Uderzo l’irréductible

Cocréateur de Jehan Pistolet, Tanguy & Laverdure, Oumpah-Pah et Astérix, Albert Uderzo se livre dans un album d’entretiens avec Numa Sadoul dans Uderzo l’irréductible. Passionnant !

La version 2019 de ces entretiens avec Albert Uderzo est une nouvelle édition augmentée parue en 2001. En effet, Numa Sadoul – grand intervieweur des maîtres du 9e art (Hergé, Franquin, Gotlib, Moebius, Tardi…) – avait de nouveau rencontré le génial dessinateur en 2005. Ainsi, les lecteurs peuvent (re)découvrir les trois face-à-face de trois jours en février 1999 et celui datant d’il y a quatre ans.

Ecrivain et chroniqueur pour Les cahiers de la BD pendant 15 ans, Numa Sadoul a cette force et cette conviction qu’il réussit à les faire accoucher de leurs souvenirs même les plus coriaces. D’un naturel timide, le géant d’origine italienne se confie avec facilité et franchise au journaliste.

Alors que de nombreuses interviews d’Albert Uderzo ont déjà été publiées, Numa Sadoul arrive quand même à tirer des anecdotes et des moments d’émotions que l’on ne connaissaient pas chez le dessinateur.

Une vingtaine d’heures d’archives sonores sont ici restituées à l’écrit pour le plus grand bonheur des amateurs d’Uderzo, de ses personnages ou tout simplement des amoureux de la bande dessinée.

Numa Sadoul (L’anneau du Nibelung avec France Renoncé) navigue entre les époques, fait des allers-retours dans le passé du dessinateur. Il parle avec émotion de cet amour fraternel pour René Goscinny avec lequel il imagina la plus grande saga du 9e art, Astérix.

Il y a son enfance, ses premiers émois graphiques, sa famille, son frère, son envie d’être clown (un point commun avec Goscinny) et de ses débuts comme intervalliste.

On l’oublie trop souvent mais Uderzo est l’un des rares dessinateurs à avoir excellé dans le dessin réaliste (les planches de Tanguy & Laverdure sont à tomber par terre) mais également dans le dessin humoristique avec Jehan Pistolet, Oumpah Pah et Astérix (les planches d’Astérix sont à tomber par terre).

Uderzo l’irréductible, ce sont 256 pages de bonheur absolu. Une très belle façon aussi de revisiter l’histoire du 9e art ! Il y a bien entendu ses amitiés, sa femme, Sylvie, ses débuts délicats, son succès, l’argent, son daltonisme (ses difficultés à coloriser) ou encore les studios Idéfix.

Mille vies en une, une existence hors-norme pour un maître de la bande dessinée !

  • Uderzo l’irréductible
  • Auteur : Numa Sadoul
  • Editeur : Hors Collection
  • Prix : 20 €
  • Parution : 02 octobre 2019
  • IBAN : 9782014001167

Résumé de l’éditeur : Ecrivain, comédien, metteur en scène, Numa Sadoul est le « questionneur » de référence de la B.D. Retrouvez dans ce livre les entretiens déjà publiés en 2001, enrichis de nouveaux entretiens avec Albert Uderzo. Une nouvelle édition enrichie et généreusement illustrée de crayonnés, d’esquisses, et de planches des personnages dessinés par Albert Uderzo.

Eliott

Les éditions Lapin dévoilent Eliott, un recueil de gags humoristiques et déjantés signé Joseph Safieddine et Wouzit.

Eliott est un quadra roux aux longues bacchantes et grosses lunettes. Après plusieurs décennies chez ses parents, il décide de quitter le foyer familial et de voler de ses propres ailes. La réaction de ses vieux : aucune !

Joseph Safieddine (L’enragé du ciel, Monsieur Coucou) s’en donne à cœur joie dans ce recueil de 128 pages. Tout est bon pour rire. Plus c’est crétin, plus on aime !

Pas très beau, plutôt limité intellectuellement, Eliott multiplie les situations grotesques, souvent scato et de mauvais goût.

Le découpage est rythmé toujours de la même manière : un gaufrier de 4 vignettes avec une chute dans la dernière. Wouzit met en image ces mini-récits par un dessin à la palette numérique moderne et vivant. L’auteur de Le grand rouge (Manolosanctis) et Darwin (Poivre et sel) réalise des planches lisibles agrémentées de grands aplats de couleur.

  • Eliott
  • Scénariste : Joseph Safieddine
  • Dessinateur : Wouzit
  • Éditeur : Lapin
  • Prix : 13 €
  • Parution : 22 novembre 2019
  • ISBN : 9782377540594

Résumé de l’éditeur :  Eliott va en soirée, Eliott nage, Eliott pêche, Eliott exploite les mamies… Bref Eliott vit sa vie ! C’est ce que nous découvrons dans une série de strips courts, d’illustrations et une histoire plus longue, tous aussi trash que drôles !

Cassandra Darke

Lorsque Cassandra loge Nicki, cela frictionne et donne des étincelles. Posy Simmonds imagine cette rencontre au sommet , ce duel déséquilibré dans Cassandra Darke, aux éditions Denoël Graphic.

Après Tamara Drew et Gemma Bovery, la géniale Posy Simmonds nous enchante de nouveau avec Cassandra Darke. Nommé dans la sélection polar 2020 à Angoulême, ce récit s’inspire de la nouvelle de Charles Dickens, Un chant de Noël, publié en 1843. L’autrice britannique transpose son propos dans notre époque contemporaine en gardant les thématiques d’origine : le déclassement social, le rejet de l’autre, l’avarice, l’envie et la jalousie.

Cette histoire très noire, met en scène  Cassandra, vieille femme acariâtre, ayant hérité de tableaux de son défunt époux. Proche de sa grosse fortune et misanthrope, elle aime tacler fortement tous ceux qui l’entoure ou qu’elle rencontre. C’est cette personnalité forte et entière qui fait l’intérêt de l’album.

Alors que nous l’avions connu plus inspirée – Cassandra Darke n’est sans doute pas son meilleur album – il reste la force de la narration de Posy Simmonds, qui attire les lecteurs comme des aimants. Cette alternance de vignettes et de textes en prose a toujours fait le charme de ses productions.

Le verbe haut, la répartie et la faconde de l’héroïne apporte un humour so british agréable et bien senti. L’opposition entre Cassandra et Nicki est, elle aussi, savoureuse. La femme est tout ce que la veuve n’est pas : jeune, frivole, libre et instable. Serait-elle jalouse de cette jeunesse ?

Londres est un personnage à part entière comme a pu le montrer nos amis de Fantrippers dans leur guide pop culture consacré à la capitale anglaise.

Comme dans ses précédentes publications, Posy Simmonds  réalise de magnifiques planches, belles, modernes et chaleureuses.

  • Cassandra Darke
  • Autrice : Posy Simmonds
  • Editeur : Denoël Graphic
  • Prix : 21€
  • Parution : 04 avril 2019
  • IBAN : 9782207142813

Résumé de l’éditeur : Cassandra Darke, Londonienne pur jus, vieille teigne misanthrope, mauvaise coucheuse en surcharge pondérale, n’est pas sans rappeler le célèbre Scrooge de Dickens. Elle ne pense qu’à elle-même et aux moyens de préserver le confort dont elle jouit dans sa maison de Chelsea à 8 millions de livres. La galerie d’art moderne de son défunt mari a été le théâtre de fraudes qui l’ont mise en délicatesse avec la justice et au ban de son milieu. Mais Cassandra s’accorde le pardon, au prétexte qu’«à côté de tous ces meurtriers récidivistes, on se sentirait presque comme Blanche-Neige». Ses fautes n’impliquent «ni violence, ni arme, ni cadavre». Hélas, dans son sous-sol, une ex-locataire, la jeune et naïve Nicki, a laissé une surprise qui pourrait bien s’accompagner de violence et d’au moins un cadavre… Affinant encore sa virtuosité unique, entre roman et bande dessinée, Posy Simmonds poursuit la fresque de l’Angleterre moderne entreprise dans ses livres précédents et donne sa vision au scalpel du Londres brutal et fascinant d’aujourd’hui, «entre paillettes et galères». Son coeur, comme toujours, penche pour les chiens perdus, mais le portrait qu’elle trace de Cassandra, cette femme trop riche à l’hiver de sa vie, est vibrant d’empathie. Pur plaisir. Pur Posy.

 

Ninn 4

Ninn et son tigre de papier poursuivent leurs aventures dans ce quatrième volume éponyme, signé Jean-Michel Darlot et Johan Pilet.

Ninn est décidément une série fantastique jeunesse addictive ! Cette aventure folle nous régale depuis 2015, par des tomes 1, 2 et 3 de très grande qualité.

Jean-Michel Darlot laisse vagabonder son esprit fertile pour délivrer de nouveau un tome prenant. Dans La cathédrale de fer, la Seine sort de son lit et inonde Paris. Sa crue est historique, dépassant le record de 1910.

La petite fille tente toujours de comprendre son passé, savoir d’où elle vient, pour mieux savoir où elle va. Élevée par un couple d’hommes, avec son tigre de papier, elle parcourt les stations de métro sous l’eau. Elle croise le fantôme d’une petite fille et plonge dans les souvenirs de la Seconde guerre mondiale où les Nazis faisaient travailler les femmes.

Cette magnifique quête d’identité, celle folie fantastique est portée par le très beau dessin de Johan Pilet. Il suffit d’observer ses merveilleuses couleurs numériques grâce à des brosses tout en douceur, pour convaincre les plus réticents à lire cette saga. Le trait est vif et le découpage dynamique.

Ninn : plongez dans les entrailles de Paris en suivant cette petite fille en quête de son passé. Enjoy !

  • Ninn, tome 4 : La cathédrale de fer
  • Scénariste : Jean-Michel Darlot
  • Dessinateur : Johan Pilet
  • Éditeur : kennes
  • Prix : 15.95 €
  • Parution : 20 novembre 2019
  • ISBN : 9782875808462

Résumé de l’éditeur :  Alors que le métro parisien se retrouve mystérieusement inondé, Ninn et son Tigre de Papier tentent désespérément de regagner la surface. Durant leur périple, ils tombent sur de vieux ennemis assoiffés de revanche. Que manigancent donc les Idées Sombres et les Ferrailleurs, ces étranges personnages masqués qui hantent le sous-sol? Pourquoi cherchent-ils absolument à réveiller la Cathédrale de Fer? Et quel est réellement ce terrible édifice, qui se cache sous Paris depuis la Seconde Guerre mondiale? Ce voyage en eau trouble promet de grandes révélations…

Lily et doudoumonstre

Lily découvre Doudoumonstre sous son lit. Ensemble, ils vivent de folles et drôles d’aventures sous la houlette de Mic et Val. Lily et Doudoumonstre, un premier volume sympathique édité par Bamboo.

En se couchant, Lily aperçoit un monstre sous son lit. Alors que sa maman ne la croit, elle apprivoise cette gentille créature poilue et colorée.

Ecrit sous forme de gags sur demi-planche, Lily et Doudoumonstre est plutôt bon, chaleureux et amusant. Un petit album sans prétention qui ravira les plus petits.

Sans révolutionner le genre, Mic imagine des histoires tendres et drôles. Parents, chat, dessin, bac à sable, jeux extérieurs, parc, apprentissage de la lecture, piscine, école, l’été ou Noël, tout est bon pour sourire.

  • Lily et Doudoumonstre, tome 1
  • Scénariste : Mic
  • Dessinateur : Val
  • Éditeur : Bamboo
  • Prix : 10.95 €
  • Parution : 08 janvier 2020
  • ISBN : 9782818974759

Résumé de l’éditeur : Avec lui, c’est bêtise sur bêtise… et c’est trop bien ! Quand Lily découvre un monstre dans sa chambre, elle n’a pas peur du tout. C’est vrai qu’il est grand, qu’il est fort et qu’il sent des pieds. Mais il sait faire des bulles-coeur avec ses fesses et, surtout, il fait des câlins tout doux ! Alors, entre Lily et Doudou-monstre, c’est tout de suite un roman d’amitié qui commence. Et si c’est dur à accepter pour les parents, pour les amis et surtout pour le chat de la famille, ce n’est pas grave. Parce qu’un copain comme celui-là, on n’en trouve pas tous les jours.

L’ultime retour de la guerre du retour contre-attaque

Thierry Vivien a encore frappé ! La force est de nouveau avec lui par le nouvel opus de sa série parodique autour de Star Wars. L’ultime retour de la guerre du retour contre-attaque : tout un programme !

Déjà le huitième volume de cette saga décalée et drôle pour Thierry Vivien. Né en 1969, cet auteur a baigné dans l’univers de Star Wars dès son plus jeune âge. Qui de mieux qu’un bébé Yoda tel que lui pouvait imaginer ces gags en un planche autour de Luke, Leia, Dark Vador ou Palpatine ?

A l’image de Freaky Mousse ou Bloody Harry d’Alexandre Arlène, il n’hésite pas à tordre la réalité des films de George Lucas pour le plus grand bonheur de son lectorat.

Jeux de mots, jeux sur le noms, situations cocasses ou ubuesques, tout est là pour faire rire ! Un running-gag revient au fil des pages de ce nouveau bon recueil : le découpage de personnages au sabre-laser.

L’ultime retour de la guerre du retour contre-attaque : un album à offrir aux fans de la saga Star Wars. C’est bête mais tellement drôle !

  • L’ultime retour de la guerre du retour contre-attaque
  • Auteur : Thierry Vivien
  • Editeur : Jungle
  • Prix : 15€
  • Parution : 06 novembre 2019
  • IBAN : 9782822226387

Résumé de l’éditeur : Composé d’illustrations inédites et de textes indécents de finesse et de virtuosité, ce poignant voyage aux confins de la galaxie relativise et rassure : c’est le bordel partout en ce moment.

 

Le club des chats casse la baraque

Plume, Choupi et Nounours sont de retour dans le nouvel opus de la série Le club des chats, un recueil de Yoon sun park chez Misma.

Après un premier volume qui nous avait beaucoup plu, Le club des chats délecte encore les jeunes lecteurs grâce à des aventures toujours aussi sympathiques.

En sélection pour le Fauve jeunesse à Angoulême 2020, ce deuxième opus est composé de courts chapitres comme le précédent volume. Yoon sun park imagine des histoires décalées et drôles, avec toujours autant de malice.

Nous retrouvons Marie et ses trois chats-chipies-choupis qui vivent leur petite vie de folie, enchaînent les bêtises et font tourner en bourrique leur propriétaire.

Dans ce nouveau tome, l’autrice de Hong Kiltong invente des aventures qui lorgnent de plus en plus vers le fantastique, l’onirisme et la poésie. Ses chats sont « chou » et les humains débordés.

Le trait de l’autrice de L’espacée (avec Thomas Gosselin) ravit les pupilles. Les couleurs sont pop et le dessin humoristique tout en rondeur.

  • Le club des chats casse la baraque
  • Autrice : Yoon-sun Park
  • Editeur : Misma
  • Prix : 18€
  • Parution : 10 mai 2019
  • IBAN : 9782916254715

Résumé de l’éditeur : Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête des chats ? C’est la question que l’on se pose parfois quand on les voit chasser une simple boule de papier, attaquer leur propre queue ou plonger toutes griffes dehors dans un carton… Et si tout ce petit manège n’était en fait qu’un leurre, une ruse pour nous éloigner de la Vérité ? Et si les chats faisaient partie d’un réseau organisé, d’une confrérie secrète et qu’il existait une porte vers un monde parallèle ? De l’autre côté, on découvrirait LE CLUB DES CHATS, un cercle de félins rusés complotant mille et une bêtises. Et qui sait ? On finirait peut-être même par découvrir que les chats sont des extraterrestres à la conquête de l’univers ! Yoon-sun Park revient avec un nouvel album du CLUB DES CHATS. Bien loin d’avoir fait le tour du sujet, ses chats lui donnent toujours autant de fil à retordre et vont mettre la baraque sens dessus dessous. On retrouve Choupi, Plume et Nounours dans des histoires complètement folles au rythme endiablé ne laissant aucune minute de répit pour leur maîtresse Marie et les habitants du village. Ahhh, mais comment en vouloir à ces boules de poils trop mignonnes qui viennent se lover sur nos genoux en ronronnant ?

Hubert Reeves nous explique les océans

Après la biodiversité et les forêts, les éditions du Lombard poursuivent leur œuvre éducative envers les jeunes lecteurs avec Hubert Reeves nous explique les océans, un très bel album de l’astrophysicien, David Vandermeulen et Daniel Casanave.

Astrophysicien mondialement reconnu, homme de sciences et grand humaniste, Hubert Reeves plonge le jeune lecteur dans le cœur des océans.

Comme pour l’album sur la biodiversité, Hubert Reeves convoque les mêmes enfants – représentant le côté Candide – et la jeune femme pour l’accompagner dans son périple.

Non loin d’Etretat, il leur parle de strates, de couches sédimentaires et de tectonique des plaques. Au Mont-Saint-Michel, il explique le phénomène naturel des marées, et dans le Grand Nord, il les emmène en expédition sous-marine.

Comme lorsque l’on écoute ses conférences ou ses interventions télévisées, Hubert Reeves est toujours d’une grande clarté dans ses propos. Vulgarisateur, passeur de savoirs et de connaissances, il se met au niveau de ses interlocuteurs sans jamais les infantiliser.

Depuis quelques décennies, l’astrophysicien alerte le monde des ravages de l’être humain sur les écosystèmes, le dérèglement climatique ou de sauver abeilles et lombrics.

Album nommé dans la Sélection des écoles à Angoulême, Hubert Reeves nous explique les océans est à mettre dans toutes les petites mains, curieuses ou non, pour comprendre les fonds marins, leur richesse et leur fragilité.

  • Hubert Reeves nous explique les océans
  • Scénaristes : Hubert Reeves et David Vandermeulen
  • Dessinateur : Daniel Casanave
  • Éditeur : Le Lombard
  • Prix : 13.45€
  • Parution :  11 octobre 2019
  • ISBN : 9782803673100

Résumé de l’éditeur : Notre planète est couverte par l’immensité des océans, leurs ressources et leur biodiversité sont indispensables à l’avenir de la Terre, car ce sont des mers que la vie est arrivée. Hubert Reeves nous explique dans un merveilleux voyage qui nous emmènera jusqu’aux grands fonds qui regorgent de nombreux volcans immergés, pourquoi les océans sont salés, comment fonctionnent les vents et les courants marins qui agissent sur notre climat, …

Le voyage de Marcel Grob

Marcel Grob a froid. Près du radiateur du bureau du juge d’instruction, le vieil homme de 83 ans est encore groggy de la violente arrestation subie dans la nuit depuis son domicile. Pourquoi est-il ici ? De quoi est-il accusé ? Les multiples questions du juge Tonelli vont progressivement l’amener à comprendre les raisons pour lesquelles il se retrouve confronté à lui.

Et c’est lorsque le magistrat demande à Marcel si sa formation de mécanicien-ajusteur lui a permis d’exercer ce métier au sein de la Waffen-SS, que tout va s’enclencher. Spontanément dans le déni, l’alsacien réfute tout engagement dans une des forces allemandes les plus meurtrières de la Seconde Guerre mondiale. Mais parmi toutes les pièces à conviction présentes, un objet apportera la preuve irréfutable qu’il a bel et bien intégré la 16e Division SS des Panzergrenadiers en juin 1944.

Jugé dans la soirée même par un tribunal un peu spécial mandaté par des familles de victimes, Marcel Grob n’a plus le choix. Il doit rouvrir ce tiroir enfoui dans sa mémoire dont lui seul détenait la clé. Le juge ne cessera de lui répéter : il est temps pour lui d’ouvrir son cœur. Marcel est prêt. Mais avant de commencer son histoire qui débutera le 27 juin 1944, il lui (nous) suggère de garder ça en tête : « Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place ? »

Le Voyage de Marcel Grob retrace le destin bouleversant d’un homme dont les quelques mois évoqués expliqueront comment un jeune français de dix-sept ans a pu se retrouver mobilisé dans l’unité la plus redoutée et endoctrinée de la Seconde Guerre mondiale. Le IIIe Reich qui considère toujours l’Alsace-Moselle comme un territoire allemand vient y chercher du renfort pour pallier les pertes humaines de la Waffen SS. D’abord incorporés pour se battre aux cotés de la Wehrmacht (armée régulière et non nazie), seuls ceux qui étaient volontaires s’engageaient auprès de ces combattants fanatisés. Sauf ces quelques jeunes alsaciens, dont la seule « faute » est d’être nés en 1926, qui n’auront d’autre choix que d’y être automatiquement conscrits. On les appellera les Malgré-nous et Marcel Grob fera partie de ces dix mille jeunes alsaciens qui recevront cette convocation en 1944. Et ils avaient le « choix » : soit ils combattaient contre la France, soit ils refusaient et leur famille était déportée dans des camps de travail à l’Est.

« Ouvrir son cœur » : cette locution apparaît plusieurs fois dans Le Voyage de Marcel Grob. Comme si Philippe Collin, auteur de ce livre et petit-neveu de Marcel, insistait inlassablement pour que son grand-oncle se confie sur cette parcelle sensible de sa vie. Dans la réalité, Philippe Collin était très proche de Marcel Grob. Jusqu’au mutisme de ce dernier qui a généré logiquement de sérieux doutes quant à son implication dans le conflit mondial. Pour P. Collin ce silence traduisait un aveu. Avant de mourir en 2009, Philippe et Marcel ne se parlaient plus. Neuf ans après, cette bande dessinée, symbolise magnifiquement ce que l’auteur n’a pas pu lui dire : « J’ai compris ».

Et pour accompagner ce récit poignant, le coscénariste et dessinateur Sébastien Goethals offre une excellente partie graphique. De ces aspects floutés rappelant que nous sommes dans les souvenirs de Marcel, en passant par le massacre de Marzabotto où l’intensité ressentie est à son paroxysme. De ces couleurs bien distinctes selon l’époque narrée à ces visages traduisant moult émotions. S. Goethals emmène le lecteur dans son voyage et il l’accompagne volontiers.

En dédicaçant ce roman graphique à toute la jeunesse d’Europe, P. Collin et S. Goethals vont au-delà d’un hommage à tous ces Malgré-nous. C’est elle qui influe sur l’avenir. Mais pour cela il ne faut pas oublier le passé. Les erreurs d’hier doivent être rappelées à tous ces jeunes qui décideront de ce que sera le monde de demain. Rien de moralisateur. Simplement regarder derrière soi pour mieux avancer.

  • Le voyage de Marcel Grob
  • Scénariste : Philippe Collin
  • Dessinateur : Sébastien Goethals
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 24,00 €
  • Parution : octobre 2018
  • ISBN : 978-2754822480

Résumé de l’éditeur : 11 octobre 2009. Marcel Grob, un vieil homme de 83 ans, se retrouve devant un juge qui l’interroge sur sa vie. Et plus particulièrement sur le 28 juin 1944, jour où ce jeune Alsacien rejoint la Waffen SS et est intégré dans la 16e division Reichsführer, trois mois après le débarquement allié en Normandie. Marcel se rappelle avec émotion de ce jour fatidique où, comme 10 000 de ses camarades Alsaciens, il fût embrigadé de force dans la SS. Non, il n’était pas volontaire pour se battre mais il n’avait pas le choix, il était pris au piège. Mais pour le juge qui instruit son affaire, il va falloir convaincre le tribunal qu il n’a pas été un criminel nazi. Alors, Marcel Grob va devoir se replonger dans ses douloureux souvenirs, ceux d un « malgré nous », kidnappé en 1944, forcé d’aller combattre en Italie, au sein d’une des plus sinistres division SS. Un voyage qui l’amènera à Marzabotto, au bout de l’enfer…

Le roi des bourdons

Quand un auteur de bandes dessinées se transforme en super-héros pour rendre la justice, cela donne Le roi des bourdons, un album signé David de Thuin chez Glénat.

Rohmer, un dessinateur employé par Chatterbooks, vient d’être licencié. Au bout de sa vie, il tente de se suicider en sautant du toit d’un immeuble. Il est rattrapé par Hyperclébard, le super-héros toutou.

Zola est un dessinateur de bandes dessinées amateur. En attendant d’être publié, il travaille comme manutentionnaire chez Chaterbooks. Pour chaque nouveau projet, il le soumet à cette maison d’édition. En vain. Son patron préférerait qu’il se lance dans le « gag ».

De son côté, François, le frère de Zola zone, boit et ne fait rien de ses journées et sa mère est hospitalisée, elle n’a plus toute sa tête.

Pour garder la maison familiale vivante, les deux frères s’y installent. Dans le jardin, Zola entend des bourdons lui parler. Mieux, ils l’entourent et se transforment en combinaison. Il devient alors un super-héros…

Nommé dans la Sélection Officielle à Angoulême, Le roi des bourdons est un album sympathique de David de Thuin. Dans la veine des albums anthropomorphes de Lewis Trondheim, il ne parvient néanmoins pas à en atteindre la force et la folie.

La faute à un récit trop riche d’informations, à une volonté de ne pas aller vers un genre (chronique sociale, histoire de super-héros, comédie, polar…). Le lecteur se retrouve écartelé, sans jamais comprendre où il en est. Le récit part dans tous les sens, multiplie les pistes, les fausses intrigues et l’on en perd la fil principal. Quel est le véritable message de De Thuin ?

Restent des thématiques contemporaines bien senties (vécues ?) : le travail d’auteur de bandes dessinées, les relations auteur/éditeur, la maladie, l’abandon, les relations de fratrie, la jalousie et la notoriété. Si l’on ajoute à cela, deux super-héros dont l’un est tiraillé dans ses convictions, de l’humour et l’on obtient un album plaisant mais sans plus parce qu’un peu foutraque. Le roi est des bourdons est très étrange et aurait mérité plusieurs volumes pour tout aborder.

Dans un premier temps, David de Thuin a voulu auto-éditer Le roi des bourdons (il existait 6 épisodes). Il les a retravaillé pour les proposer en une seule histoire.

  • Le roi des bourdons
  • Auteur : David de Thuin
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 19€
  • Parution : 4 septembre 2019
  • IBAN : 9782344028933

Résumé de l’éditeur : La vie, c’est pas comme dans les bandes dessinéesZola est auteur de BD. Enfin, disons qu’il aimerait bien… Mais les projets qu’il soumet aux toutes puissantes éditions Chatterbooks, unique maison d’édition de Chattertown où il travaille comme manutentionnaire, sont systématiquement refusés. Pour tout dire, ici on est plus enclin à faire prospérer leur poule aux oeufs d’or, les aventures d’Hyperclébard le super-héros, qu’à accepter les oeuvres intimistes de jeunes auteurs en herbe. Mais un jour, alors qu’il travaille dans le jardin de sa mère, Zola sauve un bourdon de la noyade. Il n’imaginait pas que ce geste anodin allait peut-être changer sa vie à tout jamais. Métamorphosé en super-héros, Zola le « Roi des bourdons » va alors devenir le rival dans la vraie vie d’Hyperclébard…Le Roi des bourdons est autant une aventure loufoque qu’un récit de super-héros décalé et une critique en creux du milieu de l’édition de bande dessinée. De son dessin animalier et son sens du dialogue percutant, l’auteur de La Proie parvient à brosser quantité de sujets fondamentaux avec une légèreté coutumière. Deshumanisation de la société, désillusions professionnelles, acceptation du deuil ou conformisme sociétal sont ainsi passés au crible avec une sensible touche d’humour et une bonne dose de tendresse. S’il avait d’abord publié Le Roi des bourdons en 6 petits volumes autoédités, David de Thuin a décidé, pour cet ouvrage exceptionnel, de réécrire et redessiner intégralement cette histoire en un seul volume.

La fistule

Avoir une fistule ce n’est pas drôle, surtout si elle est placée dans le cerveau. Isidore M’Buma en fait l’amère expérience dans La fistule, une comédie décalée aux éditions Lapin.

Dessinateur né en 1981, Isidore M’Buma coule des jours plutôt heureux avec Marion, son amie, jusqu’au soir du 29 janvier 2014. Comme si on lui plantait un couteau dans le cerveau, il défaille. Un mal impossible à faire passer même avec un Doliprane.

Ensemble, ils partent aux urgences de la ville pour comprendre d’où viennent ces violentes céphalées. Après une IRM, l’on découvre une léger saignement dans son cerveau. Le médecin – un peu zinzin – n’est pas satisfait : il veut savoir d’où vient ce saignement. Rasage des parties intimes et sonde dans l’urètre pour une artério, tout est sacrifice et douleurs. Il a fait un AVC. Après plusieurs jours à l’hôpital, les médecins lui diagnostiquent une fistule au cerveau. Une de ses veines ne peut supporter un afflux de sang important arrivant d’une artère et elle explose…

De son expérience dramatique, Isidore M’Buma en tire un album décalé, fou et très drôle ! Il faut souligner que le pauvre auteur n’a pas de chance : rien ne fonctionne dans son rétablissement. L’ artériographie et la colle pour la fistule qui foirent ou les multiples interventions chirurgicales qui sont des échecs; rien ne lui est épargné !

Restent la folie de M’Buma. Tout tourne à la rigolade pour lui : les toilettes intimes par des infirmiers, le docteur à l’accent à couper au couteau, ses danses nues ou ses bourses qui enflent. Son dessin proche des mangas apporte aussi son lot d’humour par son côté kawaï.

La fistule : c’est déjanté, c’est drôle et l’on passe un moment sympa de lecture !

  • La fistule, a Buma true story
  • Auteur : Isidore M’Buma
  • Editeur : Lapin
  • Prix : 18€
  • Parution : 12 septembre 2019
  • IBAN : 9782377540518

Résumé de l’éditeur : En l’an de grâce 2014 Buma, 33 ans, va devoir faire face au pire ennemi qu’il a eu à affronter jusqu’à maintenant : la terrible fistule. Tout le monde connaît son nom mais rares sont ceux qui l’ont réellement rencontrée. Commence alors pour notre héros un périple médical haletant et éprouvant. « Une lettre d’amour au flan pâtissier – un régal » – Flan magazine ; « Une ode à la contemplation sociale mêlée à un regard acéré sur la conjoncture médicale prédominante de notre civilisation décadente qui nous laissera un goût de révolte et de liberté. » – Les inglobuctibles ; « Buma n’est pas aussi mignon en vrai. » – Obtu ; « La première BD avec Dhierry Beggaro et Julien Lebers ! Une valeur sûre. » – Télé 7 boules ; « Personne ne décède à la fin, dommage. » – Crémation passion.

Acte de dieu

Après Les visées (avec Thomas Gosselin), Giacomo Nanni imagine Acte de dieu, une bande dessinée sur la place de l’Homme sur Terre aux éditions Ici même.

Les Appenins, Italie. Un superbe chevreuil est apeuré. Non loin d’une autoroute, il erre sur le parking d’un supermarché. Dès que la nouvelle est annoncée, de nombreux badauds tentent de l’approcher, le photographier ou lui donner à manger (pizza, donuts, salade ou croquettes pour chien). Beau comme dans les livres, ils aimeraient l’apprivoiser. Arrivent alors les carabinieris, les gendarmes, qui tentent de l’attraper…

Si cette histoire de Giacomo Nanni commence comme un très beau conte pour enfant, elle dérive rapidement vers un drame. En effet, les Appenins sont une région sismique qui se réveille de temps à autre pour rappeler la force de la nature. Tout tourbillonne alors dans Acte de dieu : chasseurs, voyeurs ou gendarmes.

Pour renforcer le propos naturaliste de son histoire, l’auteur italien fait raconter son histoire par le chevreuil. Ce narrateur donne alors ses impressions et surtout ne comprend pas toute cette folie autour de lui. Comme si la nature ne comprenait pas les Hommes. Giacomo Nanni parle alors de fin du monde, de dérèglement climatique et des effets néfastes de l’homme sur la Terre. Il y ajoute une dimension surnaturelle avec par exemple des licornes.

La narration est simple, redoutable et belle mais ce que l’on apprécie encore plus c’est le trait pointilliste de Nanni. Tel Roy Lichstenstein, il multiplie les points de couleurs pour emporter avec lui le lecteur.

Acte de dieu : l’Homme, la nature, la vie…

  • Acte de dieu
  • Auteur : Giacomo Nanni
  • Editeur : Ici Même
  • Prix : 19.50€
  • Parution : 11 avril 2019
  • IBAN : 9782369120506

Résumé de l’éditeur : « Giacomo est l’un des auteurs de bande dessinée vivant les plus intelligents et les plus talentueux. Il est aussi l’un des rares que j’envie » GIPI. Dans ce récit choral, Giacomo Nanni, par la virtuosité d’une écriture hypnotique et d’un dessin pointilliste aussi précis qu’envoûtant, nous parle de la Terre, des hommes, et de leur impitoyable rapport de force. Fascinant.