Patria

Créée sous la dictature franquiste, ETA se transforma par la suite en organisation terroriste contre les différents gouvernements espagnols. Toni Fejzula adapte Patria, le roman de Fernando Aramburu, une plongée dans la radicalité de ce mouvement.

ETA ou plus exactement Euskadi Ta Askatasuna, ce qui signifie « Pays basque et liberté » en langue basque. Qui ne connait pas cette organisation indépendantiste qui a déposé les armes en 2011 après une période d’activité de plus de 50 ans ?

Fondée en 1959 pour résister à la dictature mise en place par le général Franco, elle est devenue progressivement une organisation terroriste luttant avec un fanatisme politique pour l’indépendance du Pays basque « Euskal Herria ».

Leur moyen d’action, la violence perpétrée à travers l’Espagne et le Pays basque. À son actif l’ETA comptabilisera plus de 800 morts, des mutilés, des enlèvements et de nombreuses extorsions de fonds.

Voilà comment des familles entières ont été brisées par la haine et le nationalisme. Patria est un roman graphique librement adapté du roman éponyme fleuve (728 pages) de Fernando Aramburu. Il relate la séparation qui s’est instaurée entre deux familles, celles de deux femmes Bittori et Mirren, auparavant amies avant que la violence ne les brouille.

2011, les hostilités ont cessé, un armistice est instauré entre l’Espagne et l’organisation, qui arrête définitivement la lutte armée. Bittori décide donc de rentrer au village, là où son mari Txato a été assassiné pour avoir refusé de payer l’impôt révolutionnaire à l’ETA.

Accueillie froidement par Mirren, dont le fils Joxe Mari se trouve en prison pour avoir perpétré des attentats, Bittori n’a qu’une seule idée en tête, découvrir qui a tiré à bout portant sur son mari.

Patria : plongée au coeur de la lutte armée

Patria, c’est une incroyable plongée dans un univers rongé par la violence, le crime, la peur que nous fait vivre cet album sous forme d’un récit chorale à travers les interactions de neuf narrateurs chacun matérialisé par une couleur de bulle afin de se repérer plus aisément dans le récit.
Une mise en page et des dessins des plus originaux complètent ce très intéressant album.

J’ai été touchée et marquée par cette dure lecture de Patria, une plongée dans la réalité d’une Histoire meurtrière qui n’a pas encore fini de panser ses plaies.

  • Patria
  • Auteur : Toni Fejzula, d’après le roman de Fernando Aramburu
  • Editeur : Ankama
  • Prix : 26,90 €
  • Parution : 05 mars 2021
  • ISBN : 9791033512738

Résumé de l’éditeur : 2011 : L’ETA dépose les armes. Un armistice inédit qui bouleversera le destin d’une Espagne divisée par la haine et le nationalisme. Au coeur de ce conflit, deux familles, deux femmes : Bittori et Miren, amies d’enfance séparées par le terrorisme ; l’une est la femme d’un « assassiné », l’autre la mère d’un terroriste. 2011 résonne différemment chez elles. Deux points de vue, deux destinées… Librement adapté du best-seller de Fernand Arambaru, ce roman graphique bouleverse par la portée de ses textes et la force de son trait et de ses couleurs taillés dans le vif de la violence terroriste.

Nouvelles du dernier étage

Claire Le Men dévoile Nouvelles du dernier étage, un album mettant en scène des personnes ayant des mécanismes psychiques dysfonctionnels. Un bel album édité par Le Seuil.

Jeannette, Marianne, Antonin, Paul, Ulysse, tous souffrent, selon les termes médicaux, de mécanismes psychiques « dysfonctionnels ». Paul, ne voit la vie qu’à travers ses listes. Jeannette ne pense qu’aux madeleines, Marianne qu’à ses rendez-vous amoureux…

Une chronique c’est un rituel :
1 – Regarder la BD
2 –  Choisir de la lire
3 –  Tourner les pages
4 –  Se demander si on souhaite en parler et choisir
5 – Ouvrir un doc pour poser les mots
6 –  Écrire
7 – Corriger
8 – Prendre les photos
9 – Chercher les informations et mettre en page
Je crois que je m’appelle Paul

Claire Le Men nous parle de ces « folies » ou de ces « troubles » avec de la poésie et avec une pointe d’humour. Nous lecteurs, nous lisons ces histoires, chapitre après chapitre, toujours avec le même rythme, la même avidité. Nous découvrons la couverture que nous regardons avec attention, puis nous lisons l’avant-propos, les pages une à une toujours dans le même ordre de gauche à droite et de haut en bas. Nous nous délectons de cette habitude, de cette régularité et des « fous » qu’elle nous livre en pâture. (Je dois aussi m’appeler Marianne). Cette lecture vous donnera le sourire sans pour autant se moquer. On se reconnaîtra sous certains traits, certaines habitudes et c’est vraiment la force de l’approche choisie par l’autrice de Le Syndrome de l’imposteur, parcours d’une interne en psychiatrie.

Claire Le Men, aborde des « folies douces » et des madeleines (mais pas de Proust) avec justesse, empathie et même avec un regard presque « amoureux » sur ces personnages. J’ai pris beaucoup de plaisir à les suivre, les connaître, les comprendre pour moi aussi mieux les aimer.

  • Nouvelles du dernier étage
  • Autrice : Claire Le Men
  • Editeur : Seuil
  • Prix : 17,90 €
  • Parution : 11 mars 2021
  • ISBN : 9782021435658

Résumé de l’éditeur : Jeannette et ses madeleines, Marianne et ses rêveries amoureuses, Antonin et sa mère toute-puissante, Paul et ses listes… : chacune des histoires courtes réunies dans ce roman graphique met en scène une personne souffrant de mécanismes psychiques « dysfonctionnels », comme disent les psychiatres. Mais l’humour et le dessin de Claire Le Men racontent plutôt des histoires de folie douce, suggérant que « folie » ou « troubles » pourraient être acceptés comme de simples déviations, des mondes ou des fictions parallèles, vivant sur une logique singulière.
La subversion, discrète mais sûre, et l’originalité de son regard dégagent les troubles de ses personnages de toute volonté de guérir ou de corriger, amenant l’idée que la guérison peut passer par d’autres voies que celles de la médecine… C’est parfois un peu inquiétant, grinçant, toujours drôle, et d’une intelligence pleine d’empathie et de poésie.

Nos corps alchimiques

Après les merveilleux Oklahoma Boy, Bjorn le morphir, Vénéneuse, La tour des anges et Les filles de Salem, Thomas Gilbert livre Nos corps alchimiques, des personnages qui se sont aimés et déchirés.

Elle c’est Sarah, l’air et l’eau.
Lui c’est Aniss, le feu et la terre.
Elle/lui c’est Camille le lien entre les deux.
Ils se sont aimés à la limite de la destruction puis Camille est partie loin.

Dix ans après, Camille les convoque en Italie. Malgré la douleur, la peur, la rage, ils accourent pour le/la retrouver. Mais pourquoi ? Pourquoi est-ce que Camille les convoque ? Pourquoi viennent-ils ? Entre eux et en eux il y a quelque chose d' »alchimique » .

Même si le début de l’histoire de Nos corps alchimiques, on se perd dans un mélange de croyances ancestrales et de recherche scientifique, on se rend vite compte que les thèmes abordés sont multiples, forts et intenses. La place dans la société lorsque l’on se sent différent, l’amour (homme/femme, femme/femme, homme/homme), l’ouverture sur le monde pour tout simplement être reconnu pour ce que l’on est et enfin être libre sans contrainte. Camille veut changer le monde et l’auteur a choisi de nous inviter à ce changement avec un roman graphique onirique et fantastique.

Nos corps alchimiques m’a bousculé tant la réalité et le fantastique s’entremêlent avec brio. Cette lecture ne vous laissera pas indifférents, c’est certain. Pour encore mieux appréhender la beauté des planches et l’intelligence du scénario, n’hésitez pas à vous replonger plusieurs fois dans cette lecture.

  • Nos corps alchimiques
  • Auteur : Thomas Gilbert
  • Editeur : Dargaud
  • Prix : 24 €
  • Parution : 07 mai 2021
  • ISBN : 9782302093591

Résumé de l’éditeur : Camille, Aniss, Sarah. Ils se sont aimés, déchirés, haïs, séparés. Aujourd’hui, à l’appel de Camille, des années plus tard, ils se retrouvent pour tenter une expérience folle, parvenir à dépasser leurs propres réalités psychiques et physiques, leurs freins, leurs complexes, à révolutionner le monde et la vie elle-même. Pour se réunir, pour fusionner. Pour trouver l’essence de leurs corps alchimiques.

Le moi noir

Mikkel Ørsted Sauzet dévoile Le moi noir, une très belle adaptation du roman d’Anton Tchékhov, Le moine noir. An est hanté par une intelligence artificielle qui le fait glisser vers la folie.

2048, dans une société hyperconnectée, alors que le monde est en proie au réchauffement climatique de plus en plus incontrôlable, An, un psychologue surmené, se rend chez des amis qui vendent du matériel électronique. Dans un cadre idyllique avec des jardins magnifiques, An voit apparaître le moi noir, la première intelligence artificielle qui te connaît mieux que toi-même, sous la forme d’un cube. Petit à petit il se laisse emporté dans cette folie…

« Le moi noir » est adapté du roman « Le moine noir » écrit par Anton Tchekhov en 1893. L’auteur a transposé cette histoire dans un monde futuriste où le personnage principal sombre doucement dans la folie sans véritablement s’en rendre compte. Mikkel Ørsted Sauzet nous fait vivre ce récit avec un graphisme bien à lui, tout au stylo, ce qui accentue l’effet oppressant de cette histoire, d’autant plus que les personnages n’ont pas d’yeux.

Déroutante, cette lecture pousse à la réflexion dans un univers tellement particulier que j’aime ça. À noter que cette édition possède un format original dont je devais vous parler, tellement l’objet est magnifique. Le livre est relié (et le mot prend tout son sens) avec une corde, sans colle et l’ensemble est inséré dans un coffret. C’est la première fois que je vois ça et la sensation tactile à la lecture est vraiment incroyable.

  • Le moi noir
  • Auteur :Mikkel Ørsted Sauzet, d’après l’oeuvre d’Anton Tchékhov
  • Editeur : Louison
  • Prix : 28 €
  • Parution : 02 janvier 2020
  • ISBN : 979-1095454366

Résumé de l’éditeur : Mikkel Ørsted Sauzet a choisi de replacer cette histoire au sein d’une société moderne hyper connectée au sein de laquelle Le Moi noir se matérialise comme un assistant virtuel,  » la première intelligence artificielle qui te connaît mieux que toi-même « . Une appli qui semble avoir le pouvoir de redonner la vue à des personnages sans yeux. Cela confère à cette nouvelle un inquiétant réalisme, elle perd presque son aspect fantastique qui la tenait à distance, ce qui la rend plus angoissante. Dans ce monde, qui n’est pas si éloigné du notre, où la technologie règne en maître et où l’humain semble avoir perdu du terrain, la réflexion initiée par Tchekhov autour de l’intelligence, de la folie et de l’ego semble avoir une place toute trouvée. L’atmosphère étouffante et sombre d’une période de canicule en l’an 2048 est renforcée par les dessins de Mikkel Ørsted Sauzet, qui (comme pour son album Fétiche) travaille exclusivement au stylo bic, une technique originale donnant une force incroyable à son œuvre.

Clebs

Après sa très jolie parenthèse jeunesse Lili Crochette, Olivier Supiot s’essaie aux gags en strips avec Clebs, série humoristique avec des toutous chez Soleil.

Une vie de chien, c’est pas toujours marrant. Plusieurs d’entre eux  en font l’amère expérience dans Clebs, la nouvelle série d’Olivier Supiot.

De Marvin poils en pétard aux stars de la téléréalité, en passant par le lave-linge, les puces, les os avalés, le ballon sur une plage, la chatière trop petite, le jonglage, la banquise ou les moutons, tout est là pour faire sourire les lecteurs.

Ils sont une petite quinzaine de toutous à se balader dans ce premier volume très réussi de Clebs. Sous forme de strips sur demi-page, Olivier Supiot leur fait vivre de drôles d’expériences et de situations plus cocasses les unes que les autres.

On se plait à naviguer dans ces univers canins parfaitement mis en image par l’auteur de Pieter et le Lokken et Lili Crochette. On apprécie toujours autant le dessin d’Olivier Supiot, ici très lisible pour que le gag soit très visuel et donc efficace.

  • Clebs ! tome 1 : Pas de chienchien pour sa mémère
  • Auteur : Olivier Supiot
  • Editeur : Soleil, collection Soleil Pop
  • Prix : 10,95 €
  • Parution : 14 avril 2021
  • ISBN : 9782302093591

Résumé de l’éditeur : Clebs ! est une série de gags dont les héros ou plutôt les anti-héros sont nos plus fidèles compagnons, les chiens. Chaque personnage possède un caractère singulier : le crétin de service, l’obsédé sexuel myope, la fashion victime relookeuse, le gueulard maladroit etc. Des clebs avec des travers très humains qui nous rappellent notre côté cabot…

Bottled

Après le génial Billy Noisette de Tony Millionaire, les éditions Huber proposent Bottled de Chris Gooch, un excellent thriller psychologique sur fond de revenge porn.

Australie. Jane semble heureuse dans sa vie, tout semble rouler. Vivant avec ses parents, elle a un petit-ami d’une grande gentillesse, Ben. S’il ne montre pas toujours des signes d’affection envers elle, l’on peut dire qu’il est amoureux. Quant à sa vie avec ses joies et ses peines, elle peut la partager avec Nathalie, son amie devenue mannequin. Si la distance les sépare, elles continuent de se côtoyer.

Mais depuis quelque temps, le foyer familial est un enfer. Ses parents multiplient les disputes, ce qui met souvent très mal à l’aise Jane. Elle aimerait emménager avec Ben mais pour l’instant cela n’est pas possible par un manque d’argent criant.

Mais d’un seul coup, tout va de travers : Ben la trompe et le retour de Nathalie après un séjour au Japon est glacial. Les tensions sont à leur maximum. Et si Jane était jalouse de la vie de mannequin de son amie ? Elle échafaude alors un surprenant plan pour la piéger après avoir été le témoin d’une scène lors d’une soirée…

Bottled : tensions maximum

Publier des photos intimes sur les réseaux sociaux sans le consentement d’une personne, telle est la définition du revenge porn. Jane va en user pour se venger de Nathalie et déstabiliser Ben. Phénomène très développé chez les plus jeunes depuis plusieurs années, il est donc le fil rouge de Bottled.

Le gros point fort de cet album, c’est l’ambiance de tension distillée par Chris Goosh. L’auteur australien tisse patiemment cette atmosphère où la jeune héroïne sombre dans une folie destructrice. Lorsque l’on a le doigt dans l’engrenage, il est difficile d’en sortir, tout s’enchaîne et on en veut toujours plus. Le thriller est là, bien en place, terrifiant et glaçant de réalisme.

Les mots et les dialogues sont pesés, parfois absents dans certaines planches pour laisser le suspense se mettre en place. L’écriture est donc directe, sans fioriture. De plus, les rebondissements imaginés par Chris Gooch déstabilise la lecture et c’est très agréable.

Le dessin de Bottled est à l’image du scénario : simple et redoutablement efficace. Les grands aplats rouge/marron/noir et les trames participent de l’ambiance de tensions. Le trait quasi froid met lui aussi de la distance par rapport à un récit d’une belle force narrative.

  • Bottled
  • Auteur : Chris Gooch
  • Traducteur : Baptiste Neveux
  • Editeur : Huber
  • Prix : 25 €
  • Parution : 26 mars 2021
  • ISBN : 9782492042003

Résumé de l’éditeur : Quand l’amitié est trahie, il n’y a plus de limites… Trahie par sa meilleure amie devenue mannequin à succès, trompée par son petit ami, étouffée par des parents toxiques, Jane décide un beau jour qu’il est temps pour elle de quitter cette vie ne lui apportant qu’aigreur, colère, rancoeur et frustration. Puisque plus personne ne la respecte, elle sera prête à tout pour arriver à ses fins, quitte à risquer de se perdre en chemin.

The Witch and the Beast

The Witch and the Beast. Savez-vous comment lever la malédiction d’une sorcière ? Dans un manga de fantasy contemporaine, Kousuke Satake nous embarque de véritable enquête à la Sherlock Holmes, la magie en plus.

The Witch and the Beast est une histoire qui se veut surprenante.

Ashaf et Gido cherchent une sorcière. L’un par professionnalisme, l’autre à des fins purement personnelles. Ashaf est un magicien sociable et expérimenté. Toujours la cigarette au bec, la politesse en deuxième nature, malin et malicieux. C’est le genre d’homme à toujours avoir une idée derrière la tête, cultivant l’art du secret derrière son masque d’honnêteté. Son acolyte, Gido, jeune femme au regard de haine, hargneuse, violente, impulsive, est porteuse d’une agressivité sans pareille. S’il ne faut pas se fier aux apparences, ces deux-là en sont le premier exemple.

Ils font partie de l’Ordre. Une organisation magique qui agit par la sorcellerie pour la sorcellerie. Le ministère de la magie dans un monde où la magie fait partie du paysage, en somme. Voyageant de pays en pays, Ashaf et Gido cherchent une sorcière bien précise et répondent aux missions concernant des créatures, des services, des petits délits liés à la magie. Cela à le don de mettre Gido en rogne. Mais Ashaf s’exécute de bon cœur.

C’est leur principal travail après tout. Les missions concernant des sorcières sont rares. Mais parfois ça arrive. Et quand ça arrive, Gido sourit de toutes ses dents. Et Ashaf de murmurer : « Ça ne va pas être simple ». Car les sorcières n’attirent que les malheurs.

The Witch and the Beast est une histoire de sorcellerie moderne sous couvert d’enquête policière. Elle est chargée de mystère et de revirement dramatique. Nous sautons d’une mission à l’autre, anecdotique ou relevant du roman policier.

Le comportement poli et maîtrisé d’Ashaf permet un équilibre avec la vulgarité profonde de Gido. L’ambiance du manga mi-sérieuse mi-débandade colle par ailleurs, plutôt bien avec le graphisme.

Un graphisme chargé et dense. Doté d’un certain dynamisme, il manque cependant d’un peu de clarté. Il provoque une sorte de touffeur froide, propre à l’univers. Mais cela rend la lecture un peu contraignante. D’autant plus qu’il se charge au fur et à mesure de l’histoire, de plus en plus de gore et de sordide.

Kousuke Satake a tenté l’originalité. Il a voulu, semble-t-il, prendre l’imaginaire collectif à rebrousse-poil pour étonner son public. Les ingrédients d’une bonne série policière magique sont là. Du mystère, des personnages atypiques, une grande quête ponctuée de quêtes secondaires, un univers du récit que l’on ne connait pas encore dans sa globalité. The Witch and the Beast a du potentiel. Pourtant, on ne peut s’empêcher de remarquer un certain déséquilibre. A trop vouloir étonner, l’auteur a rendu certains éléments inaccessibles.

The Witch and the Beast, édité chez Pika édition, n’exploite pas tout son potentiel, mais cela reste une lecture très sympa, énergisante, et un peu glauque.

  • The Witch and the Beast
  • Autrice : Kousuke Satake
  • Editeur : Pika Edition
  • Prix : 7,50€
  • Parution : 5 mai 2021
  • ISBN : 9782811643348

Résumé de l’éditeur : Dans ce monde où des événements surnaturels entraînent parfois des ravages, Ashaf et Guido sont tous deux envoyés par l’Ordre de l’Écho Noir, dont la mission est d’éviter les débordements causés par la sorcellerie. Si Ashaf, magicien affable et chevronné, accomplit ses tâches de bonne grâce, Guido semble nourrir un dessein plus personnel lié à une sorcière en particulier… Avec la vengeance pour moteur, cette bête enragée ne pourra être entravée dans sa chasse !

Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur

Les éditions Des ronds dans l’o publient de nouveau Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur, un très bel album signé Éric Corbeyran et Gwangjo.

Louis est un écrivain raté… Il n’arrive à rien… Jusqu’au jour où il trouve dans des poubelles le journal intime de Léa. Et c’est la révélation. Il imagine la vie de la jeune femme. Le roman devient un best-seller, Louis y raconte la vie d’une femme qui ne se souvient plus comment fonctionnent les appareils ménagers. Elle devient une icône féministe.

Trois ans après, le roman va être adapté en film, Louis n’a rien écrit depuis et il a abandonné l’idée de retrouver Léa, mais par hasard, il la croise, il sait immédiatement que c’est elle. Mais, elle, qui est-elle vraiment ? Et quelle est sa véritable histoire ?

Les éditions Des Ronds dans l’O publient de nouveau Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur, cette bande dessinée initialement sortie chez Dargaud en 2010. Avec cette histoire et avec un scénario à rebondissements, l’auteur nous surprend. Il traite les violences conjugales et l’interprétation des faits avec une très grande habileté. Le dessin crayonné de Gwangjo donne de la profondeur aux personnages et au récit. Certaines planches nous hypnotisent.

Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur est une histoire qui mêle les genres avec justesse. C’est une très belle lecture, au thème fort et à l’approche intelligente. J’ai passé un très bon moment en compagnie de Louis et de Léa.

  • Léa ne se souvient pas comment fonctionne l’aspirateur
  • Scénariste : Eric Corbeyran
  • Dessinateur : Gwangjo
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Prix : 18 €
  • Parution : 12 mai 2021
  • ISBN : 9782374181080

Résumé de l’éditeur : Rien de pire que la page blanche pour un écrivain. Surtout pour un écrivain qui n’a rien sorti de bon depuis longtemps et de qui son éditeur attend la poule aux oeufs d’or pour amortir l’avance qu’il lui a versée. Rien jusqu’à ce soir-là, quand il trouve dans la poubelle le journal intime d’une jeune femme frappée d' »amnésie ménagère ». Il tient son sujet ! Et Léa devient l’icône féministe d’une rébellion face au système patriarcal. Et si la réalité était tout autre ?

La voie du tablier 5

Kousuke Oono dévoile le cinquième volume de La voie du tablier, sa superbe série humoristique, éditée par Kana. Génial manga !

Dès son premier volume, nous avions tout de suite repéré la très grande qualité et le sens assumé de l’humour de La voie du tablier. Ancien membre de la mafia japonaise, Tatsu s’est rangé des armes et autres combats, et sa vie est maintenant rythmée par les casseroles et les ustensiles de cuisine. Yakuza, un jour mais pas toujours !

Après un deuxième et un troisième volumes hilarants, Kousuke Oono poursuit dans la même veine pour ce cinquième tome. Courts chapitres et humour au programme.

  • Alors que son amie Miku est partie pendant deux jours, avant de quitter l’appartement, elle conseille à Tatsu de se reposer et de profiter de ces moments où il sera seul pour se détendre. C’est mal connaître cet homme au foyer, vrai stakhanoviste et bourreau de travail. Il ne sait pas tenir en place…
  • Lorsque Tatsu croise un ancien membre du clan Hirako à la sortie d’un supermarché, il le défie en duel, dans une battle de chansons cinglante et drôle…
  • Miku et Tatsu décident de participer au concours de costumes d’Halloween. En quoi vont-ils débarquer pour la soirée ?
  • Tatsu et Miku vont au restaurant. Ils choisissent un petite boutique de plats à volonté…

Comme à son habitude, Kousuke Oono réussit la pari de nous faire rire des situations dans lesquelles elle place son héros, ex-yakuza et homme au foyer.

Le décalage, la sensibilité, la grande connaissance de la cuisine, son amie et sa placidité font de Tatsu un homme à part, mais également un personnage à la puissance comique immense. Un drôle de type amusant. Ses mimiques sont exagérées pour apporter encore plus d’humour.

  • La voie du tablier, volume 5
  • Auteur : Kousuke Oono
  • Éditeur : Kana, collection Big Kana
  • Prix : 7.45 €
  • Parution : 08 janvier 2021
  • ISBN : 9782505088943

Résumé de l’éditeur : Notre homme est ancien yakuza devenu homme au foyer… Il se faisait appeler « Tatsu, l’immortel » ! Aujourd’hui, il est l’homme idéal : il prépare des bentô à tomber, il repère les meilleurs promotions et il aide même d’anciens collègues (?) dans leur quotidien… Mais malgré son adorable tablier, il ne peut totalement gommer son air patibulaire et son regard de tueur… Pour notre plus grand plaisir !

 

Bully Wars

Bully Wars c’est une guerre des brutes imaginée par Skottie Young et Aaron Conley aux éditions Urban Comics. Dément et déjanté !

Rottenville. Comme tous les jours, Spencer, Edith et Ernie prennent le car pour aller au lycée. Aujourd’hui, c’est jour de rentrée et Spencer croule sous les livres.

A l’arrêt de bus arrive Rufus, la brute épaisse de l’établissement. Il aime martyriser ses camarades mais surtout les têtes d’ampoule, les premiers de la classe.

Dès le premier jour, Rufus aime aussi marquer son territoire auprès des nouveaux; leur faire peur afin d’obtenir ce qu’ils veut d’eux pour la suite de l’année scolaire. Mais voilà, la brute est menacée elle-même par Hock, plus gros et plus costaud que lui.

Arrive alors la célèbre Guerre des brutes pour laquelle Rufus n’est même pas invité. Étonnant !!!

On connaissait Skottie Young pour ses univers fantastiques comme Middlewest (prix 12/16 ans à Angoulême 2021), pour sa participation aux mondes des superhéros (Deadpool) mais également pour son imagination folle dans I hate Fairyland. Le scénariste continue de creuser son sillon dans ce côté déjanté et fou avec Bully Wars. Tout est décalé et barré à Rottenville. Ses personnages sont baladés dans un univers fantastique, proche des jeux vidéo lors de la Guerre des brutes.

Cette dernière est titanesque et l’entraide est surprenante. Les nerds se révèlent être de bons camarades et d’une bonne aide pour Rufus. Les auteurs peuvent alors parler de harcèlement scolaire de façon complétement déjantée.

Si Bully Wars est inscrit dans la collection Urban Kids, il n’est néanmoins pas à mettre entre toutes les mains (pas avant 12 ans). Le tourbillon de folie est magnifiquement mis en image par Aaron Conley par une partie graphique très cartoon 80’s.

  • Bully Wars
  • Scénariste : Skottie Young
  • Dessinateur : Aaron Conley
  • Coloriste : Jean-François Beaulieu
  • Traducteur : Julien Di Giacomo
  • Editeur : Urban Comics, collection Urban Kids
  • Prix :  15 €
  • Parution : 16 avril 2021
  • ISBN :  9791026819004

Résumé de l’éditeur : Tout au long de leur scolarité à Rottenville, Spencer, Edith, Ernie et bien d’autres ont dû subir les brimades incessantes de la plus grosse brute de l’école, Rufus Ruffhouse. En rentrant au lycée, ils n’auraient jamais imaginé que les choses puissent changer, que leur ennemi de toujours allait trouver plus fort que lui et devenir à son tour victime de harcèlement scolaire. Comble : lui qui pensait être le tyran le plus craint et respecté de la ville n’a même pas été convié à la célèbre « guerre des Brutes », dont Hock est l’indétrônable vainqueur depuis maintenant trois ans. Son ego en prend un sacré coup. C’est alors qu’une alliance étonnante va se faire entre Rufus et ses anciens boucs émissaires pour tenter de survivre ensemble au concours façon Hunger Games qui s’annonce.

Le masque du fantôme

Les éditions Vide Cocagne proposent l’intégrale de Le masque du fantôme, la série de Fabien Grolleau publiée initialement chez Delcourt. L’on suit un fan de superhéros qui pense qu’il en est lui-même un.

Depuis plus de six décennies, la série comics Le fantôme des Everglades est sur tous les étals des libraires et ses fans nombreux dans le monde. L’un d’eux, milliardaire, est persuadé d’être lui-même ce fameux justicier. Quand un amoureux d’une bande dessinée pense qu’il est le héros de celle-ci, cela donne d’étranges aventures, entre fantasmes et réalités.

Affublé du masque et du costume du superhéros, cet homme de 60 ans, tente de rétablir la vérité et de sauver la veuve et l’orphelin. Triste sexagénaire qui court la nuit dans les ruelles de sa cité pour poursuivre les malfrats.

Après un énième sauvetage d’un jeune adolescent, la vie du Fantôme va prendre un étrange virage. Le garçon se rend chez Sacha, un dessinateur de comics. A peine arrivé, le téléphone sonne dans l’appartement. L’auteur décroche. Il est sommé de rejoindre une voiture rouge en bas de chez lui. Là, il fait la connaissance de Patricia et du vieil homme se prenant pour le justicier masqué…

Le masque du fantôme : un très joli Message d’amour aux superhéros des années 1930/1940

Publié une première fois en deux tomes dans la collection Shampooing des éditions Delcourt, Le masque du fantôme fait aujourd’hui l’objet d’une réédition chez Vide Cocagne. C’est en effet, l’une des premières publications de Fabien Grolleau après Totem / La cité (avec Thierry Bédouet) et Zonzon : matons (avec Végas). On peut donc dire que Le masque du fantôme est une œuvre de jeunesse du cocréateur des éditions Vide Cocagne.

J’aime les premières bandes dessinées des autrices et auteurs. Si elles peuvent être emplies d’erreurs techniques ou des maladresses, elles possèdent la fougue de leurs créateurs. Peu importe les erreurs, reste le plaisir de la découverte.

Depuis, Fabien Grolleau a fait sa place dans le monde du 9e art avec des albums aussi divers que réjouissants (Sur les ailes du monde Audubon, L’écureuil, Mikaël ou le mythe de l’homme des bois, Le chantier, HMS Beagles aux origines de Darwin, L’écolier en bleu, Traquée la cavale d’Angela Davis ou Naoto). Et je peux affirmer que j’aime les scénarios ou les bandes dessinées de l’auteur originaire de Cholet. A ce rythme-là, je vais bientôt devenir son chroniqueur attitré. Le masque du fantôme ne fait pas exception.

Cette jolie intégrale de 392 pages est un vrai hommage de Grolleau aux comics de superhéros des années 1930/1940. Par l’entremise de Sacha, l’auteur de bandes dessinées, et du vieux fan milliardaire qui se cache sous le masque du Fantôme, il prouve son amour pour ses récits souvent publiés dans des périodiques ou quotidiens. Si l’action est présente, on apprécie surtout l’humour du récit et le côté Don Quichotte du vieil homme, un justicier fonçant tête baissée pour se battre contre des moulins à vent.

  • Le masque du fantôme
  • Auteur : Fabien Grolleau
  • Editeur : Vide Cocagne, collection Quixote
  • Prix : 25€
  • Parution : 09 avril 2021
  • ISBN : 9782379360176

Résumé de l’éditeur : « Le Masque du fantôme » est une réédition d’une bande dessinée « petit format » (en hommage aux comics) parue en 2010 en deux tomes dans la collection Shampooing dirigée par Lewis Trondheim. Il raconte l’histoire d’un vieux fan de comics devenu légèrement siphonné à force de lectures des aventures de son héros, le Fantôme des Everglades : le jour, le vieil homme est un paisible collectionneur ; la nuit, il sort en tenue de super-héros et croit sauver le monde. La collection Quixote a pour mission de rééditer des titres déjà parus mais dans une version « director’s cut » comme on dit à Hollywood. « Le Masque du Fantôme » est une réédition en un seul volume, avec quelques pages supplémentaires et une nouvelle fabrication plus en adéquation avec le récit.

Sarissa of Noctilucent Cloud

Sarissa of Noctilucent Cloud est un manga calé entre super-pouvoir et créatures célestes mystérieuses. Miki Matsuda et Kome nous embarque à bord d’une mission à haut risque aux éditions Panini

Shinobu Nabari passe sa vie à disparaître, littéralement, physiquement. C’est une capacité qui lui empoisonne la vie, jusqu’à ce que l’IOSS – une agence militaire internationale – s’intéresse à elle. Elle se fait alors embarquer contre son gré dans une lutte acharnée contre les Arpenteurs célestes, des créatures étranges qui menacent les activités humaines.

Mémo technique : Un Nuage Noctulescent est un nuage de très haute altitude. Situé dans la mésosphère entre 50 et 80 kilomètres au-dessus de nos tête. Son nom signifie que c’est une nuage brillant la nuit. C’est un raccourcie un peu mystique. Les Nuages noctulescents brillent car ils reçoivent les rayons du soleil durant le crépuscule astronomique. C’est un simple phénomène mécanique : les rayons atteignent encore la très haute atmosphère lorsque le crépuscule terrestre s’achève. Cela donne en effet, un nuage brillant dans le bleu profond de la nuit.

La SarisseSarissa en anglais – est quant à elle une arme du bassin oriental de la méditerranée datant de l’an 300 avant J.C jusqu’à l’ère romaine (30 av-J.C). Ce sont d’immenses lances de 6 mètres environ, créées sous le règne de Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand. D’ailleurs, permettant de frapper loin et fort, elles furent d’une grande aide à ce dernier durant ses conquêtes. Dotée de Sarisses, une armée devient un porc épique géant.

Toute la métaphore est là. Sarissa of Noctilucent Cloud fait référence au corps armée aéronautique du futur. L’IOSS utilisent des « Tonnerres Bleus », des avions de chasse modifiés pour voler à la limite de l’espace (100km d’altitude). Un avion de chasse standard vole à près de 30 kilomètres au-dessus du niveau de la mer. Par la magie de la fiction, les Tonnerres Bleus vont jusqu’à 90 kilomètres. Ils frappent loin et fort. Comme les épines de la Terre. Ils vont un peu au-dessus des Nuages noctulescents et surtout… là où se situe le fléau de l’humanité : les Arpenteurs Célestes. De Grosses bestioles à la limite entre l’alien et le dragon, massives et dotées de pouvoir spéciaux : prédiction, vision à très longue portée, invisibilité. Cela varie.

Les humains ne sont pas dénués d’outils pour les affronter. Shinobu Nabari, comme d’autres humains, est dotée de pouvoir particulier : se rendre invisible. Curieux phénomène qu’est l’apparition de ces êtres… Mais associé à la technologie de pointe de l’aviation militaire, ils deviennent l’atout majeur de l’IOSS contre les Arpenteurs.

Sarissa of Noctilucent Cloud est plein de bonnes idées. Des références intéressantes, une ambiance planante et dynamique en même temps, un peu « Militaro-Kawaii« . Mais a un défaut de taille : Tout va trop vite. Les relations entre personnages sont prémâchés par des dialogues trop faciles. Sous couverte de ne pas prendre ni les personnages ni les lecteurs pour des simples d’esprits, les discours sonnent comme des évidences à la limite du « Merci Captain Obvious« . Par contre, le manga est doté d’une traduction très fluide et très agréable.

Ces points positifs et négatifs sont liés par un point d’interrogation : La dose de mystère et la grande quantité de questions sans réponse peut peut-être permettre à Sarissa of Noctilucent Cloud de prendre le contre-pied dans les tomes suivants.

Le graphisme mignon, très stylisé, me fait dire que ce manga s’adresse avant tout à un jeune public en découverte de la Science-Fiction. En ce sens, c’est un très bon début. C’est une lecture douce, avec des paysages très beau – la planète vu du ciel, ça claque, Thomas Pesquet en témoigne – avec des scènes d’action dynamiques, qui arrivent mine de rien à nous tenir en halène.

Un tome 1 qui laisse donc une flopée d’interrogations derrière lui. Donc je dirais Wait and See. Sarissa of Noctilucent Cloud pourrait bien nous surprendre au tournant.

  • Sarissa of Noctilucent Cloud, tome 1
  • Auteur : Miki Matsuda
  • Dessinatrice : Kome
  • Éditeur : Panini Mangas
  • Prix : 7,99 €
  • Parution : 03 février 2021
  • ISBN : 9782809494259

Résumé de l’éditeur : Shinobu Nabari a l’impression d’être transparente aux yeux de tous, ce qui la fait beaucoup souffrir. Mais un jour, la jeune fille découvre que sa capacité à passer inaperçue intéresse certaines personnes… Elle se retrouve ainsi embarquée dans une lutte opposant l’humanité aux arpenteurs célestes, d’immenses créatures qui vivent cachés dans les plus hautes couches de l’atmosphère terrestre.