Le dessinateur italien Sergio Varbella et la professeure de littérature Valentina Grande publient chez Pictavita « La ville dont il ne reste rien », un thriller psychologique étonnant qui questionne la mémoire et la collaboration après la Seconde Guerre mondiale.
Un employé modèle
Fritz est un jeune homme méticuleux et solitaire. A Vienne dans les années 1950, ce modeste employé de bureau partage sa vie entre un travail ennuyeux et la confection d’une maquette. Il s’attache à reconstituer le village de Vlastrod, son village natal rasé durant la Seconde Guerre mondiale par les allemands.
Ainsi débute La ville dont il ne reste rien, un thriller psychologique imaginé par la scénariste italienne Valentina Grande et illustré par Sergio Varbella pour l’éditeur Pictavita (l’ancienne Boîte à Bulles).

Histoire d’un massacre
Histoire et fiction jalonnent ces 168 pages couleur de ce bel album. Les auteurs se sont en partie inspirés d’un épisode particulièrement tragique de la seconde guerre, la tragédie de Lidice.
Ce village tchèque des environs de Prague avait été entièrement rasé par les nazis en représailles à l’attentat fomenté par la Résistance contre le SS Heydrich en 1942.
Vlastrod (nom imaginaire) a donc subi le même sort. Fritz croit en être le seul survivant. Jusqu’au jour où apparaît dans sa vie une certaine Nora. Comme lui, elle a survécu au drame. Mais les deux ne réagissent pas de la même façon.
Quand le jeune homme culpabilise de ne pas avoir partagé le même sort les siens, la jeune femme ne souhaite pas évoquer ce passé douloureux… Il fait revivre sous la forme d’une maquette le village disparu pour ne pas oublier, elle ne veut pas se souvenir.

Plusieurs temporalités
Le récit développé par les auteurs italiens est à tiroirs. Plusieurs temporalités se succèdent, voire se chevauchent à la façon d’un thriller psychologique, d’une enquête dans les tréfonds de la mémoire. Il y est question de trahison, de collaboration, de déni, d’oubli.
Porté par une élégante ligne claire, un dessin semi-réaliste et un découpage serré, cet album embarque le lecteur dans un questionnement multiple : Ne sommes-nous que le produit de notre histoire ? Quelle attitude adopter face aux drames qui nous traversent ? Vaut-il mieux oublier pour survivre aux drames ? Quelle place accordons-nous à la mémoire quand celle-ci nous semble trop lourde ?

Un duo qui fonctionne
Sergio Varbella fait preuve d’une belle maîtrise graphique. Son dessin semi-réaliste façon ligne claire recompose avec bonheur les décors de la capitale autrichienne des années d’après-guerre.
Sa scénariste Valentina Grande , par ailleurs professeure de littérature (On lui doit notamment un intéressant roman graphique sur l’écrivain Salinger) pose un récit rigoureux sans alourdir la lecture avec une certaine économie de dialogues. Une réussite.
- La ville dont il ne reste rien
- Scénariste : Valentina Grande
- Dessinateur : Sergio Varbella
- Editeur : Pictavita
- Prix : 25 €
- Parution : Juin 2026
- ISBN : 9782849535615
Résumé de l’éditeur : Un thriller psychologique questionnant la mémoire et la collaboration au lendemain de la seconde guerre mondiale… Vienne, 1950. Fritz mène une vie morne est solitaire qu’il occupe entre son travail d’employé de bureau et la confection de la maquette de Vlastrod, son village natale, rasé durant la guerre, en représailles à des actions de résistance. Seul survivant, Fritz s’est donc donné pour mission de faire perdurer la mémoire du village à travers sa version miniature… et de découvrir ce qui a pu rendre une telle catastrophe possible. Mais bientôt, la découverte d’une autre survivante va ébranler les certitudes du jeune homme… Avec Dont il ne reste rien, Valentina Grande (Les Nageuses de minuit, Bauhaus…) et Sergio Varbella (Bauhaus) livrent un thriller psychologique haletant et déroutant inspiré du massacre du village de Lidice durant la Seconde Guerre mondiale.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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