Ajax, tome 2 : Chat s’arrange pas !

La série Mortelle Adèle connait un succès phénoménal qui dépasse ses auteurs – Diane Le Fayer & Mr Tan – le duo a décidé de décliner un spin-off de la série Ajax, centrant leurs histoires sur le chat de la petit fille.

Comme nous vous la présentions dans Big bisous baveux, le tome 13 de Mortelle Adèle, la petite fille quasi misanthrope (qui n’aime personne), adore son chat Ajax, au point de vouloir l’envoyer à trépas. Pour soutenir le malheureux félin, il y a Fizz le cochon d’Inde râleur et Snow la chatte de la voisine.

Malgré les sévices endurés, Ajax aime sa mini-maîtresse, il s’ennuie même lorsqu’elle est à l’école : le syndrome de Stockholm !

L’album de 64 pages met donc en scène les déboires d’Ajax mais aussi son journal intime qui court sur une semaine complète. Il détaille ainsi les moments importants de sa journée en y indiquant les heures : repas, attente de Adèle ou expérimentations de la petite fille sur son félin.

Nous avions beaucoup rit lorsque nous avions lu le tome 13 des aventures de Mortelle Adèle, notamment grâce à l’humour noir et trash de Mr Tan qui grossit les traits et les maltraitances de son héroïne envers Ajax. Les enfants adorent et les parents adhèrent aussi à la série. Plus c’est fou et plus ça va loin, plus ils aiment ! En mettant la lumière sur le chat, l’auteur de Saker Monster (avec Mathilde Domecq) peut laisse parler son imagination et les pires sévices sur ce pauvre chat qui aime sa maîtresse malgré tout.

A noter que le 23 mai est sorti un nouvel opus de Mortelle Adèle – Prout atomique – qui alterne les moments présents mais aussi des scènes où la petite fille est un bébé. Mortel !

  • Ajax, tome 2 : chat s’arrange pas
  • Scénariste : Mr Tan
  • Dessinatrice : Diane Le Fayer
  • Editeur : BD Kids, collection P’tit Globulle
  • Parution : 18 avril 2018
  • Prix : 9.95€
  • ISBN : 979-1027604371

Résumé de l’éditeur : « À la maison, chat s’arrange pas ! Adèle a toujours de bonnes idées d’expériences, mais je finis souvent avec des bosses… et quand Adèle n’est pas là, elle me manque ! Heureusement, Fizz et ma nouvelle amie Snow sont là pour me tenir compagnie ! » Lorsqu’il n’est pas en train de dormir, roupiller ou faire la sieste, Ajax n’a pas une vie facile ! Lorsqu’Adèle, son horrible maîtresse adorée, n’est pas à la maison, il doit protéger son territoire au péril de sa vie ! Mais, quand elle rentre, c’est sa vie qu’il doit protéger… SAUVE QUI PEUT !

Naufragés

Avec Naufragés, nous suivons les pas de Alexandra et Julio en couple dans l’Espagne des années 80-90. Laura Perez et Tablo Monforte peuvent ainsi dresser le portrait d’une génération aux éditions Des ronds dans l’o.

En faisant alterner fréquemment des scènes entre 1981 à Madrid et celles à Barcelone en 1991, le scénariste Tablo Monforte réussit la prouesse de ne pas perdre ses lecteurs. Il faut souligner qu’il met en scène Alexandra et Julio en prenant un grand soin à développer leurs psychologies. Ainsi, il peut les faire évoluer au mieux entre la fac, la famille, les amis et le travail.

Si les premiers temps sont beaux, joyeux et amoureux, les années 90 sont plus délicates et le couple prend ses distances. Le lecteur apprécie leurs histoires simples mais universelles ponctués par des moments de doutes et de reproches. Lui s’ennuie dans son travail, elle veut changer d’orientation; l’hôpital ce n’est plus pour elle. Ajouter à cela des questions concernant les années fac autour de Jardin metalico, un fanzine dans lequel le jeune homme aimait écrire. C’est d’ailleurs grâce à cet imprimé qu’ils se sont rapprochés.

Alors que Génération Y de Mauryn Parent ne nous avait pas enchanté, Naufragés c’est le contraire. Pas d’effusions spectaculaires mais une lenteur qui pousse le lecteur en prendre le temps de découvrir l’histoire. Les relations dans le couple sont assez fortes pour tenir en haleine le lectorat jusqu’à la dernière page. Ainsi, les thèmes de la nostalgie et du temps qui passe sont au cœur de ce très bon album de 200 pages. Tout n’est pas rose entre Alexandra et Julio – comme dans tous les couples – mais c’est cela qui attire.

Si le scénario est bon que dire de la partie graphique, c’est superbe ! Laura Perez sublime ses planches par des couleurs très bien senties (du sépia pour 1981 et du bleu pour 1991). La dessinatrice espagnole réalise des pages très modernes, dans un style semi-réaliste très sobre. Ses cadrages serrés sur les visages sont magnifiques !

A noter que Naufragés a remporté le Prix FNAC Espagne en 2017.

  • Naufragés
  • Scénariste : Tablo Monforte
  • Dessinatrice : Laura Perez
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Parution : 16 mai 2018
  • Prix : 24€
  • ISBN : 9782374180533

Résumé de l’éditeur : Deux lieux deux époques : Madrid dans les années 1980, une ville en pleine ébullition, et Barcelone, dix ans plus tard, une ville tout aussi bouillonnante. Naufragés raconte la relation d’Alexandra et Julio dans cet espace urbain poétique où rêves, amours et incertitudes s’entrecroisent. Ils vont partager expériences et réflexions, mais leurs obligations professionnelles et familiales vont finir par les éloigner. Naufragés dresse le portrait d’une génération qui a du mal à se repérer.

La beauté du monde

Autodidacte, Adrien Billet était un amateur éclairé d’alpinisme. Tourneur-fraiseur en usine, il aimait grimper sur des falaises sur ses temps de repos. Sa fille, Julia lui rend un très bel hommage dans La beauté du monde, un album mis en image par Jérôme Ruillier.

« Mon père était un alpiniste de talent »

Employé dans l’usine Schwartz-Haumont, délégué syndical, Adrien découvrit ce sport exigeant grâce au COB, un club sportif de Boulogne-Billancourt pour les ouvriers. Son terrain de jeu avec ses camarades de cordée : Chamonix, mais aussi la forêt de Fontainebleau. Un de ses exploits : l’ouverture d’une voie difficile dans les Alpes.

« Mon père reste une montagne pour moi »

Le récit de Julia Billet est un superbe portrait d’un homme humble, travailleur et grand sportif : un magnifique message d’amour à son père disparu. L’autrice de La guerre de Catherine (avec Claire Fauvel, Rue de Sèvres) parle aussi de travail en usine, de la vie dans les années 50/60, des clubs de sports d’entreprise, de l’alpinisme amateur (à l’époque, pratiqué par l’élite), les folles épopées ou les voies à tracer.

A l’image du merveilleux Ailefroide de Jean-Marc Rochette et Olivier Bocquet (Casterman), la scénariste magnifie la montagne et ces hommes pionniers dans le domaine de la grimpe.

Telle une danse tourbillonnante sur les parois, l’escalade est belle sous les pinceaux de Jérôme Ruillier. Illustrateur pour la jeunesse depuis 20 ans et auteur de Surfman (L’Agrume), son dessin quasi naïf en bichromie selon la période (noir/jaune et noir/rouge) alterne avec des clichés photographiques de l’époque.

  • La beauté du monde
  • Scénariste : Julia Billet
  • Dessinateur : Jérôme Ruillier
  • Editeur : L’Agrume
  • Parution : 03 mai 2018
  • Prix : 16€
  • ISBN : 9791090743755

Résumé de l’éditeur : Dans les années 1950, Adrien Billet est tourneur-ajusteur chez Schwartz-Haumont et grand amateur d’alpinisme. Il découvre l’escalade grâce au COB, un club sportif ouvrier. Il développe une passion pour ce sport, s’entraîne les week-ends dans la forêt de Fontainebleau et pendant ses congés à Chamonix. L’alpinisme va le mener plus loin qu’il n’aurait pu l’imaginer… A travers ce destin, cette bande dessinée raconte les valeurs de camaraderie de l’alpinisme, la relation d’un père à sa fille, mais aussi l’esprit d’une époque où une amélioration du niveau de vie de la classe ouvrière était un rêve possible, notamment grâce aux associations sportives ouvrières. En haut de la montagne, cols blancs et cols bleus surmontent la lutte des classes pour observer ensemble la beauté du monde…

Et le village s’endort…

Un cadavre est retrouvé dans une forêt proche d’un petit village au milieu de nulle part. Qui peut bien être le meurtrier ? Et le village s’endort… est une très belle histoire de Nuria Tamarit et Xulia Vicente.

Barnabé, une jeune adolescent un peu simplet mais adorable, ramasse des escargots dans le champ d’un paysan. Véritable tornade pleine de vie, il se fait pourtant toujours reprendre par les habitants du village. Les gastéropodes, c’est pour Flavia une vieille femme à moitié sorcière qui vit avec Audrey, l’une des seules amies de Barnabé.

Alors que le village s’endort, un événement se produit dans la forêt : on retrouve le corps sans vie de Barnabé. Qui a pu en vouloir à la vie de ce garçon si gentil ?

Après Omar le navigateur de Pedro Rodriguez, les éditions Les aventuriers de l’étrange publient leur deuxième album Et le village s’endort… Le récit de Xulia Vicente et Nuria Tamarit est agréable à la lecture, faisant monter la pression et la tension au fil de l’histoire. Les 20 premières pages douces, chaleureuses et plutôt positives ne laissent pas apparaître le moindre problème par la suite. Si Barnabé était un adolescent sympathique rien ne le destinait à une mort si violente. Secrets, non-dits et ostracisme envers Flavia et Barnabé sont au cœur de ce récit conseillé à partir de 10 ans.

Le lecteur est agréablement surpris par la partie graphique des deux autrices. On aime les couleurs en estompage pour renforcer les ombres et la matière. Si le découpage est classique, on se plait à suivre cette belle histoire.

  • Et le village s’endort…
  • Autrices : Nuria Tamarit et Xulia Vicente
  • Editeur : Les aventuriers de l’étrange
  • Parution : 25 mai 2018
  • Prix : 19€
  • ISBN : 9782490195015

Résumé de l’éditeur : Sorcières, loups, corbeaux de fin du monde, cérémonies païennes et anciennes superstitions. Le vieil adage ne dit-il pas « petit village, enfer immense » ? Justement, chacun complote dans cette petite communauté rurale où tout le monde dissimule sa propre part d’ombre. Rien ne va plus dans ce petit village perdu en bordure de forêt où un cadavre a été découvert. Très vite, les soupçons se portent sur la sorcière Flavia, mais également sur Julia, la mystérieuse épouse du boucher local. Sans trouver de réponse, l’enquête piétine. Seule Audrey, orpheline qu’on dit amie du diable, connaît la vérité. Et la vérité n’est celle qu’elle semble être. Pendant que le village s’endort, quelque chose bouge dans l’ombre. Quelqu’un va-t-il encore mourir ce soir ?

 

Le bruit de la machine à écrire

Pourquoi Christa Winsloe et sa compagne Simone Gentet furent exécutées dans un bois près de Cluny en 1944 ? Qui sont ces hommes proches de la résistance qui les ont tués ? Le bruit de la machine à écrire tente de répondre à ces questions et bien plus encore. Ce bel album est signé Hervé Loiselet et Benoît Blary chez Steinkis.

Juin 1944 sur la route du Château près de Cluny. Une voiture s’arrête sur le bas-côté. En sortent Christa Winsloe et Simone Gentet. A peine quelques pas effectués, qu’elles sont abattues.

En février de la même année, les deux femmes – en couple – venaient de s’installer dans la ville à la célèbre abbaye médiévale. Christa est une artiste mondialement connue (sculptrice, autrice…) notamment grâce à son ouvrage Jeunes filles en uniforme.

Fuyant la répression, les deux femmes pensaient être en sécurité dans la petite ville. Rapidement prises pour des collaboratrices puisqu’elles se rendent fréquemment à la Kommandantur et, pire, passeraient toutes leurs nuits à rédiger des rapports pour les Nazis. Il s’avérera qu’elles continuent à produire des textes de fiction d’où le bruit de la machine à écrire.

Après 20 ans de guerre, Sigurd et Victis & Legio Nostra, le duo Blary-Loiselet poursuivent leur œuvre commune avec Le bruit de la machine à écrire. A l’aise pour raconter des récits historiques, Hervé Loiselet s’est plongé dans cet étrange dossier aux multiples zones d’ombre. Fait de flashbacks fréquents, son récits tient en haleine.

Si dès les premières pages, le lecteur connait le sort funeste de ce couple de femmes, il se prend au jeu de comprendre pourquoi ce groupe d’hommes a commis l’irréparable. D’ailleurs, les quatre avaient été retoqués par la Résistance. Etonnant !

Haine de l’étranger et lesbophobie ont animé ces tueurs sans scrupules. S’ils avaient pris le temps de discuter avec elles, cela ne se serait pas produit. Surprenant comme un manque de communication peut pousser aux extrêmes, encore plus en temps de guerre.

Si la narration est classique et parfois un peu confuse, la partie graphique est elle formidable. On est toujours émerveillé par le dessin de Benoît Blary, membre de l’atelier 510 TTC. Son trait réaliste rehaussé par de sublimes couleurs lui permettent de réaliser des planches très belles.

  • Le bruit de la machine à écrire
  • Scénariste : Hervé Loiselet
  • Dessinateur : Benoît Blary
  • Editeur : Steinkis
  • Parution : 24 avril 2018
  • Prix : 18€
  • ISBN : 9782368461266

Résumé de l’éditeur : Un nouvel éclairage sur le meurtre de l’artiste allemande Christa Winsloe et de sa compagne Simone Genet en 1944, à la lumière des archives du procès désormais ouvertes. Le jugement de 1948 a acquitté les auteurs du crime, prétextant qu’ils étaient dans la Résistance.

Rouge, l’île des gribouilleurs

L’île des gribouilleurs est la sixième aventure de Rouge, la très jolie série jeunesse de Johan Troïanowski éditée par Makaka.

Au milieu d’un champ de fleurs trône un vieux bateau qui sert de repaire aux pirates dont Rouge est la cheffe. Alors qu’une tempête s’annonce, la capitaine ordonne à ses matelots de se mettre à l’abri à l’intérieur. Le navire bouge, s’envole dans les airs et les enfants s’endorment.

A leur réveil, ils se retrouvent en haut d’un arbre. Ils découvrent rapidement qu’ils sont sur une île. Oiseaux colorés et énorme crabe peuplent les lieux. En explorant l’île, ils découvrent un étrange temple où vit le professeur Pissenlit

Aventure charmante et rafraîchissante, Rouge plaira aux jeunes lecteurs par sa vivacité, son grande ouverture vers l’imaginaire et sa modernité. Cette très jolie robinsonnade de Johan Troïanowski met en scène une petite fille téméraire, cheffe de bande – c’est rare en bande dessinée pour être souligné – qui mène avec entrain ses quatre camarades.

Ce récit fantastique de l’auteur de Hamour noir & Pome ou les petites choses (L’atelier du poisson soluble) est construit comme une très belle quête initiatique où les rencontres font grandir les protagonistes. Il ajoute de méchants pirates pour mettre un peu de piment dans son histoire.

Entraide, solidarité et camaraderie sont au cœur de ce récit où l’humour est aussi présent. Le point fort de Rouge réside dans la partie graphique qui nous a charmé ! Johan Troïanowski réalise des planches colorées à la palette numérique très vivantes.

Rouge : on se plait à suivre les aventures de cette petite fille enjouée et téméraire. A suivre…

  • Rouge, l’île des gribouilleurs
  • Auteur : Johan Troïanowski
  • Editeur : Makaka
  • Parution : 02 février 2018
  • Prix : 17€
  • ISBN : 9782917371893

Résumé de l’éditeur : Rouge et ses amis jouent aux pirates dans les jardins du château, mais une tempête éclate. Alors qu’ils se mettent à l’abri dans un bateau abandonné, le vent emporte le navire dans les airs. Après une longue dérive, ils se retrouvent sur une île extraordinaire.

Strip tease

Pour son premier album, Emma Subiaco a décidé de raconter une partie de sa vie lorsqu’elle travaillait dans un club en tant que danseuse. Strip tease est une bonne autofiction éditée par Long Bec.

Un jour qu’elle rentre plus tôt chez elle, Camille surprend son copain au lit avec une autre femme. Elle le jette dehors. La jeune étudiante en architecture ne baisse pas pour autant les bras et décide de devenir strip teaseuse. Elle se fait embaucher dans un club où elle devient Elise. Elle côtoie alors une faune bigarrée d’hommes qu’elle doit faire consommer une maximum, des collègues plus surprenantes les unes que les autres et doit parfaire ses mouvements de bassin autour d’une barre de pole dance…

Sans jamais s’apitoyer sur son sort, toujours avec beaucoup de recul et d’autodérision, Emma Subiaco parvient à nous tenir en haleine avec une histoire se déroulant dans un milieu méconnu de nombreux Français. A l’image de Pauline Perrolet avec Les noctambules de l’autre côté du bar qui évoquait la vie de barmaid de l’autrice à Bruxelles, Emma Subiaco ne donne jamais le beau rôle aux hommes et magnifie ces femmes – même celles au physique ingrat – qui jouent avec leur corps pour plaire à ces hommes venus passer du bon temps dans le club.

Strip tease : C’est rafraîchissant, c’est simple dans la narration et c’est agréable à la lecture.

  • Strip tease
  • Autrice : Emma Subiaco
  • Editeur : Le Long Bec
  • Parution : 02 mai 2018
  • Prix : 20€
  • ISBN : 9791092499704

Résumé de l’éditeur : Camille, une jeune architecte, rentre chez elle à l’improviste et surprend son copain au lit avec une jolie blonde. Blessée, elle vire immédiatement l’indélicat de chez elle et décide de faire le bilan de sa vie. Une remise en question qui la conduit à se lancer un étrange défi : celui de devenir danseuse dans une boîte de strip-tease. Un monde dont Camille ignore tout et qu’elle découvre progressivement avec l’aide de ses nouvelles collègues toutes plus déjantées les unes que les autres. Avec beaucoup d’humour et de justesse, Emma Subiaco décrit un monde interlope dans lequel les « mecs » n’ont pas vraiment le beau rôle..

Je préférerais ne pas

Renvoyé de son job, Butt, trentenaire vivant à Hong-Kong, met en place un solide programme d’inactivité et de questions existentielles. Je préférerais ne pas est son journal de bord.

Se retrouver sans travail apparaît pour Butt être une véritable aubaine. Quinze ans qu’il se sent enchaîné à un bureau, voilà qu’il va enfin pouvoir faire la masse mat’, « ne rien glander comme un ouf », « se balader comme un ouf », « faire du sport comme un ouf »… chercher un job comme un ouf ? Non, car c’est toute la question posée par Je préfererais ne pas, comme par les défenseurs du revenu universel aujourd’hui : le travail doit-il être une fin en soi, et le moteur de notre vie ?

Pour trouver des éléments de réponse, notre héros explorera plusieurs formes d’occupations. D’abord, être en « non emploi », est-ce être oisif ? Pour occuper ses journées, Butt alterne périodes de glandouille et activités saugrenues. Le voyage lui réussit moyennement, aussi le retrouve-t-on réalisateur de films de fourmis, cosplayer du quotidien, et même ingénieur urbaniste ! Avec beaucoup d’autodérision, Butt procrastine à temps plein. Et cette langueur imposée lui permet parfois de faire de grandes découvertes, comme celle de son système pileux, ou de l’utilité des raccourcis clavier dans la vie.

Quant à Justin Wong, l’auteur cette épopée intérieure humoristique, il saisit l’occasion pour aborder l’un des grands enjeux actuels. Alors que l’intelligence artificielle et l’automatisation risquent de jeter des centaines de milliers de personnes aux chômage, et si la société cessait d’évaluer les citoyens à l’aune de leur emploi ?

Dans un style très infographique, et à grand renfort de mini-cases, le personnage de Justin Wong balance entre tentation de la flemme et sentiment d’inutilité. L’auteur oblige d’ailleurs ses lecteurs à ralentir le rythme aussi, en changeant fréquemment le sens de lecture de ses doubles-pages. L’œil est obligé de se réadapter à chaque page tournée, trompant ainsi  un éventuel ennui à lire l’histoire de quelqu’un qui ne fait… rien ? A vous de voir.

  • Je préférerais ne pas
  • Auteur : Justin Wong
  • Editeur : Rue de l’échiquier
  • Parution : 22 mars 2018
  • Prix : 19,90€
  • ISBN : 9782374251035

Résumé de l’éditeur : Soudainement renvoyé de son emploi, Butt, trentenaire, réexamine une à une toutes ses habitudes, toutes ses valeurs. Jusqu’à se confronter à une idée vertigineuse : et si travailler, après tout, cessait d’être l’horizon de nos vies ?

Michel french lover

Comment du jour au lendemain, Michel le loser en amour est-il devenu le french lover irrésistible ? Arnaud Le Gouëfflec et Yannick Grossetête dévoilent Michel french lover, une belle comédie aux éditions Fluide Glacial.

Personne ne calcule ce loser de Michel, pire, les femmes le renvoient bouler tout le temps. Eternel célibataire – non de son plein gré – il se réveille un matin et devient irrésistible. Il n’a aucune explication logique à ce changement, même son psy s’en étonne. A partir de ce jour-là, toutes les femmes se retournent vers lui, chuchotent à son encontre et sont sous son charme…

Etonnante histoire, Michel french lover est une jolie comédie sentimentale imaginée par Arnaud Le Gouëfflec. Le scénariste de Soucoupes (avec Obion) ou Mondo reverso (avec Dominique Bertail) dévoile une récit plus profond qu’il n’y parait au premier abord. Face au changement non- consenti et soudain dans sa vie, comment réagir ?

Comme le héros, beaucoup aimerait revenir en arrière, retrouver leur vie paisible d’antan. Il faut souligner que Michel après son réveil cumule les pires emmerdes : les femmes sont folles de son corps, les maris sont jaloux au possible et il attire de mystérieux hommes vêtus de noir.

Telle une star de téléréalité à la notoriété soudaine, il doit même se cacher pour tenter de vivre comme avant et échapper à toute cette folie.

Pour accompagner Arnaud Le Gouëfflec, c’est Yannick Grossetête qui s’attèle au dessin. Le jeune auteur de 26 ans (90 minutes, Delcourt) réalise de belles planches très modernes. Sans contours encrés, les personnages et les décors bénéficient de grands aplats de couleur à la palette numérique très réussis.

  • Michel, french lover
  • Scénariste : Arnadu Le Gouëfflec
  • Dessinateur : Yannick Grossetête
  • Editeur : Fluide Glacial
  • Parution : 16 mai 2018
  • Prix : 10.95€
  • ISBN : 9782378780111

Résumé de l’éditeur : Michel, est un quadra quelconque, célibataire, avec un job quelconque. Mais un matin, il se met à exercer un magnétisme irrésistible auprès des femmes, ce qui lui apporte un bon paquet d’ennuis. Un album qui passe de l’humour coquin à la bande dessinée d’aventure et de courses-poursuites.

Arale

Surprenante uchronie, Arale se déroule en Russie après que la Révolution d’octobre 2017 a échoué. Tristan Roulot et Denis Rodier imaginent cette très bonne histoire aux éditions Dargaud.

1934. Le Tsar de toutes les Russies est victime d’un attentat à la bombe. Il en est mort. Il faut souligner que le souverain a de nombreux ennemi parce qu’il avait réussi à mater la Révolution de 17 et exterminer tous les Bolcheviques.

Par deux fois auparavant, son fidèle Raspoutine aidé d’une vieille sorcière l’avait ramené à la vie. Pas cette fois-ci ? Après cet événement, les deux communiquent par miroirs interposés. La femme apprend au bras droit du souverain qu’un héritier au trône a échappé à son emprise. Il serait donc le dernier de Romanov…

Quelle belle saga historique ! Tristan Roulot (Irons, avec Luc Brahy) joue avec l’Histoire pour la modifier et l’enrichir. Son excellente uchronique est haletante, construite comme une bon polar. Pour réussir dans ce genre littéraire, il faut beaucoup se documenter pour que le récit puisse être le plus crédible. C’est le cas avec Arale. Il met en scène des personnages historiques ayant existé (les Romanov, Nicolas II, Raspoutine) et leur invente une existence différente de l’officielle.

Complots, combats, armée aux ordres, modifications génétiques sont au cœur de ce one-shot mis en image par Denis Rodier, auteur québécois spécialiste des super-héros (The Death of Superman, Captain America : Operation Rebirth, Star Wars, Tales of the Jedi : The Freedon Nadd Uprising ou encore Superman: The Death and Return of Superman Omnibus). Son trait réaliste convient à merveille pour restituer l’ambiance lourde du récit.

  • Arale
  • Scénariste : Tristan Roulot
  • Dessinateur : Denis Rodier
  • Editeur : Dargaud
  • Parution : 18 mai 2018
  • Prix : 14.99€
  • ISBN : 9782818944592

Résumé de l’éditeur : Les années 1930, en Russie : et si l’histoire en s’était pas passée comme prévue ? La Révolution russe a échoué et la Première Guerre Mondiale se poursuit, permettant de construire de nouvelles machines. C’est dans ce contexte original que nous découvrons Raspoutine devenu conseiller du Tsar. Suite à un attentat, ce dernier est plongé dans un coma profond. Raspoutine fait appel à un héros de guerre, Kyril, afin de transférer – à l’aide d’une étrange machine – l’esprit du militaire dans celui du Tsar, dans le but de réveiller le corps inerte du souverain et de sauver la Russie du chaos. Mais il va découvrir un monde irréel… Une uchronie audacieuse surprenante !

Dr Cataclysm, tome 1 : Le maître invisible

Space-opera étonnant et burlesque, Dr Cataclysm de Mortis Ghost ravira les amateurs de science-fiction mais aussi ceux de récits décalés et drôles.

Melon, Agrippa et Jonas se rendent sur la planète Soja grâce à leur vaisseau spatial Plescops. Dans ce lieu recouvert d’eau, ils tentent d’entrer en contact avec un client pour une livraison. Préférant explorer l’endroit, Jonas embarque sur un canot. Il aperçoit une jeune fille qui le met en joue et lui décoche une flèche d’or en pleine poitrine. Etonnament et malgré cette blessure, il ne meurt pas et peut même respirer sous l’eau. Il a changé physiquement, sa voix est plus grave, a des pouvoirs surnaturels et demande à être appelé Dr Cataclysm.

Non loin de là, des malfaiteurs avec à leur tête T. Thunder apprennent la nouvelle et se mettent en quête de retrouver Jonas

Complètement fou, le récit de Mortis Ghost est une étonnante bande dessinée de science-fiction. Cette saga originale mêle l’humour à l’action, indissociables du début à la fin de l’album. Tout est fait pour tenir en haleine les lecteurs – même si parfois celui-ci peut être perdu par le fourmillement des idées, donnant à cette histoire des atours barrés – des poursuites, des combats et même une braquage de banque.

La seconde partie de ce premier volume (sur 4) se déroulant quasi en huis-clos dans le Plescops rivalise de scènes burlesques.

Déjà publié sur les plateformes en ligne grandpapier.org et attaquesurprise.com, Dr Cataclysm bénéficie d’un dessin résolument moderne à l’encre qui permet à Mortis Ghost les plus belles fantaisies graphiques.

  • Dr Cataclysm, tome 1 : Le maître invisible
  • Auteur : Motis Ghost
  • Editeur : L’employé du moi
  • Parution : 12 avril 2018
  • Prix : 13€
  • ISBN : 9782368525593

Résumé de l’éditeur : Alors qu’il est en train d’effectuer une livraison avec son équipage sur une planète lointaine, Janos Cola reçoit en plein coeur une mystérieuse flèche d’or. Loin de le tuer, cet objet le transforme totalement et lui confère de mystérieux pouvoirs. Exalté par cette métamorphose, il devient « Dr Cataclysm ». Un morceau de la flèche d’or resté figé dans son corps va rapidement attirer les convoitises et un étrange cartel de malfaiteurs finit par le kidnapper. Tant bien que mal, son équipage se met alors à enquêter sur sa disparition. Ce petit groupe enthousiaste et désoeuvré, au coeur d’un vaisseau qui ressemble à une colocation des temps futurs, sillonne l’espace à la recherche d’un Dr Cataclysm insaisissable. De chapitre en chapitre, magnifié par un trait à l’encre rehaussé d’un lavis parfois sombre, ce récit empreint de fantaisie, d’humour et de mélancolie, prend des détours et nous laisse le temps de nous faire découvrir une galerie touchante de personnages, alternant les huis clos et les scènes de courses poursuites ! Bien que son travail fourmille de références, Mortis Ghost a construit un univers original qui lui est propre. Cette saga SF décalée et singulière est prévue en 4 tomes jusqu’à fin 2018.

Renjoh Desperado #1

Notre avis : La nouvelle série Renjoh Desperado est un véritable mélange des genres qui nous captive et qui donne une terrible envie de connaître la suite.

Dans un Japon aux allures de western, une mystérieuse et surpuissante vagabonde du nom de Monko parcoure ces terres hostiles. Armée d’un bras droit artificiel, elle est une redoutable et coriace adversaire. Mais elle est animée par une mission. Elle doit se trouver le meilleur mari du pays. Mais la quête sera difficile. Entre les ennemis qui n’attendent qu’à en découdre avec elle, les hommes qui ne sont pas à la hauteur de ses espérances et elle-même qui est une véritable lionne, on se demande bien quel sera l’être parfait pour elle…

Cette quête du grand amour dans un univers fantastico-western est une sympathique histoire. D’abord les graphismes sont superbes, les combats sont épiques et enfin l’héroïne est, bien que consternante, très attachante. Une série toujours en cours de Ahndongshik aux éditions Kurokawa (Silver Spoon, En scène) à dévorer de toute urgence.

  • Renjoh Desperado tome 1
  • Auteur : Ahndongshik
  • Editeur : Kurokawa
  • Parution : 12 avril 2018
  • Prix : 7,65 €
  • ISBN : 9782368525593

Résumé de l’éditeur : Elle s’appelle Monko. Corneille solitaire, âme vagabonde, magnifique voyageuse qui arpente les routes peuplées de bandits sanguinaires et de beaux gosses ténébreux… qui sont parfois un seul et même homme. Au cœur des landes sauvages où surgissent dangers et créatures fabuleuses, Monko suit le chemin qu’elle s’est tracé. Malgré ses dons à l’escrime, ce n’est pas la voie du Sabre qu’elle a choisi d’emprunter. Malgré son intelligence, ce n’est pas non plus la voie de la Sagesse.
En effet, la quête qu’elle poursuit est celle du mari parfait. Sa voie, c’est celle de l’Amour.