Panthers in the hole

Notre avis : En février 2016, Albert Woodfox fut enfin libéré des geôles américaines après avoir passé 44 ans de sa vie enfermé. Pour célébrer cette événement, les éditions La Boîte à Bulles rééditent Panthers in the hole, un album de Bruno et David Cénou, paru initialement en 2014.

En 2014, cela faisait donc 42 ans que Albert Woodfox et Herman Wallace étaient placés en isolement dans la prison américaine d’Angola. Cette incarcération arbitraire est contée dans Panthers in the hole. Les 3 d’Angola n’en n’étaient pas au même stade à cette date.

Robert King a été relaché en 2001 mais lui aussi a subi les mêmes humiliations que ses camarades encore enfermés. Il a passé son enfance à la Nouvelle-Orléans dans les années 40. Issu d’une famille pauvre, ayant des difficultés pour se nourrir, il sera pris, malgré lui, dans une première histoire le menant en prison en 1961. Voulant venir en aide à un homme ivre, ses amis et lui-même sont arrêtés injustement par des policiers blancs. Ces derniers n’ayant pas de suspect dans une de leurs affaires, en fabriquent un de toute pièce en arrêtant de jeunes noirs. L’homme et les témoins étaient complices pour « nettoyer les archives » policières.

Robert sera libéré sur parole en 1965. Cette incarcération sera la première d’une longue série, passant la majeure partie de sa vie en prison. Marié et futur père, il est de nouveau en prison jusqu’en 1969. L’année suivante, les policiers trouvèrent, comme par magie, l’arme qui servit à un vol à main armée dans la maison du jeune noir. Il fut encore accusé et atterrit de nouveau dans la prison d’Angola.

Herman Wallace et ses complices attaquèrent la National Bank of Commerce. Pour 60 000 dollars, ils furent condamnés à 50 ans de travaux forcés. Après une cavale de 3 ans à Pensacola, il fut incarcéré à Angola. Là, il y rencontrera un premier groupe de Black Panthers, dont la conscience politique les menaient à prendre les armes contre l’oppresseur blanc.

Albert Woodfox s’évada d’une prison de Thibodaux mais il fut rattrapé. Lors de son procès, il faussa compagnie à ses geôliers. A Harlem, il commença à tracter pour les Black Panthers. C’est à cause de cette orientation politique qu’il sera arrêté et jeté en prison.

En 1972, lors d’une émeute à la prison, un gardien de 23 ans, Brent Miller fut poignardé sauvagement. 4 suspects furent condamnés sans preuve…

Le récit bouleversant de Bruno Cenou, dont c’est le premier scénario, met admirablement en scène la vie des 3 détenus les plus célèbres d’Angola. Utilisant Robert King comme narrateur, il permet au lecteur de bien ressentir les émotions du prisonnier. Choisissant cette histoire extraordinaire, tel un polar, l’auteur livre la vérité de l’homme libéré en 2001. Pourtant le dossier semblera avoir été monté de toutes pièces et fondé sur des témoignages fantaisistes. Le jury composé uniquement de blancs condamna alors facilement les 3 pour le meurtre du jeune maton. Sans preuve, l’enquête ne sera abandonnée qu’à la libération de King. Wallace, Woodfox et King seront placés en isolement uniquement pour leur militantisme en prison. En effet, Burl Cain, le directeur passera outre la décision de justice dans ce domaine.

Si King est libéré en 2001, il faudra attendre 2013 pour que Wallace sorte, uniquement pour raisons médicales. Trois jours après sa libération, il meurt des suites d’un cancer du foie. Woodfox, quant à lui, a été libéré il y a un an. Malgré un comité de soutien important et la voix de Teenie Rodgers, la veuve du gardien de prison, les reconnaissant innocents, il en resta toujours en prison plus longtemps que ses deux camarades. Cet album fait donc œuvre de plaidoyer pour faire reconnaître l’innocence des 3 d’Angola. Le trait en noir et blanc teinté de gris, de David Cenou est parfaitement juste pour décrire le quotidien d’enfermement des personnages principaux. L’auteur du sublime Mirador tête de mort et de Un juste rend leur condition un peu plus humaine.

Un dossier préparé par Amnesty International est adossé à la fin de l’album afin de comprendre au mieux cette affaire.

Article posté le samedi 08 juillet 2017 par Damien Canteau

Panthers in the hole de Bruno et David Cénou (La Boite à Bulles) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Panthers in the hole
  • Scénariste : Bruno Cénou
  • Dessinateur : David Cénou
  • Editeur : La Boîte à Bulles, collection Contre-Coeur
  • Prix : 17€
  • Parution : 28 juin 2017
  • IBAN : 9782849532850

Résumé de l’éditeur : Activistes et membres des Black Panthers, Robert Hillary King, Albert Woodfox et Herman Wallace se sont engagés pour la défense des droits humains au sein même de leur centre de détention, en Louisiane. Ils furent tous les trois placés à l’isolement en 1972 après avoir été – a priori – injustement accusés du meurtre d’un gardien ; le plus « chanceux » des trois, Robert King a été libéré en 2001. Herman Wallace aura, lui, peu profité de sa liberté puisqu’il est décédé le 4 octobre 2013, soit 3 jours à peine après sa remise en liberté. Albert Woodfox, après plusieurs révisions de son procès, a enfin été libéré, le 19 février 2016 après 43 années passées à l’isolement.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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