Empreintes

Empreintes est le nouveau livre jeunesse de Mathieu Siam autour des traces que l’on peut laisser derrière nous. Encore un excellent album poétique et contemplatif de l’illustrateur poitevin.

Après Galet et Arc-en-ciel, Mathieu Siam poursuit son très joli chemin d’illustrateur avec Empreintes. Cet album d’une quarantaine de pages est le résultat d’un travail qu’il a effectué avec deux classes de maternelles d’écoles de la Vienne. Dans le cadre d’un projet artistique, le dessinateur poitevin a mis en place des ateliers autour des empreintes. Afin de ne pas perdre la spontanéité, la découverte et l’imagination des élèves, il a choisi de transformer leurs recherches en livre. Il est à noter que les pages de l’album sont réalisées par Mathieu Siam et non les enfants.

Au fil des pages, les lecteurs suivent un peintre qui laisse derrière lui des empreintes, là où il passe. Papier froissé, crayonnage, bouchons de liège, tampons ou bulles de peinture, le jeune garçon découvre l’environnement qui l’entoure par ces traces.

Comme avec ses deux précédentes publications, Mathieu Siam imprime de la légèreté et de la poésie dans Empreintes. Rien n’est laissé au hasard dans les traces choisies et dans ses mots. Ils sont peu nombreux et très pesés, pour que chaque enfant puisse s’approprier l’illustration sans être influencé. Chacun peut les interpréter comme il l’entend. Il n’y a pas de bonne réponse, il y a DES réponses.

Comme il nous l’avait confié lors de notre entretien avec lui lors de la publication d’Arc-en-ciel, ces moments de partages avec les élèves est très important pour lui, notamment pour nourrir ses réflexions et ses albums futurs. Il souligne d’ailleurs : « Tout le monde peut écrire un mot ou dessiner. Le don, le plaisir et la simplicité caractérisent ce cadeau ».

Avec Empreintes, Mathieu Siam met du rêve dans les yeux de son jeune lectorat, et c’est cela l’essentiel !

  • Empreintes
  • Auteur : Mathieu Siam
  • Éditeur : Comme une orange
  • Prix : 10 €
  • Parution : 1er juillet 2020
  • ISBN : 9782919703319

Résumé de l’éditeur : « Empreintes » relate la balade d’un peintre. Partout où il passe, il voit des traces. Il les empreinte.

Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien)

Jeune quadra urbain, Richard se remet en question et devient alors végétarien. Cédric Taling imagine son cheminement dans Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien) édité par Rue de l’échiquier.

Après un premier album que nous avions bien apprécié, Thoreau et moi, Cédric Taling poursuit sa réflexion autour des thématiques environnementales avec Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien). Si sa précédente publication portait sur le transcendentaliste Henry David Thoreau, cet album suit le cheminement de Richard vers le végétarisme.

Un peu intéressé par les questions sur l’environnement, Richard, quadra urbain, découvre le monde du végétarisme par sa nièce adolescente, Camille. Quant à sa compagne, elle aime renifler les pattes de Violette, leur chien. Que se passe-t-il autour de lui pour que les personnes qu’il aime soit si proches des animaux ?

Comédien, il mesure petit à petit l’impact de la souffrance animale. Les animaux lui parlent dans son supermarché et son esprit vacille. Malgré des moments plus compliqués où il craque, il diminue drastiquement sa consommation de viande…

Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien) suit l’évolution lente mais incroyable d’un homme vers sa transition végétarienne. Et ce n’est pas un long fleuve tranquille. Il se pose de nombreuses questions physiologiques mais forcément aussi éthiques et philosophiques. Les lecteurs découvrent ainsi les différentes étapes de la transformation de ce quadragénaire. Il est tourmenté par des images obsédantes et fortes d’animaux qui souffrent : élevages intensifs ou corrida, tout est là, sans filtre.

Plus globalement, le récit de Cédric Taling aborde des questions sur le progrès scientifique en matière d’alimentation ou sur le règne du vivant. Il parle aussi forcément de nourrir les 6 milliards de personnes sur terre ou les enjeux écologiques, ainsi que les combats des jeunes générations pour préserver ce qui peut encore l’être. Un joli album !

  • Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien)
  • Auteur : Cédric Taling
  • Éditeur : Rue de l’échiquier
  • Prix : 17.90 €
  • Parution : 18 juin 2020
  • ISBN : 9782374252254

Résumé de l’éditeur : Acteur quadra de la région parisienne, Richard entretient une relation filiale avec sa filleule Camille, 13 ans. Quand il découvre, lors d’un barbecue, qu’elle a décidé de devenir végétarienne, cela déclenche chez lui une profonde remise en question. En tant qu’adulte, il est ébranlé par les choix radicaux et cohérents de l’adolescente, d’autant plus que Camille est très au fait des enjeux climatiques liés à nos pratiques alimentaires et au sujet de la maltraitance des animaux. Au fil des pages, Richard va peu à peu s’intéresser et s’éveiller à l’antispécisme, au végétarisme et au vivant en général. En discutant avec Camille, son véritable guide, il sent poindre en lui le désir de devenir végétarien à son tour. Mais parviendra-t-il à changer son mode de vie et à se défaire de ses automatismes ? Auteur de Thoreau et moi (Rue de l’échiquier, 2019), adaptation en bande dessinée de la pensée du philosophe Henry David Thoreau, Cédric Taling explore ici la question de l’alimentation, avec l’originalité et l’humour qui lui sont propres. Dans Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien), il fait la chronique des grandes étapes du passage à une alimentation végétarienne, en décrivant les relations passionnantes qu’ont d’autres cultures non européennes au monde animal et en rendant accessibles les toutes dernières découvertes scientifiques sur le règne végétal. Cette bande dessinée montre également comment l’alimentation, et plus généralement les enjeux écologiques, peuvent être le terrain de confrontations entre deux générations qui ne partagent pas la même vision du monde.

Demon Tune T2

Dans le tome 2 de Demon Tune, nous sommes de retour dans la sombre Wizard City. Le terrible Bogeyman, l’être qui fait trembler les malfrats autant que les citoyens, fait tourner en bourrique le MBI, l’agence qui enquête sur les délits magiques. Koyukimaru n’est plus tout seul face à ses poursuivants. Le MBI l’embarque et sous la houlette de 3 agents tordus, il participe aux opérations.

Car l’objectif du Bogeyman est de s’emparer du « rouleau du cataclysme » dont seul Koyukimaru connaît l’emplacement. Cette confrontation, c’est avant tout la compétition de celui qui piègera l’autre le premier.

Koyukimaru se tient toujours dans cette équilibre entre l’enfant et le ninja. Devant sauver son père, son professionnalisme domine, mais l’enfant garde des étincelles dans les yeux à la vue de la magitech, un technologie qui utilise la magie.

De nouveaux protagonistes entre en scène. Et il y en a bien un dont l’histoire ce serait passée, car il ne décolle pas de son archétype. Le gros point noir de ce tome 2, c’est que Yuki Kodama nous explique son plan et ça casse le rythme. Car en soit, on avait pas besoin de l’explication pour comprendre. Ce qui rend le récit plus enfantin.

Ça reste cependant une histoire agréable à lire, habité par des personnages sympathiques et des enjeux frissonnants. C’est une série courte qui évolue rapidement, peut-être même un peu trop.

 

  • Demon Tune T2
  • Auteur : Yuki Kodama
  • Editeur : Kurokawa
  • Parution : 9 juillet 2020
  • Prix : 6,80€
  • ISBN : 9782368529751

Résumé de l’éditeur : Koyukimaru et Fran ont décidé de travailler avec le MBI afin de retrouver le Bogeyman, source de tous les crimes de Wizard City et creature maléfique qui a jeté un sort au père de Koyukimaru. Mais avant d’être autorisé à participer à l’enquête du MBI, Koyukimaru doit prouver qu’il est digne d’utiliser un  » Magitech « , un appareil permettant de contrôler les pouvoirs démoniaques. Pour ne rien arranger, dès sa première mission avec Alex, il tombe dans un piège meurtrier…

Le temps des mitaines 2

Après une première vie aux éditions Didier Jeunesse, Le temps des mitaines est de retour dans une nouvelle version chez Dargaud. Anne Montel et Loïc Clément poursuivent les aventures d’Arthur et ses amis. Réjouissant !

Pour vous rafraichir la mémoire, vous pouvez parcourir la chronique du premier opus (sur trois) du Temps des mitaines.

Le coupable des kidnappings des enfants démasqué, Arthur est devenu un héros. Un chouette moment pour ce petit ourson qui jusqu’à ce moment n’avait pas encore « trouvé » son don surnaturel. Mais, voilà, l’enquête bouclée, l’ego d’Arthur a enflé, au point de déplaire à Kitsune, son amie la renarde.

En plus, arrive à grand pas, le stage en entreprise des élèves. Si Willo se retrouve aux archives de la ville, Gonzague suit la tournée d’un facteur, Pélagie aide la maman d’Arthur dans sa boutique, ce dernier et Kitsune travaillent chez un pépiniériste. La renarde n’en peut plus du côté hautain du jeune ours…

Comme le premier volume du Temps des mitaines, cet opus n’est pas une histoire inédite, édité tout d’abord chez Didier Jeunesse. En signant cette série chez Dargaud, elle est mieux exposée et connait une deuxième jeunesse. Il faut dire que l’univers magique imaginé par Loïc Clément et Anne Montel est sympathique et beau. Mais pour accrocher le jeune lectorat, cela ne suffit pas. Le scénariste glisse des thématiques universelles et très contemporaines dans son récit : l’amitié, l’entraide, les premiers émois ou encore le passage de l’enfance à l’adolescence. Pour corser le tout, il n’hésite pas à mettre des obstacles et des « méchants » sur la route de la petite bande.

Loïc Clément et Anne Montel se connaissent très bien. En plus du Temps des mitaines, ensemble ils ont réalisé Les jours sucrés, Chaussette, Chroniques de l’île perdue et Miss Charity. Ce duo fonctionne à merveille. Le dessin de l’autrice est toujours aussi tendre, poétique et charmant. Ses couleurs à l’aquarelle apportent de la chaleur à cette aventure fantastique très réussie.

Nous avons hâte de découvrir le troisième tome du Temps des mitaines (récit inédit), tant cette série reste l’un de nos coups de cœur jeunesse.

  • Le temps des mitaines, tome 2 : Cœur de renard
  • Scénariste : Loïc Clément
  • Dessinatrice : Anne Montel
  • Editeur : Dargaud
  • Parution : 10 juillet 2020
  • Prix : 7,99 €
  • ISBN : 9782205083057

Résumé de l’éditeur : C’est l’été au village des Mitaines et l’ambiance n’est plus ce qu’elle était au sein du petit groupe d’amis. Il faut dire qu’en découvrant son super pouvoir, le candide Arthur est devenu très imbu de lui-même. Personne ne peut plus le supporter, surtout Kitsu, la jolie renarde, avec qui il fait son stage chez des horticulteurs, au bord de la faillite. Réussiront-ils à mettre leurs différents de côté pour les sauver ? Un deuxième tome rythmé et déjanté, sur fond de chronique sociale, pour en connaître encore davantage sur l’univers des Mitaines.

Anonyme !

Anonyme ! est le nouveau thriller psychologique des éditions Soleil. Avec Kimizuka au scénario et Hioka au dessin, la pression monte au fils des pages.

Takashi est un collégien de 13 ans et tout va bien dans sa vie. Il vient d’entrer dans l’équipe de base-ball et la fille qu’il aime, Sasaki, vient d’accepter d’être sa copine. Mais tout bascule lorsqu’un professeur se met à abuser d’elle. Le jour où Takashi en est témoin, il intervient à coup de batte de base-ball.

Condamné sans que Sasaki ne dévoile la raison du meurtre, Takashi est désormais appelé « le collégien X », connu pour avoir assassiné sauvagement un prof. Trois ans plus tard, il doit reconstruire sa vie et celle de sa famille, ailleurs, sous un autre nom. Mais que ce passerait-il si ses nouveaux camarades apprenaient qui il est ?

Ce manga aborde la douloureuse question de la culpabilité des victimes. Les doutes des personnages instaure une tension angoissante au fils des pages. L’incompréhension et les non-dits cohabitent avec la peur diffusée pas les réseaux sociaux. Si Takashi est un personnage attachant, chargé d’espoir, l’ensemble du manga est chargé de malaise. Elle pose la question franchement abstraite : et moi, je ferai quoi si j’apprends que mon voisin de 16 ans a tué quelqu’un ?

La psychose collective frappe le récit. Nous emportant irrésistiblement dans un trou noir social. Malgré tout une lumière subsiste. Takashi, avec sa douceur d’esprit, faible mais toujours vivace, nous fait tout de même espérer un happy end.

Anonyme ! m’a replongé dans les frissons que seul les thrillers psychologiques de Tonogai m’avaient fait sentir (Secret, Judge, Doubt). Dans la catégorie Seinen Anonyme ! s’attaque à des questions violentes mais avec une certaine pudeur qui le rend accessible.

  • Anonyme !
  • Scénariste : Chikara Kimizuka
  • Dessinateur : Yen Hioka
  • Editeur : Soleil
  • Parution : 3 juin 2020
  • Prix : 7,99 €
  • ISBN : 9782302081802

Résumé de l’éditeur : Takashi vit la meilleure période de sa jeunesse. Il va intégrer l’équipe de base-ball de son collège et la fille qu’il aime, Sasaki, a accepté d’être sa copine. Mais lorsqu’il surprend son professeur abusant d’elle, il intervient à coups de batte. Obligé d’adopter une nouvelle vie ailleurs, la vie reprend son cours. Mais le passé revient le hanter. Un mystérieux informateur décide de mettre tout le monde au courant…

 

Les compagnons de la libération : Romain Gary

Si l’on connait tous l’oeuvre littéraire de Romain Gary, on ignore souvent le rôle important qu’il a joué pendant la Seconde Guerre mondiale. Catherine Valenti et Claude Plumail rétablissent cet oubli dans le troisième volume de la série Les compagnons de la libération.

Alors que Les taxis de la Marne mais surtout les quatre volumes de Charles de Gaulle, nous avaient bien plu, nous sommes moins convaincu par cette biographie de Romain Gary. La faute à un scénario faible et très décousu. Là où Jean-Yves Le Naour (historien) a parfaitement intégré les codes de la narration en bande dessinée, sa consœur, Catherine Valenti, est moins à l’aise. Le récit n’est pas de plus engageant, notamment à cause de cette cascade d’informations. En effet, il manque du liant et des enchaînements.

Reste la partie graphique de Claude Plumail plutôt bonne. Même si on l’a connu plus inspiré, notamment sur la série De Gaulle, il réalise de planches sobres et très lisibles. Son trait réaliste plait par sa fluidité.

  • Les compagnons de la libération : Romain Gary
  • Scénariste : Catherine Valenti
  • Dessinateur : Claude Plumail
  • Éditeur : Grand Angle
  • Prix : 12.90 €
  • Parution : 26 août 2020
  • ISBN : 9782818976982

Résumé de l’éditeur : Si on connaît Romain Gary comme l’un des plus grands écrivains du XXe siècle, on ignore souvent le rôle important qu’il a joué pendant la Seconde Guerre mondiale. Incorporé dans l’armée de l’air en 1938, Gary se distingue par sa bravoure. En Angleterre, il intègre les Forces aériennes françaises libres pour combattre l’ennemi nazi. Le 25 janvier 1944, il réussit à bombarder des rampes de lancement de V1 allemands au sud de Saint-Omer, et bien que blessé, parvient à ramener son équipage sain et sauf. Ce fait d’armes lui vaut de recevoir le titre de Compagnon de la Libération.

 

BL métamorphose 4

Madame Ichinoi convainc Urara de créer son propre manga. Entre la peur de mal faire et une convention de bande dessinée, Kaori Tsuratani dévoile le quatrième opus de BL métamorphose, une très belle série chez Ki oon.

Après un premier volume qui nous avait charmé et un deuxième tome enchanteur, Kaori Tsuratni poursuit les aventures amicales et très humaines de Yuki et Urara.

La jeune adolescente est à la croisée des chemins. Elle ne travaille plus dans la librairie, doit se préoccuper de son avenir d’étudiante et doit aussi commencer d’écrire un manga. Il faut souligner que Yuki Ichinoise, la vieille dame son amie, la pousse en ce sens. Elle lui fait livrer du matériel en cela, ancien, mais qui fonctionne encore. Urara est tétanisée par l’enjeu. Elle n’a pas d’idée et pense qu’elle ne sait pas dessiner. La convention manga arrive à grands pas, elle doit donc s’activer, soutenue par son amie…

Encore un nouveau tome de BL métamophose aussi bons que les précédents. On suit avec bonheur et délice les pérégrinations de ces deux femmes au caractère et à la vie opposée mais liées par leur amour du manga et plus particulièrement des boy’s love. Si Urara ne sait plus trop où elle en est, l’histoire n’est jamais plombante, toujours optimiste. C’est rafraichissant et drôle.

  • BL métamorphose 4
  • Autrice : Kaori Tsurutani
  • Éditeur : Ki oon, collection seinen
  • Prix : 7.90 €
  • Parution : 18 juin 2020
  • ISBN : 9791032706091

Résumé de l’éditeur : Yuki, vieille dame au quotidien un peu monotone, et Urara, adolescente rêveuse, se sont découvert une passion commune : le boy’s love. D’abord un peu gênées de passer du temps ensemble, les deux lectrices ont petit à petit appris à se connaître, si bien que la lycéenne a proposé à sa nouvelle amie de se rendre à une convention spécialisée ! Entre la foule et la profusion de stands, la journée promet d’être éprouvante… mais la septuagénaire est bien décidée à voir de quoi il retourne ! Est-ce qu’Urara parviendra à remplir sa mission de guide, elle qui n’était encore jamais allée à ce genre d’événement ? BL Métamorphose fait voler en éclats tous les a priori sur les séniors et les jeunes ! Quand il s’agit de partager une même passion, l’âge importe peu. Ce récit touchant, drôle et d’une justesse incroyable est un véritable appel à l’échange intergénérationnel. À faire passer entre toutes les mains… même celles de sa grand-mère !

Midnight Rain

Entre un homme criblé de dettes et un autre qui aime se battre nait un belle histoire d’amour. CTK imagine leur rencontre dans Midnight Rain, un yaoi édité par Taifu.

Comme à leur habitude, les éditions Taifu proposent des yaois avec un peu de fond. Si les intrigues ont toujours le même schéma : deux hommes à la vie opposée tombent amoureux, les histoires sont intéressantes par leurs toiles de fond. Ici, les deux protagonistes ont de sacrés démons en eux. D’habitude, il n’y en a qu’un, là c’est une totale. C’est ce côté non-manichéen d’Ethan et Mike qui plait dans Midnight Rain. L’un est au bord du suicide, l’autre aime se battre mais est à la rue. Ce dernier pensait qu’il ne pourrait pas tomber amoureux d’un homme et aimer le sexe gay.

Si l’on survole un peu le passé des deux personnages (pour un second tome ?), ce yaoi publié par Libre au Japon en 2017 est plutôt sympathique. Les dessins sont franchement réussis.

  • Midnight Rain
  • Autrice : CTK
  • Éditeur : Taifu
  • Prix : 8.99 €
  • Parution : 10 juillet 2020
  • ISBN : 9782375062036

Résumé de l’éditeur : Ethan lutte depuis des années pour rembourser des dettes et vit pauvrement dans un petit appartement décrépit. Un jour, à la laverie du coin, il rencontre Mike, un homme farouche habitué aux combats de rue. Peu après, alors qu’Ethan se décide à abandonner la vie, Mike frappe à sa porte, gravement blessé, avant de s’évanouir dans ses bras.

Blue Flag 5

Qu’est-ce qu’on aime cette série ! Drôle, inventive, juste sur l’adolescence et avec de multiples histoires d’amour : Blue Flag de Kaito est sympathique. Encore un volume réussi !

Après un tome 2 génial et un opus 4 formidable, Kaito revient avec un cinquième tome vraiment bon. La rédaction Comixtrip aime ce titre, ses personnages et ses intrigues qui apportent une fraicheur dans le monde du manga. ça ne se prend pas la tête, c’est toujours drôle, toujours positif et bienveillant. Et surtout, on passe toujours un excellent moment de lecture. A la fin de chaque tome, on est toujours triste de quitter cette belle bande d’amis et de se dire que l’on doit attendre la sortie d’un nouvel opus.

Dans ce cinquième volume, tout est chamboulé et les amis aussi. Ils sont tous amoureux – pas toujours heureux – et cela complique parfois leurs relations. Taichi – qui semblait attiré par Tôma – sort avec Futaba. Mais, il est aussi troublé par Mami, qui se rapproche de lui. Ces révélations vont-elle mettre à mal le petit groupe ?

Nous n’en dévoilerons pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture. Sachez que les rebondissements sont encore nombreux dans ce 5e tome. Le pauvre Taichi ne sait plus sur quel pied danser et c’est de nouveau ce qui apporte de l’humour à Blue Flag.

Blue Flag : si vous ne connaissez pas, précipitez-vous chez votre libraire pour découvrir ce petit bijou de manga. Sans trop en faire et sans artifice, il rafraichira votre bibliothèque.

  • Blue Flag, tome 5
  • Autrice : Kaito
  • Éditeur : Kurokawa
  • Prix : 12.99 €
  • Parution : 25 juin 2020
  • ISBN : 9782368529638

Résumé de l’éditeur : Fin, drôle et pudique, Blue Flag est une fenêtre sur la tolérance. En ce début d’automne, les nuits se teintent d’une couleur rouge garance. Taichi et Futaba commencent à sortir ensemble au début du deuxième trimestre, leur relation évolue petit à petit de l’amitié vers l’amour. Au même moment, Mami se rapproche de Taichi sans crier gare, et Futaba n’arrive pas à cacher son inquiétude. Comment va réagir Taichi, lui qui ne comprend pas les réelles intentions de Mami ? Chacun y mettra son grain de sel et cette nouvelle dynamique va perturber les relations de tout notre petit groupe. – Prix Jap’in Tarn 2019 (organisé par les médiathèques de Castres – Mazamet) – Nominé au Prix Konishi 2020 (récompensé la meilleure traduction française de mangas japonais)

Asana n’est pas hétéro

Auteur de manga, Asana Sakuma raconte sa vie d’homosexuel japonais dans Asana n’est pas hétéro, un album sympathique aux éditions Akata.

Après Le mari de mon frère, Our Colorful Days, Eclat(s) d’âme ou Mes yeux rivés sur toi, les éditions Akata poursuivent leur travail autour des thématiques LGBT avec Asana n’est pas hétéro de Sakuma Asana, une autobiographie dessinée agréable.

A travers une vingtaine de courts chapitres, le mangaka raconte sa vie de jeune homosexuel au Japon. Très didactique dans les premiers, cela peut ralentir la plongée dans l’album. Dans ces pages, il peut parfois tomber dans certains clichés, ce qui n’est pas des plus agréables. Asana Sakuma parle de son enfance, de son adolescence et de sa vie d’adulte.

Tous les questionnements sont mis sur la table, avec franchise, sans fard et avec beaucoup de recul. Faisant montre de beaucoup d’autodérision, Sakuma Asana brosse le portrait d’un jeune gay au pays du soleil levant. Si l’on peut dire qu’il n’a jamais trop connu les remarques et autres humiliations et que sa sexualité est bien acceptée par les gens qui l’entourent, il sait que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Ce petit guide est destiné forcément aux plus jeunes et adolescents.

C’est souvent drôle et c’est bienveillant. Le dessin en couleur joue sur les trames et autres attitudes kawaï.

  • Asana n’est pas hétéro
  • Auteur : Sakuma Asana
  • Éditeur : Akata
  • Prix : 12.99 €
  • Parution : 25 juin 2020
  • ISBN : 9782369748380

Résumé de l’éditeur : « Asana n’est pas hétéro », c’est un ouvrage tout en couleur, à mi-chemin entre manga et bande-dessinée. Prépubliées intégralement sur internet, comme un blog, les scènes quotidiennes de la vie d’Asana ont rencontré un tel succès qu’un éditeur a décidé d’en proposer une version intégrale en papier. Dans un Japon pas toujours très ouvert, ce jeune artiste livre, façon blog, ses annectodes quotidiennes sur la vie, l’amour, le travail… Avec humour et légèreté, il porte pourtant un regard très juste sur ses compatriotes… et lui-même ! N’attendez pas pour vous plonger dans cet ouvrage bourré d’humour et de joie de vivre, qui parle avec simplicité de tout ce qui fait la vie d’un individu…

Tes clopes m’ont laissé des cendres

Il a pas de bol Léo Féraille : il est rejeté par tout le monde. Antoine Paris imagine sa vie d’exclu dans Tes clopes m’ont laissé des cendres, un album édité par Fabulla.

Avec ses dents en bataille, son regard noir souligné par de grandes cernes et son quasi mutisme, Léo Ferraille n’aspire pas la joie de vivre ni n’inspire les autres pour lui parler. Au bar : rejeté. A la bibliothèque : rejeté. A Pôle Emploi : rejeté.

Pire, on le prend pour un voleur. Faut dire qu’avec son état physique, il fait peine à voir. Bourré de médicaments, il a l’air shooté. La justice n’hésite pas à l’envoyer en prison…

Après Peau d’encre, son conte pour adultes, Antoine Paris revient avec Tes clopes m’ont laissé des cendres, un album où le désenchantement se mêle à la fatalité. Le personnage principal, Léo Ferraille fait peine à voir. Le manque d’empathie des personnes qu’il croise nous le rend pourtant très sympathique.

Antoine Paris dévoile cette histoire par un découpage identique. Une double page composé toujours de la même manière : à gauche, une phrase cinglante, comme une sentence, envoyée à la face du héros et à droite, l’illustration pleine page de ce pauvre Léo.

Se plaint-il ? Jamais. L’entend-on ? Jamais. Souffre-t-il de ces rejets ? On ne le sait pas. Il encaisse et poursuit son bonhomme de chemin, sa bouche ouverte sur une dentition laissée à l’abandon.

Comme il l’explique, Antoine Paris a voulu rendre hommage aux artistes l’ayant influencé. Ainsi, l’album est dédié à Edward Gorey, Topor, Windsor Mac Cay, Hugo Pratt, Nicole Claveloux et autres Rimbaud.

  • Tes clopes m’ont laissé des cendres
  • Auteur : Antoine Paris
  • Éditeur : Fabulla
  • Prix : 10 €
  • Parution : novembre 2019
  • ISBN : 978-2490127061

Résumé de l’éditeur : Est-on dans la tête d’un fou ‘ Les sentences sont posées comme des plaques de marbre, fleuries par d’étranges dessins. Florilèges de manques d’empathie, venin qui brille comme un bijou, illustrations sans couleurs confrontés à la réalité comme des gladiateurs, radiateurs imaginaires, barrières de rails de coke, corrections bien méritées…

Octofight, tome 1

Après avoir passé 80 ans, il ne fait pas beau vieillir en France. Les petites vieilles et les petits vieux sont tout simplement euthanasiés. Stéphane et Nadège vont se rebeller contre cette pratique. Nicolas Junker et Chico Pacheco dévoilent Octofight, un album décalé, déjanté et très politique.

La France en 2050. Après plusieurs décennies, les idées du gaullisme extrême ont pris le dessus. Gouverné par Mohamed Maréchal-Le Pen, les politiques y sont nauséabondes. En premier lieu, une loi fut votée pour limiter les dépenses liées à l’autonomie des personnages âgées. Au-delà de 80 ans et si les personnes sont en fin de droits, elles sont euthanasiées. Pas d’échappatoire ! C’est pour le bien de la bourse de l’état et le bien de tous. Cela ne gêne en rien ni les politiciens, ni les enfants et parfois même ceux qui sont concernés.

Radié de sa mutuelle à cause d’une maladie liée au tabac, Stéphane Legoadec doit donc attendre la sentence irrévocable : la mort ! Son fils qui a porté la fameuse loi sur l’euthanasie est furieux. Dans un superbe excès de vie, le vieil homme décide de quitter son foyer. Si sa femme, Nadège, n’a pas perdu ses droits, elle veut l’accompagner. Au volant de leur voiture électrique, ils partent. Où ? Même eux ne le savent pas…

Octofight est une fable comme on n’en fait peu. Satire politique forte, ce premier tome (sur 3) nous ravit par la folie de son duo de personnages principal. Comme Nadège et Stéphane, les lecteurs sont emportés dans tourbillon. Sans vraiment savoir où ils vont, le couple nous émeut et l’on tombe en empathie pour eux. Leur sort funeste, ils n’en veulent pas. Ils veulent continuer à vivre.

Nicolas Juncker livre ainsi un magnifique message d’amour pour le 4e et le 5e âge. Couple uni depuis toujours, Nadège et Stéphane continuent de faire front commun malgré les obstacle et la police à leurs trousses. Ce conte d’anticipation est tellement criant de réalisme qu’il peut aussi glacer le sang au fil des pages. Le scénario de l’auteur du merveilleux Seules à Berlin est éminemment politique. Les extrêmes sont dépassées par l’extrême-centre, un gaullisme 2.0 surprenant. Même le petit-fils de la dynastie Le Pen se réclame de De Gaulle. Étonnant lorsque l’on sait que le Front National fut fondé par un mélange hybride d’anti-gaullistes, proche de l’OAS, qui mirent en place des attentats contre le général, d’anciens pétainistes et d’anciens SS.

Sans trop en dévoiler pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture, l’on peut dire que c’est ce qui nous plait dans Octofight, cette critique acerbe de la politique.

Ce road-movie se transforme en un combat surprenant dans la deuxième partie de ce premier volume (les 3 tomes paraitront en moins d’un an).

Pour accompagner au dessin, Nicolas Juncker, c’est Chico Pacheco qui réalise les planches. Les deux auteurs se connaissent bien puisqu’ils ont déjà œuvré sur Un jour sans Jésus, une série en six tomes chez Vents d’ouest. Le très bon dessin de l’Espagnol nous régal les yeux. Il est un très beau mélange entre le manga (regardez de près les scènes de combats), du comics et de la bande dessinée franco-belge.

Octofight : c’est fou, c’est hyper-rythmé, c’est drôle et c’est piquant !

  • Octofight, tome 1 : ô vieillesse ennemie
  • Scénariste : Nicolas Juncker
  • Dessinateur : Chico Pacheco
  • Éditeur : Glénat / Treize Etrange
  • Prix : 12.90 €
  • Parution : 17 juin 2020
  • ISBN : 9782749308609

Résumé de l’éditeur : Ils sont trop vieux pour ces conneries… 2050. La France, gouvernée par Mohamed-Maréchal Le Pen, est devenue un régime totalitaire où les valeurs du Gaullisme ont été poussées à l’extrême, rendant l’euthanasie obligatoire pour les plus de 80 ans en fin de droit. Radié de la sécu pour avoir été contrôlé positif à la nicotine et promis à la sentence administrative, Stéphane Legoadec n’a d’autre choix que de prendre la fuite en compagnie de sa femme Nadège. Sans ressource, ils trouvent refuge auprès des Néo-ruraux, une communauté en marge où les octogénaires en exil ont organisé leur retraite. Mais selon une contrepartie de taille : ne peuvent rester que ceux qui se distinguent lors de véritables affrontements de gladiateurs. À mains nues, avec ou sans dentier (de protection) ou en fauteuil roulant de combat, pour gagner, tous les coups sont permis. Même s’il vaut mieux viser les prothèses… Entre Les Vieux fourneaux et Last Man, Nicolas Juncker et Chico Pacheco nous livrent une fresque d’anticipation sociétale corrosive et jubilatoire sur le quatrième âge. Mais si ses protagonistes ne sont plus de première jeunesse, Octofight se veut une saga moderne, caractérisée par des ouvrages à forte pagination, en noir et blanc, une narration hybride entre l’efficacité du manga et l’expressivité de la BD franco-belge et un rythme de parution soutenu puisque la trilogie paraitra en moins d’un an ! Préparez-vous à un « page-turner » dont le rythme effréné va secouer vos rhumatismes et où déambulateurs, humour noir et baston sont au rendez-vous !