Le collectif « Dis, Nana » lance son club de lectures mangas inclusif !

Il était une fois “Dis, Nana…”

Depuis le 4 janvier 2025, le collectif “Dis, Nana…” explore le large spectre du manga sous l’angle de l’écriture féminine. Ce groupement communautaire est né d’une volonté de mettre en lumière tout un pan indissociable du genre. À l’origine de ce projet : Chloé (complémentshojo), spécialiste shojo/josei et vidéaste qui traite du manga au féminin sur sa chaîne youtube. Julia Popek, chercheuse spécialisée dans l’histoire du manga féminin. Et Théo Pralinus, auteur et illustrateur, thésard sur le Yaoi.

 

Un rendez-vous immanquable !

Dis nana kira kira club

Ainsi, par le biais d’un rendez-vous trimestriel sur la chaîne Twitch de “Dis, Nana…” et aux côtés d’invité.es, de nombreuses thématiques sont abordées pour dépeindre la richesse du sujet initial. Telles que l’univers imaginaire féminin dans les mangas, le shojo manga en France, la sortie évènement du manga historique “Le poème du vent et des arbres” édité aux éditions Naban. Ou encore du shonen au féminin. Ce groupe s’est inscrit comme une rencontre indispensable et nécessaire à la visibilité de la sphère féminine du manga. Tout en créant un lieu où la parole des lecteurices est précieuse.

Chaîne twitch, “Dis, Nana…” : https://www.twitch.tv/disnanashojo

Le Kira Kira club

Dis nana kira kira club

Néanmoins, bien que nous observions une multiplication des espaces et événements centrés sur le manga en France, depuis les années 2000, ils sont en grande partie réalisés et ciblés pour un public masculin. Afin d’éviter l’isolement des lecteurices, il était important pour le collectif d’étendre ce rendez-vous à une rencontre régulière dans l’espace public au côté de la journaliste et animatrice spécialisée en manga Pauline Croquet et des membres du collectif. Le Kira Kira club a vu le jour avec ce souhait de créer un lieu de lecture et d’échange réel, par le prisme féminin et queer. Pour cela, il n’est pas nécessaire de disposer d’un niveau d’expertise pour légitimer sa place au sein de cette table. Afin de l’initier, le club a ouvert ses portes dans l’antre de la librairie du Renard doré à Paris.

Post instagram du lancement du Kira Kira club : https://www.instagram.com/p/DQm6BhdEfdh/

Le shonen : une affaire de lectrices ?

La table ronde a débuté par l’interrogation sur la possibilité ou non de parvenir à quantifier le lectorat féminin sur les mangas shonen (cible éditoriale japonaise à la destination d’un public de jeunes lecteurs). Et en effet, comme a pu le préciser Pauline Croquet, les lecteurs sont en majorité présents sur ce type de manga. Néanmoins, il est à nuancer. En creusant cette problématique, un constat est primordial de relever : les lectrices sont bien plus flexibles dans leur choix de lecture. Par exemple, grâce aux études en libre accès du SNE (syndicat national de l’édition) on découvre que les lectrices lisent de manière bien plus éclectique les bandes dessinées et les mangas.

Par cette problématique, cela a permis de faire émerger des premières réflexions et un début d’échange. On peut de cette manière réaliser une nouvelle observation commune : le shonen est une cible qui a été forgée par ses lectrices et qui a pu d’une certaine manière façonner le départ du parcours de lecteurices. Il était aussi relevé qu’en important un système éditorial diamétralement différent à celui qu’on a en France, ce dernier a été incompris et codifié à nouveau. Plus qu’une volonté de transposer ce système, il est devenu un abus de langage et un reflet très éloigné du paysage du manga au Japon. En conséquence, ces actions ont créé des nouvelles classifications du manga shojo japonais; imprégné de profonds préjugés sur ces cibles et une confusion pour retrouver ces titres. Et en particulier, l’acte de catégorisation exclut de manière indirecte tout un public que sont les lectrices.

Alors de quelle manière un lectorat se réapproprie et façonne tout un “genre” ?

Les pratiques de créations communautaires en ligne

Pour cela, le club s’intéresse à l’émergence des sites web et forums dans les années 2000 à 2010, en particulier, à l’essor des pratiques créatives en ligne par les passionnés. Les fans fiction, fanzine, dôjinshi (publication indépendante équivalente des productions de fanzines en France).  Pauline Croquet, au cours de ses recherches sur « Naruto » et la place des communautés dans le monde du manga, constate un premier exemple du grand nombre de dojinshi centré sur l’univers du manga de Masashi Kishimoto. Théo Pralinus ajoutera aussi la place importante des fans fictions dans les espaces en ligne tels que les forums, blogs et les sites web de fans. À titre personnel, étant à cette période très présent sur Tumblr (plateforme mélangeant microblogging et réseau social), la plateforme permettait de (re)découvrir des œuvres par ces créations. Notamment celle de la sphère des mangas de sport où les fans arts et fan fictions étaient foisonnantes. « Slam Dunk », « Kuroko’s basket », « Naruto », « Haikyuu ». Ils sont autant de mangas dont les usages communautaires, très souvent mégenrés, sont des exemples concrets de malléabilité des lectures et de la curiosité naturelle des lectrices.

黒子のバスケ – 角砂糖とアメリカン Kuroko’s Basketball – Sugar Cubes and American
© by John TARASUMI

De ce fait, les créations, communautaire et amateur, contribuent de manière considérable à la vie d’un manga. En plus d’illustrer une forme d’expression personnelle de l’appréciation que nous avons d’un personnage ou d’un univers.

Les shonen en dehors du shonen

La dernière partie de cette rencontre s’est focalisée sur deux aspects : la place des autrices dans les mangas shonen et celle réalisant des mangas shojo, josei ayant des influences. À cet instant, les participant-es évoquaient des lectures qui leur étaient familières et dont on retrouvait cette influence. De « Jujutsu kaisen » à « Blue Exorcist », « Gokusen » à « Yona princesse de l’aube », « Black Butter » à « Tokyo Revengers », « L’académie Alice » à « My hero academia ». Les propositions des titres que nous apprécions illustrent comment chaque cibles s’inspirent mutuellement et dont parfois leur complémentarité offre de nouvelles perspectives de lectures. Et démontre, d’une certaine manière, comment la catégorisation restreint cette diversité.

L’accueil bienveillant, la différence et la complémentarité des intervenan-tes, ainsi que la participation des personnes présentes a offert des analyses et discussions passionnantes. Un espace d’échanges à la fois accessible à toustes et enrichissant où on se sent à sa place. La prochaine session du club n’a pas encore été transmise par les animateurices, mais vous pouvez retrouver le collectif sur twitch et ses membres sur leurs différents réseaux.

Merci à Julia Popek, Théo Pralinus, Chloé, Pauline Croquet et Noure de la librairie du Renard doré. Ainsi qu’à l’ensemble des participan-tes de cette première rencontre au Kira Kira club !

Article posté le mardi 18 novembre 2025 par Piai

À propos de l'auteur de cet article

Piai

"Ce que j'adore en bande dessinée, c'est le dialogue qui naît entre l'œuvre et les lecteurices". C'est ainsi que depuis plusieurs années, j'apprécie autant partager mes expériences de lectures, que découvrir celles des autres.

En savoir