Les têtards

Premiers actes indépendants, premiers émois et quête d’identité sont au cœur de l’album Les têtards, petit bijou graphique de Pascal Matthey aux éditions L’employé du moi.

UNE VIE CALME ET APAISÉE

Un jeune pré-adolescent vit avec ses deux parents et son frère aîné. Entre les vacances à la montagne (ski, construction d’igloo) et leur vie dans leur appartement de ville, le petit garçon grandit dans une ambiance positive et apaisée.

Un jour, le long d’un chemin les deux frères découvrent des œufs de grenouilles. Ils en prélèvent quelques dizaines dans une poche plastique et les ramènent chez eux. Dans un bac, le garçon peut observer leur transformation en têtards…

GRANDIR COMME LES TÊTARDS

Album sans la moindre parole, Les têtards subjugue et charme de suite le lecteur. Le récit simple imaginé par Pascal Matthey met en scène l’évolution d’un garçon d’une petite dizaine d’années. Pour cela, il puise dans sa propre vie et son enfance quelques éléments signifiants.

Le processus narratif de grande valeur et intelligent de l’auteur genevois consiste à faire une parallèle subtil entre la croissance des têtards et celle du petit garçon.

Si rapidement les futures grenouilles sont rejetées dans la nature, le héros poursuit son développement. Il se confronte aux aléas de la vie : les premiers émois amoureux, la nature qui l’entoure ou la religion.

L’auteur de Pascal est enfoncé (L’employé du moi, 2007), propose un album doux, optimiste, joyeux et positif, sans une once de négativité et c’est cela qui plaît : la chaleur de la vie. Il magnifie les petits riens de l’existence, sorte de préambule aux albums de Max de Radiguès (L’âge dur, Un été en apnée…).

UN DESSIN DÉLICIEUX

Puisque Les têtards est un album muet, il doit réaliser une partie graphique forte et très simple pour une excellente compréhension de son lectorat. Pascal Matthey réussit ce tour de force. A l’image de son histoire, son dessin en noir et blanc est sensible et chaleureux.

Son découpage est d’une belle inventivité, par un gaufrier de six cases sur toutes les planches. Plus fort encore souvent l’élément d’une case induit celui d’une autre (exemple : des rondins de coupés induisent le cercle d’un panier de basket, le pelage de la girafe celui du zèbre qui induisent les écailles d’un serpent…).

Comme il le souligne dans la postface, l’auteur de Le verre de lait (L’employé du moi, 2004) glisse des illustrations marquées années 80, de l’imagerie populaire de cette décennies (jouets, jeux, disques, logos, dessins animés comme Les crados, des billes, une main collante, un dodo, La danse des canards…) et convie le lecteur – il a amplement raison – à (re)lire Le dragon de Hong-Kong, album de la série Yoko Tsuno signée Roger Leloup, qu’il affectionne.

Les têtards : petit bijou graphique sur la construction de la personnalité. A découvrir avec délectation !

Article posté le jeudi 17 novembre 2016 par Damien Canteau

Les têtards est un joli album de Pascal Matthey (L'employé du moi) décrypté par Comxitrip le site BD de référence
  • Les têtards
  • Auteur : Pascal Matthey
  • Editeur : L’employé du moi
  • Prix : 14€
  • Parution : 08 novembre 2016

Résumé de l’éditeur : Les têtards est un récit divisé en cinq parties et se compose d’un ensemble d’anecdotes, rassemblées par ordre chronologique, qui raconte la vie d’un garçon d’une dizaine d’années, ponctuée de petits drames anodins dont l’accumulation nourrit la construction dela personnalité. Ces micro-événements tissent un réseau de symboles qui accompagnent la perception du cycle de la vie et l’éveil de la sexualité. Parmi eux, la croissance de têtards, qui permet d’évoquer la sexualité et donne son titre au livre. L’approche narrative est minimale et se passe de texte, mais ce récit de basse intensité est néanmoins traversé, sous la surface, par les troubles à venir de l’adolescence. Les Têtards est un projet d’inspiration autobiographique qui fait suite aux deux précédents ouvrages de l’auteur publiés à l’employé du Moi, Le verre de lait (2004) et Pascal est enfoncé (2007). Les Têtards traite quant à lui de la découverte du cycle de la vie du point de vue d’un pré-adolescent, de l’apparition des premiers actes indépendants, de la cruauté, de la moralité, et des premiers signes de troubles amoureux. Ce quatrième livre à l’employé du Moi confirme la cohérence plastique et narrative de Pascal Matthey, qui bâtit depuis le début de sa carrière d’auteur une oeuvre fine dans son écriture, délicate dans son dessin, riche dans sa signification.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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