Herr Doktor

Juillet 1942. Ukraine, Martin Wissenfall surnommé Herr Doktor opère sur le front de l’est. En effet depuis la rupture du pacte germano-soviétique en juin 1941, les troupes allemandes vers l’Union Soviétique. Avec l’opération Barbarossa, les combats font rage entre la Wehrmacht et l’Armée rouge.

Juillet 1940 Strasbourg, Martin rentre chez lui après la « drôle de guerre ». Pour l’armée française c’est la débâcle et la France a désormais à sa tête le vainqueur de 1918, le maréchal Pétain. Il retrouve sa femme Elisabeth et sa fille Solange mais pour une courte durée. En effet, des bruits de déportation de populations juives vers l’Allemagne commencent à se faire entendre. De confession juive, sa femme et sa fille vont devoir aller se réfugier à Paris chez un cousin.

Tous les trimestres, en train, Martin ira les retrouver jusqu’à ce jour où un soldat allemand blessé meurt dans son cabinet. Embarqué manu militari à la Kommandantur, il se retrouve emprisonné. Pour s’en sortir, il n’a pas d’autre choix que d’accepter le marché qu’on lui propose, ou plutôt qu’on lui impose. Sa femme et sa fille ne seront pas inquiétées s’il s’engage dans la Wehrmacht. Aussitôt envoyé vers le front de l’est, où les médecins se font rares, Martin va soigner les nombreux soldats allemands blessés pendant les combats. Mais il va aussi assister aux terribles exactions commises contre les populations locales.

Herr Doktor : deux chapitres pour un destin sans retour

Deux chapitres composent cet album de plus de cent pages. Le premier « La peste et le choléra » raconte le quotidien de ce médecin torturé entre son « choix » de s’engager dans l’armée du IIIe Reich et son obligation de soigner des soldats qui commettent les pires méfaits sur leur passage.

Dans le second chapitre «Septicémie» qui se déroule à partir de 1943, Martin est de retour du front. Mais à Paris mais les retrouvailles ne sont pas celles qu’il avait escomptées. Un projet complètement fou et inconscient va alors germer dans son esprit et le mener en Autriche au plus près du «Nid d’aigle»

Voici un album comme je les aime en raison de la période historique traitée. L’imbrication de l’homme dans l’Histoire et de sa volonté de changer le cours de celle-ci sont très présentes. Le goût du sacrifice pour sauver son pays et le geste fort pour se venger sont bien mis en avant.

Le classicisme des dessins et des couleurs est tout à fait représentatif de cette période de la Seconde guerre mondiale. Il permet de visualiser pleinement la situation. L’horreur y est également décrite et ne peut que nous aider à comprendre et à justifier pleinement le comportement jusqu’au boutiste de Martin.

Un gros coup de cœur pour ce « Herr Doktor, un destin sans retour » . Un très beau travail signé Jean-François Vivier au scénario et Denoël pour les dessins. Un album édité chez Plein Vent.

  • Herr Doktor, Un destin sans retour
  • Scénariste : Jean-François Vivier
  • Dessinateur : Denoël
  • Editeur : Plein Vent
  • Prix : 19,90 €
  • Parution : 21 avril 2021
  • ISBN : 9782492547003

Résumé de l’éditeur : 1940. Martin est médecin à Strasbourg. Sa femme, Élisabeth, est juive. Lors de l’invasion allemande, il l’envoie à Paris avec leur fille. Mais alors que les persécutions antisémites rendent la vie difficile dans la capitale occupée, Martin est engagé de force sur le front de l’Est. Ce destin familial dans la tourmente conduira Martin jusqu’à Berlin, en passant par le Berghof, sur les ruines d’un totalitarisme finissant. Entre son éthique et la réalité de la guerre, la ligne se révèlera étroite afin de rester humain dans l’inhumanité.

Les omniscients 2

Primée lors du dernier Festival d’Angoulême dans la catégorie Collège, la série Les omniscients est de retour dans un deuxième volume toujours aussi bon signé Vincent Dugomier et Renata Castellani.

Le premier opus nous avait permis de découvrir cinq adolescents au pourvoir surnaturel immense : ils possèdent le savoir universel.

Après avoir été présenté entre eux, Amber, Jessica, Albert, Diego et James devaient vivre ensemble dans un endroit sécurisé à cause des personnages malintentionnés.

Nous les retrouvons dans une ferme du Connecticut, espionnés par des agents fédéraux. La vie s’écoule tant bien que mal malgré des tensions dues à la très grande proximité entre eux. Mais voilà, Amber enfreint les règles et sort rejoindre son petit copain à l’extérieur…

Saluée par le public et la presse, Les omniscients est vraiment la série jeunesse fantastique avec des adolescents la plus intéressante de ces deux dernières années. Vincent Dugomier connaît bien ce monde et cette période charnière, lui qui scénarise Les enfants de la résistance, la série phare des éditions Le Lombard.

Ici, il prend le temps d’inventer des personnages au pouvoir surnaturel. S’il distille avec parcimonie les passé et les troubles engendrés par l’hypermnésie de chacun, il reste beaucoup de zones d’ombres qui augurent d’autres excellents volumes.

Il glisse des obstacles dans leur parcours (agents extérieurs, amours contrariées) mais également d’autres omniscients disséminés sur la Terre. On est happé par ce récit intelligent, haletant et empli des secrets et rebondissements.

Le scénariste de Hell School est accompagné par Renata Castellani pour la partie graphique. L’autrice italienne est toujours autant à l’aise avec cette aventure. Son découpage est rythmé et ses planches, très modernes. A quand une version cinématographique des Omniscients ???

  • Les omniscients, tome 2 : Les autres
  • Scénariste : Vincent Dugomier
  • Dessinatrice : Renata Castellani
  • Coloriste : Benoît Bekaert
  • Éditeur : Le Lombard
  • Prix : 12.45 €
  • Parution : 16 avril 2021
  • ISBN :  9782803679775

Résumé de l’éditeur : Les Omniscients se sont retrouvés. Ils forment à présent un groupe uni et prêt à faire face à toutes les situations. Et les dangers ne manquent pas : des agents du gouvernement tentent toujours de les capturer. Mais surtout, ils découvrent avec stupeur l’existence d’un second groupe d’Omniscients. Amis ou ennemis ? Nos héros devront le découvrir sans tarder.

Moineau

Petite fille à part et harcelée, Alice est affublée d’un drôle de surnom : Moineau. Elsa Bordier et Sourya Sihachakr dévoilent sa vie dans un très joli album chez Kinaye.

Alice n’a vraiment pas de chance dans la vie : elle est moquée par les enfants du village. Seule avec sa maman souffrante, elle tente de faire bonne figure.

Un jour qu’elle sauve un oiseau de la morsure d’un renard, elle croise Ingrid, une vieille femme qui l’enjoint de s’occuper du volatile…

Dans la collection Punch des éditions Kinaye, après Minimage, voici donc Moineau, l’histoire d’Alice, une jeune fille discriminée car différente et pauvre. Sa vie n’est pas simple. Elle bascule le jour où elle doit prendre soin d’un moineau, son propre surnom.

Comme le précédent album, Minimage, ce sont la nature et les saisons qui sont au cœur de ce très joli récit jeunesse, construit comme un conte. Entre le rejet, l’acceptation des autres, les animaux, la transmission et la précarité, les thématiques imaginées par Elsa Bordier sont nombreuses dans Moineau.

Cette ambiance campagnarde du XIXe ou XXe siècle est parfaitement restitué par le très beau dessin de Sourya Sihachakr, l’auteur de Talli la fille de la lune.

  • Punch, saison 1, tome 2 : Moineau
  • Scénariste : Elsa Bordier
  • Dessinateur : Sourya Sihachakr
  • Editeur : Kinaye
  • Prix : 5,90 €
  • Parution : 23 avril 2021
  • ISBN : 9782357990845

Résumé de l’éditeur : Trois Graines, Fève, Lupin et Mimosa, trouvent par hasard un bébé abandonné dans les bois, sur les terres du Sport, un terrible loup. Elles décident alors d’entamer un long et périlleux voyage afin de ramener le mini mage dans sa tribu. Problème : la tribu des Mages et des Graines sont en guerre depuis de nombreuses années… Arriveront-elles à échapper au Sport et à réconcilier les deux tribus ?

Anxiété chérie

Être angoissé est le propre de beaucoup d’être humains, lors de périodes plus ou moins longues. Alberto Montt imagine leur cohabitation délicate dans Anxiété chérie, un album juste et drôle chez çà et là.

Après Roucou, Fichtre ! et J’adore mon chat (mais il s’en fout complètement), Alberto Montt nous enchante de nouveau avec Anxiété chérie, un recueil de strips autour des angoisses et des troubles de la psyché.

Dans le même format que Fichtre !, l’auteur chilien met en lumière ces désagréments toujours avec humour.

Grandes images ou strips en deux vignettes, il personnifie l’anxiété par une grosse créature rouge surmontée de piques. A chaque fois, cette dernière est au plus près de femmes et d’hommes, et par une simple phrase anodine, réussit à les faire douter. Et douter de tout, tout le temps, c’est extrêmement désagréable dans une vie. Ces poids mentaux vont jusqu’à gâcher l’existence.

Rire de ces situations pourront alors permettre de prendre un tant soit peu de recul. On a tous subi au moins une fois un de ces désagréments mis en image dans Anxiété chérie.

  • Anxiété chérie
  • Auteur : Alberto Montt
  • Traductrice : Eloïse de la Maison
  • Éditeur : çà et là
  • Prix : 14 €
  • Parution : 14 mai 2021
  • ISBN : 9782369902928

Résumé de l’éditeur : Le personnage principal de cette série de strips est l’Anxiété, une petite bulle rouge qui ressemble étrangement à un virus maintenant bien connu et qui surgit au détour de chaque page pour stresser ses victimes (nous), et provoquer insomnies, pensées culpabilisantes, remords, peurs irrationnelles et tutti quanti. Tel un Jiminy Cricket sous LSD, Anxiété est tout le temps là et pourrit la vie des gens à coups de  » Tu as une petite boule dans le cou, je vais chercher l’ordi pour qu’on regarde sur Google ? « ,  » Fallait-il vraiment acheter ce gilet rouge ?  » et de  » Tu sais combien de calories il y a, là-dedans ? « … Après  » Fichtre !  » et  » J’adore mon chat (mais il s’en fout complètement) « , Alberto Montt revient avec un nouveau recueil de dessins d’humour et de petites histoires et cette fois comme fil rouge l’anxiété, ce mal universel. On retrouve avec bonheur la verve et le talent de cet auteur chilien pour mettre le doigt là où ça fait mal avec le sens de la concision et du rythme qui le caractérisent. 160 pages d’angoisse humoristique !

 

Hématite

Hématite n’est pas une adolescente vampire comme les autres. Elle préfère la poésie à la vue du sang. Victoria Maderna et Federico Patti imaginent ses aventures fantastiques dans le premier volume d’Hématite, une série jeunesse chez Dargaud.

Hématite et ses parents vivent dans un manoir à l’extérieur de la ville. Les aïeux de l’adolescente sont célèbres : les Blackwood sont une famille de vampires. Si tous se comportent comme tels, Hématite préfère rêver, la poésie et fréquenter une école mixte.

« Je… je … n’aime pas l’idée… du sang. »

Les fleurs, la bibliothèque et l’écriture rythment ses journées. Et pour plaire au bel Émile, elle va même jusqu’à écouter une conférence sur les créatures  du royaume des ombres…

Ce premier volet d’Hématite nous a charmé ! Si un récit d’adolescent vampire n’est pas nouveau, Victoria Maderna donne au sien de la chaire et de l’intelligence par son héroïne qui ne trouve pas sa place au sein de son illustre famille. Son côté gothique romantique attire. Elle aime les choses simples de la vie et aspire à une existence comme toutes les adolescentes.

On apprécie la personnalité singulière d’Hématite. Elle veut de l’indépendance, de la liberté et s’émanciper de son statut de vampire. Ces trois envies sont souvent au cœur de cette époque charnière qu’est l’adolescence.

Autour d’elle, la scénariste espagnole imagine une très jolie galerie de personnages fantastiques et parfois fantasques. Loups-garous ou goules parsèment ainsi le récit.

On est surpris agréablement par la partie graphique de Federico Piatti. Le trait hachuré du dessinateur argentin est d’une belle vivacité.

  • Hématite, tome 1 : Sérénade
  • Scénariste : Victoria Maderna
  • Dessinateur : Federico Piatti
  • Traductrice : Nora Bouazzouni
  • Editeur : Dargaud
  • Parution : 23 avril 2021
  • Prix : 21,90 €
  • ISBN : 9782205086676

Résumé de l’éditeur : Dans un monde de démons, Hématite est une petite vampire sombre et un peu rebelle. Descendante de l’illustre famille des Blackwood elle est, au grand dam de ses parents, en conflit avec sa condition de vampire, préférant au sang chaud des soupes de légumes ! Et plutôt que d’être scolarisée à l’Académie Diemus avec ses congénères, elle a opté pour l’expérience de la mixité à la Wolven school. Mais bon, être différent et avoir du tempérament n’aide pas toujours à se faire des amis… Heureusement il y a Drulina, la poésie… Et Emile ! Un jeune humain passionné par les sciences occultes dont Hématite est secrètement amoureuse. Malheureusement, faire le pont entre les mondes n’est pas des plus facile..

La ferme de l’enfant-loup

Alors que les Nazis sont en déroute en France, ils décident d’appliquer la théorie de la terre brûlée et anéantissent le maquis du Vercors. Jean-David Morvan et Facundo Percio dévoilent ce moment dans La ferme de l’enfant-loup. Poignant !

Juin 44, sept résistants s’installent dans une ferme au passé sombre qui hante encore les esprits de ceux qui en ont entendu parler. Leur mission, surveiller l’arrivée des Allemands. Mais cette ferme et son drame n’ont pas livré tous leurs secrets…

Juillet 44, plus de 10 000 soldats allemands ont pour ordre d’éliminer les « terroristes » du plateau de Vercors. Personne n’est épargné. En moins d’une semaine 840 français dont plus de 600 maquisards ont été exécutés. En 1945 par décret la ville de Vassieux-en-Vercors s’est vue décerner la Croix de la Libération. Voilà le contexte historique qui nous est exposé.

Mais dans La ferme de l’enfant-loup, c’est une petite histoire dans la grande Histoire qui nous est contée. Celle de l’enfant-loup, un enfant sauvage qui vivait dans les bois depuis juin 40 après un terrible drame. Le scénario de JD Morvan (Irena, Mohamed Ali, Les croix de bois, Sillage…) est juste incroyable. Il est intense, fort, dur, de plus on apprend de nombreuses choses sur l’Histoire du Vercors. C’est tellement bien construit que j’ai fait des recherches sur ce garçon .. mais il n’existe pas …

Côté dessin, on retrouve le style remarquable et captivant de Facundo Percio, déjà rencontré dans « Les croix de bois ». Il m’a à nouveau complètement bluffé.

Encore une superbe lecture qui en met plein les yeux. Le scénario est intense, le dessin remarquable et l’objet très qualitatif ce qui rend le plaisir de lecture encore plus important. Cet album est une véritable pépite visuelle et scénaristique à côté de laquelle il ne faut surtout pas passer.

  • La ferme de l’enfant-loup
  • Scénariste : JD Morvan
  • Dessinateur : Facundo Percio
  • Coloriste : Patricio Delpeche
  • Editeur : Albin Michel
  • Parution : 02 juin 2021
  • Prix : 21,90 €
  • ISBN : 9782226455932

Résumé de l’éditeur : Vercors, début juin 1944.

Sept résistants guettent l’arrivée des Allemands par le pont de la Goule Noire…

Deux femmes et cinq hommes au passé chargé, réunis dans une ferme hantée par les souvenirs. Une ombre rôde, insaisissable… inespérée aussi. Le 21 juillet 1944, la Wehrmacht frappe sans merci et anéantit le maquis du Vercors…

Mieruko-Chan Slice of Horror tomes 2 & 3

Mieruko-Chan Slice of Horror. Miko poursuit sa vie de lycéenne entourée de monstres visibles qu’à ses yeux. Ne pas crier, ne pas sursauter, ne pas frémir. Tout faire pour ne rien laisser paraître, tel est son quotidien.

Et c’est de plus en plus dure. Car ils sont partout, tout le temps. Ces créatures monstrueuses, évoquant vaguement des vestiges humains, pullulent. En plus, son amie, Hana, a la capacité de les attirer comme des papillons sont attirés par la lumière. Un prof remplaçant est constamment entouré d’une ribambelle de monstre, et une de ses camarades de classe lui dévoile être capable de les voir aussi, mais….. peut-être pas autant qu’elle ne le croit.

Pourquoi Miko est capable de les voir ? Le mystère reste entier. Que sont-ils ? ça… on commence à se faire une idée. Mais Miko qui était persuadée que les ignorer suffirait à la protéger finit par se poser des questions.

« Tu me vois ? Dis ? Tu me vois ? »

Ils parlent, communiquent, interagissent avec le monde des humains. Et on dirait qu’ils font bien plus que discuter. La dimension des monstres empiète sur celui des hommes et Miko ne sait pas ce qu’ils sont réellement capables de faire.

Alors peut-être que feindre l’ignorance n’est pas suffisant. Peut-être que la jeune fille qui n’a pas choisi de les voir, va devoir commencer à agir. Peut-être.

Sans moyen de protection, une chose est sûre : ça va mal finir. Mais est-ce qu’il en existe seulement, des moyens de protection ?

Cependant, parfois… Elle a de bonnes surprises. Parfois, elle agit, discrètement, sans se faire démasquer et cela porte ses fruits. Et un monstre finit par lui dire Merci. Parfois.

La série Mieruko-Chan, Slice of Horror – éditée aux éditions Ototo – prend son temps. Ici, pas de grande épopée pour affronter les forces du mal ou exorciser on ne sait quelle créature infâme. Juste une lycéenne qui n’a rien demandé à personne et qui est confrontée à eux dans l’ignorance la plus totale. Isolée, désarmée, elle ne peut agir qu’à sa minuscule échelle de rien du tout. Et en fait, elle est comme nous. Et c’est extra.

Ce qui fait de Mieruko-Chan une comédie horrifique si tordante, c’est son savant-mélange de Jump-Scare, frissons et énigmes. Le tout saupoudré d’un peu d’amitié, de tendresse et de quiproquo, nous voilà avec un manga absurdement génial. Appel suprême à notre empathie, il mélange à la perfection vie quotidienne et part d’horreur surnaturelle, glauque et incompréhensible.

La part d’énigme prend cependant de plus en plus de place. Le point de vue de Miko change lentement. Les évènements extérieurs chahutent ses certitudes. Mieruko-Chan, en trois tomes, a un peu évolué. Dessinée comme une série de sketch déconnectés les uns des autres – mais suivant la même chronologie – l’histoire de la lycéenne prend forme à un rythme serein, sans se presser.

Tomoki Izumi, un peu dépassé par le succès de sa série d’après la postface du tome 1, continue de raconter une histoire originale et amusante. Malgré les frissons de dégoût et d’horreur, c’est une lecture apaisante. Le tome 2 engloutie et le tome 3 terminé, vous réclamez déjà le tome 4.

  • Mieruko-Chan, Slice of Horror T3
  • Auteur : Tomoki Izumi
  • Editeur : Ototo
  • Prix : 7,99 €
  • Parution : 14/05/2021
  • ISBN : 9782377173846

Résumé de l’éditeur : Un jour, Miko découvre qu’existent en ce monde de nombreux êtres difformes et étranges qu’elle semble être la seule à apercevoir. Elle qui n’est par ailleurs qu’une jeune fille ordinaire prend alors son courage à deux mains pour accomplir l’impossible : faire comme si elle ne les voyait pas. Entre horreur et comédie, découvrez le quotidien terrifiant et pourtant si attachant de Miko !

Amours liquides

Après avoir divorcé d’avec son conjoint, Roxane enchaine les rencontres sans lendemain. Lilith conte ses aventures dans Amours liquides, édité par Delcourt.

Roxane, 40 ans, deux enfants vient de subir une rupture douloureuse.

Pour essayer de se ressaisir, mais aussi pour se prouver à elle-même qu’elle peut encore séduire, elle décide de « changer d’air, s’amuser, voir des nouvelles têtes » et c’est sur des sites de rencontres qu’elle jette son dévolu. Jour après jour, rencontre après rencontre, cette méthode de drague ressemble vite à une drogue. Méthodique, elle a ses critères, ses notes et accumule en un rien de temps un très beau tableau de chasse. Cette vie devient un jeu puis une obsession mais est-ce que cela comble vraiment le vide ?

Pour ceux qui veulent savoir, cette lecture n’est pas une autobiographie, mais plutôt une autofiction (récit mêlant la fiction et l’autobiographie). Quelle est la part d’autobiographie et quelle est la part de fiction, Lilith devrait nous en dire un peu plus, je l’espère, dans un live qui aura lieu dans quelques jours.

J’ai tout de suite pensé à l’album « Je ne te connais pas » de Cristina Portolano, qui était également une autofiction traitant le même sujet. Mais si le thème est similaire, l’approche est différente.Graphiquement déjà mais également sur la forme du récit.

Lilith a su trouver les bonnes astuces scénaristiques pour passer « d’une proie » à une autre. Mais ne vous y trompez pas, Amours liquides n’est pas qu’une simple description des relations liquides, bien au contraire, elle exprime des sentiments bien plus profonds, bien plus forts. Elle aborde entre autres le sens des relations humaines, la fragilité des sentiments, le mal-être, la dépression et plus encore.

D’ailleurs le sociologue Zygmunt Bauman évoque dans son livre « L’amour liquide » le sentiment d’insécurité inspiré par la fragilité des liens humains.

Lilith m’a surpris dans cette bande dessinée, j’aime autant la forme que le fond, un roman graphique très sensible et très fort de sens. Un coup de cœur que je vous conseille d’inscrire à votre tableau de chasse.

  • Amours liquides
  • Autrice : Lilith
  • Editeur : Delcourt, collection Tapas
  • Prix : 24,95 €
  • Parution : 19 mai 2021
  • ISBN : 9782413019923

Résumé de l’éditeur : Roxane, 40 ans, vient de divorcer. Elle s’immerge dans des amours liquides, découvrant l’inconsistance des rencontres en ligne, légères et sans lendemain, teintées de séduction factice et facile, souvent improbables, parfois absurdes. Dans cette exploration d’amours multiples, chavirée par tant de possibles, Roxane manque de se noyer dans le vortex d’une collection sans fin…

The Elf & the Hunter

The Elf & the Hunter. Il était une fois une artisane elfique et un chasseur humain. Aoi Umetaro, édité aux éditions Soleil, raconte le quotidien de ce duo atypique dans un univers de médiévale-fantaisie bon-enfant.

Magritte est une artisane de génie. Elle conçoit les objets magiques qui permet aux aventuriers, chasseurs, médecins, de d’affronter leurs problèmes et continuer leur voyage. Aussitôt une énigme à résoudre, un solution à trouver, Magritte se met au travail, perdue dans ses pensées. Du haut de ses trois pommes, elle a bien besoin d’un assistant pour l’aider à dénicher les ressources qu’elle utilise.

Ainsi elle accepte à ses côté Yura. Ils s’étaient rencontrés des années plus tôt. Yura était encore enfant. Dès lors il s’était promis de devenir un chasseur hors paire pour être à la hauteur de la petite elfe qu’il admire comme une déesse. Il l’aide dans son quotidien, autant au foyer que sur le terrain. Il la protège, tue des dragons ou cueille des kakis magiques quand elle en a besoin. Bref. Ils passent leur vie ensemble.

Mais entre une minuscule elfe et un humain adulte, difficile d’avouer leur affection commune. L’espérance de vie de Magritte est longue, si longue. Celle de Yura est courte, si courte.  Ils ont une relation d’employeur et employé, mais honnêtement ça fait belle lurette que ce ne sont que des mots pour se rassurer, très éloignés de la réalité.

A travers un style manga simple, claire et lisible, Aoi Umetaro dessine une douce histoire d’amour. Plein de tendresse le quotidien de Magritte et Yura fait sourire. Parfois cocasse et drôle. C’est un manga apaisant pour qui aime la médiévale-fantaisie. L’univers du récit semble riche en aventure. Ce qui offre à Magritte de nombreuses occasions d’inventer de nouvelles choses. Ainsi, The Elf & the Hunter se teinte d’un petit côté encyclopédie de la recherche, carnet de savant et autre recette de cuisine.

Une jolie lecture pour celles et ceux qui aiment les histoires d’amour sans prise de tête.

  • The Elf & the Hunter
  • Auteur : Aoi Umetaro
  • Editeur : Soleil Manga
  • Prix : 7,99€
  • Parution : 15 avril 2021
  • ISBN : 9782302093119

Résumé de l’éditeur : Et si, niché au cœur de la forêt, se trouvait un atelier où un elfe et un chasseur fabriquent des objets extraordinaires, que leur demanderiez-vous de vous fabriquer ?

Dans une petite cabane au fond des bois vit l’elfe artisan Magritte, ainsi que celui qui lui voue une adoration sans borne, le chasseur humain Yura. Bien qu’ils soient d’âges et d’espèces différents, ils demeurent ensemble et créent des objets fabuleux pour répondre à diverses requêtes. Et si vous jetiez un œil à leur paisible vie, tissée au quotidien dans cet atelier forestier ?

Montagnes russes

Aimée aimerait devenir maman. Mais jusqu’à présent, rien n’y a fait, même les fécondations in vitro tentées en vain. Gwen Morizur et Camille Benyamina dévoilent Montagnes russes, un super album, très poignant aux éditions Grand Angle.

Aimée travaille dans une crèche avec de nombreux enfants. Lorsque Charlie, une jeune femme qui a un peu de mal à gérer sa vie vient inscrire Julio, Aimée se prend d’affection pour cet enfant qui pose pas mal de problèmes. Pour lui, elle n’hésite pas à enfreindre certaines règles. Tout oppose Charlie et Aimée ou presque. Charlie est jeune, elle a déjà trois enfants, elle n’est pas en couple et est en pleine formation professionnelle. Aimée a une vie stable, elle vit avec Jean depuis plusieurs années et cherche en vain à avoir un enfant.

Comment Aimée va gérer cette situation ? Va-t-elle aller trop loin et risquer de tout perdre ? Son rêve deviendra-t-il réalité ?

Gwen Morizur (Tara, un été zéro déchets) et Camille Benyamina (Les petites distances) abordent les questions de la fécondation in vitro (FIV) et plus largement de la procréation médicalement assistée (PMA) sans tomber dans la démonstration médicale mais du point de vue d’un couple qui se bat pour avoir un enfant.

Le titre est parfaitement choisi et correspond bien à ce que ressentent Aimée et Jean, entre espoirs, déceptions et nouveaux espoirs (des hauts et des bas). Je n’en dirais pas plus sur le contexte et sur la « confrontation » entre Aimée et Charlie mais l’approche est extrêmement bien pensé et rend cette lecture encore plus profonde. Quant au dessin je suis totalement sous le charme du trait immensément doux de Camille Benyamina même pour exprimer des moments extrêmement durs.

J’attendais Montagnes russes depuis son annonce, et je ne suis pas pas déçu bien au contraire. Comme les montagnes russes, cette bande dessinée nous fait vivre fait vivre des sensations fortes. Je pensais être chamboulé et ça a été le cas. Pourtant j’en ressort avec une grande vague d’espoir. Un album qui nous dit : Laissez nous faire nos choix. Un coup de cœur à n’en pas douter

  • Montagnes russes
  • Scénariste : Gwen Morizur
  • Dessinatrice : Camille Benyamina
  • Editeur : Grand Angle
  • Prix : 16,90 €
  • Parution : 02 juin 2021
  • ISBN : 9782818976005

Résumé de l’éditeur : Avoir un enfant est devenu une idée fixe pour Aimée et les échecs successifs de FIV sont de plus en plus durs à accepter. Dans la crèche où elle travaille, la jeune femme fait alors la connaissance de Charlie qui élève seule ses enfants. Elle s’attache rapidement à l’un d’eux, Julio, et se met peu à peu à outrepasser ses fonctions. Malgré cela, une amitié de plus en plus forte se tisse entre Aimée et Charlie. Mais quand la maman de Julio se rend compte du comportement d’Aimée vis-à-vis de son fils, elle se sent trahie par son amie. Les disputes et les règlements de compte entraînent alors les deux femmes sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent à la vie et dans ces sensations fortes à l’image de leur amitié.

Imbattable tome 3

Pascal Jousselin est de retour avec un nouvel opus d’Imbattable – Le cauchemar des malfrats – sa merveilleuse série éditée par Dupuis !

Imbattable, son stagiaire et Jean-Pierre le gendarme sont de retour dans de nouvelles aventures d’Imbattable. De nouveaux méchants, une histoire d’amour, des crêpes, un incendie éteint avec des glaçons, des tags, des voyages dans le temps…. Imbattable et ses amis savent tout faire et plus encore… Il est le seul véritable héros de la BD…

J’ai découvert cette série et le travail de Pascal Jousselin avec tome 1. Dès sa sortie, j’ai été immédiatement subjugué par l’intelligence et le côté astucieux des histoires de ce SUPER MÉGA HÉROS. À côté, les Batman les, Superman, Iron Man , Aquaman et tous les « je ne sais pas quoi » MAN peuvent aller se rhabiller chez « tout nu » (comme le dit souvent mon père). Imbattable « vole » à travers le temps, il intervient sur les cases du futur pour influencer les cases du passé bref il est imbattable. Et en plus il est tellement imbattable que tous autour de lui deviennent meilleurs.

Bon, je crois que vous l’avez compris je suis fan, totalement fan de cette série, fan du héros tout de jaune vêtu (il a le plus beau des costumes de tout l’univers), fan du très très bon travail de l’auteur (Chihuahua, L’atelier Mastodonte), car il ne faut pas l’oublier en dehors de l’humour débordant c’est juste une pépite de construction déconstruction des actions et du temps. Une série que je conseille pour les 7 à 77 ans et plus encore.

  • Imbattable, tome 3 : Le cauchemar des malfrats
  • Auteur : Pascal Jousselin
  • Editeur : Dupuis
  • Parution : 02 avril 2021
  • Prix : 10,95 €
  • ISBN : 9791034746347

Résumé de l’éditeur : Imbattable revient toujours. Lui, Toudi son fidèle stagiaire et Jean-Pierre le gendarme sont prêts à éteindre les incendies avec un verre de grenadine, ou arrêter un voleur en manque d’affection capable d’être à plusieurs endroits dans la même case. Même un fantôme visible seulement par les lecteurs leur donne à l’occasion un coup de main. Mais Imbattable peut compter sur un nouveau savant fou pour concevoir un robot indestructible qui risquerait de le faire définitivement sortir du cadre. Jamais à court d’idées, Pascal Jousselin construit son univers en toute liberté, en jonglant avec les codes visuels pour faire de la bande dessinée un espace ludique et dynamique. Dans ce troisième tome, il démontre une nouvelle fois les possibilités formelles infinies de ces gags graphiques qui font d’Imbattable « le seul véritable super-héros de bande dessinée », à travers cette série déjà culte.

Ne reste que l’aube

L’art, l’immortalité et les vampires sont au cœur de Ne reste que l’aube, le merveilleux album de Thierry Murat. Encore une belle surprise de lecture !

Dans un futur indéterminé, New-York est tombé, Facebook n’existe plus et a été remplacé depuis très longtemps par Workin’glass qui est devenu omniprésent dans la vie de tous à travers les assistants virtuels qui anticipent tous nos besoins.

Jørgen Nyberg est un des peintres les plus connus de la deuxième moitié du XXIe siècle. Il est célèbre pour son œuvre mais aussi pour toute la part d’ombre qu’il y a autour de son mode de vie. Cloîtré chez lui, il dort le jour et vit la nuit… Un jeune homme décide de le rencontrer pour en savoir plus. De ce premier rendez-vous renversant, découle une série d’échanges sur la vie, sur le monde, sur l’humanité et l’immortalité…

Après Étunwan en 2016 et Animabilis en 2018, Ne reste que l’aube, est le dernier volet d’un triptyque explorant la création artistique à travers les genres littéraires et là, l’auteur a décidé de s’attaquer aux vampires (chaque livre a sa propre histoire et peut se lire indépendamment). Ne vous attendez pas à une profusion de sang, à des dents pointues à chaque page. Il n’y aura pas non plus de crucifix ou d’ail. Thierry Murat aborde la vie, l’immortalité, l’évolution de la société dans un huis clos intimiste. On retrouve le style de l’auteur, aussi bien au niveau de l’écriture que du graphisme et c’est véritablement une réussite.

Ne reste que l’aube est un huis clos qui parle en même temps d’humanité, d’inhumanité, de vampire, d’intelligence artificielle il fallait oser. Et bien j’ai envie de dire « il faut !!! Des lectures graphiques comme celle-là j’en veux encore et encore ». Cette bande dessinée rassemble tout ce que j’aime. Alors pour moi ce sera un très grand OUI et un gros coup de cœur.

  • Ne reste que l’aube
  • Auteur : Thierry Murat
  • Editeur : Futuropolis
  • Parution : 07 avril 2021
  • Prix : 26 €
  • ISBN : 9782754828086

Résumé de l’éditeur : Thierry Murat revient avec le dernier volet d’un triptyque explorant la création artistique à travers les genres littéraires. Avec Ne reste que l’aube, il revisite le genre littéraire du récit de vampire et aborde les thèmes de l’art et de l’immortalité… En choisissant de situer son histoire dans un futur proche, il porte un regard aiguisé sur l’avenir de notre monde, devenu déshumanisé par la montée des réseaux sociaux, un monde où l’humanité se trouve peut-être là où on ne l’attend plus. Jørgen Nyberg est un peintre célèbre de la deuxième moitié du XXIe siècle. Il a installé sa notoriété grandissante avec des peintures de scènes intimistes aux formats gigantesques. D’une modernité implacable, ses toiles ont la particularité d’être exécutées avec une technique très ancienne de la Renaissance italienne. Ses oeuvres font autant parler d’elles sur le Workin’glass, le réseau social dominant, que la volonté de l’artiste de ne jamais apparaître en public. Avant d’être Jørgen Nyberg, il fût l’une des figures marquantes du Cinquecento, Giacomo della Fenice. Malheureusement, il meurt à 46 ans, en 1531, en Toscane, mordu à mort dans une ruelle de Sienne. L’immortalité lui est offerte par son agresseur, un vampire et collectionneur d’art qu’il n’a jamais revu. Cinq siècles plus tard, il vit et travaille dans un immense loft au 153e étage d’une tour de Stockholm où il réside, la lumière de l’aube y étant plus confortable. Un jour, Yris, l’intelligence artificielle qui gère son lien avec le monde extérieur, lui conseille vivement d’accepter un rendez-vous avec Niels, un jeune artiste étudiant fasciné par l’oeuvre et la troublante personnalité de Jørgen Nyberg. Une rencontre qui va bouleverser leurs vies.