Sixtine, tome 3 : Le Salut du pirate

Après L’or des aztèques et Le chien des ombres, Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac poursuivent les aventures de Sixtine dans un troisième volume fort, angoissant et rythmé, Le Salut du pirate.

Alors qu’ils étaient poursuivit par le chien des ombres, Sixtine, Martin et Sophie ne veulent pas sortir de la pièce secrète du père de Sixtine où ils se sont cachés. Après quelques tensions, les trois amis poussent la porte et se retrouvent alors dans la maison de la première.

Sonia, la mère de Sixtine, est surprise du bazar chez elle. Après un peu de rangement, elle propose à Martin et Sophie de rester dormir. La soirée est très tendue entre eux. Pire, le lendemain, la jeune adolescente s’en prend à ses amis fantômes qui veillent sur elle. Elle est furieuse contre eux : ils ne lui ont jamais dit la vérité sur son père;  qu’il était aussi comme eux, un esprit. Elle les chasse alors de sa vie.

Dans ce troisième opus de la série, rien ne va plus pour l’héroïne de l’histoire… Sixtine est en colère contre ses amis et contre ses protecteurs, les fantômes. Frédéric Maupomé confronte son personnage de papier à l’adolescence, celle de l’affirmation de soi, de la quête d’identité et du rejet de l’autorité. On lui a caché la vérité et elle est énervée, cela se comprend. A fleur de peau, elle « dégage » les fantômes comme Martin et Sophie de sa vie. La solution a ses problèmes est-elle à chercher du côté de son grand-père, le libraire ?

Comme à son habitude dans ses publications, le scénariste de Supers malmène ses personnages principaux, ne les laissent pas s’endormir sur leurs lauriers. Ils les confrontent aux autres, à la dure réalité de la vie et c’est ce qui les fait grandir, plus ou moins facilement d’ailleurs. Cette quête d’identité, celle pour retrouver ses racines, Sixtine la prend de plein fouet. L’absence, celle du père, est forte dans cette série fantastique. L’absence – des parents dans Supers, des adultes dans Anuki – est un thème récurent chez Frédéric Maupomé. Il lui permet de mettre les enfants et les adolescents en face de problèmes parfois délicats mais jamais insurmontables.

Si l’on aime Sixtine, c’est aussi pour sa partie graphique. Aude Soleilhac est de plus en plus à l’aise avec cet univers. Ses personnages sont d’une belle modernité, emplis de vie. Il y a du mouvement dans ses planches et c’est très agréable. Les couleurs sont encore plus belles que dans les deux premiers opus de la série. Enfin, quel plaisir pour nos yeux en regardant les décors de l’album : là, des feuilles rougeoyantes, ici le mobilier chez la vieille dame, plus loin les rayonnages de la librairie.

Sixtine 3 : encore un beau volume, fort et délicat !

  • Sixtine, tome 3 : Le Salut du pirate
  • Scénariste : Frédéric Maupomé
  • Dessinatrice : Aude Soleilhac
  • Éditeur : La Gouttière
  • Prix : 13.70 €
  • Parution : 24 janvier 2020
  • ISBN : 9791092111989

Résumé de l’éditeur : Coincée dans la pièce secrète de son père, Sixtine découvre le monde des ombres, accompagnée de ses amis, Martin et Sophie. Mais la jeune fille est surtout concentrée sur les secrets qui se dévoilent à elle… Elle comprend que les pirates lui ont caché beaucoup de choses. En colère, elle ne veut plus les voir et , petit à petit, s’isole.

Lendemain de cuite avec Lucrèce

Les éditions 6 pieds sous terre dévoilent Lendemain de cuite avec Lucrèce, le nouvel album humoristico-philosophique de Denys Moreau, dans la collection Classiques du Monotrème.

Le réveil est difficile pour le héros de l’album. Après une soirée très alcoolisée, il découvre le livre de Lucrèce, De la nature des choses, sur la couette de son lit. Il ne sait pas pourquoi il a atterri là, ni à qui il appartient. Surprenant car il ne l’a jamais vraiment lu.

Tout marche de travers ce matin-là. Son chauffage est tombé en panne. Il décide alors de se recoucher et de se plonger la lecture de ce livre. Lui revient en mémoire l’étude de De rerum natura au lycée. Son professeur de philosophie présentait d’ailleurs l’auteur ainsi : « Dans ce livre, il y a tout ! Lucrèce est un esprit les plus brillants de son époque : à la lecture de ce texte, vous découvrirez qu’il n’a rien à envier aux scientifiques d’aujourd’hui. Et quel style ! ».

Après Spinoza, un kif compliqué, Denys Moreau poursuit sa plongée dans un nouvelle œuvre philosophique, celle de Lucrèce, De la nature des choses. Poète philosophe latin du Ier siècle avant notre ère, il est l’auteur d’un seul ouvrage en six partie De la nature des choses. Ce long poème décrit le monde selon les préceptes d’Epicure (tout ce qui existe est composé d’atomes invisibles, le souverain bien est le plaisir). Disciple de ce dernier, Lucrèce défend ses écrits avec ardeurs et fonde une école philosophique, l’épicurisme.

Denys Moreau s’empare de ce texte, le confronte à son narrateur, qui voit alors sa vie sous le prisme de Lucrèce. Le personnage suit des étapes de compréhension de lui-même par le prisme de l’auteur latin. Sous ses faux airs de comédie, tout y est documenté et tout y est savamment orchestré.

  • Classiques du Monotrème : Lendemain de cuite avec Lucrèce, Huis-clos matérialiste segmenté en a peu près six étapes
  • Auteur : Denys Moreau
  • Éditeur : 6 pieds sous terre
  • Prix : 10 €
  • Parution : 18 juin 2020
  • ISBN : 9782352121558

Résumé de l’éditeur : Ainsi s’ouvre le nouveau livre de Denys Moreau : un matin au réveil, une partie de la soirée précédente échappe à la mémoire du narrateur. Il est assailli par de terribles symptômes touchant aussi bien au corps qu’à l’esprit. dans son lit se trouve… Lucrèce. enfin métonymiquement, puisque c’est le texte De la nature des choses qui partage ses draps. Vous l’avez compris, notre conteur a la gueule de bois, confirmant ainsi le titre : Lendemain de cuite avec Lucrèce. Il nous emmène naviguer dans le texte philosophique (avec des vrais morceaux de Lucrèce dedans), slalomant entre les affres de son indisposition, et menant une enquête digne d’un épisode du commissaire Maigret. Si le suspense qui tend l’intrigue préserve entièrement le mystère, la chute relève d’une logique implacable.

Dans l’ombre de Don Giovanni

Qui était Lorenzo Da Ponte ? Un ecclésiastique ? Un écrivain pour Mozart ? Le fondateur du Metropolitan Opera ? Un peu de tout cela ! Pour découvrir la vie romanesque de cette homme multiple, Clément Baloup et Eddy Vaccaro se sont accordés pour créer Dans l’ombre de Don Giovanni, un très bel album La Boîte à Bulles.

A travers 96 pages enlevées, accrocheuses et intrigantes, Clément Baloup met en scène la vie des plus tumultueuses de Emanuele Conogliano, devenu plus tard Lorenzo Da Ponte. Recueilli dans un monastère de Venise, c’est le père supérieur qui lui donna ce nouveau nom. Il entre au séminaire et devient abbé. Le récit de l’auteur du merveilleux Mémoires de Viet Kieu est d’une belle intelligence et navigue entre plusieurs époque de sa vie, allant et venant dans une structure non chronologique. Les lecteurs suivent à un rythme effréné les aventures et les frasques de cet homme hors du commun.

Son premier fait de gloire, il l’obtient en écrivant le livret de Don Giovanni, l’opéra de Mozart. Se basant sur la vie de Casanova, son ami, il sublime la pièce de Molière. Il poursuit son chemin de librettiste avec d’autres récits qui donneront des opéras. Auparavant, il aura aussi écrit pour le même compositeur Les noces de Figaro. Il fit de même pour Salieri ou Soler.

Avant tout cela, Da Ponte aura été poète impérial pour Joseph II, empereur à Vienne. Puis après ses succès musicaux, il doit quitter l’Italie pour les États-Unis où il veut faire rayonner la culture italienne en Amérique et créa notamment le Metropolitan Opera.

Dans l’ombre de Don Giovanni : c’est fou, c’est beau, c’est enchanteur et c’est prenant. Pour accompagner le scénariste, Eddy Vaccaro réalise de superbes planches à l’aquarelle. L’auteur de Les gueules rouges, Mobutu dans l’espace et Les racines de la colère nous fait ressentir tout le tourbillon de la vie de Da Ponte, mais aussi les ambiances de toutes les villes qu’il traverse (Venise, New York, Londres, Vienne…).

  • Dans l’ombre de Don Giovanni
  • Scénariste : Clément Baloup
  • Dessinateur : Eddy Vaccaro
  • Éditeur : La Boîte à Bulles
  • Prix : 20 €
  • Parution : 29 mai 2020
  • ISBN : 9782849533659

Résumé de l’éditeur : New York 1810, Lorenzo Daponte, un vieux vénitien juif converti au catholicisme, émigré sans le sou, se met en tête de faire découvrir la culture italienne et l’opéra aux Américains. C’est ainsi que, dès 1826, grâce à Daponte et à la création du Metropolitan Opera, Mozart est devenu célèbre outre-Atlantique. Lorenzo, né Emanuele Conegliano, n’est rien moins que le librettiste des opéras Don Giovanni, Cosi fan tutte et Les noces de Figaro. Il a connu gloire puis disgrâce à Venise Vienne, avant d’émigrer à New York en passant par Londres. Et s’il est resté dans l’ombre du célèbre compositeur, il a pourtant marqué l’Histoire en se faisant le trait d’union entre le libertin Casanova, son mentor, le génial Mozart, son ami, et le créateur du Père Noël Clément C. Moore, son disciple et mécène. Un ouvrage remarquable sur cet homme de lettres à la destinée extraordinaire.

Köllwitz 1742

Les éditions Mosquito poursuivent leur travail de mémoire autour de l’œuvre de Sergio Toppi avec la publication de Köllwitz 1742, un très beau recueil en noir et blanc.

Après Colt Frontier, voici le nouvel album de Sergio Toppi aux éditions Mosquito. Au sommaire, quatre histoires courtes éditées entre 1977 et 1993.

  • Köllwitz 1742 (publié en 1977). Un général d’armée se révèle être un très bon meneur d’hommes. Grand seigneur, il ne fait pourtant pas partie du même monde que ses soldats qu’il envoie à la guerre. Quel est son secret ?
  • Tell El Aqqaqir (publié en 1977). En 1943 dans le désert, deux hommes se rendent auprès d’un char pulvérisé par la guerre. Ils commencent à récupérer des pièces de l’engin…
  • Cette chose qui chemine à mon coté (publié en 1980). Dans un petit village campagnard vietnamien, un jeune garçon raconte l’arrivée de soldats…
  • Nahim (publié en 1993). Une grand-mère et son petit-fils tentent de fuir la guerre, les bombardements et les soldats. Leur route est jonchée de corps et de ruines…

Pour ce recueil de quatre histoires courtes, la thématique centrale est la guerre. Celle des petites gens, celle qui ruine, qui tue et qui avale les personnalités. Même s’il y a un général, les héros sont des personnes du peuple, celles qui subissent et qui ne demandent rien que de pouvoir survivre.

Nous sommes toujours autant impressionnés par le dessin si beau de Sergio Toppi, décédé en 2012 à l’âge de 79 ans. Son trait en noir et blanc est d’une telle puissance qu’il fascine. Il possède un don extraordinaire pour les visages. Il suffit de prendre le temps de regarder les yeux et les expressions pour tomber sous le charme de ses héros de papier.

  • Köllwitz 1742
  • Auteur : Sergio Toppi
  • Éditeur : Mosquito
  • Prix : 14 €
  • Parution : 05 juin 2020
  • ISBN : 9782352835356

Résumé de l’éditeur :

Des champs de bataille du roi de Prusse à la guerre civile en Yougoslavie, quatre moments de folie meurtrière. Avec une pointe de fantastique, Toppi dénonce la bêtise sanglante de la guerre.

 

Chainsaw Man 1

Après la superbe série Fire Punch, Tatsuki Fujimoto dévoile le premier opus de Chainsaw Man, un manga fort, intelligent et sombre.

Denji est sans le sou. Son père s’est endetté jusqu’au cou auprès de caïds de la mafia. Obligé de rembourser, il lui arrive même de vendre ses organes. En attendant, il est Devil Hunter, un chasseur de démon. Pour accomplir ses missions, il est accompagné de Pochita, un chien croisé avec une tronçonneuse (à la place de la gueule). Le duo fusionnel semble bien fonctionner. Mais un jour dans un combat violent avec une créateur des ténèbres, le corps de Denji fusionne avec celui de son compagnon de route. Pochita est intégré à son thorax…

Prépublié dans la revue Weekly Shônen Jump depuis 2018 au Japon, Chainsaw Man est une excellente série. Âpre et sans concession, elle emmène le lecteur dans un univers des plus sombres. Le rythme est enlevé, allant à 100 à l’heure ! Pour l’instant, le lecteur a l’impression que Tatsuki Fujimoto en garde sous la semelle pour les volumes suivants, notamment avec ses deux nouveaux personnages. Les combats sont fous et graphiquement c’est une petite bombe. Le noir est angoissant et les hachures ajoutent une atmosphère tendue lors des joutes entre les Devil Hunter et les monstres.

  • Chainsaw Man, volume 1
  • Auteur : Tatsuki Fujimoto
  • Éditeur : Kazé, collection Shônen Up
  • Prix : 7.29 €
  • Parution : 11 mars 2020
  • ISBN : 9782820337825

Résumé de l’éditeur : Pour rembourser ses dettes, Denji, jeune homme dans la dèche la plus totale, est exploité en tant que Devil Hunter avec son chien-démon-tronçonneuse, “Pochita”. Mais suite à une cruelle trahison, il voit enfin une possibilité de se tirer des bas-fonds où il croupit ! Devenu surpuissant après sa fusion avec Pochita, Denji est recruté par une organisation et part à la chasse aux démons…

Le monstre et la bête

Kavo, monstre hideux, croise la route de Liam, un étrange libertin. Renji met en scène cette surprenante rencontre dans Le monstre et la bête, un sympathique yaoi aux éditions Taifu.

Conté comme cela, l’histoire ne semble pas très originale et pourtant cette version homo-érotique de la Belle et la Bête est très agréable à la lecture.

Renji joue de subtilité et d’enthousiasme pour entrainer son lectorat vers un monde fantastique où le corps de hommes est sublimé. Elle fait se croiser deux êtres diamétralement opposés, deux personnages de deux mondes tellement différents.

D’un côté, Liam, qui aime tous les plaisirs de la chaire. Il multiplie les partenaires hommes pour son plus grand bonheur. Sûr de lui, un peu vantard, ce quadragénaire/quinquagénaire pense qu’il est le plus beau et donc irrésistible.

De l’autre, Kavo, un monstre hideux, cornu et qui cache son visage derrière de très longs poils. Vivant dans la forêt, il n’a pas l’habitude de croiser des hommes mais semble pourtant gentil et bienveillant. Si sa grande carcasse est impressionnante, elle cache un être sensible. Il parvient à communiquer avec Liam et une drôle de relation se tisse entre eux…

Renji n’imagine pas vraiment un yaoi, mais plutôt un boy’s love, tout en retenue. Cette romance ambiguë est charmant et très réussie. Si l’histoire d’amour est au centre de Le monstre et la bête, la mangaka aborde aussi les thèmes de la différence, du rejet mais également la dualité des êtres. Les deux protagonistes sont très loin d’être manichéens.

  • Le monstre et la bête
  • Autrice : Renji
  • Éditeur : Taifu
  • Prix : 8.99 €
  • Parution : 29 mai 2020
  • ISBN : 9782375061893

Résumé de l’éditeur : Il était une fois, une forêt où résidaient de nombres créatures. Parmi elles, une bête nommée Kavo vivait dans la solitude. Un jour, alors que Liam se fait agresser au milieu des bois, la bête le sauve. S’attendant à le voir partir en courant et en hurlant, comme tant d’autres avant lui, il est étonné de découvrir que l’homme d’âge mûr n’a pas peur de lui et souhaite même le remercier de lui être venu en aide.

 

Cantine de minuit, volume 7

Chez Lézard Noir, on ne se lasse pas de la Cantine de minuit, de Yaro Abe. Ça tombe bien, nous non plus. La maison d’édition a publié en mars dernier le tome 7 de ce restaurant littéraire, où les petites histoires farfelues se mélangent au fumet appétissant des repas nocturnes.

Elle ne paye pas de mine cette cantine. Elle se tient coincée dans une ruelle du quartier de Shinjuku, à Tokyo. C’est un drôle d’endroit, ouvert de minuit à 7h du matin. Là-bas, la carte est simple : tonjiru, soupe miso au porc et saké, mais si l’envie vous en prend, on vous prépare à la demande tout ce equ’on est en mesure de vous servir.

Passer le battant, c’est comme s’offrir une parenthèse dans le temps. On y entre soit parce-qu’on a une irrépressible envie de myoga au vinaigre doux entre 1h et 4h du matin, soit parce-que le patron sait écouter, attentivement et respectueusement. Il zigzague doucement entre ses drôles d’habitués et ses clients passagers. Ils défilent, racontent leurs déboires autant que leurs émois. De belles surprises et d’étonnantes rencontres surgissent parfois. Le temps d’un repas, spectateurs que nous sommes, tout comme le patron, nous glissons dans un instant de leur vie.

Le trait est épuré, le style étonnamment simple. Tout à fait à l’image de cette lecture intemporelle.  Où les chapitres, d’une dizaine de pages chacun, se succèdent sans raccord. Parfois, de temps en temps, on retrouve les clients d’un tome précédent. Yaro Abe (Maladroit de naissance) continue de raconter avec finesse les scénettes qui agitent la gargote, comme de petits théâtres sauvages. Le volume se picore avec délice, comme on picorerait un encas de minuit.

C’est un épais ouvrage de 300 pages, que l’on ouvre et referme comme une gourmandise. Écrit par Yaro Abe, la traduction est réalisée par Miyako Slocombe. Le tome 7 est paru le 19 mars chez Lézard Noir. Bonne appétit à la Cantine de minuit.

  • La cantine de minuit, volume 7
  • Auteur : Yarô Abe
  • Editeur : Le lézard noir
  • Parution : 19 mars 2020
  • Prix : 18€
  • ISBN : 9782353481859

Résumé de l’éditeur : Dans ce petit restaurant situé au fond d’une ruelle du quartier de Shinjuku, le patron vous accueille de minuit à sept heures du matin pour servir des petits plats typiques du Japon qui réveilleront les papilles et les souvenirs du temps passé. Car ici, chaque plat est lié aux souvenirs d’un personnage : yakuza, stripteaseuse, boxer…

Bone parish #1

Et si notre corps calciné nous permettait de revivre dans un effet délirant d’une tierce personne qui nous aura consommé ? C’est en tout cas le trip proposé par cette nouvelle drogue qui sévit dans les rues sombres de la Nouvelle-Orléans. Appelée « la Cendre », cette substance est produite à partir de cadavres incinérés ! Autant dire que cette nouvelle dope attise de nombreux curieux ne serait-ce que pour la tester. Pour la goûter, il faut chercher Dante. Une fois trouvé, et que moult billets sont alignés, il a le bon sens de prévenir : cette drogue n’est pas comme les autres. Elle s’apprivoise. En prendre beaucoup, trop vite, et c’est l’enfer qui s’invitera dans le corps des consommateurs. Ainsi comment ce premier tome de Bone Parish.

Un poète à moitié célèbre, une porn star, ou encore un prétendu sorcier… Voici la liste de « courses » que doivent exhumer de leur dernière demeure Wade, Léon et consorts. C’est en brûlant ces cadavres que Brigitte pourra y extraire la cendre et produire la drogue tant convoitée. La chimiste est un des maillons de la chaîne familiale à la tête de ce réseau unique. Menée par Grace la matriarche, tous les membres de la famille Winters sont impliqués dans cette lugubre et prolifique opération.

Forte de ce succès, Grace doit faire face aux puissants vautours qui rôdent autour de sa marchandise. Doit-elle la vendre ou la protéger envers et contre tout ? Doit-elle en perdre le contrôle et risquer de se salir les mains ? Son choix aura inéluctablement des dommage collatéraux.

Lisez Bone Parish et vous y trouverez une histoire à réveiller les morts ! Habitué du genre, le scénariste américain Cullen Bunn imagine une nouvelle fiction horrifique à souhait. Bien que les ingrédients ne soient pas nouveaux (à quelques miles de la Nouvelle-Orléans, dans le Michigan, les junkies ont eux aussi une drogue tout aussi tonitruante dans ses hallucinations. Même si elle ne se compose pas de cendre de cadavres, elle est toute aussi dévastatrice. Elle est l’oeuvre de Bec, Daoust et Raffaele dans Spider), Bunn propose un premier tome d’un triptyque qui semble tenir la route.

Avec l’excellent binôme composé de Jonas Scharf et Alex Guimaraes au dessin et à la couleur, les nombreuses scènes de meurtre ou de délires psychotiques sont diablement réalistes.

Qui dit drogue, dit pouvoir et guerre des gangs. Bunn ne déroge pas à la règle. Du sang versé, il y en a et il va encore couler. Les deux ultimes tomes ne devraient pas aboutir sur un happy end…

  • Bone Parish #1
  • Scénariste : Cullen Bunn
  • Dessinateur : Jonas Scharf
  • Couleur : Alex Guimaraes
  • Éditeur : Delcourt
  • Prix : 14,95 €
  • Parution :  19 février 2020
  • ISBN : 978-2413016670

Résumé de l’éditeur : Une nouvelle drogue envahit les rues de la Nouvelle-Orléans. Une drogue manufacturée à partir de cendres de corps calcinés. Une véritable guerre s’engage pour le contrôle de la production et de la distribution car la demande explose… Mais pendant que les tensions montent, les utilisateurs de cette drogue se mettent à expérimenter de terrifiantes visions de personnes mortes, revenues à la vie grâce ou à cause d’eux et de leur addiction !

En flash, tome 1

Le quotidien d’une banlieue française ordinaire, c’est le sujet de la série En flash signée Oz et Bastien Sanchez. Plongée dans ce premier volume glaçant de réalisme.

Avec En flash, Oz et Bastien Sanchez proposent une grande fresque, une chronique sociale et urbaine dans une banlieue de la région parisienne. Au total, elle sera composée de cinq volumes ayant pour thème l’économie souterraine, le quotidien des habitants, le système judiciaire, le milieu hospitalier et le système éducatif. Pour cela, les deux auteurs ont imaginé des personnages « traversant » que l’on suivra au gré des différents tomes.

On est là, le premier opus met en scène le business florissant de Modi et Grégory dans leur cité. Le premier est une tête, il étudie les sciences politiques à l’université, tandis que le second – son ami d’enfance – est chargé du transport de la drogue. Mais, c’était sans compter sur les autres petites frappes du quartier, sur la prison ou sur la petite amie de Grégory. Tout cela n’est pas bon pour gérer au mieux leur trafic.

Ce premier tome d’En flash est glaçant de réalisme. Le récit d’Oz est d’une belle justesse. Le lecteur sent son œil aiguisé sur ces thématiques contemporaines. Il imagine plusieurs histoires en une, pour rythmer son récit, ce qui peut perdre parfois son lectorat. Le scénariste de la série Les cinq terres (avec Chauvel et Andoryss) pimente ce premier opus par une campagne électorale. Les tensions et les récupérations politiques sont donc aussi de mise.

En flash est mis en image par Bastien Sanchez dont c’est la première bande dessinée. Après une formation à l’ESMI de Bordeaux, une carrière dans le jeu vidéo, il débute dans le 9e art en colorisant des albums (Zlucops 8 & Krrrpk 2). Ses planches en noir et blanc et son trait anguleux fonctionnent bien pour cette saga.

  • En flash, tome 1/5 : On est là
  • Scénariste : Oz
  • Dessinateur : Bastien Sanchez
  • Éditeur : Delcourt, collection Hors Collection
  • Prix : 17.95 €
  • Parution : 04 mars 2020
  • ISBN : 9782756079851

Résumé de l’éditeur : Modi étudie les sciences politiques et gère les affaires familiales avec son pote Gregory. Samuel zone avec ses potes et sa copine. Bendiougou fait ce qu’il peut pour que son frère ne reproduise pas ses erreurs. Samir fait des petits boulots et tente de percer dans la musique. Peut-être qu’ailleurs, ce serait de braves types. Mais, ici, c’est la banlieue et ni papa, ni maman ne peuvent t’acheter un statut social ou un avenir.

 

L’existence relativement sordide de Martin Grospeiller

Les éditions Lapin dévoilent L’existence relativement sordide de Martin Grospeiller, un album de Lénaïc Vilain. Une bel album humoristique !

Célibataire vivant avec son chat, Martin Grospeiller n’est pas heureux dans sa vie sentimentale ni dans sa vie professionnelle. Il se prend râteau sur râteau lorsqu’il essaie de draguer des femmes. Il en est même rendu à acheter une poupée gonflable à taille humaine pour avoir un semblant de compagnie. Au boulot, il est quasi transparent aux yeux de ses collègues. Pourtant, il y met de la bonne volonté pour les aider. En vain. Pire, lorsqu’il part en vacances, il se sent désespérément seul et préfère rentrer.

Si les lecteurs pourraient le prendre en pitié, Martin n’est pourtant pas un mauvais bougre. Malgré ses déboires et désillusions, il est attachant. Pour conter ses mésaventures, Lénaïc Vilain n’hésite pas à le maltraiter pour faire rire. L’existence relativement sordide de Martin Grospeiller est en effet très drôle par son humour absurde, décalé et parfois très noir.

L’auteur de Bons baisers d’Iran chez Vraoum possède ce recul et cet humour qui lui permettent de publier des albums très sympathiques et drôles, comme Lu, vu, entendu, RAS ou Ainsi soient-ils. Avec L’existence relativement sordide de Martin Grospeiller, il confirme tout le bien que l’on pense de ses bandes dessinées.

  • L’existence relativement sordide de Martin Grospeiller
  • Auteur : Lenaïc Vilain
  • Editeur : Lapin
  • Parution : 13 janvier 2020
  • Prix : 12 €
  • ISBN : 9782377540624

Résumé de l’éditeur : Martin Grospeiller… C’est celui dont personne ne se rappelle du nom sur les vieilles photos de classe. C’est le mec à qui on ne sait pas quoi dire dans l’ascenseur. C’est le collègue qui met mal à l’aise lors des pots et des réunions. C’est le client dont on ne veut pas connaître l’historique internet. C’est aussi le genre de gars qui fait un peu flipper naturellement et qui a contribué au succès du mot « malaisant ». Un personnage où même si ce n ‘est que de la BD papier, on a l’impression qu’il pue un peu quand même Martin Grospeiller, c’est du Mister Bean français sexualisé à ne pas montrer aux enfants.

Crépuscule Velvet

Les éditions Sarbacane laissent carte blanche à Vittora Moretta pour son premier album intitulé Crépuscule Velvet. Un récit original et surprenant !

L’autrice italienne, Vittora Moretta, imagine un trip psychédélique avec Crépuscule Velvet. Pour cela, elle nous emmène dans les pas d’un trio de jeunes garçons se rendant dans un fête au milieu des bois. Liam a la chance de pouvoir rencontrer son actrice préférée Velvet dans cette party, grâce à un concours…

Le récit de la bédéaste est complètement fou, à l’image de cette fête déjantée. A travers 176 pages, Vittora Moretta livre une histoire folle, entre mauvais trips et absurdité. Pour Crépuscule Velvet, elle réalise des planches très pop et modernes.

Crépuscule Velvet : pour les amateurs de récits sur la jeunesse actuelle, celle des fêtes, des folies et de toutes les extravagances.

  • Crépuscule Velvet
  • Autrice : Vittora Moretta
  • Editeur : Sarbacane
  • Parution : 04 mars 2020
  • Prix : 24 €
  • ISBN : 9782377314003

Résumé de l’éditeur : Trois garçons se rendent à une fête indé-rock au milieu des bois, où Liam, le plus timide et romantique des trois, a gagné une rencontre avec la célèbre Velvet, actrice vamp irrésistible. À peine sont-ils arrivés cependant, que ça dégénère : Velvet se prend pour une panthère et entraîne Liam dans les bois, tandis que les deux autres sont plongés malgré eux dans un « trip » de plus en plus dangereux, qui pourrait bien mener à la catastrophe… Une aventure identitaire sous forme de délire acidulé, jouissif et éclatant !

Ganglion & Fils

Après Ô Pacifique, Olivier Pog et Cédrick Le Bihan sont de retour avec Ganglion & Fils, un récit drôle chez Fluide Glacial.

Plouzanec. L’entreprise Ganglion & Fils est au point mort. Et c’est le cas de le dire ! La boutique de pompes funèbres n’a quasiment plus de clients, faute de morts. Malo et Georges, les employés de M. Ganglion, n’ont plus de travail. L’ambiance est morose. L’entreprise est au bord de la faillite. D’ailleurs, on ne met plus d’essence dans le corbillard pour faire des économies. Mais la chance tourne, un mort fait surface. Ganglion & Fils reprend du service…

« Alléluia enfin un mort !!! »

Le duo breton est de retour avec une histoire à l’humour très noir. Après Ô Pacifique et Mulo, Pog et Le Bihan se penchent sur le sort d’une entreprise de pompes funèbres qui n’a plus le vent en poupe. La faute à des habitants qui meurent vieux à cause d’un micro-climat propice.

Si Ganglion & Fils nous a moins convaincu que leurs précédentes publications, nous avons quand même pris du plaisir à lire ce récit un peu fou et décalé. Olivier Pog a adapté le roman de Joël Egloff, Edmond Ganglion et Fils (Editions du Rocher, 1999). Un film fut aussi décliné de ce livre : Grand Froid avec Jean-Pierre Bacri.

Reste le très beau dessin de Cédrick Le Bihan. L’auteur de Lulu et son dragon ravit les yeux des lecteurs par une partie graphique tout en rondeur. L’ambiance humoristique et teintée de fantastique est bien servie par son trait chaleureux.

  • Ganglion & Fils
  • Scénariste : Olivier Pog, d’après le roman de Joël Egloff
  • Dessinateur : Cédrick Le Bihan
  • Éditeur : Fluide Glacial
  • Prix : 16.90 €
  • Parution : 04 mars 2020
  • ISBN : 9782378783273

Résumé de l’éditeur : À Plouzanec, au bout du bout de la Bretagne, les gens vivent vieux. Il paraît que c’est grâce au microclimat breton. Mais quand on a une entreprise de pompes funèbres, il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir. Si la grande faucheuse ne frappe pas…