il au gré des interview, « Catharsis n’est pas un témoignage, encore moins un ouvrage de bande dessinée « . Nous voilà bien avancés. Qu’est-ce que c’est alors ? Tournons-nous vers le dictionnaire. Une catharsis, nous apprend le Larousse, était chez les Grecs effet de « purification » produit sur les spectateurs par une représentation dramatique. C’est aussi, de nos jours «  toute méthode thérapeutique qui vise à obtenir une situation de crise émotionnelle telle que cette manifestation critique provoque une solution du problème que la crise met en scène « .

UN MESSAGE D’AMOUR

Ainsi donc, cet album qui débute sur une double page où une main dessine des centaines de petits bonshommes au regard halluciné serait en quelque sorte un  » livre médecine » qui soulage et fait du bien comme un bouillon chaud après une longue marche dans le froid. Cette catharsis tient à la fois du journal intime, du carnet de croquis et de la déclaration d’amour à sa femme, « souvent dessinée, tous les jours désirée, éternellement aimée « .

« Ma meilleure aide, confiait Luz récemment dans un entretien au Monde des Livres ( Cahier du 22 mai 2015 ) a été celle apportée par ma femme, qui est restée à mes côtés pour me reconstruire, et celle de ce compagnon, qui m’a toujours construit : le dessin . »

Aujourd’hui, Luz a retrouvé le chemin des crayonnés, des feutres et de l’encrage direct, des traits et des aplats. Il y a ajouté, comme il sait si bien le faire, une dose de cynisme, d’humour et de dérision, comme à travers ces saynètes qui campent les terroristes en train de danser ou de se chamailler, enfants…

Il y a peu, Luz a annoncé qu’il quitterait Charlie Hebdo à la rentrée. Il n’ y dessinera plus Nicolas Sarkozy et le prophète Mahomet. En route vers d’autres projets, comme par exemple une possible adaptation du merveilleux roman de Stephen King , Shining, Luz reviendra sans doute au dessin. Maintenant qu’ils se sont retrouvés…

 

Article posté le samedi 06 juin 2015 par Jean-Michel Gouin

Catharsis de Luz fait partie des coups de coeur des BD parues en 2015 pour Comixtrip, le site spécialisé en bande dessinée
  • Catharsis
  • Auteur: Luz
  • Editeur: Futuropolis
  • Prix: 14.50€
  • Parution: 21 mai 2015

Résumé de l’éditeur : Le 7 janvier 2015, le dessinateur Luz a perdu dans l’attentat commis à Charlie Hebdo, des amis, mais aussi l’envie de dessiner. Alors que la France s’est révélée «Charlie», Luz redevient auteur. Au début, il y a le drame, la douleur, la rage, la perte. Et puis, petit à petit, il y a le besoin de dessiner qui revient, l’envie non pas de témoigner, mais de se mettre à nu, de se libérer.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Jean-Michel Gouin

Passionné par l’écrit, notamment l’histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin est journaliste à Poitiers.

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