Le dessinateur de Drancy

Avec Le dessinateur de Drancy, Hervé Duphot propose une adaptation fidèle du Journal d’un interné, de Georges  Horan-Koiransky, devenu un témoignage de référence sur la vie du camp de Drancy.

Un matin de juillet

A l’aube du 11 juillet 1942, des policiers frappent à la porte de la famille Koiransky. Depuis quelques temps déjà, le régime de Vichy a mis en place ses premières lois antijuives, multipliant rafles et arrestations arbitraires. Georges Koiransky, 48 ans, un dessinateur industriel d’origine russe, est arrêté.

Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Naturalisé français en 1925 après sa mobilisation au sein de l’armée de l’air durant la Grande guerre. Il s’interroge, lui qui a engagé une requête de reconnaissance de non-juif auprès de la police et qui a épousé une aryenne, Hélène.

Découverte du camp

L’histoire qui nous est contée ici est vraie de bout en bout. C’est celle qu’a vécu de 1942 à 1943 celui qu’on surnommera Le dessinateur de Drancy. C’est aussi le titre de l’adaptation dessinée par Hervé Duphot pour Delcourt. Un album édité avec le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. 

Comme bon nombre de ses semblables, hommes, femmes, vieillards et bientôt enfants retenus dans ces immeubles sinistres aux portes de Paris (ils seront 80000 dont 63000 déportés) il reste hébété devant tant de misère et de détresse humaine.

Dessiner pour survivre

Déjouant avec l’aide de ses congénères la surveillance de gendarmes français pourtant zélés, Georges Koiransky se fera bientôt un nom dans le camp. Reconnu pour ses talents de portraitiste, il croque les moments de vie du camp.

Une fois libéré, il écrira un journal d’internement qui sera publié peu après la Libération. S’il se plaint parfois de n’être plus qu’un observateur, « un œil enregistreur », il fera tout néanmoins pour sauver son témoignage.

Un témoignage graphique unique

Tout au long de ces 144 pages essentiellement dessinées en noir et blanc, le lecteur d’aujourd’hui est plongé dans la chronique d’un quotidien terrible. Dans le camp, ancienne cité de la Muette , la peur est palpable, entre trafics minables pour survivre et solidarités improbables.

A ceux qui aujourd’hui encore mettent en doute ou voudraient justifier tout ou partie de la politique du régime de Vichy, ce témoignage graphique unique a aussi force de preuve.

Le dessin d’Hervé Duphot, de facture classique, va droit au but. Un trait simple et efficace. Quelques reproductions des estampes et dessins originaux de Georges Koiransky ajoutent à la force du propos. Nombreux ont été et sont encore les albums qui nous racontent les années d’occupation et la vie des camps.

Mais ce dessinateur de Drancy fait partie des plus forts. Validée avec les ayant-droits de l’auteur et l’historien Benoît Pouvreau qui signe la postface de ce livre, cette adaptation fidèle du journal de Georges Koiransky nous rappelle opportunément au devoir de mémoire.

Article posté le dimanche 30 août 2026 par Jean-Michel Gouin

Le dessinateur de Drancy - Journal de Georges Horan-Koiransky - 1942-1943 de Hervé Duphot (éditions Delcourt)
  • Le dessinateur de Drancy – Journal de Georges Horan-Koiransky – 1942-1943
  • Scénario et dessin : Hervé Duphot
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 19, 50 €
  • Parution : septembre 2026
  • ISBN : 9782413088318

Résumé de l’éditeur : De 1942 à 1943, Georges Koiransky est interné au camp de Drancy. Il réalise des croquis pour saisir sur le vif la vie du camp et des internés et tient un journal. Adaptée de ses écrits, cette BD est un témoignage sincère et poignant de l’internement.

Juillet 1942. Arrêté parce que juif, Georges Koiransky est interné à Drancy, camp de transit administré par Vichy. Il y observe la faim, la violence et les déportations. Malgré les risques encourus, il consigne tout par le dessin, seul remède contre l’enfermement et la peur. Ses croquis, ses écrits, récupérés clandestinement par sa femme, deviennent un témoignage unique sur la vie des internés.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

En savoir