Tout ce qui meurt et agonise, Tate Brombal, Jacob Phillips

Le zombie est-il un genre éculé qui ne peut plus nous surprendre ? Avec Tout ce qui meurt & agonise (publié chez Urban Comics), Tate Brombal et Jacob Phillips nous démontrent qu’il y a une vie créative après Walking Dead. Ce n’est pas un jumpscare, mais ça fait plaisir quand même.

Tout ce qui meurt & agonise : la petite zombie dans la prairieTout ce qui meurt & agonise Urban Comics

Jack et Luke vivent dans une maison au milieu des champs, dans une petite ville typique de la campagne états-unienne. Jack est fermier, Luke s’occupe de la maison et de leur petite fille, Daisy. La vie n’était pas simple, mais elle suivait son cours. Jusqu’à ce qu’une étrange maladie contamine les humains, les fasse mourir et revenir à la vie. Jack est immunisé, Luke et Daisy non. Que faire ? Les détruire ? Les quitter ? Non, Jack a préféré rester vivre avec eux.

Une dose d’originalité bienvenue

Oui, le thème du zombie a été largement traité, en bande dessinée comme dans les autres médias de divertissement. Mais ici, le scénariste Tate Brombal a trouvé un petit pas de côté qui change tout. Ses zombies ne sont absolument pas agressifs. Ils sont affamés, certes, mais une fois nourris, ils se comportent normalement. C’est-à-dire qu’ils poursuivent leurs habitudes de vivants, comme des personnes désorientées. Leur mémoire musculaire les anime désormais et ils reproduisent sans cesse les mêmes comportements.

Cette idée permet au scénariste de faire tenir son concept de vivant parmi les morts. C’est un point de vue rarement proposé mais qui permet d’apporter un peu plus de calme à la vie sous apocalypse zombie. Ce n’est pas qu’il n’y a plus de danger, mais les zombies de Brombal sont régis par des règles qu’il est possible de comprendre et d’utiliser, pour les vivants. Alors pourquoi pas, après tout.

Tout ce qui meurt & agonise est construit sur la perte de repères

Tout ce qui meurt & agonise page 5Tate Brombal et Jacob Phillips ont choisi de construire leur récit de manière plus complexe que la moyenne. Pour ce faire, ils s’appuient sur le découpage, la mise en couleur et le graphisme.

Ils déstabilisent le lecteur en brouillant la frontière entre réalité et fantasme, entre passé et présent. Le passé et le fantasme sont traités de manière très solaire. Le présent et la réalité, le sont de manière extrêmement sombre et détériorée. C’est au lectorat de faire la part des choses, de comprendre les clés de lecture qui lui sont données.

Les trames narratives sont imbriquées, la narration cherche à nous perdre, mais finalement, sans jamais nuire à la compréhension du récit. Le travail entre le dessinateur et le scénariste est donc tout particulièrement à noter sur cet album. Il fallait une véritable coopération pour faire advenir et réussir cette ambition narrative.

Le dessin réaliste et la BD de zombie

Autre pertinence narrative de la présence de Jacob Phillips au dessin : le réalisme. Son trait est simple, il ne cherche pas à faire dans l’esbroufe. Il fait dans le ressemblant. Il veille notamment à ce que les émotions des personnages soient parfaitement lisibles. Comme Charlie Adlard dans Walking Dead, Phillips apporte ainsi une plus grande connexion émotionnelle entre les lecteurs et les personnages.

Ce monde, on y croit. Il pourrait être le nôtre. Ces personnages pourraient être nos voisins. Ce qu’ils vivent, nous le ressentons d’autant plus fort.

Il est secondé par le travail de mise en couleur en aplat de Pip Martin, qui se voit offrir de grandes zones sans ombre. Il peut apporter sa propre touche au récit, à ses atmosphères. Son travail du rouge pour les chaires sanguinolentes est à noter tout particulièrement. Il crée souvent le malaise.

Le zombie est toujours une histoire socialeTout ce qui meurt & agonise page 19

Tate Brombal n’est pas de la génération Georges Romero, mais il a pourtant bien digéré le code essentiel du genre zombie : porter un regard sur la société. Donc derrière les gerbes de sang et les morsures à pleines dents, la scénariste apporte là encore un regard différent.

Il est ici question de coming out et de famille homoparentale dans les petites villes états-uniennes. Jack et Luke ne vivent pas dans des questions idéales mais ils peuvent vivre leur amour et leur vie de famille dans de bonnes conditions. Brombal vient donc rappeler qu’il n’est pas obligatoire pour un redneck d’être intolérant. Dans l’époque de tensions que vivent les États-Unis, c’est un message qui fait du bien.

Tout ce qui meurt & agonise : le zombie a encore de beaux restes

Tate Brombal et Jacob Phillips livrent une œuvre à part, réellement personnelle, dans un récit de genre. Une histoire de résilience individuelle et collective, une ode à la vie, derrière une imagerie macabre. Tout ce qui meurt et agonise constitue une des bonnes surprises de la rentrée qui saura plaire à un très large public, au-delà des fans de comic book.

Article posté le mercredi 26 août 2026 par Yaneck Chareyre

Tout ce qui meurt & agonise Urban Comics
  • Tout ce qui meurt et agonise
  • Scénariste : Tate Brombal
  • Dessinateur : Jacob Phillips
  • Coloriste : Pip Martin
  • Traducteur : Maxime le Dain
  • Éditeur USA : Image Comics
  • Éditeur France : Urban Comics
  • Nombre de pages : 176
  • Prix : 21€50
  • ISBN : 9791026856405
  • Date de publication : 28 août 2026

Résumé éditeur : Jack Chandler est le dernier survivant d’une effroyable apocalypse zombie qui a bouleversé le monde. Mais plutôt que d’éliminer les morts-vivants ou de fuir pour sa vie, Jack a choisi de continuer de vivre au sein de sa communauté agricole rurale – en particulier auprès de son mari et sa fille adoptive, eux-mêmes contaminés. Mais lorsque des chasseurs de zombies débarquent en ville avec la ferme intention de la purifier, Jack devient soudainement le seul obstacle entre les membres de sa famille… et ceux qui espèrent les tuer une bonne fois pour toutes.

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

En savoir