Quelques gouttes de complot, une bonne dose d’aventure, une pincée d’amour, un soupçon de sorcellerie et le tout saupoudré de dessins d’exception. Tels sont les ingrédients d’Avila, une histoire envoûtante proposée par Teresa Radice et Stefano Turconi aux éditions Glénat dans la collection Treize étrange.
Avila, la pícara.
En 1642, dans le royaume de France, si vous tendez l’oreille, vous pourrez entendre une bien étrange histoire. Il se dit qu’une jeune fille diabolique erre dans les bois. Elle prépare des breuvages empoisonnés, hurlant à la lune et discutant avec les ombres. Les âmes rationnelles n’en croient pas un mot. Et elles n’ont pas tort. Pour autant, ont-elles totalement raison ? Rien n’est moins sûr… Car ceux qui connaissent Avila savent bien pourquoi elle a mêlé son destin au démon Astor. Entre traque et complot, la jeune fille agit pour la meilleure des raisons : retrouver sa mère.

Sous le règne de l’Éminence rouge.
La nouvelle collaboration de Teresa Radice et Stefano Turconi nous emmène au XVIIème siècle. Une époque où le cardinal Richelieu, dirigeant d’une main de fer le royaume de France, ne parvient plus à compter ses ennemis. Les deux artistes reproduisent avec beaucoup de minutie ce contexte historique, faisant même du cardinal vieillissant un personnage fondamental de l’intrigue. Ainsi, tous les attendus du genre seront bien présents pour le plus grand plaisir des amateurs de récits de cape et d’épée. Voleurs des grands chemins, mousquetaires, geôles sordides et autres complots seront bien de la partie. Mais aussi intéressants soient-ils, ces éléments ne constituent que le second plan d’une intrigue mêlant humanité et sorcellerie.

Avila, le Faust d’Alexandre Dumas.
Et c’est précisément ce qui fait tout le sel de cette magnifique aventure. Sans jamais s’en cacher, Teresa Radice introduit une touche parfaitement bien dosée de sorcellerie. Et elle en fait même un véritable ressort scénaristique. Ainsi, cet élément enrichit la personnalité de la protagoniste, la rendant paradoxalement à la fois plus forte et plus fragile. Et il faut bien le dire, la magie opère. En effet, on se prend immédiatement d’affection pour la jeune héroïne. Ainsi, on suit avec avidité ses aventures dans un univers fait d’une savante alliance d’historique et de fantastique. Désireuse de nourrir son récit, elle l’enrichit de références artistiques parfaitement bien trouvées, allant de Goethe à Milton, en passant par Molière et Ortiz. Mais pour toucher au but, cette folia scénaristique avait besoin d’un dessinateur au diapason. Et c’est là que Stefano Turconi intervient, faisant preuve de toutes ses qualités.

La Sarabande de Turconi.
Et c’est peu dire que l’artiste impressionne. On connaissait son talent pour retranscrire les expressions des personnages (Violette autour du monde) et pour construire ses planches avec un dynamisme saisissant (Le Port des Marins Perdus). Et c’est toujours un domaine dans lequel il excelle. Mais dans Avila, il brille aussi par une colorisation aquarellée qui sublime ses planches, apportant nuance et finesse. Et dans une harmonie parfaite avec le scénario, il va jusqu’à s’inspirer des grands maîtres de l’époque pour construire ses planches, coloriser les scènes, ou même représenter certains personnages. Tour à tour, on voit apparaître les clins d’œil à Vermeer, Rembrandt, de la Tour ou encore le Caravage. Dans le même ordre d’idées, on ne peut qu’être fasciné par la représentation minutieuse des lieux comme Paris ou Saint-Cirq-Lapopie et des personnages historiques, comme Louis XIII ou Richelieu. Et le moindre détail est réfléchi afin de créer un véritable spectacle aux airs baroques. En témoigne d’ailleurs une scène exceptionnelle bercée par un air de Diego Ortiz, dont la partition apparaît dans la construction de la planche, et joué par un joueur de viole de gambe ayant les traits de Jordi Savall.

- Avila
- Scénario : Teresa Radice
- Dessins et couleur : Stefano Turconi
- Éditeur : Glénat / Treize étrange
- Prix : 25 €
- Parution : 15 avril 2026
- Nombre de pages : 192
- ISBN : 9782344065044
Résumé de l’éditeur : Une grande aventure de cape et de sorcellerie ! Dans la France du XVIIe siècle où plane l’ombre machiavélique de Richelieu, Avila, jeune orpheline déploie pour qui veut ses talents d’herboriste hérités de sa mère. Convaincue de sorcellerie, elle doit prendre la fuite avec à ses trousses le terrible Trébuchet ; chasseur de primes et âme damnée du cardinal. Mais si Avila n’est pas une sorcière, quel pacte a-t-elle scellé qui lui permet de parler à Astor, son ombre maléfique ou de communiquer avec les animaux de la forêt ?Va-t-elle périr de la main de Richelieu ou cherche-t-on à la faire taire comme sa mère mystérieusement disparue pour étouffer un complot qui la dépasse ?Dans sa recherche de vérité, Avila va courir de son Périgord natal jusqu’à la capitale, aidée par le jeune Thimothée, voleur de son état, et le mystérieux comte de Langeac qui, lui aussi, a quelques comptes à régler avec le cardinal ! Parsemé de clins d’oeil historiques et artistiques (Molière, Dumas, Vermeer…), Avila, sous couvert d’une aventure aux multiples rebondissements, est une quête initiatique sur l’identité, la transmission, la justice et la valeur du langage. Certainement l’ouvrage le plus magistral du couple Teresa Radice & Stefano Turconi depuis Le Port des marins perdus !
À propos de l'auteur de cet article
Victor Benelbaz
Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.
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