Ensemble, on aboie en silence

Le duo de RIP, celui qui a accompagné nos rentrées littéraires pendant six années, s’est à nouveau reformé. Gaet’s au scénario et Julien Monier au dessin et à la couleur ont adapté le roman de Gringe, publié chez Harper Collins et Wagram en septembre 2020.

Sorti le 21 août chez Dupuis, Ensemble, on aboie en silence nous fait entrer dans l’univers de deux frères, dont l’un est atteint de schizophrénie. Une histoire de famille réaliste et touchante.

Ensemble on aboie en silence - Gringe - Harper Collins

Une couverture qui interpelle au premier regard

Comment, dès la prise en main de cet album, ne pas être intrigués par cette couverture à la fois énigmatique, mais également très explicite, surtout quand on connaît la thématique abordée dans le récit.
Deux hommes assis côte à côte sur un muret au pied d’un immeuble. Celui de gauche regarde celui de droite qui semble perdu dans ses songes.

Ensemble, on aboie en silence - Gaet's et Julien Monier - DupuisDans le reflet d’une flaque d’eau, on aperçoit par symétrie axiale ces deux mêmes garçons, alors qu’ils étaient enfants. Là, ils se regardent. Ils semblent même communiquer uniquement grâce à leur regard. Que s’est-il bien passé pour que l’on ressente dorénavant ce manque de communication entre eux, trois décennies plus tard ? Et que l’on entrevoie qu’un mur invisible ait pu être érigé entre eux deux, ou plutôt autour de l’un des deux protagonistes. Mais lequel et surtout pourquoi ?

Une thématique très forte, la schizophrénie

Parler de maladie mentale est extrêmement compliqué, quel que soit le support choisi. Les soignants, les intéressés et les concernés sont ceux qui en parlent le mieux parce qu’ils évoluent à l’intérieur de ce trouble psychotique, ou bien en périphérie. C’est le cas de Guillaume Tranchant  puisque son frère cadet, Thibault a été diagnostiqué comme étant schizophrène.

Ensemble, on aboie en silence - Gaet's et Julien Monier - Dupuis

Pour expliquer cette pathologie, celui qui est plus connu sous le pseudonyme de Gringe a pris sa plume et matérialisé, depuis l’intérieur de leur vie de famille, comment on évolue aux côtés d’un malade qui est atteint de schizophrénie. Son roman éponyme, tout comme cette bande dessinée, font ainsi place à beaucoup de souvenirs. Mais surtout ce récit nous révèle une réalité implacable qui permet de mieux comprendre, la difficulté de la prise en charge de cette maladie, pour le malade, et pour ses proches.

Un univers poétique …

Quel étonnement, alors qu’on ouvre cet album, de découvrir aussitôt deux vers de L’Invitation au voyage de Charles Baudelaire : « Ici, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté ». Dans le poème, le vers commence par Là, mais l’intention de l’auteur était de nous placer dans un état où le désordre ne semble pas avoir sa place. Nous sommes alors aussitôt plongés dans un univers sous-marin dans lequel le bruit et les interférences de l’extérieur ne sont plus là pour déranger Thibault.

Ensemble, on aboie en silence - Gaet's et Julien Monier - Dupuis

La réalité reprend très rapidement le dessus, puisque le lecteur découvre une scène qui n’est pas sans évoquer visuellement la série Bloqués ! Vous n’êtes pas sans ignorer l’émission sur Canal Plus dans laquelle Gringe et Orelsan refaisaient le monde, leur monde et surtout leur vie, depuis le canapé de leur appartement. Mais cette fois-ci, c’est Gringe, ou plutôt Guillaume le frère et non le rappeur ou acteur, qui échange avec son frère Thibault, deux ans plus jeune que lui. Et ensemble, ils aboient en silence.

Ensemble, on aboie en silence - Gaet's et Julien Monier - Dupuis

Pour parler d’une maladie somme toute méconnue !

Mais surtout, Guillaume va nous parler de son frère. Parce que Thibault n’est pas un petit frère tout à fait comme les autres. C’est d’ailleurs pour cela que ce frère aîné va devenir un chevalier lumière pour celui-ci. Et essayer de s’en occuper du mieux qu’il peut, même si l’épée d’un chevalier ne lui suffit pas pour combattre cette maladie, ô combien difficile à appréhender et comprendre.

Ensemble, on aboie en silence - Gaet's et Julien Monier - Dupuis

Quel bouleversement pour les membres d’une famille quand une pathologie telle que la schizophrénie s’invite sans prévenir dans la vie de l’un d’entre eux ! La différence et l’incompréhension, quand on ne sait pas pourquoi un comportement échappe à toute rationalité. Puis la révélation et la méconnaissance, quand on apprend l’existence de cette pathologie, sur laquelle se greffent beaucoup d’a priori infondés. Enfin la connaissance et le vivre avec, quand on est aidés et que l’on ne se sent plus seuls. Un parcours de toute une vie pour le malade, et pour ses proches et aidants.

Adapter graphiquement pour toucher autrement

Pour cet autre vecteur qu’est la bande dessinée, Guillaume Tranchant a donc choisi de faire confiance à Gaet’s et Julien Monier. Appréciant leur travail sur RIP, le duo de Fan Man (Petit à Petit) a donc eu les coudées franches pour réaliser cette adaptation graphique du roman originel.

Ensemble, on aboie en silence - Gaet's et Julien Monier - Dupuis

Gaet’s s’est donc emparé du récit du roman pour construire un scénario qui chronologiquement nous permet de découvrir comment ces deux frères ont réussi à évoluer, mais surtout ont continué à échanger. Alors qu’un mur invisible séparait Thibault des autres et de ceux qui lui sont proches. Le récit est sensible, mais sans jamais sombrer dans la sensiblerie. Il fallait donc beaucoup de tact, mais surtout du réalisme et de l’empathie pour nous montrer la réalité d’une vie happée par cette pathologie.

Un graphisme inattendu

Avec Julien Monier, nous avons été habitués, au fil des années, à retrouver des gueules parfaites pour l’emploi, comme celles de Derrick, Eugène, Ahmed et Maurice ; Albert et Fanette pouvant échapper à ce catalogage. Le trait est là, bien présent et reconnaissable, mais le dessinateur a insufflé une affection certaine envers ses personnages. La caricature a laissé place à un réalisme, parfois emprunt de douceur, parfois emporté par la violence.

Ensemble, on aboie en silence - Gaet's et Julien Monier - Dupuis

C’est également à travers des tableaux de peintres connus comme Van Gogh, Kandinsky, Hokusai, Cocteau et Picasso que Julien Monier ponctue la relation qui unit ces deux enfants, puis ces deux adolescents et enfin ces deux adultes. Deux hommes dont l’un deux est atteint par une maladie psychiatrique, la schizophrénie. Deux hommes dont l’autre parle, assurément, avec beaucoup d’amour et de réalisme.

Avec Ensemble, on aboie en silence sorti chez Dupuis, Gaet’s et Julien Monier nous prouvent qu’on pouvait encore compter sur eux en cette rentrée 2026. De bien belle, mais surtout inattendue manière.

 

Ne pas hurler, l’adaptation en téléfilm du roman Ensemble, on aboie en silence a été réalisée par Shirley Monsarrat, d’après un scénario de Maxime Cormier et Guillaume Scaillet. Le tournage a eu lieu en avril 2026 pour une date de diffusion sur France Télévision qui n’est, pour l’instant, non encore connue.

Article posté le mardi 01 septembre 2026 par Claire Karius

Ensemble, on aboie en silence - Gaet's et Julien Monier - Dupuis
  • Ensemble, on aboie en silence
  • Scénariste : Gaet’s
  • Dessinateur et coloriste : Julien Monier
  • D’après le roman de : Gringe
  • Éditeur : Dupuis
  • Collection : Grand Public
  • Prix : 20,00€
  • Parution : 21 août 2026
  • Nombre de pages : 144 pages
  • ISBN :9782808505796

Résumé de l’éditeur : Ils sont deux frères, Guillaume l’aîné et Thibault le cadet. Guillaume est le rageur, Thibault le candide. En 2001, Thibault est diagnostiqué schizophrène. À cela, son grand frère, son protecteur de toujours, ne peut rien. Voilà le point de départ de cette histoire hors du commun, une histoire de famille qui aurait pu tourner à la tragédie mais qui se transforme en voyage de découverte de l’un et de l’autre. Une sorte de virée initiatique qui invite les deux garçons à forger d’autres liens, hors des conventions, au travers d’une fraternité forte et de l’acception de l’autre et de ses différences. Cette bascule, Guillaume devait la raconter, avec la complicité de Thibault. Et aussi la culpabilité, les traitements, la honte, les visions, l’amour, les voyages, les rires, la musique et l’espoir. Alors Thibault a accepté de livrer ses folles histoires. Et ses voix qui l’habitent se sont unies à celle de son frère. Contre une maladie qui renferme tous les maux, les clichés, les fardeaux, ils ont livré bataille. À partir d’une tragédie universelle, ils ont composé un livre où douleur et mélancolie côtoient la plus vibrante tendresse. Et finalement, celui qui doit protéger l’autre n’est pas forcément celui auquel on pense. Une lettre d’amour bouleversante du rappeur Gringe à son frère cadet atteint de schizophrénie, mise en images par Gaët’s et Julien Monier, le tandem d’auteurs de la série à succès RIP.

À propos de l'auteur de cet article

Claire Karius

Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement !

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