Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni

Considéré comme l’un des pères de l’égyptologie, Giambattista Belzoni fut le premier européen à entrer dans le Temple d’Abou Simbel et a même ouvert la pyramide de Kefren à Gizeh. Lucie Castel, Nicole Augereau et Grégory Jarry dévoilent le premier volume de Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni, étonnante biographie de cet explorateur atypique, aux éditions Flblb.

UN SALTIMBANQUE FÉRU D’HYDROLOGIE

Très grand homme (2m01) pour l’époque – le XIXe siècle – Giambattista Belzoni est un saltimbanque qui met à profit sa musculature (130 kg) pour effectuer des numéros. Surnommé le Samson de Patagonie, il rencontre Sarah, la femme-girafe, qui devient par la suite son épouse.

Féru d’hydrologie depuis tout petit, il se rêve en ingénieur construisant des moulins à eau. Lors d’une tournée en Espagne et au Portugal, il fait la connaissance d’un émissaire du pacha d’Egypte qui recherche activement des ingénieurs pour moderniser l’arrosage des champs du pays.

ÉGYPTE MON AMOUR

Accompagné de Sarah et de James – leur domestique – Belzoni embarque pour l’Ile de Malte en mai 1815. Là, sont délivrés les passeports pour rejoindre l’Egypte.

En attendant d’être reçu par le Pacha, le couple visite les pyramides de la Vallée des Rois près du Caire. Quelques jours plus tard, chez le gouverneur de la province, Giambattista déroule son argumentaire pour obtenir la construction de machines à eau. Grâce à son ingénieux procédé, un seul bœuf effectue le travail de 4 : un gain de temps énorme.

Mais malgré les différentes démonstrations sur place, le Pacha n’accepte pas et confie même le projet à un Anglais, le consul Henri Salt ! En contrepartie, ce dernier lui confie l’enlèvement d’un énorme buste de Ramsès II de plusieurs tonnes. Après des péripéties, le bloc peut voguer sur un navire en direction du British Museum de Londres. Dans le même temps, Belzoni commence le travail de désensablement du Temple d’Abou Simbel…

GIAMBATTISTA BELZONI : ÉTONNANT ÉGYPTOLOGUE

Solidement documenté, le premier voyage (sur 3) de Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni donne envie furieuse de partir pour sur les traces des Pharaons ! Accrocheur par la personnalité fantasque et déterminée du colosse, l’album titille aussi nos fantasmes de découvertes. Qui n’a pas eu envie un jour de devenir explorateur de terres inconnues ou de découvrir un trésor venu du fin fond des âges ? C’est aussi en cela que ce premier volet de cette saga historique plaît !

Il faut souligner que nous, Français, nous avons un lien particulier avec l’Egypte Antique (Jean-François Champollion qui pu déchiffrer les hiéroglyphes grâce à la Pierre de Rosette, mais aussi la Société Française d’Egyptologie), qui nous attire et nous fait rêver. Il faut voir comme des milliers de visiteurs viennent arpenter les salles du Louvre dédiées à cette longue période historique.

Pour valider les aspects et faits historiques du livre, les auteurs ont demandé à Philippe Mainterot, égyptologue, maître de conférences en histoire de l’art et archéologie à l’Université de Poitiers de le relire.

Le récit de Grégory Jarry restitue avec habileté l’ambiance de compétition entre Belzoni et Drovetti, consul de France en Egypte. Tous les deux rivalisent d’ingéniosité pour doubler ou ralentir la course à la découverte de l’autre. L’intelligence de l’histoire repose aussi sur une galerie de personnages haut-en-couleur, en premier lieu Giambattista, fougueux explorateur n’hésitant pas à jouer avec sa force physique et au verbe haut. Soulignons aussi le rôle important et essentiel de Sarah dont le carnet de bord émaille les planches par l’intermédiaire de Nicole Augereau. Il y a aussi James, le facétieux domestique mais aussi le Pacha ou le Cacheff. Tout cela apporte beaucoup d’humour au récit par la fantaisie de chacun d’entre eux.

DÉCORS AGRéMENTéS DE GRAVURES

En choisissant d’adapter le livre de Belzoni édité pour la première fois en français en 1821, il fallait aux trois auteurs être au plus près de la réalité historique en ce qui concerne le dessin.

Pour cela, Lucie Castel a agrémenté ses planches de gravures du XIXe siècle dont celle qui servit à l’ouvrage de Belzoni en 1820. Description de l’Egypte (Imprimerie impérial en 1809), Ramsès le grand ou l’Egypte il y a 3300 ans (Ferdinand de Lanoye, 1872) ou encore Un hiver en Egypte (Eugène Poitou, 1875), permettent à la dessinatrice de sublimer ses décors. L’autrice de Un corps (avec Philippe Vanderheyden) mélange ainsi ses personnages aux gravures de l’époque (comme peut le faire Philippe Geluck en détourant certaines). Son dessin en noir et blanc très lâché est d’une grande lisibilité. Elle apporte beaucoup de mouvement à son personnage de Belzoni comme le veut son côté fantasque. Il faut souligner que ce dernier aimait aussi beaucoup dessiner dans son journal de voyage (plus les personnalités qu’il rencontre que ses découvertes).

Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni est nommé en Sélection Officielle du Festival d’Angoulême : amplement mérité !

Article posté le mercredi 10 janvier 2018 par Damien Canteau

Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni 1 de Lucie Castel, Nicole Augereau et Grégory Jarry (Flblb) décrypté par Comixtrip
  • Voyages en Egypte et en Nubie de Giambattista Belzoni, Premier voyage
  • Scénaristes : Nicole Augereau et Grégory Jarry
  • Dessinatrice : Lucie Castel
  • Éditeur : Flblb
  • Parution : 16 novembre 2017
  • Prix : 20€
  • ISBN : 9782357611351

Résumé de l’album : En 1815, Giambattista Belzoni, sa femme Sarah et leur domestique James débarquent en Égypte pour présenter une machine qui révolutionnerait l’arrosage en bordure du Nil. Mais le Pacha refuse de la financer et Belzoni échoue chez le consul d’Angleterre, qui le missionne pour ramener au British Museum un gigantesque buste de Ramsès II – défi déjà relevé, sans succès, par le consul de France.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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