Vous aimez les lions ? Vous trouvez les gazelles sublimes ? Les suricates, trop drôles ? Mais que pensez-vous des hyènes ? Rien ? Avec leur sale trogne et leur forme voûtée, elles font peur. Mais comment les hyènes vivent-elles cette apparence hideuse ? Dolores Alcatena offre une cosmogonie des hyènes dans Les folles, publiées aux éditions Ilatina.
Les folles, ou l’apologie des âmes tordues
Dans la savane, les lions et les lionnes tiennent le haut de la chaîne alimentaire. Loin sous eux, se tiennent les charognards, dont les hyènes. Biscornues, avec un sourire ignoble et un rire malaisant, elles sont détestées de tous les animaux. Et d’ailleurs, elles se désignent elles-mêmes sous le surnom des folles. Namomo est une jeune hyène. Cette nuit, elle doit veiller, car les folles sont parties à la guerre contre les lions. Et la mère de Namomo est parmi elles.
Ilatina, explorateurs d’un autre continent de la bande dessinée
Avant de parler de l’album lui-même, quelques mots de rappel sur Ilatina, dont nous vous proposions un autre album en début d’année, La ville. Ce petit éditeur du sud-ouest, porté par un duo frère-sœur, Thomas Dassance et Claire Miremont, publie exclusivement de la bande dessinée produite en Amérique du Sud. Ils publient des grands noms, mais aussi des artistes inconnus, dont ils se font les promoteurs en France. C’est ainsi le cas avec Dolores Alcatena, l’autrice des Folles. Inconnue en France ne veut pas pour autant dire inintéressante.
Les folles, un point de vue inattendu
Quand on pense avoir tout lu en bande dessinée, autrices et auteurs arrivent encore à nous surprendre. C’est le cas avec Dolores Alcatena et ses folles. Aurait-on pu imaginer vouloir lire une histoire de hyènes ? Sans doute pas. Et pourtant, l’autrice argentine nous donne envie d’en lire plus, page après page. Oui, nous voulons mieux connaître les hyènes !
Pour cela, elle imagine une culture, une Histoire, des rites, à cette espèce animale. À partir des études éthologiques (comportement des animaux), l’autrice compose une cosmogonie. Oui, elle crée une hyène ancestrale, tenante d’une place importante dans la nature, aux côtés des autres animaux. C’est la première partie de l’histoire racontée dans les folles. L’explication de la façon dont les hyènes seraient passées de chasseuses à charognardes.
Beaucoup d’humanité dans ces animaux
Mais parler de mythes ne serait pas suffisant pour cueillir lectrices et lecteurs. Alcatena rajoute donc une seconde strate de scénario. La vie de deux jeunes hyènes, Namomo et son amie. Namomo ne se sent pas à sa place, elle ne comprend pas comment être une folle. L’autrice travaille le récit avec attention. Pourtant, les métaphores potentielles sont évidentes.
Sans jamais perdre son point de vue unique, l’autrice raconte deux histoires. Découvrir ce monde animal inconnu est passionnant. Ses enjeux sont forts, Namomo est écrite de manière touchante. Au-delà, on projette toute notre humanité sur le personnage. On imagine une adolescente qui tente de trouver sa place dans la société humaine. On imagine toutes les personnes mal adaptées au système commun, les gens a-normaux. Et on transpose aisément leurs difficultés à trouver une place dans notre monde.
La métaphore est là, mais elle est discrète. Elle en est d’autant plus frappante. Ce qui démontre une réelle compétence d’écriture pour l’artiste.
Les folles performances graphiques de Dolores Alcatena
Si vous aimez les propositions graphiques instinctives, étranges, pleines de failles autant que de forces, vous allez aimer découvrir Les folles et leur autrice.
On l’imagine travailler à la plume pour sculpter ses planches à l’encre noire. Elle est de ces artistes chez lesquels le vide, le blanc, compte autant que le plein, le noir. En Argentine, la tradition est ancienne et Hugo Pratt n’est pas le moindre de ses incarnations. Alcatena ne joue pas la même partition. Encore que, on pourrait retrouver une méthode plus instinctive, que Pratt développa sur la fin de sa carrière, avec Les Helvétiques, notamment.
Tout n’est pas pleinement maîtrisé dans les partis pris graphiques de l’Argentine.
Son trait l’est, lui. C’est une artiste qui maîtrise les fondamentaux du dessin. Mais c’est le travail de sculpture à l’encre, qui est plus lâché. On la sent tenter des épaisseurs différentes, des intensités différentes. Elle cherche en permanence à suggérer plutôt qu’à montrer fidèlement. Le trait est réaliste, les scènes ne le sont pas. Il y a quelque chose d’onirique dans les choix qu’elle fait. Ce qui tombe bien, puisque l’on est dans un conte animalier…
Les folles, un rattrapage à faire d’urgence
La rentrée littéraire BD sera bien remplie, nous le savons toutes et tous. Pourtant, nous vous invitons à regarder encore un peu en arrière. 2026 garde des pépites cachées dans ses parutions de début d’année. Les folles, de Dolores Alcatena, chez Ilatina, en fait partie. Chez votre libraire, comme en commande directe chez l’éditeur, vous avez une belle lecture à rattraper.
- Titre : Les folles
- Autrice : Dolores Alcatena
- Traducteur : Thomas Dassance
- Éditeur France : Ilatina
- Date de publication : 12 février 2026
- Nombre de pages : 288
- Prix : 24,00€
- ISBN : 9782491042479
Résumé éditeur : Nous sommes des hyènes. Nous sommes fières d’être des hyènes. Nous nous aimons. Pourtant, le monde nous méprise, car nous avons l’affront impardonnable… d’être laides. » Les Folles, c’est l’anti Roi Lion ! Une histoire qui nous transporte dans le monde des hyènes où nous suivons la vie de l’une d’entre elles, de son enfance à sa vieillesse. De combats en errances, Les Folles nous emmène dans une aventure pleine de légendes et qui s’ouvre à plusieurs niveaux de lecture !
