Crépuscule des pères

Renaud Cojo et Sandrine Revel mettent en image Crépuscule des pères un fait divers, le Drame de Cestas, édité par Les Arènes BD.

1969, le « Drame de Cestas » fait grand bruit. Un homme, isolé dans une ferme avec deux de ses trois enfants monte une vraie forteresse et menace de les tuer et de se suicider. Il demande que sa femme les rejoigne et que le jugement concernant la garde des enfants soit révisé.

Loin de vouloir faire un parallèle ou même de vouloir expliquer le geste inexplicable d’André Fourquet, les deux auteurs abordent à travers ces deux histoires, la grande difficulté pour les pères d’obtenir la garde des enfants en France. Dans notre pays, la résidence principale est fixée à 73,5% chez la mère. De nombreux conflits sont engendrés chaque année à cause de cette situation complexe. Les deux histoires se croisent intelligemment et le dessin de Sandrine Revel (Tom Thomson, Grand silence) donne encore plus de profondeur au sujet.

Crépuscule des pères est un ouvrage fort, dur et terrible qui m’a touché. Et si tout simplement, l’équilibre des chances et le bien être des enfants était la priorité loin des combats d’adultes ?

  • Crépuscule des pères
  • Scénariste : Renaud Cojo
  • Dessinatrice : Sandrine Revel
  • Editeur : Les arènes BD
  • Prix : 20 €
  • Parution : 17 juin 2021
  • ISBN : 9791037502209

Résumé de l’éditeur : 2016, alors qu’il est en pleine procédure pour l’obtention de la garde alternée de sa fille Lise, Thomas découvre par hasard le « drame de Cestas » (1969), qui fut l’un des premiers faits divers médiatisés à outrance. Au terme d’une véritable enquête, il reconstitue le puzzle de cette tragédie.

 

1984

Voici la cinquième version BD de 1984, le roman de George Orwell, signée Frédéric Pontarolo, édité par Michel Lafon.

Imaginez. La Terre serait divisée en trois grandes régions (Eurasie, Estasie, Océanie) qui seraient en guerre permanente. L’histoire et les faits seraient réécrits chaque jour pour correspondre aux décisions du parti. Du jour au lendemain, ceux qui ont le pouvoir pourraient décider de vous faire disparaître comme si vous n’aviez jamais existé… Chaque mot, chaque mouvement serait scruté par Big Brother et la liberté n’existerait pas. Dans ces conditions, peut-on aimer ? Peut-on se révolter ? Peut-on renverser le parti ?

C’est la cinquième adaptation du roman choc de George Orwell qui critique ouvertement tous les régimes totalitaires. Écrit en 1948, 1984 est tombé en 2021 dans le domaine public. C’est du jamais vu autant d’adaptations en si peu de temps, mais cette œuvre le mérite amplement. Ce qui est très intéressant quand on compare les 5 adaptations, c’est que chaque auteur a un parti pris et une approche totalement différents. C’est le cas pour Frédéric Pontarolo (Bone). Sans réinventer l’histoire (c’est impossible et ce serait dommage) il se l’est appropriée et a fait des choix de narration intéressants. Cela nous donne l’impression de la redécouvrir autrement. Coté graphisme aussi, rien à voir avec les autres, mais que c’est bien réussi. J’aime énormément le style et là encore pour les choix de l’auteur, chapeau bas.

Pourquoi choisir cette version de 1984 ? Cela va dépendre de vos affinités, mais ce que je peux vous dire c’est que Frédéric Pantarolo a réussi à me séduire avec cette version. Être surpris par une adaptation alors que, dans la même année, on a déjà lu les quatre premières, c’est en soit un vrai tour de force.

  • 1984
  • Auteur : Frédéric Pontarolo, d’après le roman de George Orwell
  • Editeur : Gallimard BD
  • Prix : 20
  • Parution : 27 mai 2021
  • ISBN :  9782749944586

Résumé de l’éditeur : Londres, 1984, Winston Smith, employé au ministère de la Vérité, chargé de réécrire l’histoire afin qu’elle s’accorde avec la version offi cielle, tombe amoureux de Julia, rencontrée lors des Deux Minutes de la Haine. Comment leur amour pourra-t-il exister dans un monde où les sentiments sont interdits et où les Télespions surveillent les individus sans relâche ? Souriez Big Brother is watching you !

Le songe du corbeau

Après le merveilleux La fête des ombres, l’Atelier Sento dévoile Le songe du corbeau, un très beau récit mis en image par Alberto M.C.

Koji est un jeune adulte qui se bat et se débat avec son passé sans vraiment savoir ce qu’il est vraiment. Entre songe et mémoire qui enjolivent la vérité, il avance difficilement dans sa vie jusqu’au jour où, il reçoit une enveloppe avec un mystérieux aigle noir en origami. Petit à petit il retrouve le fil. Il doit absolument aller au bout de son enquête pour enfin découvrir la vérité quoi qu’il en coûte.

Dès sa sortie, cette couverture aussi magnifique qu’énigmatique m’a attiré. Déjà je voulais absolument lire Le songe du corbeau, sans savoir de quoi il parlait. Puis j’ai lu un grand nombre de retours de comptes bande dessinée, que je suis avec beaucoup d’attention, et mon intérêt n’a fait que grandir de jour en jour pour cette lecture. Il y a quelque temps, je vous avais fait un retour sur « La fête des ombres » de l’Atelier Sentô qui m’avait totalement charmé. Et bien là encore, je me suis pris une très grosse claque. Mais pour cette bande dessinée c’est Alberto M.C. qui nous émerveille avec de superbes dessins à l’aquarelle.

Le songe du corbeau : une histoire forte et intense. Un scénario extrêmement bien réalisé. Un graphisme plus que magnifique, je ne sais pas vraiment que vous dire de plus. Ah si, vous vous en doutez… C’est un immense coup de cœur pour ce récit glaçant qui vous prend aux tripes.

  • Le songe du corbeau
  • Scénariste : L’atelier Sento
  • Dessinateur : Alberto M.C.
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 18,95 €
  • Parution : 16 juin 2021
  • ISBN : 9782413026907

Résumé de l’éditeur : Kidnappé à 10 ans, Koji vivait avec d’autres enfants dans une maison, isolée dans les bois et gardée par un monstre inquiétant et protecteur. Vingt ans plus tard, une nouvelle série de disparitions a lieu autour de lui. Koji doit alors faire face à son passé et ses démons car ses souvenirs sont la clé pour stopper le kidnappeur. Mais peu à peu, la frontière entre présent et passé s’estompe…

En toute conscience

En toute conscience est un album autour du droit à mourir dans la dignité et de l’euthanasie. Édité par Delcourt, il est signé Olivier Peyon et Livio Bernardo.

« En toute conscience » est une association qui accompagne les personnes qui souhaitent une I.V.V « Interruption Volontaire de Vie », même si certains disent suicide pour que ça soit plus clair.

Les accompagnants de l’association le savent en France  c’est interdit. Mais quand c’est nécessaire, ils suivent un protocole, ils importent un produit et aident ceux qui le souhaitent. Leur doctrine est assez simple « La liberté pour tous de choisir sa mort ». Alors quand Vincent un jeune homme en pleine santé se présente en disant « Je veux mourir maintenant » les choses se compliquent… Pourquoi veut-il mourir ? Faut-il l’en dissuader ou l’accompagner ?
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Alors voilà un sujet qui aurait pu être « casse-gueule ». Comment aborder l’euthanasie sans que ça soit partisan ? Comment faire réfléchir sans imposer ? Comment poser les questions qui peuvent faire avancer le débat ? Et bien je vous invite vivement à lire En toute conscience qui traite le thème avec une très grande intelligence. Oui le thème est dur , fort, délicat et intime. Et oui il faut en parler pour faire bouger les lignes. Olivier Peyon et Livio Bernardo ont choisi le bon angle d’attaque. Ce roman graphique est sensible, mais pas oppressant. Il y a de nombreuses notes d’humour (je n’ai pas pu me retenir de rire) et cela rend tout simplement le livre vrai.

L’euthanasie est un sujet difficile à traiter (et c’est peu dire), donnez le à Olivier Peyon & Livio Bernardo et tout semble simple fluide sans que vous puissiez vous y attendre. Un immense coup de cœur pour moi, le travail est juste extraordinaire un très grand bravo.

  • En toute conscience
  • Scénariste : Olivier Peyon
  • Dessinateur : Livio Bernardo
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 25,50 €
  • Parution : 27 avril 2021
  • ISBN : 9782413036890

Résumé de l’éditeur : À l’asso « En toute conscience », on milite pour le droit à l’euthanasie, mais on aide surtout dans l’illégalité totale ceux qui veulent abréger leur souffrance. Jusqu’au jour où débarque Vincent, 25 ans, qui veut en finir suite à un chagrin d’amour. Sidérés, ces vieux militants font mine d’accéder à sa requête, et sous couvert de l’aider à mourir, vont tout faire pour lui redonner goût à la vie.

Un avion sans elle

Un avion sans elle, c’est la déclinaison en bande dessinée du roman éponyme de Michel Bussi par Fred Duval et Nicolaï Pinheiro chez Glénat.

18 ans que le Grand-Duc enquête sur la miraculée du « Mont Terrible ».
18 ans que l’identité de celle que l’on surnomme « Libellule » reste une énigme.
18 ans que deux familles s’affrontent autour de son identité.
18 ans c’est l’âge de Lylie, va-t-elle enfin savoir qui elle est ?

C’est la seconde adaptation de Michel Bussi que Fred Duval réalise après Nymphéas Noirs qui avait été un de mes gros coup de cœur de 2020 (Il est sorti fin 2019). Mais comment adapter un best-seller qui s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires sans le trahir ? Et bien tout simplement en faisant confiance au talent de Fred Duval qui avec des choix judicieux et un découpage très intelligent arrive à nous tenir en haleine jusqu’aux toutes dernières pages. Côté graphisme le traitement de Nicolaï Pinheiro est, quant à lui, en parfaite adéquation avec l’histoire.

Prenez un best-seller de Michel Bussi, ajoutez l’intelligence d’un maître du scénario, complétez avec un dessin extrêmement bien adapté à cette intrigue et vous obtenez Comme un avion sans elle, un véritable page-tuner qui ne vous laisse aucun moment de répit. Un polar aux multiples facettes qui ne faut pas louper cette année.

  • Un avion sans elle
  • Scénariste : Fred Duval, d’après le roman de Michel Bussi
  • Dessinateur : Nicolaï Pinheiro
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 25 €
  • Parution : 26 mai 2021
  • ISBN : 9782849533888

Résumé de l’éditeur : Le best-seller de Michel Bussi en bande dessinée ! Crédule Grand-Duc veut mourir. L’enquête de sa vie a échoué… Depuis 18 ans, il cherche l’identité de Lylie, la miraculée du Mont Terrible, une petite fille rescapée du crash du vol Istanbul-Paris survenu le 23 décembre 1980. Car deux bébés étaient à bord ! Les Carville et les Vitral, deux familles que tout oppose – Les Carville, issus de la haute bourgeoisie industrielle française et les Vitral, vendeurs de frites sur la côte normande – se disputent celle que la presse ne tarde pas à surnommer Libellule. La justice finit par confier l’éducation de Lylie aux modestes Vitral. Engagé par les Carville, le détective s’est lancé dans un périple de dix-huit ans d’interrogations, d’hypothèses, de coups tordus, et d’échecs… Et puis… Alors qu’il va presser la détente, Crédule observe une dernière fois la Une du journal de l’époque… Soudain, tout est clair… Drame familial, polar parfaitement huilé et quête d’identité, l’adaptation au cordeau du roman de Michel Bussi orchestrée par Fred Duval se voit sublimer par la patte graphique et la narration de Nicolaï Pinheiro. Véritable page-turner, ce récit dense aux personnages complexes et attachants promène le lecteur dans les mystères de l’enquête autant que dans les décors des quartiers parisiens, les chemins de grande randonnée du jura ou du front de mer dieppois. A la manière d’un subtil tour de magie, Un avion sans Elle, dévoile progressivement ses secrets pour mieux cacher le tour qu’il est en train de nous jouer.

Le bruit de la pluie

Lorsque l’on diagnostique à un petit garçon, une tumeur au cerveau cela est une catastrophe dans sa famille. Avec toute sa délicatesse, Joël Alessandra imagine son parcours dans Le bruit de la pluie. Bouleversant !

Antoine, est un jeune garçon plein de vie comme tous les enfants. Un matin il se lève avec des maux de tête qui se prolongent de jour en jour. Ce n’est qu’un enfant, c’est sûrement rien. Puis au delà de ses douleurs, son écriture se dégrade, il tombe souvent en cour de récréation et parfois il vomit. Après plusieurs examens, le verdict tombe à 9 ans, il va subir une opération visant à lui retirer une tumeur cérébrale. L’opération se passe bien mais des difficultés persistent, certaines se voient, d’autres sont invisibles et ce sont les pires. Bien accompagné par la cellule familiale et par un centre de ressources destiné aux enfants, Antoine va devoir grandir à son rythme.

Joël Alessandra (Promenade de la mémoire) nous propose Le bruit de la pluie, une lecture sur un thème difficile qui vient transpercer toute une famille comme une flèche en plein cœur en exposant des sentiments comme le doute, la peur, le soulagement, l’abnégation et la résilience. Il met en avant toutes les phases qui accompagnent cette terrible nouvelle, mais aussi les équipes qui sont là pour accompagner les familles dans ces situations-là.

Le bruit de la pluie : une lecture forte, touchante où la pluie vient s’abattre avec violence avant que les nuages ne se dégagent lentement. L’auteur a le don pour écrire ces histoire avec tendresse et délicatesse.

  • Le bruit de la pluie
  • Auteur : Joël Alessandra
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Prix : 18
  • Parution : 09 juin 2021
  • ISBN :  9782374181097

Résumé de l’éditeur : Antoine et sa famille croquent la vie à pleines dents mais des signes inquiétants dans le comportement de l’enfant viennent troubler cette joyeuse ambiance. Le diagnostic révèle rapidement qu’Antoine est atteint d’une tumeur au cerveau. L’accompagnement de la famille, des amis, des enseignants et du corps médical s’avèrera essentiel dans sa guérison.

Des sorcières et des hommes

Voici la version papier  française du compte Instagram à succès @war.and.peas : Des sorcières et des hommes, une bande dessinée hilarante, absurde et féministe, éditée par First !

Vous avez bien lu « War and peas » (Guerre et petits pois) et non « Guerre et Paix » de Tolstoï, c’est ça ! « Des sorcières et des hommes » et non « Des souris et des hommes » de Steinbeck ! Dès la couverture on sait déjà qu’on est partis pour une bonne dose d’humour (petit clin d’œil à Eugène Delacroix pour la revisite en couverture de son tableau « La liberté guidant le peuple » peint en 1830).

Dans ces strips on va trouver, la sorcière pas farouche (elle est même très coquine), la mort qui aimerait bien prendre sa retraite, un robot amoureux, un jeune fantôme qui a envie de vivre, des nuages, des montagnes et même Bob et Bob qui cherchent à combler un vide.

En 2011 Jonathan Kunz & Elizabeth Pich un duo d’illustrateurs ont créé la page @war.and.peas (891K abonnés à ce jour) où chaque dimanche, ils postent de courtes saynètes pleines d’humour. Noir, absurde, sarcastique, mais toujours drôle.

Vous avez envie de rire tout simplement, sans prise de tête ? Ce premier livre des auteurs, Des sorcières et des hommes, a été traduit dans différentes langues et c’est un vrai succès. Est-ce ce que j’ai besoin d’en dire plus ? Tout simplement, « c’est bon, c’est même très bon ». Faire rire ou sourire systématiquement en quatre cases, c’est une véritable performance. Je reprendrais bien une dose de ce rire là.

  • Des sorcières et des hommes
  • Auteur : War and Peas
  • Editeur : First éditions
  • Prix : 7,95
  • Parution : 06 mai 2021
  • ISBN : 9782412067680

Résumé de l’éditeur : Entre les aventures d’une sorcière coquine, les revendications de la Mort (qui trouve ne pas être assez payée pour son job) et la vie quotidienne de simples humains, le compte Instagram offre de succulentes BD avec son humour absurde, décalé et engagé.

Venez rire des déboires de ces personnages hauts en couleur et laissez-vous surprendre par une multitude de situations im-pro-ba-bles !

Anna

Oscar, un artiste, manipule son entourage afin d’accéder à la popularité et au succès. Stéphane Betbeder et Christophe Bec content son parcours dans Anna aux éditions La boîte à bulles.
Oscar se voit comme le mâle dominant. Dans son entourage, il y a les suiveurs : « Hervé est laid, toujours puceau, d’une hygiène douteuse, pervers et lâche », « Antoine, votre soi-disant ami : vous le connaissez depuis l’enfance. Mais une rivalité malsaine vous oppose de plus en plus », « Mathilde, votre souffre-douleur. Vous ne cessez de l’humilier, chaque fois qu’elle ose s’affirmer » et « Barbara, votre petite amie. Avec qui vous passez les nuits mais rarement les journées ». Oscar est le mâle alpha de la troupe et il le fait bien sentir dès qu’il en a l’occasion. Pourtant ils sont toujours là. Puis il y a Anna, celle qu’il a séduite puis abandonnée quand le jeu n’avait plus d’intérêt. Oscar tel le lion pensait régner sur son monde, mais même s’il imaginait les tenir en laisse, il se trompait…

Anna est un polar en huit clos est noir à souhait. Plus l’histoire avance plus on déteste Oscar et son air supérieur mais plus on sent qu’il va se passer quelque chose qui va venir changer la physionomie des relations entre tous ces acteurs. La voix off, enfin les voix off viennent appuyer le ressenti poisseux et glauque de l’histoire. Cette réédition a entièrement été retravaillée à partir des originaux de Christophe Bec. La noirceur des dessins n’a d’égal que celle des personnages.

C’est glauque, sombre, on attend que le mâle dominant trouve son maître mais quand, qui et comment va-t-il chuter ? On se plaît à détester chaque personnage. Un thriller psychologique merveilleusement bien mené. J’ai aimé cette atmosphère. J’en veux encore…

  • Anna
  • Scénariste : Stéphane Betbeder
  • Dessinateur : Christophe Bec
  • Editeur : La Boîte à Bulles
  • Prix : 22 €
  • Parution : 19 mai 2021
  • ISBN : 9782849533888

Résumé de l’éditeur : Oscar se voit comme un dominateur-né qui aime être entouré de courtisans ou plutôt de souffre-douleur. Accompagné de sa bande de suiveurs, il prépare l’exposition qui imposera à tous l’ampleur de son talent. Oscar est sans pitié. Il a aimé sa voisine, Anna, abusé quelques temps de sa naïveté avant de rompre. Point final de l’histoire, pensait-il. Mais Oscar se trompait, Anna lui réservait quelques surprises. Initialement, « Anna » s’appelait « Hôtel Particulier » et seul le premier tome de ce thriller psychologique était paru aux éditions Soleil. En 2004, La Boîte à Bulles en avait proposé une version intégrale déjà intitulée « Anna », mais celle-ci ne rendait pas grâce au travail d’encrage de Chistophe Bec. En voici donc une version grand format entièrement retravaillée, du lettrage aux scans… L’occasion de découvrir tout le charme et le venin jubilatoire de cet album, le plus intimiste de l’oeuvre de Christophe Bec, entièrement réalisé d’après des images tournées pour l’occasion. Une peinture de moeurs aussi saisissante que cruelle et ironique et une plongée dans le milieu de l’art contemporain caustique à souhait. Un microcosme que Stéphane Betbeder connaît bien pour l’avoir fréquenté quelques temps.

J’ai tué le soleil

J’ai tué le soleil, c’est LE récit survivaliste du génial Winshluss édité par Gallimard BD. Un grand album !

Dans le monde d’après, un homme essaie de survivre. Il ne sait comment, ni pourquoi mais il s’est réveillé à la limite de la mort sous des cadavres entassés, le monde en feu. Il a dû fuir, voler des habits et des armes. Seul, il avance, sans but précis sans savoir qui il est vraiment. La seule information qu’il a sur lui c’est un bracelet d’hôpital où il y a inscrit Karl. Qui est-il ? Est-il le seul rescapé sur cette terre ? Quel est ce projet qu’il retrouve petit à petit dans les fragments de sa mémoire ?

Post-apocalypse et survivalisme sont les maîtres mots de J’ai tué le soleil qui ne s’encombre pas d’emballer l’histoire dans du papier alu. Winshluss (Dans la forêt sombre et mystérieuse) nous livre un récit cru, franc, direct, sombre et rythmé. On tourne les pages, avide d’en savoir plus sans pouvoir s’arrêter mais quand un crâne explose…

Le dessin lui aussi est sombre et même parfois extrêmement sombre ce qui accentue l’intensité ce roman graphique. Plus 90% des pages sont en noir et blanc et quand l’auteur utilise la couleur, il le fait avec parcimonie. Au delà du noir et blanc il y a une récurrence du jaune et du bleu pour des scène et des informations bien précises et c’est judicieusement pensé. En plus d’une histoire bien mise en place, Winshluss nous intrigue et nous bouscule avec son chapitrage « Après… » « Avant… » « Maintenant … » qui vient ajouter une couche d’incertitude.
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Avec J’ai tué le soleil, j’ai aimé sortir de ma zone de confort pour me confronter à ce récit postapo. Je me suis pris une grosse claque. C’est terriblement efficace et en plus c’est furieux. Bref une lecture qui va ravir les amoureux du genre mais pas seulement.

  • J’ai tué le soleil
  • Auteur : Winshluss
  • Editeur : Gallimard BD
  • Prix : 22
  • Parution : 26 mai 2021
  • ISBN : 9782075084109

Résumé de l’éditeur : Avec pour unique bagage un sac à dos et un fusil à la main, un homme marche en quête de nourriture. Il tente de survivre jour après jour dans une nature belle mais sauvage. Et il s’en sort plutôt bien, quand il n’est pas surpris par un ours ou par une meute de chiens errants. Calme, il paraît pourtant seul au monde. Qui est-il? Pourquoi son regard vrille-t-il d’un coup lorsqu’il découvre une empreinte de chaussure dans la neige? Pour son retour à la bande dessinée adulte, Winshluss traite de la notion de trauma dans un récit survivaliste apocalyptique d’une grande force visuelle.

La fille du quai

Les éditions Glénat dévoilent le premier opus de La fille du quai, la nouvelle série d’Alexine et Fabrice Meddour. Un très joli conte universel.

Sur un pont, quelque part, une calèche est arrêtée par des pillards.

Le cocher résiste, blesse un des voleurs, mais ne peut empêcher le cheval de bondir dans l’eau qui gronde. A l’intérieur, père et fils sombrent…

L’enfant, seul survivant, est recueilli par un groupe de Gitans. Haurel, c’est son nom, devient un enfant joyeux, léger et fort, qui court, vole littéralement, de morceaux de bois en pierres, sans jamais toucher le sol.
Un jour, alors qu’il est perché sur les épaules d’Herdal, Haurel aperçoit sur le quai une belle dame sous une ombrelle. Instantanément, il tombe en syncope…

 

Un conte sombre et romantique

Pour son deuxième scénario (après Bianca, dans la collection Sorcières) Alexine adapte un conte, une histoire de belle dame qui jette un sort à l’insensé qui s’intéresse à elle. L’homme devient “sa proie” et le prix à payer est la mort…

Elle attend sur le quai sans bouger

Une dame, Le quai

Une dame avec une belle robe

Elle est belle, tellement belle

Elle me sourit sous son ombrelle

Elle a de grands yeux.

Exploitant cette base folklorique, Alexine tisse une histoire d’amour malheureux et sombre, qui emprunte autant au folklore de nos campagnes maritimes qu’à la littérature romanesque. On suit ainsi l’histoire d’Aurel, orphelin marqué par la mort par noyade de son père. Sa rencontre avec La Fille du Quai , enfant, puis en tant qu’homme, va le poursuivre sa vie durant. Cette fille de l’eau, sorte d’Ondine, ou de Sirène déterminera sa triste et dramatique vie amoureuse…

Dessin sensuel et sombre

C’est le dessin en couleur directe de Fabrice Medours qui accompagne ce conte romantique et sensuel. J’avais beaucoup apprécié son John Arthur Livingstone – Le roi des signes avec Bonifay au scénario. J’y retrouve tout son talent pour croquer les gueules déformées et caricaturales du petit peuple, mais aussi, pour sublimer les courbes des belles dames. Cette Fille du quai donne à Fabrice Meddour l’occasion de sortir de belles planches légèrement érotiques quand la dame se donne à Aurel. Son amour des courbes féminines transparaît dans son dessin extrêmement sensuel, ou les lavis en couleur directe (colorisation postérieure en numérique) donne un rendu tout en nuance.

Alors, envie de sombrer dans les bras d’une Ondine ? Éviter La Fille du Quai, mais pas son adaptation en album BD. 

  • La Fille du Quai
  • Scénariste : Alexine
  • Dessinateur : Fabrice Meddour
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 15,50 €
  • Parution : 15 juillet 2021
  • ISBN : 9782344009024

Résumé de l’éditeur :Celui qui voit la fille du quai y reste à jamais enchainée. Haurel a 8 ans quand son destin est bouleversé par la fille du quai. D’apparence humaine, cette créature qu’on aperçoit toujours près des points d’eau commet les pires méfaits sans y voir le moindre mal. Pourtant, elle s’attache mystérieusement à Haurel et souhaite s’accaparer son amour. Mais la jalousie maladive et poussive dont elle fait preuve devient la pire des malédictions pour le jeune homme. Tout au long de son existence, il ne pourra jamais offrir son affection à quiconque sans que la fille du quai ne vienne se venger. Conte fantastique et halluciné, La fille du quai est aussi une histoire d’amour qui touche à l’horreur, l’érotisme et le thriller.

Découvrir Tokyo en manga

Alors que les Jeux olympiques viennent de s’achever au Japon et que ceux paralympiques arrivent à la fin du mois d’août, les éditions Petit à petit permettent aux lecteurs de Découvrir Tokyo en manga. Un sympathique recueil pour aller à la rencontre de la culture japonaise.

A travers 144 pages, Découvrir Tokyo en manga parvient à nous enchanter, nous intriguer et nous donner un maximum d’informations sur la capitale nippone. Ce recueil réussit même à ne pas trop en dire pour inviter les lecteurs à venir voir de lui-même sur place.

Coordonné par Nicolas Finet (éditeur chez Rue de l’échiquier, spécialiste du Japon) et Jean-David Morvan (scénariste notamment de La ferme de l’enfant-loup ou Le combat du siècle), ce livre-documentaire est passionnant. Très bon guide pour découvrir Tokyo, il est composé de 30 courts chapitres montrant les quartiers de la ville.

Pour chacun d’entre eux, une page de présentation, des planches de bande dessinée mise en image par des mangakas et une double-page pratique (les lieux importants, un petit historique et des clins d’œil aux séries manga qui en parlent).

Ainsi, le lecteur peut faire un petit pas dans Shibuya et son célèbre passage piéton, Yoyogi et son parc de 54 hectares, Roppongi et son activité noctambule, Ginza et ses théâtres, Jimbôchô et ses librairies, Ueno et son musée national, ou encore Yamanote qui permet de partir pour les îles d’Izu.

Ce dernier quartier est d’ailleurs mis en image par Atsushi Keneko, le célèbre mangaka de Wet Moon et Atomic (s)trip. Avec lui, on peut noter l’apport dessiné de Kan Takahama (L’amant) ou Seiho Takizawa (Sous le ciel de Tokyo).

Découvrir Tokyo en manga : un vrai guide dessiné pratique et ludique pour mettre en lumière la capitale japonaise. Une vraie réussite !

  • Découvrir Tokyo en manga
  • Auteurs : Nicolas Finet et Jean-David Morvan
  • Dessinateurs : Collectif
  • Éditeur : Petit à Petit
  • Prix : 19,90 €
  • Parution : 14 mai 2021
  • ISBN : 9782380460216

Résumé de l’éditeur : 16 mangaka japonais vous font découvrir la ville la plus fascinante d’Asie, quartier par quartier, dans ce Docu-Manga fabriqué dans la tradition japonaise. Pour la première fois en langue française, un ouvrage conjugue récits dessinés et pages documentaires pour vous offrir les clés de la capitale japonaise. Seize mangaka – huit femmes et huit hommes, toutes et tous Japonais – ont mis leur talent de raconteurs d’histoires au service de ce projet inédit, pour redécouvrir quartier par quartier, en 30 chapitres et autant de récits originaux, l’essentiel de la ville la plus fascinante d’Asie. En écho à leurs petites et grandes histoires de Tokyo, d’hier et d’aujourd’hui, découvrez conseils pratiques, cartes, adresses, astuces : à chaque quartier sa sélection d’incontournables à ne surtout pas rater. Bon voyage !

XXI – été 2021 : Dix amis un seul compte en banque

La revue du grand reportage, XXI est en kiosque dans un numéro été 2021 intitulé Dix amis un seul compte en banque. Au menu : reportages, bande dessinée, enquêtes et carnet.

Le numéro 55 de XXI est de nouveau formidable. Créé en janvier 2008, cet hebdomadaire est actuellement dirigé par Franck Bourgeron, le journaliste et auteur de bande dessinée. Il faut souligner que le créateur est aussi directeur de 6 mois et des merveilleuses revues Topo et La revue dessinée (Histoire dessinée de la France).

XXI fut cofondée par Patrick de Saint-Exupéry (La fantaisie des dieux) et Laurent Beccaria (Propriétaire des éditions Les Arènes). En 13 ans, elle a accueilli de nombreux articles de journalistes de très grande qualité.

Ainsi pour ce nouveau numéro, une enquête Dix amis, un seul compte en banque autour d’un groupe de personnes ayant mis en commun leurs revenus mise en image par Vincent Mahé. Suivent ensuite un article Le dopant des champs autour d’un engrais chimique nocif, un carnet de photographie Adios Venezuela de Fabiola Ferrero, sur l’exil d’habitants du pays vers d’autres contrées; un papier d’Elise Rouard et illustré par Kristelle Rodeia mettant en scène la rencontre de lycéens et de travailleurs handicapés.

Nicolas Autheman livre un récit sur Vermeer mis en image par l’auteur de bande dessinée Olivier Balez (L’homme qui ne disait jamais non, Beauté noire & le groupe Prospero).

Anne-Gaëlle Amiot met en image l’article de Johannes Böhme sur des enfants-soldats en Ouganda et enfin Les secrets de familles sont narrés par Suzanne Privat et illustrés par Tristan Garnier, sous la forme d’une bande dessinée.

A noter que l’abonnement à durée libre de la revue XXI est de 17€ par numéro et celui à l’année est de 76€.

  • XXI, été 2021, numéro 55
  • Editeur : Quatre
  • Prix : 19€
  • Parution : 21 juin 2021
  • ISBN: 9782356381668

Résumé :

Dix amis, un seul compte en banque – Été 2021

XXI vous emmène à la rencontre de vos voisins.

Jamais nous n’avons passé autant de jours, de mois, dans un périmètre si étroit. Les confinements, le télétravail ont redéfini nos horizons. Des inconnus sont devenus des amis. Ils n’étaient qu’un nom sur une boîte aux lettres, une silhouette au supermarché. Nous avons engagé la conversation. La silhouette a pris chair, le bruit est devenu parole. L’avantage avec cette promiscuité inattendue, c’est qu’elle permet tous les fantasmes. Et si je ne vivais pas ici, mais chez eux ?

En Normandie, des handicapés reçoivent en stage les lycéens d’en face. À la blanchisserie, au restaurant, on parle foot et Playstation. À Paris, Suzanne Privat s’est aperçue que ses enfants fréquentaient la même école que ceux d’un mouvement catholique unique, radical mais pas reclus, en plein cœur du 20e arrondissement. Ou quand « l’infra-ordinaire », cher à Georges Perec, percute « l’extraordinaire ». Emmanuel Carrère est parti chez nos voisins belges. Il raconte dix amis qui partagent leur argent, comme si la haie était tombée, les gardénias enjambés. Ce qui est à toi est à moi.

Au Venezuela, une jeune photographe ferme les maisons de ses proches, partis pour l’étranger. L’avenir en forme de question : quand il n’y a plus de voisins, que reste-t-il ?

Léna Mauger et Marion Quillard