Le bruit des gens

Les éditions Lapin dévoile Le bruit des gens, une sympathique autobiographie dessinée de Nikesco, entre amour, vie quotidienne et surdité.

Pour son premier album de bande dessinée, Nikesco a décidé de raconter sa vie en image. Ce jeune trentenaire est sourd. Pas très simple dans un monde d’entendants. Mieux, il est gay. Pas simple dans un monde hétéronormé. Mais cela ne l’empêche en rien de vivre. Mieux, il lui arrive des aventures souvent drôles et cocasses. Pour décrire son univers et son quotidien, il fait preuve d’une très grande auto-dérision. Ce n’est jamais simple de ne pas avoir le beau rôle mais c’est tellement intelligent que cela lui permet de mettre de la distance et d’en rire. Nous avec lui !

Le bruit des gens est composé de petites saynète qui permettent à Nikesco de nous faire ressentir son monde de mal entendant. Si le lecteur ne peut pas se mettre à sa place, il peut en comprendre certains enjeux. Et rien que pour cela, cet album mérite sa lecture et d’exister.

Tenter de communiquer avec les autres n’est jamais simple. Pourtant, Nikesco parle avec quelques difficultés mais il fait de gros efforts. Des années chez les orthophonistes pour entrer dans notre monde d’entendants. Il nous explique aussi pourquoi parfois il ne nous comprend pas. C’est juste que nous ne faisons pas attention à notre bouche. Il lit sur les lèvres et nous on dissimule, on ne se met pas en face, bref, la galère.

Nikesco vit en colocation avec Casper, un petit gars avec qui il partage tout, notamment ses tentatives avec les mecs. Pas simple là non plus.

Le lecteur rigole beaucoup avec Le bruit des gens, mais il ne prend jamais pitié de la situation de Nikesco parce que lui s’en accommode, c’est sa vie. Et surtout, il ne veut en aucun cas que l’on s’apitoie sur son sort.

  • Le bruit des gens
  • Auteur : Nikesco
  • Éditeur : Lapin
  • Prix : 18 €
  • Parution : 28 février 2020
  • ISBN : 9782377540662

Résumé de l’éditeur : La surdité, c’est connu, ça s’entend, ça se ressent… mais ça n’est toujours pas très bien maîtrisé, respecté ou facile à vivre au quotidien. Nikesco nous donne un florilège de situations décalées, souvent drôles et souvent critiques, où les maladresses, négligences et malentendus ponctuent ses rencontres et ses relations. Qu’il s’agisse de ses propres bourdes ou de celles des autres, Nikesco fait de chaque erreur un moyen d ‘agir mieux entre entendant et malentendant, tout en se moquant de pas mal de clichés de société au passage. Des démarches administratives aux moments les plus intimes, son regard de bédéaste sourd apporte un témoignage moderne, cru et sincère sur un handicap encore mal compris. Une série de scènes quotidiennes en ville ou en vacances, seul ou accompagné, qui brosse avec justesse, cynisme et autodérision la surdité de Nikesco.

Sacré Coeur, l’automate des Buttes-Chaumont

Amélie Sarn et Laurent Audouin dévoilent un nouvel opus des Aventures fantastiques de Sacré Coeur : L’automate des Buttes-Chaumont. Encore une sympathique histoire pour les plus jeunes !

Nous vous avions présenté le premier volume de Victor & Adélie mais pas encore Les aventures fantastiques de Sacré Coeur, la série-mère. Avec 11 albums au compteur, cette dernière est déjà bien installée dans l’univers des albums jeunesse. Les livres de Victor & Adélie se déroulent, quant à eux, trente ans plus tôt.

Paris sert essentiellement de décor à Sacré Coeur, un petit garçon qui adore résoudre des énigmes. Bricoleur hors-pair, il habite pour un temps avec Mme Finelouche, sa tante dans la capitale française. La grande sœur du papa de Sacré Coeur est couturière et très bonne cuisinière. L’enquêteur peut aussi compter sur ses deux amies : Abigail, petite fantômette écossaise et Mimi, chauve-souris peureuse.

Dans L’automate des Buttes-Chaumont, Sacré Coeur fait la connaissance de Georges Méliès, le prestidigitateur-réalisateur, connu du grand public pour ses films muets aux effets spéciaux de génie, tel Le voyage dans la Lune. D’ailleurs le petit garçon accompagné de sa maman se rend à l’une des projection de ce court métrage mythique…

Comme d’habitude, le lecteur est accroché par l’histoire imaginée par Amélie Sarn. Il y a de l’aventure, du suspense mais il y a aussi toujours du fond. Ici l’autrice aborde la thématique du cinéma et plus particulièrement de ses débuts. Elle y ajoute des automates et du fantastique, un cocktail idéal pour les plus jeunes.

Comme d’habitude, le lecteur est accroché par la partie graphique de Laurent Audouin. C’est toujours coloré, chaleureux et agréable à l’œil. En plus, l’auteur pictavien joue avec l’univers de Sacré Coeur, puisqu’il modélise les inventions du petit garçon. Ses créations sont d’ailleurs visibles dans une exposition ludique qui parcourt la France.

Le aventures fantastiques de Sacré Coeur : de l’aventure, de l’humour, du suspense, de la magie et du fantastique, porté par un dessin toujours au top ! On aime, on recommande !

  • Les aventures fantastiques de Sacré Coeur : L’automate des Buttes-Chaumont
  • Scénariste : Amélie Sarn
  • Dessinateur : Laurent Audouin
  • Éditeur : Le Lézard noir, collection Le petit lézard
  • Prix : 14 €
  • Parution : 16 janvier 2020
  • ISBN : 978-2353481620

Résumé de l’éditeur : Pour une fois, tout semble aller pour le mieux au 28, rue du Chemin-vert. Les parents de Sacré-Cœur sont venus lui rendre visite et tante Finelouche a décidé de les emmener voir un spectacle extraordinaire : une séance de cinématographe au parc des Buttes Chaumont ! Mais dans les allées du parc, c’est la panique. Des enfants sont enlevés en plein jour par une étrange créature. C’est une affaire pour Sacré-Cœur et Abigail. D’ailleurs un certain Georges Méliès pourrait bien être mêlé à ces disparitions…

Blue Flag 4

Après trois premiers volumes enchanteurs et drôles, Kaito est de retour pour un quatrième volume de Blue Flag, son manga humoristique chez Kurokawa.

Taichi a une mission de la plus haute importance à effectuer : demander subtilement à Tôma ce qu’il a l’intention de faire après son bac. Ce dossier ultra-important lui est confié par Seiya, le grand frère de son ami. Il faut souligner que ces deux-là ont souvent du mal à se comprendre et se fâcher constamment, même à l’hôpital ou séjour le baseballeur.

La tâche s’avère difficile pour Taichi puisque son ami ne lui a jamais parlé de ces futurs projets après le lycée. Pourtant, il n’a pas le choix, Seiya le fait chanter parce qu’il peut dévoiler une photo compromettante…

Nous avions adoré les trois premiers volumes de Blue Flag et nous sommes toujours dans le même esprit après avoir lu le quatrième opus : enthousiastes ! De manière habile, Kaito aborde des thématiques universelles liées à l’adolescence avec une grande justesse. Il parle d’amitié, d’amour et d’homosexualité. Les relations humoristiques et parfois étonnantes entre Taichi et Tôma sont un vrai délice. Ils sont différents mais tellement complices que tout cela est drôle. Il y a ajoute Futaba, jeune fille naïve et timide, qui ne sait plus trop où se situer entre les deux gaillards.

Kaito sait y faire pour apporter de l’humour à son récit en accentuant les expressions par une partie kawai bien sentie. Le pauvre Taichi se voit donc décliner en tout petit pour encore plus de drôlerie.

Blue Flag : une série sympathique, drôle et intelligente sur l’adolescence ! On aime, on conseille !

  • Blue Flag, volume 4
  • Auteur : Kaito
  • Éditeur : Cambourakis
  • Prix : 7.65 €
  • Parution : 09 janvier 2020
  • ISBN : 9782368528488

Résumé de l’éditeur : Des feux d’artifice scintillent dans le ciel d’un soir d’été. Seiya demande à Taichi de sonder Tôma pour savoir ce qu’il a l’intention de faire après le lycée. Cependant, le temps passe et le jour de sortie de l’hôpital de Tôma arrive, sans que Taichi ait trouvé l’occasion d’aborder le sujet. De son côté, en apprenant que l’anniversaire de Taichi approche, Futaba décide de le fêter à quatre, le soir du feu d’artifice qui tombe le même jour.

Où es-tu ?

Les éditions Cambourakis dévoilent Où es-tu ?, un très joli album de l’autrice madrilène Bea Enriquez sur les trentenaires d’aujourd’hui.

C’est sur son ressenti, ses expériences ou celles de proches que Bea Enriquez a composé Où es-tu ? Pour cela, elle met en image de petites saynètes douces, chaleureuses et parfois drôles. Elle s’interroge – et donc ses lecteurs – sur ce qu’est être un trentenaire de nos jours.

L’album s’ouvre sur une partie de pêche entre son père et elle plus jeune, se poursuit par une dispute entre elle et son chéri à propos de chaussettes qu’il a volontairement jetées par la fenêtre, son désarroi de se retrouver seule dans son lit, puis d’une course de natation dans une rivière près de chez elle ou encore une soirée dans un bar des Asturies avec ses amies.

Si l’on apprécie ces petits moments, on aime surtout la partie graphique de Où es-tu ? Le trait faussement naïf et enfantin de Bea Enriquez lui permet de mettre de la distance entre son vécu et l’album. Il apporte à la fois cette chaleur et cette humour dont le récit n’est pas dénué.

  • Où es-tu ?
  • Autrice : Bea Enriquez
  • Éditeur : Cambourakis
  • Prix : 22 €
  • Parution : 08 janvier 2020
  • ISBN : 9782366244670

Résumé de l’éditeur : A quoi ressemble la vie des trentenaires au XXIe siècle ? Bea s’interroge à travers ses propres expériences. Qu’elle évoque ses séances de natation, ses rencontres amicales et amoureuses, son travail ou son adoption d’une hérissonne, elle éclaire avec sensibilité et humour les préoccupations de toute une génération. Le tout servi par un véritable don pour observer et restituer les petits riens du quotidien, les attitudes et les émotions de chacun.

5 cm per second

Les éditions Pika dévoilent les deux premiers volumes de 5 cm per second, l’adaptation en manga du film d’animation éponyme signée Makoto Shinkai et Yukiko Seike.

C’est donc le réalisateur Makoto Shinkai qui réalise lui même la déclinaison en manga de son long métrage d’animation. Il avait déjà fait de même auparavant pour son chef-d’oeuvre Your Name (édité en langue française par Pika).

C’est le jour de la rentrée. Akari arrive dans la même classe de CM1 que Takaki. Quelques minutes plus tard, ils font la connaissance dans la bibliothèque de l’établissement. A la demande de la fille, le jeune garçon lui montre alors ses endroits préférés : le majestueux cerisier et le temple. C’est le début d’une belle amitié.

Leurs vies se séparent lorsque de nouveaux leurs parents sont mutés dans une autre ville. Takaki part dans le sud, tandis qu’Akari part pour le nord du Japon. Ils s’écrivent régulièrement et leur attirance se développe alors par missives interposées…

Makoto Shinkai imagine une belle et tendre histoire d’amour entre deux adolescents qui sont éloignés par des milliers de kilomètres. Cette romance est plutôt sympathique et gentillette. Sans révolutionner le genre, elle permet de passer un agréable moment de lecture. On regrettera le rythme parfois un peu lent de certaines séquences.

Pour accompagner le réalisateur, c’est Yukiko Seike qui réalise la partie graphique. Celle-ci est plutôt jolie, très fluide et tout en douceur, comme l’exige le propos du récit.

  • 5 cm per second tome 1
  • Scénariste : Makoto Skinkai
  • Dessinateur : Yukiko Seike
  • Éditeur : Pika, collection Shônen
  • Prix : 8.20 €
  • Parution : 29 janvier 2020
  • ISBN : 9782811651657

Résumé de l’éditeur : La première fois que le jeune Takaki rencontre sa camarade Akari, c’est à la rentrée du CM1. Elle vient de déménager à Tokyo et est nouvelle dans l’école. Tous deux sont habitués à changer de ville au gré des mutations professionnelles de leurs parents, ce qui les rapproche immédiatement. Peu à peu, leurs points communs se muent en amitié, puis cette amitié se transforme en amour. Mais leur histoire est interrompue par cette même fatalité : la famille d’Akari est mutée dans le nord du Japon, puis Takaki doit partir pour Tanegashima, une île isolée du sud… Pourtant, malgré cette distance, le lien qui les unit ne sera pas rompu.

Prénom Inna, une enfance en Ukraine

Cheffe de file des Femen pendant plusieurs années, Inna Shevchenko dévoile sa vie dans Prénom : Inna, une enfance en Ukraine. Pour cela, elle est aidée au scénario de Simon Rochepeau et au dessin par Thomas Azuelos.

Dissidente ukrainienne, Inna Shevchenko raconte son enfance et son adolescence dans cette très belle bande dessinée, juste, forte et engagée.

L’album s’ouvre sur une séquence éprouvante pour la militante : elle était l’invitée d’une conférence à Copenhague quelques semaines après les attentats de Charlie Hebdo. Un homme armé tire. Elle est mise en sécurité.

« Je dois tenir bon »

Cet événement la renvoie à son passé; une enfance et une adolescence en Kherson en Ukraine. On la découvre combattante, elle qui croit en la politique de Ioulia Timochenko, au point de se faire la même coiffure.

Enthousiasmé par leur précédente publication, La ZAD c’est plus grand que nous, nous sommes de nouveau épatés par le travail de Rochepeau et Azuelos. Leur œuvre se met en place petit à petit. Une œuvre militante et engagée. Leur sujet, Inna Shevchenko, est fort et semble les inspirer. Défense des Droits de l’Homme, lutte pour les Droits des Femmes et liberté d’expression sont au cœur de ce premier tome d’un diptyque qui débute très bien. Le suivant mettra vraisemblablement en image les combats des Femen et l’exil d’Inna en France.

  • Prénom : Inna, une enfance en Ukraine, tome 1/2
  • Scénaristes : Inna Shevchenko et Simon Rochepeau
  • Dessinateur : Thomas Azuelos
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 18 €
  • Parution : 05 février 2020
  • ISBN : 9782754827379

Résumé de l’éditeur : Kherson, en Ukraine, janvier 1996. Inna a 6 ans. Elle regarde, par la fenêtre de l’appartement où elle vit avec ses parents et sa soeur aînée Yulia, le noir qui enveloppe les sinistres immeubles de la cité. Inna adore quand « le vieux géant » coupe l’électricité. Pour ses parents comme pour les autres habitants, c’est l’état de délabrement du pays qui provoque ces coupures à répétition, et qui ne facilitent pas la vie quotidienne. L’effondrement de l’U. R. S. S., sept ans plus tôt, a provoqué une perte totale des repères, une paupérisation absolue, et la prospérité des mafias et des seigneurs de guerre. La petite Inna subit de plein fouet le déclassement humiliant de ses parents, en même temps qu’elle observe son oncle Vanya s’enrichir frauduleusement. En septembre 2000, le journaliste dissident Gueorgui Gongadzé est enlevé et assassiné. Une partie du peuple est scandalisée et soupçonne le président Leonid Koutchma d’être le commanditaire de cet assassinat. C’est à ce moment-là qu’Inna décide de devenir journaliste, comme Gongadzé. Elle n’a que dix ans, mais la figure de ce héros va la hanter durablement…

Shino ne sait pas dire son nom

Après Les liens du sang, Shuzo Oshimi revient avec Shino ne sait pas dire son nom, encore un manga d’exception édité par Ki oon.

Cloîtrée dans sa chambre, Shino répète son discours de bienvenue pour ses futurs camarades. Dans quelques jours, cette jeune adolescente timide fera sa rentrée au lycée.

Après le discours du proviseur, tous les élèves rejoignent leur classe avec leur professeur principal pour le premier jour de classe. Cette année, Etsuno Ogawa sera la professeure référente de Shino. Le premier exercice consiste tout simplement à se présenter aux autres. En écoutant ses camarades, la tension grandit chez l’adolescente. Elle n’arrive pas à prononcer son propre nom et prénom. C’est une catastrophe ! Quelques uns se moquent d’elle.

A chaque question des professeurs, c’est la même chose, Shino n’arrive pas à parler devant la classe. Mme Ogawa sent son angoisse et tente de l’aider…

Découverte avec Les fleurs du mal et la série glaçante Les liens du sang, Shuzo Oshimi dévoile Shino ne sait pas dire son nom, un formidable one-shot.

La mangaka dépeint ainsi la période souvent trouble de l’adolescence par une aphasie particulière, celle de parler devant les autres. Si Shino n’est pas agoraphobe, elle a du mal à s’exprimer lorsque tout le monde la regarde. Ce trait caractéristique rare de la personnalité n’est pas une exclusivité de l’adolescence. Mais conjugué à ce moment charnière d’une vie, il peut s’avérer handicapant.

Edité dans la collection Kizuna – grand public – Shino ne sait pas dire son nom puisqu’il s’adresse à tout le monde, se finit bien. La jeune lycéenne croise la route de Kayo. Elles s’épauleront pour un futur plus doux.

Shino ne sait pas dire son nom : un manga tout en délicatesse, très juste et sensible.

  • Shino ne sait pas dire son nom
  • Autrice : Shuzo Oshimi
  • Éditeur : Ki oon, collection Kizuna
  • Prix : 7.90 €
  • Parution : 19 mars 2020
  • ISBN : 9791032706015

Résumé de l’éditeur : Aujourd’hui est un grand jour pour Shino : elle entre au lycée ! Timide et renfermée, la jeune fille rêve de prendre un nouveau départ et de se faire enfin des amis. Mais ce qu’elle redoutait finit par arriver… Au moment de se présenter, elle bute sur son propre nom. Incapable de le prononcer, elle devient la risée de la classe ! Shino est atteinte d’un trouble de la parole. Complexée depuis l’enfance par ce handicap, elle préfère se tenir à l’écart plutôt que d’affronter le jugement des autres. Pourtant, le vent tourne quand elle rencontre Kayo… Avec courage et maladresse, les deux adolescentes vont se lancer dans un projet artistique aussi original que libérateur ! Shuzo Oshimi, auteur intimiste des Fleurs du mal et des Liens du sang, nous livre une nouvelle facette de son talent. Atteint à l’adolescence du même trouble de la parole que Shino, il dépeint les émotions de son héroïne avec une délicatesse unique.

Les c(h)oeurs évanescents

Après Eclat(s) d’âme, Yuhki Kamatani revient avec Les c(h)oeurs évanescents, un très joli manga autour de la musique, d’une chorale et d’un jeune garçon doué pour cet art.

Yukata arrive tout juste en ville et va bientôt entrer au collège. Ce jeune garçon sensible et frêle possède une oreille musicale très développée. A peine quelques sons s’envolent dans le ciel, qu’il est attiré. Il entend au loin Au printemps et se précipite vers cette douce mélodie.

Elle vient de la salle de musique. Une chorale répète. Il décide de rejoindre Tomoya sur le grillage en face de la classe. Yukata est alors envahit par l’émotion et laisse couler des larmes sur ses joues. C’est décidé, il veut faire partie de leur groupe de chanteurs. Mais, il a une particularité, il est soprano, un registre de voix d’habitude tenu par des femmes…

Découverte par le sublime Eclat(s) d’âme, Yuhki Kamatani imagine Les c(h)oeurs évanescents, encore une magnifique histoire, tout en douceur et en sensibilité.

Dans la même veine que Your lie in April, la mangaka déploie toute son intelligence pour créer un récit chaleureux et positif. Elle invente une très belle galerie de personnages, attachants, même les moins sympathiques. En premier lieu, le héros, Yukata, tout petit pour son âge, frêle, il est hypersensible, notamment à l’écoute d’une musique. Vrai mélomane à l’oreille quasi absolue, il possède cette voix d’ange, cristalline et pure. Si les autres redoutent, comme lui, qu’il la perdra lorsqu’il va muer, il chante en attendant ce moment particulier. C’est son arrivée qui donne de l’élan à la chorale, un vent de fraicheur qui les emmènera vers un grand concours de chant.

Le jeune adolescent est protégé par Tomoya, à des années lumière de sa personnalité. Pourtant, leurs différences les font se rapprocher. Il agit alors comme un grand frère que Yukata n’a pas.

Le lecteur est saisi par l’histoire, comme happé jusqu’à la fin. Il ne décroche pas de ce récit très humain, optimiste et beau. Une vraie surprise !

  • Les c(h)oeurs évanescents, volume 1
  • Autrice : Yuhki Kamatani
  • Éditeur : Akata, collection Medium
  • Prix : 8.25 €
  • Parution : 27 février 2020
  • ISBN : 9782889230877

Résumé de l’éditeur : Yutaka Aoi est un jeune garçon particulièrement sensible et réservé. Introverti, c’est grâce à la musique et au chant qu’il s’ouvre aux autres. Aussi, en entrant au collège, il souhaite en intégrer la chorale. Avec sa voix d’ange cristalline, il espère-même devenir soprano. Mais alors que la chorale manque de voix masculines, acceptera-t-on qu’il interprète une partie souvent confiée à des femmes ? Dans Nos c(h)oeurs évanescents, découvrez le quotidien tout en douceur et en poésie de jeunes artistes en quête d’eux-mêmes, à cette période si charnière qu’est la puberté.

La mécanique du sage

« En alternance », voilà l’état psychologique dans lequel se trouve Charles Hamilton. Alors qu’il devrait être heureux au vu de sa situation, il ne l’est pas. Gabrielle Piquet dévoile sa vie dans La mécanique du sage, un album tout en douceur édité par Atrabile.

Découverte par le très joli Les idées fixes (Futuropolis) et La nuit du misothrope (Atrabile), Gabrielle Piquet est une autrice de très grand talent. Née à Paris en 1979, elle suit les cours de l’Ecole européenne supérieure de l’image d’Angoulême. Elle obtient son diplôme en 2006 et débute sa carrière avec l’adaptation de Tout à l’ego de Benacquista (Trois fois un). Elle travaille ensuite sur Les enfants de l’envie (Prix Töpffer 2010) à la Maison des auteurs de la cité angoumoisine.

Pour son nouvel album, elle se penche sur la vie de Charles Hamilton, grand bourgeois habitant à Édimbourg au début du XXe siècle. Alors que tout lui réussi, qu’il est à l’abri financièrement, il n’est pas heureux dans sa vie. Son humeur est changeante. Il alterne entre des phases d’euphorie et des moments de spleen. Même sa petite fille ne suffit pas à lui faire remonter la pente. Il lui faudrait un homme sage pour le guider, le rassurer et le faire avancer…

Gabrielle Piquet s’inspire de la vraie vie de l’homme pour la raconter en dessin. Cet album tout en douceur, a le pouvoir d’interroger le lecteur. Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Qu’est-ce que le bonheur ? Doit-on tout attendre de soi, des autres ? L’autrice met ainsi l’accent sur cette quasi obligation par nos sociétés contemporaines d’être heureux. Et si tout le monde ne pouvait pas y accéder ? Si tout le monde ne le recherchait pas tout le temps ? L’autrice navigue entre un humour très cynique, ironique et une bienveillance pour ses protagonistes.

La grande force de La mécanique du sage réside dans la psychologie des personnages, très recherchée et très juste. Elle est couplée à une partie graphique simple et minimaliste. Proche des premiers travaux de Jean-Jacques Sempé – dont elle admire l’œuvre – le dessin de Gabrielle Piquet est très beau.

  • La mécanique du sage
  • Autrice : Gabrielle Piquet
  • Éditeur : Atrabile
  • Prix : 15 €
  • Parution : 17 janvier 2020
  • ISBN : 9782889230877

Résumé de l’éditeur : Edimbourg, début du XXe siècle. Charles Hamilton a tout pour être heureux: un confort financier qui le met à l’abri du besoin, des nuits bien remplies et des journées oisives juste ce qu’il faut. Et pourtant, après la fête, c’est la descente. Victime de troubles de l’humeur, de hauts et de bas, Charles Hamilton se sent en alternance. Déçu par l’amour, Charles est néanmoins père d’une petite Sophia, mais ne voit pas là de quoi combler ce vide existentiel qui l’habite. Ce qu’il lui faudrait c’est un exemple – un maître, un sage, là, au fond de son jardin. En s’inspirant de l’histoire (réelle) de Charles Hamilton et de son « ermite ornemental », Gabrielle Piquet traque des maux bien modernes – recherche d’un bien-être perpétuel, positivisme à tout crin – et nous interroge sur cette dictature du bonheur qui voudrait éradiquer de nos vies toute forme d’aspérité, comme si la vie ne pouvait, ne devait être que réjouissance et béatitude. On retrouve dans La Mécanique du Sage toutes les qualités qui faisaient déjà le charme de La Nuit du Misothrope: un dessin aux influences retro tout en élégance, une écriture mélodieuse d’une grande finesse, avec en prime une touche d’ironie et un humour pince-sans-rire du plus bel effet.

Une touche de couleur

Élevé par ses grands-parents, l’auteur de bande dessinée Jarrett J. Krosoczka n’a pas eu une enfance comme les autres. Il la raconte dans Une touche de couleur aux éditions Delcourt.

Son père, Jarrett ne le connait pas, il a disparu de sa vie. Sa mère, il la voit très peu parce qu’elle passe sa vie dans des centres de désintoxication à cause de ses addictions à la drogue et l’alcool. Tout petit, il a été confié à ses grands-parents, Shirley et Joe.

Jarrett J. Krosoczka raconte cette enfance un peu particulière, de sa naissance à la fin de son adolescence. Le futur auteur de bande dessinée en profite pour parler de ceux qui l’ont accueilli avec douceur, avec amour et bienveillance. Il raconte leur rencontre au lycée et leurs retrouvailles après la Seconde guerre mondiale.

Une touche de couleur, c’est son message d’amour à ces deux êtres pourtant âgés qui l’ont protégé, élevé avec leurs difficultés et leurs joies. S’il n’a pas envie de jouer au football, il préfère le dessin. C’est ce qui le fera grandir, cette bulle de douceur.

Mais sa mère revient sans cesse dans cette vie particulière. Elle débarque avec ses trop pleins : trop de paroles, trop de mensonges et trop d’extravagances. Elle lui dit qu’elle va changer et qu’ils seront de nouveau ensemble. En vain.

Prix Harvey de l’album de l’année en 2018, Une touche de couleur n’est pas une autobiographie dessinée comme les autres. Si elle semble classique dans son approche, elle possède des qualités qui attire l’œil et suscite la curiosité. Tout d’abord, cette manière douce et chaleureuse pour raconter tous les moments qui ont jalonné sa vie.

Les flash-backs dans les années 1940 autour de Shirley et Joe sont forts et poignants. Elle était issue d’une famille suédoise protestante, tandis que celle de son époux était issue de l’immigration polonaise catholique. La rencontre, la guerre, Leslie la mère de Jarrett, tout cela est mis devant nous, simplement, sans fard.

Cette femme alcoolique confie son enfant, non pas à ses parents, mais à son père seulement. Il faut dire qu’elles ne se sont jamais entendues.

Dans une vraie résilience, sans aucune envie de vengeance, Jarrett J. Krosoczka s’est construit petit à petit aux côtés de ceux qui l’ont élevé comme leur fils.

Une touche de couleur : un récit de vie simple, empli d’amour pour deux êtres au grand cœur, porté par un dessin moderne et en mouvement.

  • Une touche de couleur
  • Auteur : Jarrett J. Krosoczka
  • Éditeur : Boîte à Bulles, collection Hors champ
  • Prix : 23.95 €
  • Parution : 12 février 2020
  • ISBN : 9782413022244

Résumé de l’éditeur : Un jour, l’enseignant de Jarrett veut qu’il dessine sa famille : une maman et un papa. Sauf que sa mère, toxicomane et alcoolique, passe son temps en centre de désintoxication et son père, il ne le connaît pas. Ce petit garçon a été élevé par ses grands-parents : deux personnalités très imposantes mais qui vont l’aimer. Sa passion pour le dessin lui permettra de surmonter cette enfance, faite de secrets et de non-dits.

Viva l’anarchie !

Bruno Loth raconte les années de lutte commune de Buenaventura Durruti et Nestor Makhno, deux anarchistes dans Viva l’anarchie ! aux éditions La boîte à bulles.

Bruno Loth est l’auteur de bande dessinée du peuple, des peuples, des luttes sociales et ouvrières, des grands idéaux, du pouvoir par et pour les peuples, celui des combats des petites gens pour leur autodétermination; et c’est pour cela qu’on apprécie fortement son œuvre. La force du collectif pour un monde meilleur sont au cœur notamment de Mémoires d’un ouvrier, Les fantômes de Ermo mais aussi Guernica. Il la raconte avec simplicité, avec force, sans artifice, avec ses espoirs, ses désillusions, ses prisonniers ou ses morts.

Comme avec ses précédentes publications, il a choisi de nouveau de nous parler d’Histoire. Avec Viva l’anarchie, il nous raconte l’histoire commune de Buenaventura Durruti et Nestor Makhno, deux anarchistes qui ont compté dans les luttes pour les peuples en Europe.

Paris, 1927. P’tit Louis est heureux, il part rejoindre ses amis anarchistes à la librairie Le libertaire. Malgré la liesse de la fête de ce 14 juillet, ses camarades, eux, préfèrent accueillir Nestor Makhno, un opposant à la dictature bolchevique en Ukraine. Il y a là, Buenaventura Durreti, tout juste libéré de prison après sa tentative de coup d’état contre le roi d’Espagne.

Les deux anarchistes se découvrent et deviennent amis. S’ils viennent d’horizons différents, leurs combats pour le peuple est commun. C’est autour d’une table qu’ils se souviennent de leur passé, de leurs débuts dans la lutte…

Si parfois les informations sont très nombreuses, les lecteurs plongent dans ces années 1920-1930 avec délectation. Il faut dire que l’histoire de l’anarchisme est très (trop) peu connue voire développée dans les cours au lycée. Nous, Français, nous méconnaissons ces moments de luttes collectives. S’il nous reste de vagues souvenirs de Blanqui, où sont les Kropotkine et autres Proudhon. Viva l’anarchie ! a aussi cet aspect positif, celui de raconter une autre histoire, celle des plus petits, des gens du peuple à l’image de Révolution, l’album Fauve d’or 2020 à Angoulême, signé Graouzel et Locard.

Accompagné aux couleurs par Corentin, son fils, Bruno Loth nous enchante de nouveau par une partie graphique simple et très belle.

  • Viva l’anarchie ! la rencontre de Makhno et Durreti
  • Auteur : Bruno Loth
  • Coloriste : Corentin Loth
  • Éditeur : Boîte à Bulles, collection Hors champ
  • Prix : 18 €
  • Parution : 05 février 2020
  • ISBN : 9782849533161

Résumé de l’éditeur : Dans ce nouvel album, Bruno Loth retrace les principaux événements qui ont marqué la vie des deux anarchistes Buenaventura Durruti et Nestor Makhno qui ont en commun d’avoir réussi à mettre en pratique l’anarchie sur tout un territoire (Catalogne – Ukraine). En 1927, après une tentative de coup d’État contre le roi d’Espagne Alphonse XIII, Durutti est emprisonné en France. Finalement libéré, il échappera à l’extradition vers l’Argentine, mais aura 10 jours pour quitter la France. C’est à Paris, dans la clandestinité, que Durrutti rencontre Nestor Makhno, figure de l’anarchisme ukrainien, communiste libertaire et fondateur de l’armée révolutionnaire insurrectionnelle Makhnovchtchina. Cette rencontre sera pour eux l’occasion de confronter leurs expériences et leurs idéaux…

Le joli Coco

Avec Le joli Coco, on tient l’album le plus fou-drôle-décalé-badass de l’année 2020 ! Imaginé par Capucine et Boulet, il en surprendra et déstabilisera plus d’un ! Jouissif !

Comment résumer Le joli Coco sans dévoiler l’intrigue ? Nous ne le ferons pas sinon nous vous gâcherons votre plaisir de lecture ! Faite-nous confiance, plus d’un s’est fait avoir par cette histoire mignonne et drôle.

« Qu’il est beau, qu’il est gentil le Coco tout rose comme une rose, tout rond et tout mignon. C’est le plus beau ! »

Coco est un joli oiseau rond et tout rose à qui il arrive d’étranges aventures. Capucine et Boulet sont au sommet de leur art avec ce petit album de format carré. Courrez acheter Le joli Coco, vous ne serez pas déçus !

  • Le joli Coco
  • Auteurs : Capucine et Boulet
  • Éditeur : Lapin
  • Prix : 10 €
  • Parution : 28 février 2020
  • ISBN : 9782377540815

Résumé de l’éditeur : Ce livre n’est pas pour les enfants. Le Joli Coco, c’est un petit volatile tout rond, tout mignon. C’est aussi celui qui a sué sa race lors des entrainements militaires, botté des culs sur le champ de bataille et versé son sang dans des rituels satanistes. Le Joli coco, c’est ce qui arrive quand on laisse un poème mignon et innocemment écrit par Capucine enfant se faire illustré par Boulet.