SamSam

Un jeune super-héros et un alien vivent de drôles d’aventures dans SamSam, une série BD Kids signée Serge Bloch.

Les éditions BD kids dévoilent les deux premiers volumes de SamSam, la nouvelle série de Serge Bloch. Ultra connu par sa série fétiche Max et Lili (plus de 115 tomes) sur des textes de Dominique de Saint-Mars, l’illustrateur née en 1956 met en scène SamSam le petit super-héros et Petit Poa son ami alien.

Trois aventures composent chaque volume. Les histoires sont idéales pour les plus jeunes : simples, sympathiques, fantaisistes et drôles. Le duo est charmant et attachant.

Soucoupe volante, planètes habitées, Super Julie la jolie jeune fille, amitié et solidarité sont au cœur de ces mini-récits très réussis.

Créée pour le magazine Pomme d’Api, la série SamSam fut même déclinée en série animée télévisée à partir de 2007. Au total, 91 petits épisodes diffusés sur France 5. Logique donc de retrouver le duo en bande dessinée.

Médaille d’or de la Society of Illustrators en 2005, Serge Bloch est un grand auteur jeunesse. Son style graphique est tout de suite reconnaissable : un trait épais pour les contours, un dessin tout en rondeur et des couleurs pétillantes pour un maximum de lisibilité.

  • SamSam, tome 2 : T’es trop fort, SamSam !
  • Auteur : Serge Bloch
  • Éditeur : BD Kids, collection Mini BD Kids
  • Prix : 8.95€
  • Parution : 10 avril 2019
  • ISBN : 9791036311055

Résumé de l’éditeur : En 20 planches, le meilleur des aventures de SamSam avec ses amis Petit Pôa, Crapouille et les marchiens ! Un univers tendre, énergique, ludique ! La BD SamSam est publiée tous les mois dans le magazine Pomme d’Api (800 000 lecteurs). Depuis sa création par Serge Bloch, le créateur de Max et Lili, Zouk, Toto…, elle a été adaptée deux fois en dessin animé.

Pilo, tome 3

Pilo est heureux, il va débuter le karaté. Un sport vraiment fait pour lui. Julien Mariolle dévoile le troisième opus de Pilo, la meilleure série gags de ces dernières années !

Pour ce nouvel album de Pilo, Julien Mariolle lui fait de nouveau vivre de sympathiques aventures, très drôles autour de son nouveau hobby : le karaté. Après un premier volume de présentation, le suivant chez sa mémé, le voilà prêt à batailler sur les tatamis.

Visite chez le médecin, achat du kimono et premiers entrainements, tout est réuni pour passer un excellent moment de lecture. Ajouter à cela, des gags avec sa maman, Janis sa baby-sitter ou des scènes à l’école, et l’on obtient encore un superbe album !

Non seulement Julien Mariolle est fort dans ses mini-récits (peu d’albums de ce genre sont réussis et perdurent hormis Dad ou La cantoch de Nob), mais son dessin nous charme. C’est simple, visuellement beau et le trait apporte lui aussi son lot d’humour.

Pilo : un petit garçon que tout le monde rêverait d’adopter !

  • Pilo, tome 3 : Banzaï
  • Auteur : Julien Mariolle
  • Éditeur : Bamboo
  • Prix : 10.95€
  • Parution : 02 mai 2019
  • ISBN : 9782818966815

Résumé de l’éditeur : L’imagination de ce gamin ne prend jamais de repos ! Pilo se met au Karaté. Sa maman est ravie parce qu’il paraît que ça défoule et que ça a un effet relaxant. Pilo va enfin pouvoir canaliser son énergie. Mais avant de mettre un pied sur le tatami, il faut aller chez le médecin pour un check-up et un certificat médical, puis prendre la direction du forum des associations pour inscrire Pilo au club et enfin acheter un kimono au magasin de sport. Autant de mini aventures pour ce petit garçon à l’imagination sans limite qui va découvrir qu’un peu de sagesse, ça a du bon.

Hôtel Atlantide

Album d’illustrations en noir et blanc, Hôtel Atlantide est signé Serge Kliaving. Surréaliste et enchanteur !

Après les ouvrages de Nicolas Arispe (Le livre, Le plus long des chemins) et celui de Jérémie Horviller (Imastu), les éditions Le tripode poursuivent leur exploration d’univers graphiques forts et singuliers avec ce livre de 116 pages. D’étranges créatures aquatiques peuplent cet Hôtel Atlantide. Ces animaux anthropomorphes toujours bien habillés et soignés, côtoient aussi des êtres humains.

A chaque fois, une illustration pleine page a pour décor une pièce de cet établissement. Du salon aux chambres, Serge Kliaving imprime de l’étrangeté, de l’absurde mais aussi de la poésie. Ouvrage dans les pas des surréalistes, il lorgne du côté du génial Roland Topor.

Les scènes surnaturelles interrogent et fascinent les lecteurs. Sans être une histoire qui se suit, Hôtel Atlantide peut se grappiller de ci, de là.

Dans un très bel écrin – Le tripode fait toujours  un vrai effort éditorial de qualité sur les pages et la couverture – le livre bénéficie du talent immense de ce graphiste hors-pair. Fines hachures, grattages, tout est beau chez Serge Kliaving, un auteur mystérieux et rare.

  • Hôtel Atlantide
  • Auteur : Serge Kliaving
  • Éditeur : Le Tripode
  • Prix : 21€
  • Parution : 9 mai 2019
  • ISBN : 978-2370552051

 

 

Loved Circus

Hétéro, Kei doit travailler dans une maison close gay afin d’éponger ses dettes. Nemui Asada imagine son histoire dans Loved Circus, un yaoi sympa chez Taifu Manga.

Momo est une prostituée. Kei tombe amoureux d’elle. Pour pouvoir la tirer des griffes de son souteneur, il emprunte une énorme somme d’argent. S’il réussit son entreprise pour la sortir de sa condition, elle le laisse tomber.

Ruiné, empli de chagrin et tentant de mettre fin à ses jours, il doit rembourser ses dettes. Il est alors kidnappé et se réveille dans un lieu étrange : au cirque, une maison close pour homosexuels. Le propriétaire connait très bien la personne qui lui a prêté de l’argent. Il efface sa dette mais en contrepartie, il devra travailler pour lui. En premier lieu, il nettoiera et confectionnera les repas, puis il devra se soumettre aux clients…

Voici un petit yaoi sympathique et moins glauque que ne le laisserait présager le résumé de la 4e de couverture. Au-delà du lieu de débauche, avec souvent des clients pervers, en manque d’amour et d’affection, l’histoire est plus subtile.

Loved circus est porté par des personnages divers et bien campés par Nemui Asada. L’autrice prend un grand soin pour développer leur psychologie. Leurs relations est plus complexe qu’un simple manga yaoi. Ils se soutiennent les uns les autres et deviennent même une famille pour Kei.

Restent néanmoins, la violence des rapports propriétaire/prostitués et clients/prostitués qui est parfois dure et délicate. Les dessins sont engageants, beaux et plein de mouvements.

  • Loved circus
  • Autrice : Nemui Asada
  • Éditeur : Taifu Comics
  • Prix : 8.99€
  • Parution : 28 mars 2019
  • ISBN : 9782375061220

Résumé de l’éditeur : Depuis quelque temps, Kei fréquente Momo, une prostituée dont il est tombé amoureux. Afin de l’aider à sortir de cette vie de misère, il décide de payer ses dettes. Malheureusement pour lui, il va faire de mauvais investissements et perdre tout ce qu’il avait. Sans argent et endetté à son tour, Kei, totalement désespéré, tente de se suicider. Un nouvel échec qui va lui ouvrir les portes du Cirque, un établissement sexuel qui regroupe quatre hommes, gays, qui vivent et travaillent ensemble. Malgré leur situation, chacun d’eux garde l’espoir d’avoir une vie meilleure et de trouver l’amour. À leurs côtés, Kei va découvrir une autre vision de la vie. Cet électrochoc lui permettra-t-il de rebondir ?

Sorceline, tome 2

Sorceline culpabilise : elle transforme les créatures fantastiques en statue de verre. Paola Antista et Sylvia Douyé poursuivent leur très belle série jeunesse avec un 2e opus de Sorceline.

L’île de Vorn. Sorceline est plutôt contente de son stage en fantasticologie : les cours du professeur Balzar lui plaisent et le groupe d’élèves autour d’elle est plutôt sympa. Willa, Alcide, Arlène et Mérode se révèlent petit à petit.

Néanmoins tout n’est pas tout rose. Elle culpabilise : toutes les créatures qu’elle touche, se transforment en statue de verre. Pire, elle pense que c’est à cause d’elle que certains de ses camarades disparaissent…

Après un premier volet qui nous avait enchanté, Sylvia Douyé imagine un deuxième tome autant accrocheur. L’univers fantastique de Sorceline plait par sa richesse et par des personnages attachants. Le suspense est à son comble : et si Sorceline était une vraie sorcière à la magie noire ? Ses camarades prennent de l’épaisseur. Certains ont des comportements étranges et d’autres s’éloignent d’elle. Ainsi, cette suite est un vrai tournant dans la série, un vrai nœud dans l’intrigue.

Si le récit de Sorceline nous envoute, le graphisme de Paola Antista nous ravit. L’autrice réalise de très jolies planches, rythmées.

  • Sorceline, tome 2 : La fille qui aimait les animonstres
  • Scénariste : Sylvia Douyé
  • Dessinatrice : Paola Antista
  • Éditeur : Vents d’Ouest
  • Prix : 10,95€
  • Parution : 02 mai 2019
  • ISBN : 9782749308975

Résumé de l’éditeur : Entrez dans le monde des créatures fantastiques !Les élèves poursuivent leur stage de fantasticologie chez le professeur Archibald Balzar. Mais Sorceline est rongée par la culpabilité. En effet, comme elle pense être responsable des disparitions de ses camarades, elle peine à se concentrer en classe et perd toutes ses capacités. Il lui est alors de plus en plus difficile de cacher ses états d’âme surtout face à Alcide qui est un peu trop prévenant, Willa, trop curieuse, ou Mérode… décidément très étrange. Pourtant Sorceline n’est pas la seule à faire des cachotteries. Et d’ailleurs quand sonnera l’heure des révélations, personne ne sera épargné par la stupéfaction !Avec Sorceline, plongez dans un univers merveilleux, à la croisée des mondes entre Harry Potter et Peggy Sue et les fantômes. Une nouvelle série de BD jeunesse rafraîchissante sur la magie et l’amitié, pleine de romance et d’aventure, par la scénariste de Marie-Lune !

Ceux qui construisent des ponts

Alfonso Zapico narre la rencontre entre deux hommes dont l’histoire avec l’organisation indépendantiste ETA est forte dans Ceux qui construisent des ponts chez Futuropolis.

Nous avions été impressionnés par Café Budapest, le précédent ouvrage traduit en français de Alfonso Zapico. Un album fort et intelligent autour de la musique et du conflit israélo-palestinien. L’auteur espagnol né en 1981 aime les destins hors-du-commun, des gens ayant des choses à dire, ayant accompli des actes forts et ayant des vies multiples. C’est encore le cas avec Ceux qui construisent des ponts.

A travers ce très beau documentaire, il explore l’engagement politique dans le sens noble du terme, celui du citoyen qui agit dans la cité, la vie, la ville.

Edu Madina était un homme politique PS ayant échappé à un attentat de l’ETA, tandis que Firmin Muguruza est un musicien du groupe Kortatu et proche des idées indépendantistes de l’organisation terroriste. Tous les deux sont basques mais ne luttent pas de la même manière pour leur région.

Ils furent ennemis, ils deviendront amis par l’entremise de Alfonso Zapico. L’auteur de bande dessinée est le témoin de se rapprochement, de leur dialogue sincère et fort. Depuis 2016, le dessinateur les suit pour raconter.

Avec près de 1000 morts lors des affrontements état/ETA, la lutte armée fut rude et a entrainé du chagrin. Pourtant Muguruza et Madina sont de vrais hommes de paix. Si la manière est différente, le but est le même.

En réunissant ces deux grandes personnalités basques, Zapico leur permet de construire des ponts entre eux, les laisser dialoguer et donner leur vision du monde. Ils se retrouvent aussi autour de la musique. Au-delà de l’album, c’est déjà un beau symbole. 70 ans de lutte effacés par l’intelligence des deux hommes.

  • Ceux qui construisent des ponts
  • Auteur : Alfonso Zapico
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 25€
  • Parution : 03 avril 2019
  • ISBN : 9782754826372

Résumé de l’éditeur : En mai 2018, l’organisation armée indépendantiste basque ETA (pour Euskadi Ta Askatasuna) annonçait sa dissolution. Alfonso Zapico a proposé à deux personnalités politiques et culturelles basques, qui furent dans des camps opposés, de se rencontrer pour parler des sources de l’histoire et pour envisager l’avenir, ensemble… Publié au printemps dernier en Espagne, Ceux qui construisent des ponts a connu un excellent accueil médiatique et politique, réunissant des salles entières pour débattre de ce livre. C’est un véritable document de travail sur les luttes d’indépendances régionales et les enjeux humains qu’elles véhiculent.

Spider #1 – Rabbit Hole –

Notre avis : Détroit, ville du Michigan qui commence à peine à se remettre de sa mise en faillite d’il y a quelques années. C’est à notre époque et dans un climat hostile que va débarquer Charlie Dubowski, fraîchement promue détective. Du haut de ses vingt-cinq ans, l’enthousiasme de la jeune femme face à ses nouvelles fonctions, va vite se refroidir. Les présentations avec son premier coéquipier dressent le tableau noir de ce que sera sera premier volet de Spider.

John Brandt, spécialiste dans les homicides, est un enquêteur qui ne respire pas la joie de vivre. Et on ne peut pas dire que la prise de contact avec celle qu’il appelle Britney Spears soit des plus réussies. Il faut dire que Brandt doit faire face à une affaire on ne peut plus macabre. Dans une ruelle, le corps calciné d’un homme a été retrouvé. De ce qu’il en reste, se distinguent des phénomènes physiques étranges. Le lien avec la drogue qui sévit dans Détroit est tout fait. Et Charlie va l’apprendre à ses dépens…

Car après la première intervention du duo policier devant un junkie hors de contrôle, la détective va s’apercevoir de l’extrême violence que provoque la Spider. Entre mutation génétique et ce besoin irrépressible d’ingurgiter l’insecte aux huit pattes, les effets sont dévastateurs. Rongée par la culpabilité de ce qui va arriver à Brandt, Charlie n’aura d’autre choix que d’infiltrer le réseau emmené par un certain Anansi…

Arachnophobes s’abstenir ! Et associée au titre éloquent, la couverture de Stefano Raffaele ne trompe pas sur la marchandise. Il va y être question d’araignées bien poilues, grosses, et dont les vertus, si on daigne en mettre une dans son estomac, s’avèrent être diablement hallucinogènes. Le dessinateur maîtrise, comme à son habitude, la mise en images de cet univers glauque à souhait. Comme pour Sarah ou Pandémonium, Raffaele apporte énormément d’efficacité pour rendre l’histoire prenante. Des endroits lugubres (avec deux doubles-pages époustouflantes) à ces scènes d’une extrême violence, il équilibre avec un peu de douceur pour alléger cette ambiance anxiogène. Principalement grâce à la sensibilité que dégage le personnage principal.

Au delà de son talent qui n’est plus à prouver, la complicité acquise depuis de nombreux titres avec Christophe Bec, consolide cette aisance à porter brillamment ce type d’intrigue. Le scénariste qui met en scène une idée originale du réalisateur Giles Daoust, a cette faculté d’oppresser le lecteur avec ses récits où parfois se mêlent fiction et réalité (voir références citées plus haut auxquelles on peut en ajouter d’autres telles Bikini Atoll ou la superbe série Prométhée). Avec Spider, il ne déroge pas à la règle. Ce premier tome qui constituera un diptyque, rassemble tous les ingrédients nécessaires pour offrir un ultime tome avec, assurément, son lot de rebondissements.

Bec, Daoust et Raffaele : un trio taillé pour un album d’une profonde noirceur. Et on en redemande !

  • Spider, Tome 1 : Rabbit Hole
  • Scénaristes : Christophe Bec & Giles Daoust
  • Dessinateur : Stefano Raffaele
  • Éditeur : Soleil
  • Prix : 14,95 €
  • Parution : janvier 2019
  • ISBN : 978-2302074460

Résumé de l’éditeur : Detroit, Michigan ; une ville en décrépitude. Charlie, femme flic tout juste sortie de l’école de police, découvre qu’une nouvelle drogue fait des ravages dans les rues de l’ex-cité industrielle. Issue d’expérimentations génétiques, la Spider provoque des mutations inouïes. Charlie s’engouffre bientôt dans une enquête obsessionnelle qui la mènera au plus profond de la Toile, l’organisation qui gère le trafic de Spider, contrôlé par Anansi, un homme ravagé par la drogue. Elle devra dépasser toutes ses limites pour parvenir à démanteler ce réseau…

Les Brûlures

Notre avis : Assane Ndiaye est un flic sans histoire. La seule qu’on lui connaisse vient de son surnom. Lui qui, gamin, a gagné à un concours son poids en pots de pâte à tartiner se fait depuis appeler « Nutella ». La façon qu’il a d’aborder la serveuse du bar de la piscine dévoile une certaine sérénité et une prestance naturelle pour lesquelles la demoiselle ne reste pas indifférente. Pourtant il ne faut pas se fier aux apparences. Nutella traverse une période de sa vie assez cahotique, autant dans son boulot que sentimentalement… Les brûlures sont palpables autour de lui et donnent une atmosphère suffocante.

Sa vie de flic, il la « partage » avec Light. Un coéquipier aussi lourd physiquement que par son humour. Tous les deux doivent faire face à de mystérieux meurtres dont sont victimes des prostituées. Atrocement mutilées, leur enquête sera parsemée de scènes sordides. Le binôme reste fataliste quant à trouver le ou les criminels. Au moins, les deux hommes tentent de trouver une explication.

Face à ce quotidien macabre, l’inspecteur de police trouve une échappatoire en allant nager. Dans cette piscine où il vient se laver de toutes ces ignominies encaissées, il rencontre une jeune femme belle, mystérieuse et paraissant inabordable. Assane tente pourtant de la séduire en se mettant à nu. Il est en train de tomber amoureux. Même si il sent qu’elle cache quelque chose.

Résoudre son affaire de triple homicide et gagner l’intérêt de la jolie sirène dont il s’est épris. Dans ces deux quêtes, Nutella devra s’engouffrer dans des eaux très profondes pour les mener à bien.

Pour ce roman graphique Zidrou et Laurent Bonneau offrent avec Les Brûlures, une histoire intrigante et déroutante. Dès le début, le corps estropié d’une jeune adolescente italienne porte à croire que l’on se dirige vers un scénario classique avec ses rebondissements essentiels pour attirer le lecteur. L’originalité est ailleurs. Zidrou nous mène en bateau. Il serait donc trompeur d’estampiller de « Polar » ce nouveau titre de l’auteur de l’Adoption. Car même si on baigne dans une affaire de meurtres, elle n’est qu’un prétexte pour explorer les attitudes et ressentis, par delà les souvenirs, des différents protagonistes.

Et Laurent Bonneau a bien compris les intentions du scénariste. En utilisant plusieurs procédés graphiques (comme la mine de plomb, l’encre de chine, tout comme ces couleurs diverses et représentatives de séquences bien distinctes), le dessinateur permet cette intrusion dans la conscience des personnages. Car c’est bien là que le binôme veut nous emmener. En particulier avec Nutella. Les nombreux gros plans sur les visages, ces doubles-pages sur des lieux symboliques, ainsi que ces cases dessinées de façon abstraite, témoignent de la façon atypique et réussie dont L. Bonneau s’est emparé de ce récit. Il contribue indéniablement à la bonne compréhension des changements incessants entre le présent et les souvenirs…

Pour cette collaboration inédite, Zidrou & Laurent Bonneau offrent avec Les Brûlures une véritable immersion dans les relations humaines. Un pari risqué tant le sujet à traiter est périlleux. Une chose est certaine, le duo a tellement donné à ses personnages qu’on a l’impression qu’ils sont réels…

  • Les Brûlures
  • Auteur : Zidrou
  • Dessinateur : Laurent Bonneau
  • Éditeur : Bamboo (Grand Angle)
  • Prix : 19,90 €
  • Parution : mars 2019
  • ISBN : 978-2818966778

Résumé de l’éditeur : Une plongée dans les eaux brûlantes du crime ! Dans les rues d’une petite station balnéaire, les putes tombent comme des mouches. Un premier cadavre, atrocement mutilé, est découvert, puis un second, brûlé au chlore. La série, pourtant, ne fait que commencer.

Père et fils, tome 8

Jusqu’à présent, jamais une série manga ne nous avait autant charmé et accroché que Père et fils. Mi Tagawa met une touche finale à son univers bienveillant et tendre avec le huitième et dernier opus. Magique !

Toutes les bonnes choses ont une fin et c’est encore le cas avec cet ultime volume de Père et fils ! Tous les ingrédients qui ont fait la richesse et la singularité de la série transpirent encore dans ce 8e tome. Tori et Shiro, son fils, sont de retour dans le village des grands-parents. Leur vie semble si douce et passionnante auprès des plantes.

Mais le père préfère se séparer de nouveau de son fils. Surtout qu’il va entrer à l’école et que l’herboriste va récupérer la clientèle de son père. La nouvelle ne réjouit pas Shiro. Il est triste de ce nouveau abandon. Ajouter à cela, un potentiel mariage qui ne dit rien à Tora, l’ombre de Shiori sa femme qui plane sur eux, des kilomètres de route à avaler et les temps sont durs.

Le lecteur est à la fois heureux de connaître la fin, de retrouver les héros de Père et fils mais triste que cela se termine. La délicatesse des rapports père/fils, les émotions vives et variées dont de ce récit une pure merveille !

C’est beau graphiquement, c’est émouvant, c’est sincère, c’est juste, c’est questionnant, c’est délicat, c’est tout ce que l’on attend d’une série et d’une bande dessinée.

Mi Tagawa est une grande autrice, on attend que les éditions Ki oon signent sa future série. Merci pour ces sublimes moments de lecture !

  • Père & Fils, volume 8/8
  • Autrice : Mi Tagawa
  • Editeur : Ki oon, collection Seinen
  • Parution : 18 octobre 2018
  • Prix : 7.90€
  • ISBN : 9791032703267

Résumé de l’éditeur : Torakichi pense de plus en plus à se remarier pour le bien de son fils, mais le coeur n’y est pas… Parti chercher conseil auprès de sa soeur, il la trouve alitée et d’une humeur massacrante, épuisée par sa troisième grossesse. Pas moyen d’aborder le sujet dans ces conditions ! L’herboriste finit par se résoudre à rencontrer la demoiselle que Funado Minegi souhaite lui présenter. Reste à faire part de la nouvelle à Shiro, et ça, le jeune père s’en montre bien incapable ! Le rendez-vous ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices… Laissez-vous attendrir par le duo père-fils le plus improbable du manga ! Mi Tagawa décrit avec une grande délicatesse les joies et les peines de ses héros hors du commun. Avec son trait fin et minutieux, l’auteur nous entraîne dans un voyage à travers le Japon traditionnel. Quelle que soit l’époque, la paternité s’apprend à petits pas !

Blue thermal, 1

Belle romance éditée par les éditions Komikku, Blue Thermal est un manga signé Kana Ozawa. On s’envole vers le ciel…

Tout juste inscrite à l’université, Tamaki ne rêve que d’une seule chose : trouver l’amour. Alors que beaucoup d’adolescentes ont déjà connu ce sentiment amoureux, elle ne l’a jamais vraiment éprouvé.

Afin de rencontrer du monde mais surtout son futur petit ami, elle prend un licence au club de tennis de l’université. Débutante, elle n’est pas super douée. Son coup droit sort du court et atterrit sur la tête d’un garçon. Pire, elle a salement amoché l’aile d’un planeur que tenait l’étudiant.

La facture est élevée : 15 millions de yens ! N’ayant pas cette somme pour l’acquitter, elle fait alors de petites tâches à l’aéroclub. Elle assiste à son premier décollage. Mieux, elle grimpe et effectue son baptême de l’air…

Les éditions Komikku ont souvent l’habitude de publier de jolies petites histoires. Après L’enfant et le maudit, Marion ou Créatures fantastiques, elles proposent de nouveau une série attendrissante, drôle et lumineuse. A la manière d’un bon shojô, Kana Ozawa imagine une romance sympathique. Pour renforcer l’intrigue, la mangaka choisit l’univers des planeurs et aéroclubs pour décor.

Tamaki est attachante, un peu gauche, tête en l’air, volontaire et débrouillarde. Les deux étudiants qui l’accueillent sont pour l’instant, pas très agréables. Le lecteur se plait à suivre ses premiers pas dans cet univers très masculin.

Et si l’amour donnait des ailes ?

  • Blue thermal, 1/5
  • Autrice : Kana Ozawa
  • Editeur : Komikku
  • Parution : 28 mars 2019
  • Prix : 7.99€
  • ISBN : 9782372874311

Résumé de l’éditeur : Tamaki est un vrai garçon manqué, fan de sport. De ce fait elle n’a jamais eu beaucoup de succès avec les garçons, mais son entrée à l’université est sûrement l’occasion de changer cela. Au cours d’une partie de tennis, elle tente de faire la fille mignonne et maladroite, mais le naturel reprend le dessus et elle joue avec force. Sans le faire exprès, elle envoie la balle sur un planeur et l’endommage sérieusement. Elle doit rembourser 2 millions de yens de dommages, mais le club de planeur lui propose un marché : elle s’acquittera de sa dette en travaillant gratuitement là-bas. Tamaki accepte, car elle n’a pas d’argent. D’abord peu intéressée, elle va vite se prendre de passion pour le planeur et en apprendre les secrets. Alors que les membres du club se préparent à une compétition contre une université voisine, elle apprend que la championne du camp adverse n’est autre que sa demi-soeur avec qui elle a de très mauvais rapports…

 

L’extraordinaire abécédaire de Zoé Marmelade

Plus qu’un abécédaire, l’album L’extraordinaire abécédaire de Zoé Marmelade est une très jolie histoire signée Guillaume Bianco et Marie Pommepuy.

Zoé s’ennuie. Il pleut dehors et seul Nunuche lui tient compagnie. C’était sans compter sur son imagination débordante et un crocodile dans le salon ! Les premières lettres s’égrènent, des animaux arrivent, les mots forment des phrases et les objets prennent vie…

Guillaume Bianco donne corps à cet album inclassable mais ô combien intelligent ! Les 26 lettres de l’alphabet : facile ! Pourtant, cet album est bien plus que des pages avec des lettres.  Sous chacune d’elle, il joue avec les mots à travers des allitérations sublimement senties. De « Un alligator albinos » à « Zoé sème la zizanie », en passant par « Juché sur le jaguar », « En Ouganda, un ours orange » ou « Sur la table, un titan tatoué », l’auteur de Billy Brouillard s’en donne à coeur-joie ! Le vocabulaire est soigné, les mots pesés, oubliés ou non.

Il entrecoupe son abécédaire de petits récits sous forme de bande dessinée. Le rêve, la poésie, le surréalisme à l’image de Robert Desnos ou Charles Trenet et l’imagination sont au cœur de ce merveilleux ouvrage.

Pour accompagner le scénariste, Marie Pommepuy fait des prouesses. Son dessin est doux, chaleureux et lumineux ! L’autrice de Miss pas touche (avec son double, Sébastien Cosset, alias, Kerascoët) emporte le jeune lecteur par de superbes planches à l’aquarelle. Le trait est rond et la palette chromatique, superbe.

L’extraordinaire abécédaire de Zoé Marmelade : un régal !

  • L’extraordinaire abécédaire de Zoé Marmelade
  • Scénariste : Guillaume Bianco
  • Dessinatrice : Marie Pommepuy
  • Éditeur : Soleil, collection Métamorphose
  • Prix : 22.95€
  • Parution : 17 avril 2019
  • ISBN : 9782302059719

Résumé de l’éditeur : Cet abécédaire animalier, signé Guillaume Bianco et Marie Pommepuy, propose un voyage pour petits et grands enfants, entre lettrines illustrées et bandes dessinées. Il ne s’agit pas d’un simple abécédaire… mais d’un ouvrage enrichi, qui stimule l’imaginaire. À chaque lettre de l’alphabet correspondent plusieurs mots contant un court récit aux tonalités communes aux deux auteurs (bizarrerie, humour et poésie). Plusieurs de ces lettres sont développées en histoires de bande dessinée oscillant entre 6 à 16 pages, tel le « L » de la « Limace » dont l’apparence se révèle trompeuse. En fin d’ouvrage, un glossaire ludique lève le voile sur des mots rares ou mal connus tandis qu’une magnifique illustration se déploie spectaculairement sur plusieurs volets. Un ouvrage à lire et expérimenter seul ou à plusieurs pour une immersion réjouissante dans l’art de narrer des histoires à travers les lettres de l’alphabet.

 

Bienvenue à l’usine

Après Comme un frisson et Mon petit Ponant, la collection Soudain des éditions Vide Cocagne s’agrandit avec Bienvenue à l’usine, un très bel album de Bastien Bertine.

Dessinateur, un jeune homme est embauché dans une usine de métallurgie. Au milieu d’une forêt se dresse les infrastructures de ce géant de l’industrie. La chaleur, le bruit et l’odeur se mêlent à la faune bigarrée des ouvriers.

Nouveau dans l’usine, il n’est pas épargné par les remarques des uns, le bizutage des autres et l’œil du KGB du contremaître…

Diplômé de l’EESI d’Angoulême, Bastien Bertine se dessine en double pour raconter son expérience dans Bienvenue à l’usine. Sans être un documentaire ou un récit de reportage, le lecteur apprécie la justesse de propos de ce beau témoignage sociologique.

S’il est vraiment un ouvrier à part, le narrateur est un sacré témoin d’un monde en mouvement, qui change et se meurt. La désindustrialisation, les ouvriers « à l’ancienne » et le pouvoir des petits chefs sont là, sans filtre. Bastien Bertine dépose cela devant nos yeux de lecteurs mais n’est pas donneur de leçons. Chacun se fera son opinion.

Le trait est agréable et les personnages haut en couleurs. L’ogre a des faux airs du héros de Blast de Larcenet. Son comparse misanthrope fait peur et la mécano est belle.

Bienvenue à l’usine : une belle plongée dans une usine telle qu’on n’en fait plus…

  • Bienvenue à l’usine
  • Auteur : Bastien Bertine
  • Editeur : Vide Cocagne
  • Parution : 15 février 2019
  • Prix : 15€
  • ISBN : 9782379360022

Résumé de l’éditeur : Quelque part, dans un paysage de forêt et de montagnes, se tient une usine rouge, déversant jour et nuit ces volutes noires. Le narrateur, un double de Bastien Bertine, décide de s’y engager pour comprendre ce qui s’y joue : comprendre ce que vivent ses amis qui y travaillent, ses proches, les habitants de toute une ville. Il découvrira l’horreur quotidienne des bruits permanents, des odeurs de poissons morts qui imprègnent malgré la douche, des démangeaisons et de la crasse ; mais aussi les accidents mortels qui « arrivent » et contre lesquels « on ne peut rien » . Il rencontrera des ouvriers qui voient sa présence de « bleusaille » ou comme un vent de fraîcheur ou comme une intrusion méprisante. Car le narrateur dessine, l’usine, ses ouvriers : lui, il le sait en arrivant, n’est qu’un témoin de passage ; mais combien d’autres y sont pour la vie ? Bastien Bertine par son dessin et ses couleurs apporte une poésie, une touche de décalage à l’observation fictionnelle de ce monde absurde et sans pitié.