Andy un conte de faits

Andy Warhol sa vie, son œuvre dans le génialissime Andy un conte de faits signé Typex chez Casterman !

L’extravagance, la volubilité et la créativité de Andy Warhol à travers 562 pages pop-sucrées signées Typex, c’est fort ! Raconter la vie romanesque du créateur n’était pas une mince affaire. Pourtant, l’auteur néerlandais a réussi avec maestria ce pari.

De sa jeunesse dans la famille Warhola à la célébrité, tout y est. L’homme aimait les hommes, les frasques mais aussi les personnalités à fort caractère. Il y a du sexe, il y a de l’amour, des relations entre personnages surprenantes mais toujours beaucoup d’humour. D’abord par l’entremise de sa mère qui le rejoindra aux Etats-Unis mais aussi quelques personnages secondaires parfois extravertis. Le lecteur découvre aussi un artiste avec de la répartie, de la provocation et un sens inné de la communication.

Warhol attirait les stars, qui le lui rendaient bien. Ainsi au fil des pages, l’artiste croise Michael Jackson, Basquiat, Pollock ou Truman Capote pour lequel il avait une passion débordante comme un fan.

Typex (Rembrandt, Casterman – 2015) compose un album riche graphiquement. Un récit tourbillonnant comme la vie de son héros. Entre chaque grande partie, il présente les protagonistes sous forme de fiches de renseignements très réussies.

Andy un conte de fait : un album pop, fort en bouche et volubile, nommé en Sélection Officielle 2019 à Angoulême !

  • Andy un conte de faits
  • Auteur : Typex
  • Editeur : Casterman
  • Parution : 17 octobre 2018
  • Prix : 35€
  • ISBN : 9782203127371

Résumé de l’éditeur : 10 chapitres, 10 périodes clés de la vie d’Andy Warhol, où l’auteur ne nous cache rien de l’homme et de l’artiste. De son enfance pauvre jusqu’au sommet de la célébrité, Andy restera viscéralement attaché à sa mère, habitant avec elle, mais ne lui avouant jamais son homosexualité. Tiraillé entre la création artistique et le merchandising pur et simple de ses œuvres, très rapidement à la tête d’une entreprise créée pour le promouvoir, adorant la fête et tous ses excès, il était un homme complex(é) mais qui a marqué le monde bien au-delà de son époque et de son pays. Tout au long des 562 pages de son livre, Typex convoque toute la pop culture américaine, qui a conquis le monde entier depuis le milieu du XXe siècle. Cinéma, art contemporain, littérature, musique, ils sont tous là : Marilyn Monroe, Greta Garbo, Jackson Pollock, Truman Capote, Lou Reed, Nico, Bob Dylan, Basquiat, Michael Jackson…

L’enfant qui ne voulait pas apprendre à lire

Malo ne veut pas apprendre à lire ! Pourquoi agit-il de la sorte ? Remedium donne des réponse et bien plus encore dans L’enfant qui ne voulait pas apprendre à lire, un bel album jeunesse illustré chez Des ronds dans l’o.

Découvert en 2017 avec Les contes noirs du chien de la casse – merveilleux album sur des laissés pour compte dans une banlieue française – Remedium revient avec L’enfant qui ne voulait pas apprendre à lire, un sujet qu’il maîtrise parfaitement, lui le professeur des écoles de Seine-Saint-Denis depuis 2005.

Cet album illustré est le fruit d’une situation qu’il a lui même rencontrée en exerçant le plus beau métier du monde. Si ce texte semble petit avec ses 38 pages, il aborde le délicat problème de l’apprentissage de la lecture mais aussi de l’illettrisme, avec grandeur.

Malo n’a pas envie d’apprendre non pas qu’il n’y arrive pas, juste par un manque de volonté. Autour de lui, à chaque fois qu’une personne lit, elle apprend une mauvaise nouvelle. Ainsi pour lui, lire = mauvaise nouvelle ! Comment y remédier ? Pourquoi est-ce important de lire ? Pourquoi est-ce important d’apprendre ? Pourquoi est-ce important d’apprendre à apprendre ?

Remedium – auteur engagé notamment par son blog de Titi Gnangnan – livre un récit fort mais toujours avec bienveillance pour son petit héros de papier. Son histoire est parfaite pour les plus jeunes lecteurs par un texte facile d’accès et des illustrations très réussies.

  • L’enfant qui ne voulait pas apprendre à lire
  • Auteur : Remedium Timoris
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Parution : 16 janvier 2019
  • Prix : 10€
  • ISBN : 978-2374180663

Résumé de l’éditeur : L’enfant qui ne voulait pas apprendre à lire pose la difficulté, parfois invalidante, de l’accès à la lecture pour un certain nombre d’enfants. Remedium, instituteur en primaire, en sait quelque chose. Sa forte envie de donner à ses élèves les moyens de réussir, a donné naissance à cette belle histoire où l’enfant qui ne voulait pas apprendre à lire trouvera la motivation. Magnifique élan pour l’avenir.

The game

Nommé dans la Sélection patrimoine 2019 du Festival d’Angoulême, The game est un surprenant recueil d’histoires de Guy Pellaert.

Pour commémorer les 10 ans de la disparition de Guy Pellaert (1934-2008), les éditions Prairial ont eu la belle idée de rééditer des histoires courtes parues dans Hara-Kiri entre 1968 et 1970. Les récits très expérimentaux et parfois décontenançant de l’auteur belge ayant vécu la majeure partie de son existence en France, peuvent surprendre.

Il faut souligner que Pellaert était un artiste plasticien touche-à-tout (dessin, peinture, vidéo, scénographie ou linographie). The game ressemble donc à son auteur : un mélange de tout cela.

En effet après avoir publié Les aventures de Jodelle et Pravda la survireuse, il décide de dessiner des histoires se déroulant dans le milieu du sport et plus particulièrement le football américain, méconnu des Européens. Dessins, photomontages ou collages, il utilise toutes les techniques pour y parvenir. Ardue à la lecture, parfois l’on se perd à tout comprendre. Est-ce le but ? Est-ce cette envie de faire tourner les têtes qui importait à Pellaert ?

  • The game, histoires 1968-1970
  • Auteur : Guy Pellaert
  • Editeur : Prairial
  • Parution : 11 octobre 2018
  • Prix : 29€
  • ISBN : 9791093699158

Résumé de l’éditeur : De  »Pravda la Survireuse » à  »Rock Dreams », on connait le goût de Guy Peellaert pour l’hybridité et le mélange des genres. Moins célèbres, ces quatre oeuvres expérimentales parues en feuilleton dans  »Hara-Kiri » marquèrent néanmoins l’après-Mai 68 par leur humour noir, leurs couleurs acides et un furieux alliage de dessin et de photomontage, autant influencé par le dadaïsme que par le psychédélisme ambiant.  »The Game »,  »She and the Green Hairs »,  »Carashi » et  »Marsha Bronson » voient ici leur première publication sous forme de livre, accompagnés de reproductions de planches originales et d’une présentation par Alexandre Devaux et Orson Peellaert.

Dansker

Nommé dans la Sélection officielle 2019 à Angoulême, Dansker de Halfdan Pisket met un terme magistralement à sa trilogie débutée avec Déserteur chez Presque Lune.

Après la jeunesse de son père en Turquie en 2017 dans Déserteur et la vie de ce dernier au Danemark en 2018 dans Cafard, Halfdan Pisket revient avec un dernier volume, Dansker afin d’achever sa trilogie qu’il a débuté en 2014.

James Pisket, père de Halfdan, n’est pas dans un très bel état. Après une violente bagarre avec des voyous, il a perdu un œil et est balafré de partout. Bien qu’il soit en vie, il est passé près du trépas. Cela ne l’empêche pas de continuer les petites magouilles et d’ingérer toutes sortes de substances illicites.

Il aimerait pourtant bien renouer avec son fils et son ex-compagne. En attendant, il emménage avec Christina, dans un quartier bien chaud de Copenhague…

Toujours avec force, intelligence mais sans fausse pudeur, l’auteur poursuit le déroulement des événements de la vie de son père. Avec des retours dans son passé, il construit son identité et par la même occasion la sienne. Y a-t-il encore des parts d’ombre et des parts imaginaires ? Seul lui le sait.

Le récit est tourbillonnant, fou et le personnage principal mal en point. Halfdan Pisket instaure ses récitatifs dans les pas de son père. Ce mélange est étonnant. Comme s’il lui parlait ou lui posait des questions qu’il n’a jamais osé.

Le dessin est lui aussi d’un grande originalité. Les planches en noir et blanc rendent parfaitement l’ambiance pesante du récit et les violences subies par James.

  • Dansker
  • Auteur : Halfdan Pisket
  • Editeur : Presque Lune
  • Parution : 11 octobre 2018
  • Prix : 23€
  • ISBN : 9782917897379

Résumé de l’éditeur : Suite aux événements tourmentés qui ont failli lui coûter la vie, James aspire à trouver un semblant d’équilibre dans sa nouvelle existence. Il s’est installé dans la célèbre communauté libertaire autogérée de Christiania à Copenhague créée dans les années 1970 par des hippies, et où le commerce de la résine de cannabis est autorisé. Il y développe un trafic qui devient sa principale source de revenus ; Et même s’il se rend régulièrement aux convocations des services sociaux, en son for intérieur, il n’espère plus rien de la société. Alors qu’il ne voit plus sa famille depuis longtemps, Arla, désespérée, vient frapper à sa porte pour lui demander son aide. Désormais, James doit assurer son rôle de père à plein temps pour protéger Joshua son fils qu’il aime profondément. Mais, caler l’emploi du temps d’un gros trafiquant de drogue avec celui d’un enfant qui part à l’école va devenir très vite problématique… Avec le troisième et dernier tome de cette trilogie magistrale où la poésie et la puissance narrative ne retombe jamais, Halfdan Pisket résoud son histoire terriblement touchante en déclarant son amour à ce père extraordinaire, devenu enfin danois.

Pittsburgh

Nommé dans la Sélection officielle 2019 du Festival d’Angoulême, Pittsburgh est un superbe album signé Frank Santoro aux éditions çà et là.

Découvert avec le merveilleux Pompéi en 2014, Frank Santoro se fait confident dans Pittsburgh. Il met en lumière la vie de sa famille dans cette ville de Pennsylvanie. A part un petit passage en Californie, l’auteur américain a toujours vécu là-bas. Il entretient donc une relation forte avec cette cité.

Comme il l’explique dans les premières pages, ses parents divorcés ne s’adressent plus la parole même lorsqu’ils se croisent à l’hôpital, leur lieu de travail. Pourtant, tout avait commencé comme dans une belle romance en 1968. Ils avaient du affronter des obstacles pour se mettre en couple puis se fiancer. Il faut dire que du côté maternel, les grands-parents étaient très stricts et ne voulaient pas que leur fille fréquent ce jeune homme…

Pittsburgh est fort, singulier et magistral ! Né en 1972, Frank Santoro est un conteur hors-pair. Il arrive avec des mots simples, très peu de mots, à accrocher son lectorat et dévoiler les pans entiers de la vie de sa famille. Il se remémore, se perd, se retrouve et livre sa vision personnelle de son clan. Il pose les questions (parfois celles qui fâchent) et se garde bien de juger les faits. Si l’on pourrait se dire que les événements sont banals, bien loin des tumultes de certaines familles, il les sublimes et cela rend les relations entre les protagonistes complexes et intelligentes.

Comme Pompéi qui était proche de l’esquisse, Pittsburgh pourra rebuter au premier coup d’œil. Sa partie graphique pourtant est belle et aussi forte que son récit. C’est innovant et c’est singulier. Feutres, collages et surexposition apportent une touche de véracité rare. C’est souvent stylisé et schématique mais cela permet au lecteur de s’imaginer le plus qu’il manque. C’est un puzzle qui se crée devant nous et c’est excitant.

  • Pittsburgh
  • Auteur : Frank Santoro
  • Editeur : çà et là
  • Parution : 23 mai 2018
  • Prix : 29€
  • ISBN : 9791090875548

Résumé de l’éditeur : Originaire de la ville de Pittsburgh (Pennsylvanie) où il habite toujours, Frank Santoro tente avec ce nouveau livre de comprendre comment ses parents, divorcés depuis près de 30 ans, en sont arrivés à ne plus s’adresser la parole alors qu’ils travaillent dans le même endroit. Il retrace l’histoire compliquée de sa famille, irlandaise du côté de sa mère et italo-écossaise du côté de son père en remontant aux prémices de la relation de ses parents, mariés très jeunes en pleine guerre du Vietnam. La vie de cette famille aux relations très conflictuelles tournait autour de la petite boutique du grand-père, dans cette ancienne ville industrielle dont la population est passée de près de 700 000 habitants dans les années 1950 à tout juste 300 000 habitants de nos jours, une ville ruinée par les différentes crises économiques qui ont frappé la Rust belt américaine.

Guido Buzzelli, Oeuvre 1

Quatre récits du maestro Guido Buzzelli sont regroupés dans ce premier volume d’Oeuvre, un album nommé dans la Sélection patrimoine 2019 à Angoulême.

C’est Georges Wolinski qui découvrit le fabuleux travail de Guido Buzzelli. C’est aussi lui qui le fit publier dans Charlie Mensuel au milieu des années 70. Quelle riche idée ont eu les éditions Les cahiers dessinés de nous faire (re)découvrir ces superbes histoires ! Cinq intégrales sont annoncées. Au sommaire de ce premier volume :  Le labyrinthe, Zil Zelub, Annalisa et le diable et L’interview. Quatre récits, quatre claques !

Il se met en scène dans ces récits mais il ne s’épargne pas. Il est tout sauf le héros que tout le monde aimerait être. Cauchemars et mises en abîme se retrouvent à toutes les pages. On apprécie ces fables sombres où se côtoient toutes sortes de créatures fantastiques, de personnages dérangés et dérangeants. Il n’y a pas d’issues favorables ni d’espoir dans les histoires de Buzzelli.  Le corps démembré dans Zil Zelub ou les chiens à tête d’homme sont là pour faire frissonner et nous interroger.

Que dire du dessin ? Il est magistral ! Les hachures sont magnifiques et l’enchaînement des cases apportent leur lot d’ambiance pesante. On sent toute la virtuosité de cet auteur véritable peintre. Il a suivi des cours de dessin à San Luca à Rome. Disparu en 1992, à 65 ans, ce génie incompris de ses pairs, ne connaîtra jamais la gloire et l’argent. Un oubli réparé par ce premier volume !

  • Oeuvre, tome 1
  • Auteur : Guido Buzzelli
  • Editeur : Les cahiers dessinés
  • Parution : 04 janvier 2018
  • Prix : 29€
  • ISBN : 9791090875548

Résumé de l’éditeur : Dans les années 1970, une météorite entra dans l’at- mosphère de la bande dessinée ; elle éclata en plusieurs morceaux, pareils à des pépites. En quelques épisodes, un personnage tourmenté, faible et inquiétant se présenta au grand jour : c’était Guido Buzzelli en personne. L’auteur s’est mis en scène, il s’est travesti tour à tour en raté laid et malingre, en piètre violoncelliste incapable de retenir ses membres livrés à eux-mêmes – une jambe courant toute seule, un bras filant sous la jupe d’une femme… -, en dessinateur de bandes dessinées dépressif et paranoïaque, victime kafkaïenne de chirurgiens fous, de psychanalystes, d’industriels maffieux, de dictateurs en herbe. Rarement l’art de l’autoportrait a été mené si loin dans l’autodérision et le mépris de soi-même.

Bolchoï Arena #1 – Caelum Incognito –

Notre avis : Marje & Dana enfilent une combinaison. Cette dernière briefe l’étudiante scientifique pour ce qui va être son baptême dans le Bolchoï Arena. Une fois arrivées dans une gigantesque station de 80 kilomètres, Marje va très vite s’approprier les lieux. Customiser son propre vaisseau spatial, remplir des missions pour remporter des gains, mourir ou tuer… Le monde virtuel n’a jamais paru aussi réel.

De cette zone spatiale, Marje en devient addict. Lorsqu’il suffit de mettre son casque pour aller visiter Titan ou n’importe quelle autre planète, comment ne pas devenir dépendant de cette nouvelle technologie ? Marje y voit d’abord l’occasion d’obtenir des d’informations précieuses pour sa thèse. Mais elle comprend très vite qu’elle vient de s’immiscer dans un immense terrain de jeu où internet devient soudainement obsolète.

La jeune femme est tellement à l’aise dans dans cet univers parallèle qu’elle va se découvrir des capacités physiques et stratégiques jusqu’à alors inconnues dans sa « vraie » vie. Toutes ces prouesses techniques lui en mettent plein la vue. Et une question surgit : Marje doit-elle considérer cette addiction comme dangereuse ? Ou comme, le tempère son directeur de thèse, ne pourrait-elle pas simplement trouver l’équilibre pour ne pas se refuser la contemplation de ce cadre idyllique ?

Pour ce premier tome intitulé Caelum Incognito, Boulet nous entraîne dans une aventure virtuelle passionnante ! Sans pointer du doigt les éventuels risques & méfaits de ces avancées technologiques, il nous propose au contraire de les intégrer à notre propre vie. Et ainsi trouver le lien qui unirait le réel de ce qui ne l’est pas. En mettant en scène des personnages féminins, il casse habilement l’idée reçue que cet environnement serait réservé à la gente masculine. Bolchoï Arena est un endroit accessible à toutes et tous.

Pour illustrer cette intrigue futuriste, Boulet s’associe à Aseyn. Lequel nous propose un dessin parfaitement idoine à l’ambiance relatée. Bien sûr, certains passages rappelleront la probable influence de certains auteurs. Mais Aseyn se démarque par sa propre patte graphique. Le lecteur sent qu’il est complètement investi dans ce Bolchoï Arena et il nous offre des planches superbes. À noter cette colorisation teintée de beige ou d’orange qui apporte une dimension unique et complémentaire au dessin de cette série prometteuse.

Nommé en Sélection Officielle du Festival BD Angoulême 2019, Bolchoï Arena mérite cette première reconnaissance. Avec la possibilité de poursuivre ce voyage dans l’espace en réalité augmentée, il ne serait pas étonnant que cette série devienne un classique de la science-fiction en bande dessinée.

  • Bolchoï Arena : Tome 1, Caelum Incognito
  • Auteur : Boulet
  • Dessinateur : Aseyn
  • Éditeur : Delcourt
  • Prix : 23,95 €
  • Parution : septembre 2018
  • ISBN : 978-2756080741

Résumé de l’éditeur : Dans un futur proche, le Bolchoi, réseau mondial de réalité virtuelle, a remplacé Internet et pris le dessus sur le monde réel. Réplique parfaite de notre univers, il a relancé l’exploration spatiale car c’est aussi un immense simulateur pour les technologies futures. Marje, étudiante en astrophysique, va y faire ses premiers pas, guidée par son amie Dana, et découvrir les limites du Bolchoi et du réel…

Sudestada

Nommé pour le Prix Polar 2019 SNCF, Sudestada est un superbe récit noir signé Juan Saenz Valiente aux éditions Michel Lafon.

Buenos Aires. Jorge est un détective un peu désabusé par le genre humain. Bourru et fumeur, ce fin limier dans la soixantaine est célibataire. Il travaille avant tout pour le compte d’un patron souhaitant engager de futurs employés. Il enquête donc sur leur vie.

Jorge aime aussi jouer au futsal avec ses vieux amis. Les parties ne sont pas acharnées mais la troisième mi-temps animée. Le détective les écoute souvent, notamment sur leurs vies sentimentales qui vont souvent de travers.

Un jour, il accepte un nouveau dossier. Celui du mari de Elvira qui lui demande de suivre son épouse, une très grande chorégraphe. Cette mission rémunérée va bouleverser sa vie…

Après L’hypnotiseur et Cobalt (avec Pablo de Santis), Juan Saenz Valiente revient très fort avec Sudestada. Ce polar est formidable à tout point de vue : graphique et narratif ! Ce récit très accrocheur est fondé sur la personnalité de Jorge, un personnage haut en couleur, qui a des jugements souvent définitifs sur ses congénères. Le lecteur apprécie ses dialogues incisifs mais aussi les situations dans lesquelles il se retrouve. Il est brut de décoffrage et cassant; c’est aussi cela qui apporte de l’humour noir à ce polar. C’est d’une belle justesse au niveau de l’écriture.

Graphiquement, Buenos Aires est sublime sous les pinceaux de Valiente. Son trait réaliste est d’une belle force et lui permet de restituer l’ambiance sombre de son récit.

  • Sudestada
  • Auteur : Juan Saenz Valiente
  • Editeur : Michel Lafon
  • Parution : 26 avril 2018
  • Prix : 20€
  • ISBN : 9782749934945

Résumé de l’éditeur : Georges est un détective peu scrupuleux. Il a un sale caractère, il n’est pas aimable. Les affaires matrimoniales, il en a soupé. Il n’est pas payé pour faire du social. Quand le mari de la célèbre chorégraphe Elvira Puente débarque dans son cabinet, persuadé qu’elle a un amant, Georges est loin de se douter que cette enième filature va bouleverser sa vie..

Batman la légende, tome 1

Nommé dans la Sélection Patrimoine 2019 du Festival d’Angoulême, Batman la légende regroupe les meilleures histoires du Chevalier noir dessinées par Neal Adams.

Voici 23 récits de Batman regroupés dans un très beau recueil de plus de 370 pages ! Tous ont été dessinés entre 1968 et 1970 par Neal Adams aidé de six scénaristes (Bob Haney, Dennis O’Neil, Frank Robbins, Leo Dorfman, Cary Nates et Mike Friedrich) et trois coloristes (Dick Giordano, Vince Colletta et Joe Kubert).

Ces histoires sont à la fois rythmées, parfois émouvantes mais flirtant souvent avec le fantasmagorique. Elles font donc toutes parties de deux ères révolues mais prolifiques de l’Age de Bronze et de l’Age d’Argent des comics DC. On retrouve Batman en héros élégant, prêt à résoudre mille et une enquête avec toujours autant de conviction. Il est intelligent, fort mais parfois un peu top lisse (surtout après avoir lu les récits qui vont lui succéder). Le public de l’époque réclamait de l’action et il était servi par ces récits où tout était possible.

Si le lecteur peut parfois trouver l’enchaînement un peu répétitif, il est surtout soufflé par la beauté des dessins de Neal Adams (Green Lantern, Green Arrow). Sa partie graphique est d’une très grande puissance. Le découpage est rythmé comme le veulent les histoires, les cadrages de haute-volée et une élégance dans les mouvements rarement atteints.

  • Batman la légende, tome 1
  • Scénaristes : Bob Haney, Dennis O’Neil, Frank Roobins, Leo Dorfman, Neal Adams, Cary Bates et Mike Friedrich
  • Dessinateur : Neal Adams
  • Editeur : Urban Comics, collection DC Archives
  • Parution : 06 juillet 2018
  • Prix : 35€
  • ISBN : 9782365776707

Résumé de l’éditeur : Des bas-fonds de Gotham City surgissent de nouvelles menaces et Batman ne peut y faire face seul : c’est pourquoi il appelle à ses côtés des justiciers de renom comme Superman, Aquaman, Flash, le Creeper ou encore Deadman. De plus, un nouveau venu tient également à le rejoindre dans sa croisade contre le crime… Son nom ? Le Docteur Kirk Langstrom dit Man-Bat !

Peintures de guerre

Angel de la Calle imagine Peintures de guerre, un superbe roman graphique autour de l’exil et de l’art, aux éditions Otium.

Dans ce roman graphique d’une grande originalité et d’une excellente narration, Angel de la Calle (L’ange de la rue) s’invente un avatar de papier lui ressemblant pour conter ses aventures entre fiction et réalité. A travers 300 pages soutenues, intelligentes et accrocheuses, il parle des exilés d’Amérique du Sud, fuyant les dictatures, pour un avenir meilleur, vers l’Europe.

Avant tout, ces réfugiés sont soient riches, soient des artistes, soient les deux. Ils étaient en sursis en Argentine, en Uruguay ou au Chili, les voici, révoltés et à fleur de peau dans nos pays européens. Leurs richesses culturelles leur permettent de créer et de montrer au monde toutes les horreurs subies par les pairs encore là-bas.

Et au milieu, il y a Angel, romancier espagnol qui va croiser les immenses illustrateurs Jacques Loustal et Lorenzo Mattotti, mais aussi les écrivains Juan Goytisolo et Jean-Paul Sartre ou encore le réalisateur Raoul Coutard. Cet homme affublé de lunettes cherche toutes les informations sur Jean Seberg afin d’écrire une biographie sur cette actrice que Truffault fera tourner dans A bout de souffle.

Peintures de guerre : jolie surprise nommée en Sélection officielle 2019 du Festival d’Angoulême.

  • Peintures de guerre
  • Auteur : Angel de la Calle
  • Editeur : Otium
  • Parution : 26 avril 2018
  • Prix : 27€
  • ISBN : 9791091837118

Résumé de l’éditeur : Jean Seberg, le 11 septembre 1973 à Santiago, Debord et les Tupamaros… Qui d’autre qu’Angel de la Calle, auteur de Tina Modotti, pouvait conter ce qu’ils eurent de commun ou auraient pu avoir… À la façon du Marelle, de Cortazar, l’auteur nous offre un roman graphique déconcertant, une mémoire des vaincus de la « Guerre froide » culturelle que l’Empire étasunien ména aux avant-gardes sudaméricaines dans les années 1970. Selon Paco Ignacio Taibo II, « Peintures de guerre confirme tout mon amour pour la bande dessinée, ce langage unique qui n’est pas une combinaison de texte et de dessin mais quelque chose d’indéfinissable qui sert à raconter des histoires. Cela faisait des mois que je n’étais pas tombé sur l’une de ces oeuvres qui vous change la vie, vous la rend meilleure. »

Mon père ce poivrot

Itinéraire d’un homme tombé dans l’alcool que tout le monde abandonne dans Mon père ce poivrot, un album touchant de Louis chez Grand Angle.

Saint-Denis en région parisienne. Comme à son habitude, Lulu vient noyer son chagrin dans le bar de Salim. Il y a là les habitués, ceux se ce troquet de banlieue.

Ce brave Lulu s’arrête net devant un reportage d’un chaîne d’infos en continue. Il a reconnu quelqu’un. Mais qui ? Il est obnubilé par cette vision. Il décide alors de quitter sa maison pour rejoindre cet inconnu. Pas simple lorsque l’on est porté sur l’alcool. Malgré sa bonne volonté qui ne dure jamais longtemps – à cause du sevrage – il ne peut pas freiner son envie de boire…

Dans Mon père ce poivrot, tout est là. Tous les mécanismes sont décryptés. Limpides et sans fard. Couplé à une histoire humaine touchante et parfois poignante, on obtient un album fort et pudique.

Comme Louis l’explique en préface, Mon père ce poivrot n’est pas réellement son histoire et celle de son père mais plutôt une autofiction ou comme il la nomme : une fictiographie.

L’auteur de Mon homme (presque) parfait prend le temps de dévoiler le passé de Maurice Louis alias Lulu; sa famille adoptive, sa femme qui l’a quittée et son fuit qui l’a fuit. On pensait que sa vie serait heureuse – elle avait bien démarrée notamment grâce à une famille de substitution aimante  – mais l’alcool l’a rattrapé. Il se cherche des excuses : « Bon tiens, j’en ai toujours voulu à ma mère pour m’avoir abandonné «  et veut se racheter.

Il y a de l’espoir, une lumière dans ce récit contrairement à Mal de mère de Rodéric Valambois, un de plus beaux albums de bande dessinée sur ce thème. Nous pourrions aussi ajouter Alcoolique de Jonathan Ames ou encore June de Nicolas Moog.

  • Mon père ce poivrot
  • Auteur : Louis
  • Coloriste : Véra Daviet
  • Editeur : Grand Angle
  • Parution : 09 janvier 2019
  • Prix : 16.90€
  • ISBN : 9782818966075

Résumé de l’éditeur : Nous ne sommes pas que nos faiblesses. Nous sommes ce que nous essayons d’en faire. Lucien Basset est alcoolique. Au dernier degré. Celui qui vous pousse à boire même de l’éther. Tout le reste a fini par passer après le bistrot. Sa femme l’a quitté, mais il est aussi sans nouvelles de son fils depuis trois ans. Un soir, pourtant, il décide que cette fois, c’est la bonne ! Il arrête de picoler parce qu’il a un truc important à faire ! Il a rendez-vous avec quelqu’un pour lui sauver la vie !

Kaboul requiem

La série culte Kaboul Disco de Nicolas Wild et Sean Langan a enfin une suite : Kaboul requiem. Encore une excellent album humoristique sur fond de guerre en Afghanistan.

Découvert par le prodigieux Ainsi se tut Zarathoustra en 2013, Nicolas Wild avait auparavant imaginé Kaboul Disco, un diptyque drôle au pays des Talibans. Après 10 ans d’attente, l’auteur livre enfin une suite à cette excellente histoire.

Alors que sa femme le met en garde, Sean Langan veut retourner à Kaboul. Le journaliste n’en n’a que faire des supplications de son épouse, il se décide à repartir dans la capitale afghane en 2008.

A peine arrivé, deux agents de la CIA tente de le convaincre de leur donner toutes les informations qu’il glanera sur les Talibans. Hors de question ! Il part rencontrer l’émir Haqqani, chef de la région…

Cet album passionnant et drôle se lit avec une grande facilité. L’humour est avant tout centré sur la naïveté de Sean et l’opposition de vie entre les Occidentaux et les Talibans.

  • Kaboul requiem
  • Auteurs : Nicolas Wild et Sean Langan
  • Editeur : La Boîte à Bulles, collection Contre-coeur
  • Parution : 21 novembre 2018
  • Prix : 19€
  • ISBN : 9782849532911

Résumé de l’éditeur : Son épouse a beau le supplier de ne plus risquer sa vie en Afghanistan, Sean Langan ne peut d’empêcher d’y retourner. Ce pays, le journaliste anglais, le connait comme sa poche depuis son premier reportage là-bas, en octobre 1999, pour la BBC. C’était avant le 11 septembre, avant l’intervention des troupes occidentales… En 2008, alors que Sean cherche à interviewer un chef pachtoune taliban, combattant les forces de l’OTAN, lui et son fixer se font kidnapper en zone tribale pakistanaise. Leur vie ne tient plus qu’à un fil… Heureusement, son humour anglais le tient à l’abri du désespoir. Et les complexes mais généreuses règles de l’hospitalité pachtounes le protègent finalement des pires menaces. Depuis son cachot, Sean se fait même l’observateur avisé des tensions qui agitent ces tribus d’hommes d’honneur… Au travers des aventures de Sean Langan, Nicolas Wild porte une nouvelle fois un regard décapant et plein d’humour sur la réalité afghane.