Les poupées sanglantes

Benoît Preteseille adapte avec une grande force Les poupées sanglantes, un roman méconnu de Gaston Leroux, publié aux éditions Atrabile. Envoutant !

Cofondateur des éditions Warum, responsable des éditions Ion, auteur de L’art et le sang et Marcel Duchamp, Duchamp Marcel, quincaillerie mais également souvent présent dans les numéros de la formidable revue Biscoto, Benoît Préteseille fascine par son univers, sa qualité de narration et son graphisme. C’est un génial auteur, un auteur à suivre.

Pour Les poupées sanglantes, l’auteur a décidé de faire percuter deux écrits de Gaston Leroux, La Poupée sanglante et La Machine à assassiner, publiés en 1923.

Lui est poète, homme laid et difforme. Elle, sa voisine, est belle, son idéal. Dolorès, puisque c’est son nom l’attire comme un aimant. Dans son obsession, il a décidé de la construire pièce par pièce à partir de mannequins. Les mains, la tête, les chaussures ou les vêtements, cet avatar doit ressembler à sa voisine. Étrange fascination !

De son côté, le mari de Dolorès a décidé de recréer sa femme mais lui à partir d’être humains décédés. Ce monstre de Frankenstein trouble au plus haut point, le couple. Étrange fascination !

Quant à la femme, elle a décidé de se faire opérer pour ressembler comme deux gouttes d’eau à son portrait qu’elle avait dessiné d’elle enfant. Étrange fascination !

Benoît Preteseille malaxe, triture les deux œuvres de Leroux pour en donner une bande dessinée forte, parfois âpre et teinté d’humour. Cet album formidable aborde ainsi le couple, l’amour, le désir, la frustration, la solitude, la vie, le temps qui passe, la vieillesse, le mythe de l’éternelle jeunesse mais également la créature de Frankenstein (le savant et son monstre).

Les poupées sanglantes est un très grand album, un cheminement artistique époustouflant et un travail narratif de premier plan. Le découpage est millimétré et le dessin teinté de rose, inquiétant.

  • Les poupées sanglantes
  • Auteur : Benoît Preteseille
  • Éditeur : Atrabile
  • Prix : 18 €
  • Parution : 05 juin 2020
  • ISBN : 9782924049594

Résumé de l’éditeur : Un homme au corps difforme épie sa voisine et vit son amour à travers des pièces détachées de mannequin ; un chirurgien, mari de la femme épiée, insuffle la vie à l’inanimé et créé de toutes pièces un homme nouveau ; un être sans âge change de peau, littéralement ; une femme refaçonne son physique pour ressembler à un autoportrait qu’elle avait dessiné, enfant ; voilà quelques-uns des personnages que l’on peut croiser dans Les Poupées sanglantes, un récit choral étourdissant à la narration polyphonique. Lancés dans un chassé-croisé un peu fou, les différents protagonistes, attachés à chaque fois les uns aux autres par un lien fort et tendu, évoluent dans une ambiance ouvertement fantastique et au parfum un peu rétro, qui semble évoquer aussi bien le Grand guignol, Frankenstein que les surréalistes. Récit mené tambour battant et réflexion sur la création et la puissance de l’art, Les Poupées sanglantes joue avec le lecteur et explore brillamment cette mince frange qui sépare le fantasme de la réalité, et le monde de sa retranscription.

Mimose et Sam

Qui a bien pu grignoter les feuilles de Basile, le basilic ? Pour découvrir l’auteur de ce méfait, Mimose et Sam enquêtent. Leur cheminement est décrit dans l’album de Cathon, édité par BD Kids. Sympathique !

Comme tous les matins, Sam le petit panda vient saluer Mimose la petite fille. Alors qu’il lui demande s’il peut manger les fraises de son jardin, Mimose entend des gémissements derrière les plantes. Le basilic est en panique. On vient de lui manger une partie des feuilles de sa chevelure. La coiffe de Basile est ruinée. Les deux amis décident alors d’enquêter pour savoir qui a bien pu grignoter le beau feuillage du basilic. Ils débutent leur interrogatoire par les insectes…

Destiné aux lecteurs à partir de 4 ans, Mimose et Sam est tout doux et gentillet. Si l’enquête est effrayante et sanglante – Basile a perdu une partie de son feuillage, mâchouillé pendant les nuits – il y a toujours de la bienveillance, de l’amour et de l’humour dans l’intrigue de Cathon. Si les investigations de la petite fille et du panda sont vaines et ne font pas trop avancer l’enquête, ils ne perdent pas espoir de découvrir le coupable. Ce premier volet de la série est aussi une très belle entrée en matière pour découvrir le polar et les récits d’enquête.

De la douceur des dessins de l’autrice québécoise aux animaux sympathique, tout est agréable dans Mimose et Sam. L’ambiance et les décors sont magnifiques et les personnages tout en rondeur, chaleureux. Cette belle histoire fantastique fait intervenir des humains, des insectes et des plantes pouvant tous communiquer entre eux.

Le volume de la série, Mimose et Sam à la recherche des lunettes roses, est prévue pour septembre. Une bonne nouvelle !

  • Mimose et Sam, tome 1 : Basilic en panique !
  • Autrice : Cathon
  • Éditeur : BD Kids, collection Mini BD Kids
  • Prix : 7.95 €
  • Parution : 10 juin 2020
  • ISBN : 9791036310119

Résumé de l’éditeur : « Où étiez-vous la nuit dernière? » Mimose et Sam ont lancé leur enquête. Ils veulent découvrir qui a grignoté les feuilles de leur ami Basile. Aucun des insectes interrogés n’admet être le coupable. Les deux amis doivent trouver des moyens pour le démasquer. Mais cela est plus facile à dire qu’à faire ! Il faudra user de beaucoup d’ingéniosité.

Love Corp

Lorsque deux âmes sœurs se croisent, leur bracelet vibre. Plus question d’être seul. L’idéal est au bout du poignet ! J. Personne et Lilas Cognet dévoilent Love Corp, un bel album autour de l’amour, édité par Delcourt.

Le professeur Léglise vient d’inventer un objet révolutionnaire : un bracelet capable de détecter son âme sœur. Il suffit d’entrer des données et d’attendre que la technologie opère. Fiable à 97%, il permet de tomber amoureux sans avoir besoin de chercher l’être aimé et de ne faire aucun effort.

C’est un raz-de-marée ! A peine sortis que les bracelets sont déjà en rupture de stock. Même le Pape y va de sa bénédiction ! Pourtant tout ne vas pas dans meilleur des mondes : Adèle Apremont tacle sévèrement l’invention et le pauvre Manu ne peut approcher la belle Margot

Quel très bel album ! Love Corp plait surtout parce qu’il aborde un fait universel qu’est l’amour. Au moment où nos vies sont de plus en plus connectées – souvent sans notre accord – un professeur mâche le travail des amoureux, pour le meilleur mais aussi pour le pire. A l’image du Profil de Jean Melville, les femmes et les hommes n’ont plus à réfléchir à rien, juste se laisser guider, en étant de plus en plus passif.

Alors que l’on répète à l’envi que l’amour ne se décrète pas, Love Corp imagine l’inverse. L’album de J. Personne aborde ainsi les thèmes de la solitude, de la séduction, de l’amour, des nouvelles technologies, du progrès qui s’imisce partout mais aussi des dérives que cela engendre. On est au-delà des applications et autres sites de rencontres, on croise et on « doit » alors se retrouver en couple. Que faire de ceux qui n’en veulent pas ? De ceux qui se plaisent dans le célibat ? Et les 3% d’erreurs ?

La partie graphique est sympathique et agréable. Les planches de Lilas Cognet sont superbes, proche de celles de Jacques Loustal.

  • Love Corp
  • Scénariste : J. Personne
  • Dessinatrice : Lilas Cognet
  • Éditeur : Delcourt
  • Prix : 17.50 €
  • Parution : 17 juin 2020
  • ISBN : 9782413015598

Résumé de l’éditeur : Lorsque le professeur Léglise invente un bracelet connecté qui vibre lorsque deux âmes soeurs sont à proximité, il ne se doute pas à quel point il va changer l’approche de l’amour. Manu l’étudiant trop timide, Emma la professeure lasse des relations foireuses ou Titi qui refuse qu’on lui dicte sa vie, vont en faire les frais pour trouver une réponse à la question : qu’est-ce que l’amour ?

Je t’aimerai toujours

Les éditions des éléphants dévoilent Je t’aimerai toujours, un livre jeunesse signé Robert Munsch et Camille Jourdy. Un très bel album sur l’amour éternel.

Aussi longtemps que je vivrai,

Toujours je t’aimerai

Jusqu’à la fin des temps,

Tu seras mon enfant

En Amérique du Nord, Je t’aimerai toujours est un classique de la littérature enfantine depuis sa publication en 1986. Signée Robert Munsch, l’histoire aborde le thème de l’amour filial d’une mère à son enfant. Cet héritage que l’on veut transmettre à nos descendants n’est jamais simple. En effet, tout au long de sa vie, un enfant peut énerver même le plus calme des parents.

Je t’aimerai toujours égrène les différentes moments de l’existence d’un homme (de sa petite enfance à sa vie de père). A chaque étape, la maman est passablement énervée par le bazar que laisse son garçon. Si elle pense que cela changera plus tard, à l’adolescence, cela n’a pas évolué dans le bon sens. Alors pour le calmer – et elle aussi – elle fredonne cette berceuse.

Ce livre est beau sous les crayons de Camille Jourdy. L’autrice de Rosalie Blum et Juliette les fantômes reviennent au printemps apporte cette touche de tendresse dans ce tourbillon de vêtements étalés par terre. Elle réalise de magnifiques illustrations pleine page aux couleurs éclatantes. Décidément, nous aimons le travail de Camille Jourdy qui nous avait accordé une interview à Saint-Malo en 2019. Lauréate de la Pépite BD du Salon du livre jeunesse de Montreuil et du Fauve jeunesse à Angoulême pour Les vermeilles, elle nous régale les yeux de ses dessins si beaux.

  • Je t’aimerai toujours
  • Scénariste : Robert Munsch
  • Dessinatrice : Camille Jourdy
  • Éditeur : Les éditions des éléphants
  • Prix : 13.50 €
  • Parution : 19 mars 2020
  • ISBN : 978-2372730716

Résumé de l’éditeur :

Aussi longtemps que je vivrai,
Toujours je t’aimerai.
Jusqu’à la fin des temps,
Tu seras mon enfant.
Une ode à l’amour éternel d’un parent pour son enfant.

Miss Davis

Figure iconique du militantisme afro-américain, Angela Davis voit sa vie mise en image par Sybille Titeux de la Croix et Ameziane Hammouche dans Miss Davis aux éditions du Rocher.

Difficile de résumer la vie d’Angela Davis. C’est la tache immense qu’ont voulu accomplir Sybille Titeux de la Croix et Ameziane Hammouche. Si les faits sont tous là, il faut vraiment bien s’accrocher pour absorber cet album. La faute à une masse d’informations et une construction narrative un peu lourde parfois. Le sujet est beau – comme avait pu l’aborder Pierre Perret dans sa magnifique chanson Lily – mais le rendu nous reste un peu sur l’estomac. La faute aussi à des voix off trop présentes. Il faut attendre la page 45 pour voir les premiers dialogues !

192 pages pour raconter une vie si tumultueuse, si forte et faite de combats universalistes tellement importants, était-ce assez ? Peut-être que la scénariste dont c’est le premier album aurait-elle du se faire épauler ?

Restent des moments de grâce et d’émotions lors des événements et discours d’Angela Davis. L’album est dense mais pas insurmontable. Il fallait un jour mettre en image le destin de l’activiste. Et rien que pour cela, nous sommes reconnaissants aux deux auteurs.

Le gros point fort est la partie graphique. Ameziane Hammouche livre une prestation de haut vol. Le traitement graphique de ses planches sont très orientés comics. Et cela fonctionne à merveille pour raconter la vie d’Angela Davis. L’auteur de Bagmen utilise avec doigté les hachures, les grands aplats de couleurs et les trames.

  • Miss Davis, La vie et les combats de Angela Davis
  • Scénariste : Sybille Titeux de la Croix
  • Dessinateur : Ameziane Hammouche
  • Éditeur : éditions du rocher
  • Prix : 19.50 €
  • Parution : 15 janvier 2020
  • ISBN : 9782268102658

Résumé de l’éditeur : Née en 1944 à Birmingham en Alabama, où sévissent la ségrégation raciale et les attaques du Ku Klux Klan, Angela adhère au Che-Lumumba Club en 1968 puis au Black Panther Party. La chasse aux communistes ainsi que le programme Cointelpro du FBI ne laissent pas de répit aux activistes afro-américains. Tous les groupes d’opposition sont infiltrés et surveillés. En 1970, suite à l’attaque du tribunal du comté de Marin, Angela Davis deviendra « l’ennemie public numéro un » et sera emprisonnée pour être condamnée à mort. Le « comité national uni pour la libération de Angela Davis » est alors créé. Le monde entier connaîtra son histoire et demandera sa libération.

Les trois petits coquins en vacances

Ida emmène ses trois petits singes en vacances. Un mauvais choix ? Quentin Blake et Emma Chichester Clark dévoilent leurs péripéties dans Les trois petits coquins en vacances, édité par Gallimard.

Ida Delahuppe part en vacances chez sa mère. Mais elle n’est pas accompagnée de son chat, de son chien ou de son canari. Non ! Elle emmène avec elle, ses trois petits singes : Tim, Sam et Lulu. Cet endroit idyllique ne peut que convenir à tout le monde. Mais c’était sans compter sur les trois petits coquins !

A peine le dos tourné pour s’absenter un court moment, les singes dévastent tout sur leur passage. Ils aiment s’amuser avec les objets de mémé…

Quand l’immense artiste Quentin Blake (Dinomir, les livres de Roald Dahl) rencontre la talentueuse Emma Chichester Clark, cela ne peut donner qu’un merveilleux livre jeunesse ! Le premier au scénario, la seconde au dessin. Ce que l’on aime chez Blake, c’est sa folie douce, sa folie enivrante, cette folie que l’on aime suivre jusqu’au bout du monde. Dans Les trois petits coquins en vacances, il imagine un tourbillon lorsque Lulu, Sam et Tim jouent. L’auteur n’hésite pas à montrer toutes les petites bêtises gentillettes faites par ce trio si mignon. Pas d’éclats de voix ni de colère lorsque mamie et Ida constatent les dégâts. Et s’il fallait laisser libre court à l’imagination folle des enfants ?

La partie graphique est belle. Emma Chichester Clark réalise de très jolies illustrations pleine page aux superbes couleurs chatoyantes. On apprécie les images qui se détachent des planches, comme si certains objets étaient collés.

  • Les trois petits coquins en vacances
  • Scénariste : Quentin Blake
  • Dessinatrice : Emma Chichester Clarke
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Prix : 14.90 €
  • Parution : 11 juin 2020
  • ISBN : 978-2075138109

Résumé de l’éditeur : Certains ont des chats, d’autres des chiens. Ida Delahuppe, elle, a trois petits singes, adorables mais… turbulents ! La vie avec eux n’est pas de tout repos, alors elle décide de passer quelques jours au calme chez sa mère, à la campagne. Les trois petits singes sauront-ils se tenir tranquille dans la grande maison près de la rivière ?

Le mouchequetaire

Une mouche qui sème la pagaille partout où elle passe, c’est le propos de Le mouchequetaire, un album doucement fou d’Antonin Buission aux éditions Pow Pow.

Exercice de style plutôt réussi, Le mouchequetaire met en scène une mouche qui sème la zizanie dans la ville de Montréal. Rien ni personne ne peut l’arrêter. Le maire ? Non ! La police ? Encore moins !

« Au fin fond de la terre, veille celui que le gouvernement appelle quand il n’est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : le Mouchequetaire ! » (air connu)

Il arrive alors armé de son masque et de son épée. Mais réussira-t-il à sauver la ville en la débarrassant de cette drosophile folle ?

En 220 pages, Antonin Buisson laisse toute son imagination fertilevagabonder pour développer les péripéties de ce Mouchequetaire. A l’image des grands anciens de l’Association (Lewis Trondheim, José Parondo…), il livre des scènes déjantées et souvent drôles. Tout est là : gags visuels et dialogues savoureux ! Si parfois cela tire un peu en longueur, on apprécie néanmoins cette folie-douce.

  • Le mouchequetaire
  • Auteur : Antonin Buisson
  • Éditeur : Pow Pow
  • Prix : 19 €
  • Parution : 05 juin 2020
  • ISBN : 9782924049594

Résumé de l’éditeur : Une mouche envahit la ville de Montréal, le maire fait appel au Mouchequetaire.

Au-delà des étoiles

Six adolescents d’un quartier se retrouvent autour d’une même passion : la danse hip hop. Naissance d’un crew est le premier tome d’Au-delà des étoiles, une série signée Cee Cee Mia et Lesdeuxpareilles chez Dupuis.

Kam est le boss. Il distille avec tac des conseils lors des entrainements de break et de hip hop. Autour de lui, il y a Eli et Marwa, les filles et Sami, un peu trop proche de dealers. Il y a aussi Kub le footballeur et Finley le basketteur. Tous tentent à un moment ou à un autre de danser. Les cinq sont alors rejoints par Synapse, au passé trouble. A eux six, ils forment Les étoiles, un groupe de hip hop qui veut toucher justement les atteindre…

Rafraichissante et très moderne, ce premier volume de Au-delà des étoiles plaira au jeune lectorat. Danse, premiers émois, amour, adolescence et migrant sont au cœur de cette sympathique histoire. Les embrouilles ne sont jamais loin dans ce quartier des étoiles où les cinq ami.es ont grandi.

Si le scénario de Cee Cee Mia ne révolutionne pas le genre (on lui préférera Emma et Capucine, sur la danse et l’adolescence), il remplit son rôle : passer un bon moment de lecture. Les personnages sont très marqués et les jeunes lecteurs pourront facilement s’identifier à eux. Car il n’y a pas que la danse et les amourettes dans ce premier volume, il y a des thèmes contemporains qui attirent comme un aimant.

Lesdeuxpareilles livrent une partie graphique bien dans l’air du temps. Les deux sœurs jumelles déploient leur talent dans des planches dynamiques et modernes, tout en rondeur, dans les pas d’Arthur de Pins.

  • Au-delà des étoiles : La naissance d’un crew
  • Scénariste : Cee Cee Mia
  • Dessinatrices : Lesdeuxpareilles
  • Éditeur : Dupuis
  • Prix : 12.50 €
  • Parution : 12 juin 2020
  • ISBN : 9782800174259

Résumé de l’éditeur : Dans le quartier des étoiles, Eli, Marwa, Sami, Finley et Kub ont tous grandi ensemble. Si Kub aime le foot et Finley le basket, Eli et Marwa sont les deux meilleures amies du monde tandis que Sami trempe dans des histoires de deal. Tous se retrouvent autour de l’amour du break et du hip hop en suivant les entraînements de Kam. Ils sont bientôt rejoints par Synapse, un nouvel arrivant dans la cité, lui aussi atteint par le virus de la musique et du beatbox. Mais Synapse est réfugié syrien, il doit aussi veiller sur sa mère traumatisée par la guerre et terrorisée de voir son fils traîner dans la rue.

Sixtine, tome 3 : Le Salut du pirate

Après L’or des aztèques et Le chien des ombres, Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac poursuivent les aventures de Sixtine dans un troisième volume fort, angoissant et rythmé, Le Salut du pirate.

Alors qu’ils étaient poursuivit par le chien des ombres, Sixtine, Martin et Sophie ne veulent pas sortir de la pièce secrète du père de Sixtine où ils se sont cachés. Après quelques tensions, les trois amis poussent la porte et se retrouvent alors dans la maison de la première.

Sonia, la mère de Sixtine, est surprise du bazar chez elle. Après un peu de rangement, elle propose à Martin et Sophie de rester dormir. La soirée est très tendue entre eux. Pire, le lendemain, la jeune adolescente s’en prend à ses amis fantômes qui veillent sur elle. Elle est furieuse contre eux : ils ne lui ont jamais dit la vérité sur son père;  qu’il était aussi comme eux, un esprit. Elle les chasse alors de sa vie.

Dans ce troisième opus de la série, rien ne va plus pour l’héroïne de l’histoire… Sixtine est en colère contre ses amis et contre ses protecteurs, les fantômes. Frédéric Maupomé confronte son personnage de papier à l’adolescence, celle de l’affirmation de soi, de la quête d’identité et du rejet de l’autorité. On lui a caché la vérité et elle est énervée, cela se comprend. A fleur de peau, elle « dégage » les fantômes comme Martin et Sophie de sa vie. La solution a ses problèmes est-elle à chercher du côté de son grand-père, le libraire ?

Comme à son habitude dans ses publications, le scénariste de Supers malmène ses personnages principaux, ne les laissent pas s’endormir sur leurs lauriers. Ils les confrontent aux autres, à la dure réalité de la vie et c’est ce qui les fait grandir, plus ou moins facilement d’ailleurs. Cette quête d’identité, celle pour retrouver ses racines, Sixtine la prend de plein fouet. L’absence, celle du père, est forte dans cette série fantastique. L’absence – des parents dans Supers, des adultes dans Anuki – est un thème récurent chez Frédéric Maupomé. Il lui permet de mettre les enfants et les adolescents en face de problèmes parfois délicats mais jamais insurmontables.

Si l’on aime Sixtine, c’est aussi pour sa partie graphique. Aude Soleilhac est de plus en plus à l’aise avec cet univers. Ses personnages sont d’une belle modernité, emplis de vie. Il y a du mouvement dans ses planches et c’est très agréable. Les couleurs sont encore plus belles que dans les deux premiers opus de la série. Enfin, quel plaisir pour nos yeux en regardant les décors de l’album : là, des feuilles rougeoyantes, ici le mobilier chez la vieille dame, plus loin les rayonnages de la librairie.

Sixtine 3 : encore un beau volume, fort et délicat !

  • Sixtine, tome 3 : Le Salut du pirate
  • Scénariste : Frédéric Maupomé
  • Dessinatrice : Aude Soleilhac
  • Éditeur : La Gouttière
  • Prix : 13.70 €
  • Parution : 24 janvier 2020
  • ISBN : 9791092111989

Résumé de l’éditeur : Coincée dans la pièce secrète de son père, Sixtine découvre le monde des ombres, accompagnée de ses amis, Martin et Sophie. Mais la jeune fille est surtout concentrée sur les secrets qui se dévoilent à elle… Elle comprend que les pirates lui ont caché beaucoup de choses. En colère, elle ne veut plus les voir et , petit à petit, s’isole.

Lendemain de cuite avec Lucrèce

Les éditions 6 pieds sous terre dévoilent Lendemain de cuite avec Lucrèce, le nouvel album humoristico-philosophique de Denys Moreau, dans la collection Classiques du Monotrème.

Le réveil est difficile pour le héros de l’album. Après une soirée très alcoolisée, il découvre le livre de Lucrèce, De la nature des choses, sur la couette de son lit. Il ne sait pas pourquoi il a atterri là, ni à qui il appartient. Surprenant car il ne l’a jamais vraiment lu.

Tout marche de travers ce matin-là. Son chauffage est tombé en panne. Il décide alors de se recoucher et de se plonger la lecture de ce livre. Lui revient en mémoire l’étude de De rerum natura au lycée. Son professeur de philosophie présentait d’ailleurs l’auteur ainsi : « Dans ce livre, il y a tout ! Lucrèce est un esprit les plus brillants de son époque : à la lecture de ce texte, vous découvrirez qu’il n’a rien à envier aux scientifiques d’aujourd’hui. Et quel style ! ».

Après Spinoza, un kif compliqué, Denys Moreau poursuit sa plongée dans un nouvelle œuvre philosophique, celle de Lucrèce, De la nature des choses. Poète philosophe latin du Ier siècle avant notre ère, il est l’auteur d’un seul ouvrage en six partie De la nature des choses. Ce long poème décrit le monde selon les préceptes d’Epicure (tout ce qui existe est composé d’atomes invisibles, le souverain bien est le plaisir). Disciple de ce dernier, Lucrèce défend ses écrits avec ardeurs et fonde une école philosophique, l’épicurisme.

Denys Moreau s’empare de ce texte, le confronte à son narrateur, qui voit alors sa vie sous le prisme de Lucrèce. Le personnage suit des étapes de compréhension de lui-même par le prisme de l’auteur latin. Sous ses faux airs de comédie, tout y est documenté et tout y est savamment orchestré.

  • Classiques du Monotrème : Lendemain de cuite avec Lucrèce, Huis-clos matérialiste segmenté en a peu près six étapes
  • Auteur : Denys Moreau
  • Éditeur : 6 pieds sous terre
  • Prix : 10 €
  • Parution : 18 juin 2020
  • ISBN : 9782352121558

Résumé de l’éditeur : Ainsi s’ouvre le nouveau livre de Denys Moreau : un matin au réveil, une partie de la soirée précédente échappe à la mémoire du narrateur. Il est assailli par de terribles symptômes touchant aussi bien au corps qu’à l’esprit. dans son lit se trouve… Lucrèce. enfin métonymiquement, puisque c’est le texte De la nature des choses qui partage ses draps. Vous l’avez compris, notre conteur a la gueule de bois, confirmant ainsi le titre : Lendemain de cuite avec Lucrèce. Il nous emmène naviguer dans le texte philosophique (avec des vrais morceaux de Lucrèce dedans), slalomant entre les affres de son indisposition, et menant une enquête digne d’un épisode du commissaire Maigret. Si le suspense qui tend l’intrigue préserve entièrement le mystère, la chute relève d’une logique implacable.

Dans l’ombre de Don Giovanni

Qui était Lorenzo Da Ponte ? Un ecclésiastique ? Un écrivain pour Mozart ? Le fondateur du Metropolitan Opera ? Un peu de tout cela ! Pour découvrir la vie romanesque de cette homme multiple, Clément Baloup et Eddy Vaccaro se sont accordés pour créer Dans l’ombre de Don Giovanni, un très bel album La Boîte à Bulles.

A travers 96 pages enlevées, accrocheuses et intrigantes, Clément Baloup met en scène la vie des plus tumultueuses de Emanuele Conogliano, devenu plus tard Lorenzo Da Ponte. Recueilli dans un monastère de Venise, c’est le père supérieur qui lui donna ce nouveau nom. Il entre au séminaire et devient abbé. Le récit de l’auteur du merveilleux Mémoires de Viet Kieu est d’une belle intelligence et navigue entre plusieurs époque de sa vie, allant et venant dans une structure non chronologique. Les lecteurs suivent à un rythme effréné les aventures et les frasques de cet homme hors du commun.

Son premier fait de gloire, il l’obtient en écrivant le livret de Don Giovanni, l’opéra de Mozart. Se basant sur la vie de Casanova, son ami, il sublime la pièce de Molière. Il poursuit son chemin de librettiste avec d’autres récits qui donneront des opéras. Auparavant, il aura aussi écrit pour le même compositeur Les noces de Figaro. Il fit de même pour Salieri ou Soler.

Avant tout cela, Da Ponte aura été poète impérial pour Joseph II, empereur à Vienne. Puis après ses succès musicaux, il doit quitter l’Italie pour les États-Unis où il veut faire rayonner la culture italienne en Amérique et créa notamment le Metropolitan Opera.

Dans l’ombre de Don Giovanni : c’est fou, c’est beau, c’est enchanteur et c’est prenant. Pour accompagner le scénariste, Eddy Vaccaro réalise de superbes planches à l’aquarelle. L’auteur de Les gueules rouges, Mobutu dans l’espace et Les racines de la colère nous fait ressentir tout le tourbillon de la vie de Da Ponte, mais aussi les ambiances de toutes les villes qu’il traverse (Venise, New York, Londres, Vienne…).

  • Dans l’ombre de Don Giovanni
  • Scénariste : Clément Baloup
  • Dessinateur : Eddy Vaccaro
  • Éditeur : La Boîte à Bulles
  • Prix : 20 €
  • Parution : 29 mai 2020
  • ISBN : 9782849533659

Résumé de l’éditeur : New York 1810, Lorenzo Daponte, un vieux vénitien juif converti au catholicisme, émigré sans le sou, se met en tête de faire découvrir la culture italienne et l’opéra aux Américains. C’est ainsi que, dès 1826, grâce à Daponte et à la création du Metropolitan Opera, Mozart est devenu célèbre outre-Atlantique. Lorenzo, né Emanuele Conegliano, n’est rien moins que le librettiste des opéras Don Giovanni, Cosi fan tutte et Les noces de Figaro. Il a connu gloire puis disgrâce à Venise Vienne, avant d’émigrer à New York en passant par Londres. Et s’il est resté dans l’ombre du célèbre compositeur, il a pourtant marqué l’Histoire en se faisant le trait d’union entre le libertin Casanova, son mentor, le génial Mozart, son ami, et le créateur du Père Noël Clément C. Moore, son disciple et mécène. Un ouvrage remarquable sur cet homme de lettres à la destinée extraordinaire.

Köllwitz 1742

Les éditions Mosquito poursuivent leur travail de mémoire autour de l’œuvre de Sergio Toppi avec la publication de Köllwitz 1742, un très beau recueil en noir et blanc.

Après Colt Frontier, voici le nouvel album de Sergio Toppi aux éditions Mosquito. Au sommaire, quatre histoires courtes éditées entre 1977 et 1993.

  • Köllwitz 1742 (publié en 1977). Un général d’armée se révèle être un très bon meneur d’hommes. Grand seigneur, il ne fait pourtant pas partie du même monde que ses soldats qu’il envoie à la guerre. Quel est son secret ?
  • Tell El Aqqaqir (publié en 1977). En 1943 dans le désert, deux hommes se rendent auprès d’un char pulvérisé par la guerre. Ils commencent à récupérer des pièces de l’engin…
  • Cette chose qui chemine à mon coté (publié en 1980). Dans un petit village campagnard vietnamien, un jeune garçon raconte l’arrivée de soldats…
  • Nahim (publié en 1993). Une grand-mère et son petit-fils tentent de fuir la guerre, les bombardements et les soldats. Leur route est jonchée de corps et de ruines…

Pour ce recueil de quatre histoires courtes, la thématique centrale est la guerre. Celle des petites gens, celle qui ruine, qui tue et qui avale les personnalités. Même s’il y a un général, les héros sont des personnes du peuple, celles qui subissent et qui ne demandent rien que de pouvoir survivre.

Nous sommes toujours autant impressionnés par le dessin si beau de Sergio Toppi, décédé en 2012 à l’âge de 79 ans. Son trait en noir et blanc est d’une telle puissance qu’il fascine. Il possède un don extraordinaire pour les visages. Il suffit de prendre le temps de regarder les yeux et les expressions pour tomber sous le charme de ses héros de papier.

  • Köllwitz 1742
  • Auteur : Sergio Toppi
  • Éditeur : Mosquito
  • Prix : 14 €
  • Parution : 05 juin 2020
  • ISBN : 9782352835356

Résumé de l’éditeur :

Des champs de bataille du roi de Prusse à la guerre civile en Yougoslavie, quatre moments de folie meurtrière. Avec une pointe de fantastique, Toppi dénonce la bêtise sanglante de la guerre.