L’âge d’eau

L’exil climatique de deux frères à cause de la montée de eaux est relaté dans L’âge d’eau, un merveilleux album de Benjamin Flao. Un coup de coeur !

La montée des eaux est inexorable. La population est parquée dans de grands territoires entourés de digues. Ceux qui vivent encore en dehors de ces zones s’adaptent en se déplaçant mais l’état cherche à les obliger à rejoindre des « centres d’hébergements ». Hans et Groza, deux frères, préfèrent, quant à eux, se déplacer et s’adapter en vivant au milieu de la nature. Accompagnés d’un mystérieux chien bleu, ils recherchent un lieu « hors digues » où ils pourraient vivre en paix avec leur mère…

Il y a des auteurs qui vous marquent d’une manière ou d’une autre et Benjamin Flao en fait partie. Je l’ai découvert les yeux émerveillés avec le magnifique Kililana song puis dans Essence et enfin dans Le secret de Zara. Son univers graphique me transporte inexorablement ailleurs à chaque lecture. Pour ce diptyque l’auteur nous plonge dans un futur qui nous semble si proche. Cette dystopie nous parle d’écologie, de montée des eaux, de pressions politiques et surtout de privation des droits fondamentaux qui entourent cette situation.

L’âge d’eau est une lecture engagée donc, mais pas seulement, une lecture avant tout humaine, belle, avec une grande poésie dans sa manière de construire le scénario. Comme toujours, l’auteur nous régale en jouant avec son graphisme. Il alterne entre de magnifiques tableaux poétiques et des bulles où se construit son histoire. Un nouveau coup de cœur en ce début d’année qui me réserve de bien belles surprises.

  • L’âge d’eau, livre premier
  • Auteur : Benjamin Flao
  • Éditeur : Futuropolis
  • Parution : 12 janvier 2022
  • Prix : 22 €
  • ISBN : 9782754831178

Résumé de l’album : Nous sommes en France, l’eau est montée et il n’y aura pas de décrue. Face à ce nouveau phénomène, beaucoup de populations sont déplacées et survivent comme elles peuvent sur les terres émergées ou apprennent « à flotter ». Les grandes villes, comme les grands pôles industriels, sont, quant à eux, systématiquement entourés de digues et soumis à des normes sanitaires. Face à l’insalubrité potentielle de ces modes de vie « hors des digues » et au danger qu’ils représentent, les autorités invitent ces populations à venir rejoindre au plus vite les centres d’hébergement d’urgence construits à la chaîne, sous peine de perdre certains de leurs droits citoyens. Une famille, qui a vu son habitat noyé par la montée des eaux, refuse d’obéir à l’injonction gouvernementale. Ils vivent sur une maison flottante. Jeanne, la mère, préfère cette liberté. Jeanne a deux fils, Hans et Groza, et un chien médium. Groza, un ancien CRS, traumatisé par son passé, ne parle plus que par onomatopées et a développé l’étrange manie de vouloir régler tous les problèmes. Hans vit une séparation douloureuse avec la mère de sa fille Vinee. Ils cherchent un lieu émergé où ils pourront vivre en paix, et sont prêts à lutter contre la nature déchaînée mais aussi contre les hommes, capables des pires bassesses pour survivre à ce monde en mutation. Un récit d’anticipation aux préoccupations très actuelles et personnelles, dont les deux tomes nous mènent dans des Pays de la Loire noyés par la montée des eaux.

Saint-Elme 2

Serge Lehman et Frederik Peeters dévoilent le deuxième volet de Saint-Elme, un magnifique polar publié par les éditions Delcourt.

Sangaré est bien mal au point et surtout il est dans une très mauvaise posture. Mme Dombre, inquiète, n’arrive pas à joindre le mystérieux frère de l’enquêteur et on se demande bien s’il arrivera à temps. La petite fille, sauvée dans le premier épisode, continue à dessiner avec du sang un sigle étrange. Le père de Romane Mortens parle seul dans sa chambre à moins que….

Après un premier tome qui posait les bases d’une intrigue qui promettait de nous surprendre, les auteurs en remettent une couche, enfin même une grosse couche. Ce second tome est encore plus exaltant que le premier. Le scénario est toujours aussi haletant et la mise en images vient nous percuter avec encore plus de force. Tous les personnages prennent de l’ampleur.

Encore plus… C’est ce qui qualifie ce second tome, il est plus fort, plus intense, plus intrigant, plus plus plus…. Mais quel pied !!!! J’attendais énormément de cette série avec un premier tome prometteur et bien le second dépasse tout simplement toutes mes attentes… Mais jusqu’où les auteurs vont-ils aller ?

Saint-Elme est nommé en sélection officielle au FIBD 2022.

  • Saint-Elme, tome 2 : L’avenir de la famille
  • Scénariste : Serge Lehman
  • Dessinateur : Frederik Peeters
  • Éditeur : Delcourt
  • Parution : 12 janvier 2022
  • Prix : 16,95€
  • ISBN : 9782413043096

Résumé de l’album : Franck Sangaré est aux mains des Sax, la famille qui a pris le contrôle de Saint-Elme, et son frère Philippe tarde à répondre aux appels angoissés de madame Dombre. Pendant ce temps, à l’auberge de la Vache Brûlée, Romane Mertens apprend à tirer au pistolet avec Paco tandis que son père passe ses journées à parler seul dans sa chambre… Tout seul, vraiment ?

Parias

Paris sous les pinceaux de Boris Beuzelin et Tony Emeriau, ça pulse ! Dans la capitale, la peste bleue s’installe et une ligue d’anti-héros va se créer. Une aventure sympathique et enlevée !

Paris-La Nouvelle, 1896. Alors que le pays se remet, bon an, mal an, d’une guerre civile, un nouveau fléau frappe la population. La lèpre bleue ! Sournoise, elle ne laisse aucune chance à ceux qui la contracte.

Hôpital Saint Pierre de Sébaste, dans la capitale. Deux éminents chercheurs s’interrogent : comment est-il possible qu’une jeune femme, sans protections auprès des malades, n’attrape pas la maladie ? En deux ans, rien ne l’a atteint. Pourquoi ? Serait-elle une surfemme ?

Déboule alors une équipe avec un homme en scaphandre surdimensionné. C’est le carnage. Pire, l’infirmière mystérieuse se repaît du sang des victimes. Elle est alors emmenée de force et se retrouve derrière la vitre d’une cellule. Autour d’elle, d’autres silhouettes étranges. Et si cette unité était en train de former une ligue…

Parias, et si c’était leur force ?

Ayant bénéficié d’une campagne de financement participatif, Parias est une très belle surprise ! Les lecteurs sont plongés dans une très bonne histoire mâtinée de steampunk et autre uchronie. Loin de ses univers jeunesse (Julio Biscoto, Félicie Trouille), Tony Emeriau s’en donne à cœur joie dans cette intrigue enlevée et haletante. Il y a là des personnages bien campés. Des anti-héros formant une ligue pour protéger un notable de la ville. Notable qui se déplace en mini-char, ayant quelques similitudes avec le Professeur Xavier des X-Men. Là s’arrête la comparaison et le clin d’œil ? Non, car les membres de la ligue sont rejetés par la société, tels des Parias. Se méfiant les uns des autres, ils seront embarqués dans la même galère. Ajouter à cela, des mouvements libertaires et anarchistes qui rôdent encore dans Paris-La Nouvelle, et l’on obtient un premier volume – sur 4 – prometteur.

Après le magnifique Peter Dillon, Boris Beuzelin s’attaque à un univers steampunk qui pulse, et cela lui va super bien ! Son dessin semi-réaliste est très beau. On aime beaucoup ses tramages de couleurs.

  • Parias, tome 1/4 : Contraints et forcés
  • Scénariste : Tony Emeriau
  • Dessinateur : Boris Beuzelin
  • Éditeur : Komics Initiative
  • Parution : 25 juin 2021
  • Prix : 22 €
  • ISBN : 9782491374105

Résumé de l’album : Le renouveau du Steampunk A la fin du XIXe siècle, la France panse encore ses plaies alors quun nouveau fléau sabat sur elle : la lèpre bleue. Cest à cette période que cinq personnes apparaissent, chacune dotée de capacités hors du commun. Qui sont-elles ? Quel est leur but ? Vous aimez les X-Men, Lady Mechanika, Hellboy, Umbrella Academy, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires et La Brigade Chimérique ? Découvrez les premières aventures dune équipe de superhéros, pas comme les autres. Une création originale Komics Initiative.

La servante écarlate

Renée Nault a décidé d’adapter La servante écarlate, le roman best-seller de Margaret Atwood. Une bande dessinée formidable !

Defred est une servante écarlate, son rôle est simple… Être une poule pondeuse pour les hauts dignitaires, les commandants. Avant, les femmes étaient libres.. mais il y a eu les attentats et petit à petit le monde a basculé vers la privation des droits… Maintenant la société est régie par les hommes, les femmes ne sont plus libres… elles sont devenues … des esclaves sexuelles…

Ce n’est pas nouveau, j’aime les dystopies et celle-là ne va pas me faire changer d’avis, bien au contraire. Ce roman graphique est une adaptation du roman à succès de Margaret Atwood publié en 1985 et traduit en français en 1987. Côté histoire, on a tout ce qui fonctionne dans une dystopie, un fond vraisemblable qui nous rattache à des faits présents et une histoire qui se radicalise (comme pour 1984 auquel je n’ai pas pu m’empêcher de penser). Mais pour une adaptation, on a beau avoir une histoire bien écrite, il faut aussi qu’elle soit bien adaptée pour que ce ne soit pas insipide. Renée Nault a su s’emparer de ce roman en utilisant et en jouant sur la forme, les couleurs, les dessins, la mise en page pour que le lecteur soit totalement immergé dans ce récit.

La servante écarlate : Une vraie réussite, un grand bravo à Renée Nault qui m’a totalement conquis tant graphiquement que scénaristiquement.. C’est fort, c’est sombre, c’est vraisemblable. Bref une très très belle lecture de 2021.

  • La servante écarlate
  • Autrice : Renée Nault, d’après le roman de Margaret Atwood
  • Éditeur : Robert Laffont
  • Parution : 28 octobre 2021
  • Prix : 23 €
  • ISBN : 9782221250389

Résumé de l’album : Dans la république de Galaad, les femmes n’ont plus aucun droit. Vêtue de rouge, Defred est une « Servante écarlate » à qui l’on a ôté jusqu’à son nom. Réduite au rang d’esclave sexuelle, elle a été affectée à la famille du Commandant et de son épouse et, conformément aux normes de l’ordre social nouveau, met son corps à leur service. Car à une époque où les naissances diminuent, Defred et les autres Servantes n’ont de valeur que si elles sont fertiles. Sinon… Dans une description d’une force peu commune, Defred se remémore le monde d’avant, quand elle était une femme indépendante, jouissant d’un emploi, d’une famille et d’un nom à elle. Aujourd’hui, ses souvenirs et sa volonté de survivre sont de véritables actes de rébellion.

C’est mon p’tit doigt qui me l’a dit

Etre abusée sexuellement par son père à l’âge de 11 ans, cela laisse forcément des traces indélébiles. Samboyy décrit ce traumatisme dans C’est mon p’tit doigt qui me l’a dit, une autobiographie bouleversante aux éditions Leduc Graphic.

La petite Sam est née d’un croisement entre un Playmobil et d’un maman aimante. Quelques années plus tard, ses parents se disputent puis se séparent. La vie est belle dans les bras de celle qu’elle aime par dessus tout et, qui plus est, n’est rien que pour elle maintenant. Mais vient le temps où sa belle et tendre maman se remet en couple. Une nouvelle vie s’ouvre, celle d’une famille recomposée. Alors que Sam s’apprête à avoir un petit frère, celui qui est censé prendre le rôle de la figure paternelle bienveillante et protectrice, devient le pire des prédateurs et abuse sexuellement de Sam. Sa mère si importante à ses yeux, ne la soutient pas ou peu, et pire se range du côté de celui avec qui elle vit. Elle n’est protégée par personne… S’en suit une longue descente aux enfers… Pour aller mieux, elle devra aller au bout de très longues démarches personnelles et juridiques…

Vous connaissez probablement la page instagram de Samboyy, moi en tous cas je la suis depuis un long moment. Elle nous raconte sa vie toujours avec humour. Son dessin est reconnaissable entre tous et c’est une très grande force. Pour cette BD, elle nous parle de sa vie, elle qui vient tout juste d’avoir 40 ans et surtout de l’inceste dont elle a été victime. Un sujet fort, douloureux et bouleversant. Elle nous explique comment elle essaie de se reconstruire au jour le jour, avec l’appui de ses proches. Elle n’oublie pas, malgré le sujet, d’ajouter une pointe d’humour et de légèreté. Cela permet de mieux faire passer des messages et ils sont nombreux.

Une autobiographie très forte, qui ose aborder ce sujet à travers son expérience. Une lecture nécessaire pour ouvrir la parole et faire en sorte d’être enfin soutenu(e), pour qu’un jour, cela n’arrive plus. Merci Sam du fond du cœur.

  • C’est mon p’tit doigt qui me l’a dit
  • Autrice : Samboyy
  • Éditeur : Leduc Graphic
  • Parution : 12 janvier 2022
  • Prix : 20 €
  • ISBN : 979-1028523169

Résumé de l’album : « Je suis née dans une famille a priori normale et sans histoire. Mais, un jour, tout bascule : mon beau-père abuse de moi et me fait vivre un enfer pendant plus d’un an. Comment trouver la force de parler quand on n’a que 11 ans ? Je la trouve cette force pourtant, mais ma parole est bafouée et mon vécu nié. Comment une famille en apparence aimante a pu transformer ma vie en une succession d’angoisses et de souffrances ? Comment survivre et se reconstruire après ça ? »

Un visage familier

Dans un monde où tous les corps sont augmentés, une salariée du gouvernement disparait. Michael DeForge décrit un futur non-désirable dans Un visage familier aux éditions Atrabile.

Il est comme ça, Michael DeForge, toujours à titiller notre conscience, à nous interroger sur le monde qui nous entoure. Mais souvent, si ses histoires sont géniales, ça fait mal au plus profond de nous. Après des fourmis cherchant de la nourriture dans La fourmilière, les 14 mini-récits de Dressing, l’homosexualité d’un jeune ado dans Big Kids ou la surmédiatisation dans Brat, il imagine Un visage familier, encore un formidable album, subtil, intelligent et beau graphiquement.

S’il fustige la course effrénée vers toujours plus de progrès technologique, Un visage familier n’est pas si manichéen qu’il n’y parait. A travers cette employée – inutile ? – du gouvernement, Michael DeForge parle aussi de déshumanisation, des relations par un tiers, sans être directes. Qui sont les gens autour de nous ? Qui dirige les machines, quelles sont leurs vraies fonctions ?

Tous les matins, les habitants sont rebootés, les plongeant dans un total désarroi parce que ne savant plus trop où ils en sont. Alors que ces changements nocturnes devaient leur donner un maximum de capacité, cela était tout autre; bouleversant et déstabilisant…

Tout est fascinant et repoussant dans cet univers d’Un visage familier. Les descriptions sont folles et chirurgicales. Michael DeForge brosse le portrait réaliste (?) de ce qui pourrait nous arriver dans quelques décennies ? Peut être. Mais on a vraiment pas envie de le connaître ce monde si froid. On est toujours autant bluffé par le dessin de l’auteur canadien. Son trait original et unique nous charme. Ses personnages filiformes conviennent parfaitement avec le propos de son récit.

  • Un visage familier
  • Auteur : Michael DeForge
  • Editeur : Atrabile
  • Prix : 17 €
  • Parution : 05 novembre 2021
  • ISBN : 9782889231096

Résumé de l’éditeur : « Chaque année, nos corps étaient un peu plus optimisés. Mais optimisés comment? Il était impossible de le dire. Nos villes aussi avaient été optimisées, au point de se muer en machines minutieusement réglées et diablement efficaces. Mais efficaces comment? ». Marchant sur les traces d’un Georges Orwell ou d’un Aldous Huxley, Michael DeForge décrit dans Un Visage familier une dystopie inquiétante, un monde futuriste où règne une forme de dictature de la technologie. Dans ce monde, les routes, les villes, mais également leurs habitants, sont régulièrement «updatés»; d’un jour à l’autre les immeubles changent de forme et place, les chemins ne mènent plus aux mêmes destinations, et les êtres humains se réveillent avec des visages différents, des côtes en moins ou des jambes en plus.

Tassili

Au Paléolithique, Djané est une femme libre. Son parcours est conté dans Tassili, un bel album de Maadiar et Fréwé aux éditions La boîte à bulles.

Fin du paléolithique, le Sahara est alors vert et luxuriant, bien loin du sable et de la région aride d’aujourd’hui. Au sein d’un clan de chasseurs, les règles sont très claires, toutes les femmes appartiennent au meilleur guerrier, et le meilleur c’est GhatDjané est une des femmes de cette tribu et elle doit se plier, elle aussi, aux règles. Mais elle est éprise de liberté et elle aime un autre guerrier, le frère de Ghat. Est-ce qu’ensemble ils vont gagner ce combat pour la liberté, ou vont-ils devoir se plier au règles ?

Tassili parle d’amour, d’émancipation, de changement de mode de vie tourné vers la terre. Elle parle également de droits, de devoirs, d’envies, d’évolution, de rites de passage et de combat pour la liberté. Elle se situe dans un Sahara comme nous ne l’avons jamais vu et que l’on observe sous les jolis dessins de Fréwé. Le thèmes sont malheureusement encore très actuels même si la société a évolué et le scénario de Maadiar est bien construit.

Une course intense pour la liberté d’aimer dans un magnifique décors qui n’existe plus. Une très belle lecture qui pose encore beaucoup de questions sur la vie, l’amour et les choix que l’on doit faire.

  • Tassili
  • Scénariste : Maadiar
  • Dessinateur : Fréwé
  • Editeur : La Boîte à Bulles
  • Prix : 20 €
  • Parution : 05 janvier 2022
  • ISBN : 9782849534045

Résumé de l’éditeur : À la fin du paléolithique, un clan de chasseurs-cueilleurs évolue au coeur du Tassili, une région saharienne alors riche en faune et en flore. Au sein de ce groupe vit Djaré, une jeune femme avide de liberté, d’amour et de changement. Djaré est une jeune femme habile de ses doigts : elle aime confectionner des outils et a découvert que les plantes pouvaient se semer, la terre se travailler… Mais n’est-ce pas là contrarier les esprits ? Djaré aime Doro, un vaillant chasseur. Mais comme toutes les femmes du clan en âge de procréer, elle n’a le droit de se donner qu’à Ghat, le meilleur guerrier de la famille. Djaré aimerait prendre son indépendance. Elle pense que les membres du clan devrait bien plus se mélanger avec ceux d’autres tribus, et cesser de continuer à se reproduire entre eux. « Tassili », c’est l’histoire d’un combat pour l’émancipation, celui d’une femme qui lutte pour permettre le passage à un nouveau mode de production et de vie, qui lutte aussi pour l’amour, pour que chacun puisse choisir qui il veut aimer. Un combat pour instaurer un monde nouveau, le néolithique. Une page d’histoire humaine qui se déroule au sein d’un Sahara inattendu, luxuriant, tel que nous ne l’avons jamais vu ; un paradis terrestre ou sont nées les fameuses peintures rupestres de Tassili.

Un concours plein d’obstacles

Lorsque l’on est un peu ronde et très complexée, l’adolescence est une période très délicate. Kristin Varner raconte l’histoire de Kati, une amoureuse des chevaux, dans Un concours plein d’obstacles aux éditions Rue de Sèvres.

Kate, surnommée Kati, a 12 ans. Elle aime manger, son chien Woody et les chevaux. Très ronde, l’adolescente est hyper complexée par ses formes. Moquée pour sa passion et pour sa silhouette par ses camarades du collège, elle n’est bien que lorsqu’elle est au centre équestre.

Là-bas, si Jana joue les filles désagréables, elle est entraînée par Barb, qui place en elle de grands espoirs. Il faut souligner que Kati a de très bonnes relations avec les chevaux, un fluide qui fonctionne. En plus, malgré les chutes, elle est assez douée pour le saut d’obstacles…

Elle est attachante, Kati. On aimerait la prendre dans nos bras pour lui faire un hug. Si son frère aîné et les autres filles semblent horribles avec elle, elle avance grâce aux chevaux. Peu sûre d’elle, elle a trouvé auprès des équidés, des relations de valeur. Mieux, Barb lui fait confiance. ça change !

Sans révolutionner la bande dessinée et cette thématique, Un concours plein d’obstacles est un joli album de 272 pages. Kristin Varner est assez juste dans la description de cette adolescente complexée et du monde qui l’entoure. Kati ira d’espoirs et désillusions tout au long du récit. Passant de la joie à la peine. Pas simple, ces montagnes russes émotives. Elle est toujours positive malgré les obstacles et cela est agréable.

Le monde des chevaux, des concours et de l’hippisme sont joliment mis en lumière par des petites explications en début de chapitre. Les fiches de chaque protagonistes apportent aussi du dynamisme à l’histoire. Enfin malgré les déboires de la jeune fille, Un concours plein d’obstacles est aussi très drôle.

  • Un concours plein d’obstacles
  • Autrice : Kristin Varner
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 12,50 €
  • Parution : 05 janvier 2022
  • ISBN : 978-2810201716

Résumé de l’éditeur : Rien ne fait plus plaisir à Kati que d’aller au Haras retrouver son cheval. C’est dommage que sa meilleure copine Becky soit allergique, elle aurait adoré avoir une alliée à ses côtés. Elle se sent vulnérable sans elle. Les filles qui montent avec elles sont des pestes en particulier quand elle fait une chute ce qui malheureusement lui arrive régulièrement. Et l’équilibre n’est pas son seul souci… elle n’est pas du tout sûre d’elle, très complexée par son petit embonpoint auquel son goût pour les tshirt à rayures horizontales ne rend pas forcément hommage. Mais heureusement les choses finissent toujours par s’arranger.

Les étoiles s’éteignent à l’aube

Accompagner son père dans ses derniers instants, telle est la tâche de Franklin, un adolescent de 16 ans. Pas simple quand on ne connaît pas vraiment son géniteur. Vincent Turhan adapte le roman de Richard Wagamese, Les étoiles s’éteignent à l’aube. Puissant !

Franklin a seize ans et depuis toujours il vit avec Barry qui l’a élevé comme s’il était son fils. Son père biologique, s’appelle Eldon et d’aussi loin que lui viennent ses souvenirs, il l’a toujours connu alcoolisé. Mais là, Eldon lui demande de venir pour qu’il l’accompagne jusqu’à la montagne afin d’y être enterré comme un guerrier. Ce dernier voyage sera l’occasion pour Franklin d’en apprendre plus sur l’histoire de son père, de sa mère et surtout savoir pourquoi Eldon l’a abandonné…

Vincent Turhan adapte le roman de Richard Wagamese avec une telle force. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Dans les pas du fils de Clémentine Fourcade et à Le Regard d’un père de Laurent Bonneau qui m’ont énormément marqué également. Même si les histoires sont vraiment différentes, elles ont un point commun les liens entre un père et un fils. Les relations entre les deux sont chaotiques et Franklin malgré son âge ne sait presque rien de ses parents. Elles sont sous tension pendant tout le voyage, l’auteur arrive à nous le faire ressentir comme si nous y étions et son graphisme y est pour beaucoup.

Ce roman graphique est fort, intense et déchirant, on ne peut pas en ressortir comme on y est entré. J’en ai encore des frissons. Les étoiles s’éteignent à l’aube vient faire battre mon cœur comme s’il y avait une urgence à dire encore et encore à son père et à son fils qu’on les aime.

  • Les étoiles s’éteignent à l’aube
  • Auteur : Vincent Turhan, d’après le roman de Richard Wagamese
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix : 24 €
  • Parution : 05 janvier 2022
  • ISBN : 9782377317776

Résumé de l’éditeur : L’aube sera grandiose… Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme. Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier. S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes. Eldon raconte à Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les périodes de joie et d’espoir, et lui parle des sacrifices qu’il a concédés au nom de l’amour. Il fait ainsi découvrir à son fils un monde que le garçon n’avait jamais vu, une histoire qu’il n’avait jamais entendue.

Total

Après le génial Préférence système, Ugo Bienvenu dévoile Total, le portrait d’un homme d’affaires cynique, aux éditions Denoël Graphic.

Kirt Dorell est un homme d’affaires comme on les imagine dans les pires films sur la finance. Cynique, doué, toujours un coup d’avance et surtout c’est un homme qui a du pouvoir. Il ne sait pas rester sans rien faire. Ce qui l’intéresse, c’est aller plus loin et pousser SON concept du « Fair Trade » (qui est bien différent de l’approche du commerce équitable que l’on connaît) pour GAGNER encore plus. Il dévore, la vie, le monde, son ex-femme, sa nouvelle compagne et entraîne avec lui son psy qui est accro à ses confessions. Kirt c’est un gagnant et quand il tombe, c’est pour revenir ou redevenir plus fort après….

Après Sukkwan Island, je continue avec la dernière création d’Ugo Bienvenu qui, à l’origine, a été publiée en deux parties dans sa maison d’édition Réalistes. La première partie s’appelait Premium +, la seconde Développement durable et l’ensemble est une critique de l’économie et de ceux qui la font. Mais à travers ce titre Premium + il se moque aussi des astuces marketing visant à nous faire croire que nous sommes nous les acheteurs, les gagnants… Ces deux parties sont donc regroupées et éditées chez Denoël Graphic avec un format plus grand et une couverture en « OR » … Alors je pose la question, Ugo : cette version n’est-elle pas quelque part une version Prémium + de tes deux ouvrages ? Hormis cette question que je pose le sourire aux lèvres comme Kirt sur la couverture, je suis totalement FAN de l’objet, de son contenu, de son approche, de son graphisme et de l’auteur.

Alors oui c’est immoral, oui Kirt est détestable, mais c’est tellement bon. Ugo Bienvenu est un touche à tout (Animation, BD…) boulimique de la création qui ne sait pas rester sans rien faire et c’est une aubaine pour nous lecteurs. J’ai pris un énorme plaisir à détester/aimer cet homme alors n’hésitez pas c’est une grande réussite, même si l’ouvrage est petit par sa taille.

  • Total
  • Auteur : Ugo Bienvenu
  • Editeur : Denoël Graphic
  • Prix : 22,50 €
  • Parution : 13 octobre 2021
  • ISBN : 9782207163177

Résumé de l’éditeur : Kirt Dorell est un homme d’affaires cynique et sans illusions, mais toujours habité par la fièvre du deal. Sa passion d’enfance pour le Monopoly ne l’a jamais quitté:«Ce besoin de gagner, d’en avoir plus, de voir qu’il ne reste presque plus de billets dans la banque…» Alors, c’est business à fond la caisse, à n’importe quel prix, y compris avec des E.T. aux emportements dangereux. Parce qu’il est malin, Kirt sait que le lucre, comme l’adultère, est un vice mortel qui peut mener un homme à la perdition, à la folie et à la mort… En ce qui concerne la folie, il y a des professionnels pour ça, mais quand le psy devient accro aux confessions de son patient, la dépendance menace tout l’édifice. Il reste, histoire de tromper l’ennui, le repli sur les paradis terrestres dont la fortune est le sésame, avec quelques clones de soi et une compagne de synthèse programmée pour n’aimer que vous. Encore faudrait-il que le psy ne prenne pas trop ses aises dans le petit Éden où Kirt a préparé sa retraite…

Où est Arabesque ?

Où est donc Arabesque ? est le 64e tome des Tuniques Bleues et il est le dernier à avoir été scénarisé par l’immense Raoul Cauvin, auteur historique de la célèbre série (seul le tome 63 a été scénarisé par Beka).

L’auteur belge est décédé le 19 août dernier, laissant tous les fans du Sergent Chesterfield et du caporal Blutch orphelins…

De retour de mission, Blutch découvre qu’Arabesque, sa précieuse jument capable de faire la morte pendant les charges, a été réquisitionnée par une autre unité nordiste ! S’en suit une quête acharné par retrouver l’animal.

Une balade qu’on suit avec plaisir aux côtés de nos héros adorés (on retrouve même l’ignoble Cancrelat !) mais qui ne figure pas parmi les grandes réussites de la série.

  • Les tuniques bleues, tome 64 : Où est Arabesque ?
  • Scénariste : Raoul Cauvin
  • Dessinateur : Willy Lambil
  • Editeur : Dupuis
  • Prix : 10,95 €
  • Parution : 15 octobre 2021
  • ISBN : 9791034753895

Résumé de l’éditeur : De retour de mission, Blutch découvre qu’Arabesque, sa précieuse jument capable de faire la morte pendant les charges, a été réquisitionnée par une autre unité nordiste ! Ivre de rage, il détruit tout sur son passage, y compris le mess des officiers, mais parvient à convaincre Chesterfield de partir à la recherche de son cheval. Un dangereux et hilarant road movie attend le célèbre duo, au cours duquel ils vont mettre en lumière les affres de la guerre de Sécession, croiser un vieil ennemi, manquer trépasser à plusieurs reprises… et faire mourir de rire leurs lecteurs ! Un album à savourer tout particulièrement, puisque Lambil s’y montre plus que jamais remarquable dans l’art des dessiner les équidés. Mais aussi parce qu’il s’agira du tout dernier Tuniques Bleues écrit par Raoul Cauvin, après 64 albums entrés dans l’Histoire de la BD !

Highland Games

Vous connaissez les Highland Games ? Ces épreuves de force écossaises ? Ces disciplines où des colosses en kilt lancent des troncs en courant ou  tirent à la corde ? Ils sont au centre de l’album Highland Games, paru chez Delcourt, scénarisé par Fabien Grolleau et dessiné par Nicolas Cado.

Tout part d’un pari fou : monter la première équipe de Bretagne pour participer à ces fameux jeux traditionnels écossais !

Encadré par un coach bougon, une troupe de jeunes se lancent dans l’aventure et voyagent en camionnette pour participer à leur première compétition.

Le voyage prend des allures de récit initiatique et les rencontres incroyables se multiplient puisque même la Reine d’Angleterre est de la partie !

Un road-movie drôle, émouvant mais parfois un peu longuet.

  • Higland Games
  • Scénariste : Fabien Grolleau
  • Dessinateur : Nico Cado
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 19,99 €
  • Parution : 20 octobre 2021
  • ISBN : 9782413026266

Résumé de l’éditeur : Fascinés par les jeux traditionnels écossais, où leurs lointains cousins en kilt lancent des troncs d’arbres et des rochers, de jeunes bretons et leur coach bougon partent à l’aventure. Avec la vieille camionnette du club, direction les highlands afin de participer à la compétition ! Le fourgon et l’équipe résisteront-ils à cette épopée entre fiction et réalité de plus de mille kilomètres ?