Dans son roman graphique Une voix pour la liberté, l’autrice Bahareh Akrami évoque le combat et le parcours du jeune rappeur iranien, Toomaj Salehi, symbole de la contestation contre le régime des Mollahs.

Le prix de la liberté
En Iran comme partout où les droits fondamentaux de l’humain sont foulés aux pieds, la liberté a un prix. Exorbitant. Souvent. Dans ce pays meurtri par les guerres et les pouvoirs autoritaires, où chanter, danser, s’exprimer, être maître de son corps signifie parfois risquer sa vie, celles et ceux qui le font sont héroïques. Alors ils deviennent des icônes, des porte-parole, des symboles pour toute une génération…
C’est l’un d’eux, le jeune rappeur iranien Toomaj Salehi, que la scénariste et dessinatrice Bahareh Akrami a choisi de mettre en avant dans son roman graphique « Une voix pour la liberté « , publiée en ce printemps par les éditions Delcourt, en collaboration avec Amnesty International.

En Iran le bonheur est un crime
Depuis l’instauration de la république islamique en 1979, l’Iran a connu bien des soubresauts, entre guerre contre les « ennemis » de l’extérieur et ceux de l’intérieur, contre tous celles et ceux qui demandaient plus de libertés et de droits.
Ces toutes dernières années, la répression envers ces derniers s’est fortement accrue. Le pays aura connu bien des manifestations, durement réprimées. (On estime ainsi qu’au long de la seule année 2025, 1300 personnes auraient été exécutées ! )

Les femmes en tête de la contestation
En 2022, suite à l’arrestation d’une jeune femme par la police au motif que son voile était mal mis, apparaît le mouvement » Femme Vie Liberté « , qui fait souffler sur le pays un vent de contestation de grande ampleur, déclenchant dans la foulée une vague d’arrestations massives, de tortures, d’aveux forcés et d’exécutions décrétée par le guide suprême Ali Khamenei.
Face à cette répression sanglante, la résistance est toujours là. La jeunesse veut continuer à se faire entendre. Les voix dissidentes s’organisent. Au cours de concerts clandestins, dans des studios improvisés, sur les réseaux sociaux, elles parviennent parfois à franchir les frontières.
Toomaj Salehi, avec son rap contestataire, porte le micro dans la plaie… Dans ses textes engagés, il dénonce la crise économique, la corruption des élites, parle sans détours de la répression des minorités…

Un témoignage pour ne pas oublier
D’origine iranienne, née à Ispahan, Bahareh Akrami qui réside aujourd’hui en France, a fui avec ses parents le régime des ayatollahs. C’est nourrie de son histoire familiale qu’elle raconte son pays dans des chroniques illustrées. Une manière de poursuivre un combat que le rappeur continue encore à l’intérieur, malgré plusieurs emprisonnements, arrestations et tortures.
Dans un dessin noir et blanc efficace, sans fioritures, Bahareh Akrami convoque la force du témoignage, se faisant le relais des luttes de ses compatriotes restés au pays.
Aussi bien sur les réseaux sociaux que sur le blog de Mediapart, la jeune femme poursuit ce travail pour que nul n’oublie ce qui se passe là-bas. Un témoignage d’autant plus nécessaire, à l’heure où la guerre Iran-Etats-Unis enfonce peut-être encore plus le rêve de liberté d’un peuple en grande souffrance .
- Une voix pour la liberté (Toomaj Salehi, un rappeur iranien en résistance)
- Scénario et dessin : Bahareh Akrami
- Editeur : Delcourt
- Prix : 17, 50 €
- Parution : avril 2026
- Nombre de pages : 108
- ISBN : 9782413086055
Résumé de l’éditeur. Le rappeur iranien Toomaj Salehi, figure emblématique de la jeunesse, de la liberté, de la prise parole anti-régime, a été emprisonné en 2022. Torturé, Toomaj est finalement libéré en 2024, puis de nouveau arrêté en 2025. L’autrice d’origine iranienne Bahareh Akrami retrace de manière singulière le combat de Toomaj pour la liberté. Elle dépeint avec émotion et humour, avec colère et espoir, la trajectoire d’un immense artiste qui se lève pour faire face au régime autoritaire, à travers la bataille culturelle qui se joue dans le pays. Un récit qui met en relief, l’esprit de révolte de toute une jeunesse iranienne, le tout ponctué d’extraits de ses textes engagés.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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