Ce dimanche 6 juillet, lors de la Japan Expo 2025, l’ACBD révèle le titre retenu comme manga de l’année par le comité Asie. Dans une liste composée d’excellentes réalisations (en toute objectivité livresque), le lauréat champion ne surprendra personne, pas même les néophytes du genre : Tokyo, ces jours-ci, de Taiyô Matsumoto. Comixtrip vous présente le lauréat du prix ACBD Asie et ses 4 acolytes.
Les Guerres invisibles par Marina Lisa Komiya aux éditions Casterman
Les guerres invisibles est un titre à ne pas manquer. Dans le Japon d’après-guerre en 1948, les exilés tentent de retrouver leurs proches, les soldats américains s’installent dans les camps militaires, la population nippone tente de reconstruire par-dessus les cendres. La guerre est finie, mais pour certains, une autre continue de faire rage.
Yoriko et Haru sont amantes et se cherchent après avoir été séparées par le conflit. Elles tentent de survivre, parfois au prix de leur corps. Arthur Jirô Hashimoto est nippo-américain, discriminé aux États-Unis pour ses traits asiatiques, discriminé au Japon pour se tenir dans les rangs de l’ennemi. Scott Charles O’Connor est homosexuel et soldat, déployé au Japon, poussé par ses camarades à fréquenter des prostituées japonaises. Ces quatre héros se croisent, tendent une main vers l’autre, se raccrochant à la lumière d’espoir qui pourrait les tirer de ce monde qui ne veut pas d’eux pour ce qu’ils sont.
Les guerres invisibles est un manga percutant dans un style raffiné. Parfois cru, parfois plein de métaphores, Marina Lisa Komiya, auteurice nippo-américain.e, emmène le lecteur sur un chemin chaotique rarement parcouru avec beaucoup d’élégance graphique, de subtilité scénaristique et d’audace créatrice.
The Song about Green par Gao Yan aux édition Casterman

The Song about Green est au choix : la romance de l’été ou votre prochaine playlist musicale.
Autrice taïwanaise au regard tourné vers le Japon, Gao Yan raconte l’amour d’une jeune femme pour la musique de Haruomi Hosono et comment cet amour la mène à rencontrer Nanjun, jeune musicien tentant de se professionnaliser.
Derrière ce scénario à l’eau de rose, non moins classique, se cache une autrice à la sensibilité unique. En deux tomes, Gao Yan déploie mille et une façons de vivre, ressentir et exprimer la mélancolie, la paix, l’anxiété, le doute. L’autrice manipule l’art du silence avec une finesse sans égale et celle des expressions faciales avec un subtilité envoûtante.
The song about Green ne raconte pas comment la romance se finit bien, mais comment une jeune femme grandit, et à travers une passion, entre doucement dans l’âge adulte.
Les Nations du Soleil sanglant par Ikka Matsuki aux éditions Akata

Les Nations du Soleil sanglant est un récit post-civilisation. Le Japon est désormais divisé en 3 nations que certains tentent de réunifier. Au sein d’un fonctionnement féodal, les seigneurs habitent les buildings. Les batailles se tiennent sur les anciennes autoroutes. Un jeune régisseur agricole de 15 ans en quête de vengeance tente de se joindre à la bataille de la réunification.
Ikka Matsuki dépeint un univers riche en détails. Il rebat totalement les cartes de notre société contemporaine sans pour autant nous la rendre étrangère. Si la quête du fermier visant le sommet de l’état – indéniable « trope » de la quête initiatique – ne suscite aucun sentiment de nouveauté, la dynamique du récit réveille un appétit vorace pour la stratégie militaire et les manigances. La consistance des personnages embarque le lecteur de force dans un récit d’envergure. Les Nations du Soleil sanglant se présente comme une série enthousiasmante et sombre. Comme une bonne quête de reconstruction du monde réaliste en somme…
Losers par Kôji Yoshimoto aux éditions Akata

L’histoire des mangas vous intéresse ? Losers est écrit pour vous !
Kôji Yoshimoto relate, dans une version romancée, l’histoire du magazine qui a donné naissance au genre Seinen : le magazine Manga Action.
En 1965, le Japon considère encore le manga comme un loisir pour enfant. Cependant, il y a du changement dans l’air et un éditeur en quête de nouveauté l’a bien compris. Il s’agit de Fumito « Bunjin » Shimizu, rédacteur en chef du magazine Manga Story. Au détour d’une poubelle de bureau, il saisit un essai dessiné très loin de la perfection. Mais la couverture le subjugue. Elle est dessinée par celui qui sera plus tard connu sous le nom de « Monkey Punch »… Le destin vient de prendre un tournant.
Dans un récit fluide comme un ruisseau, Kôji Yoshimoto rend accessible une histoire connue seulement des mordus du manga. L’auteur nous rend les acteurs de ce récit, bien réels, franchement sympathiques. Le lecteur partage au moins une chose avec eux et pas des moindres : la passion des bonnes histoires. Ainsi, Kôji Yoshimoto dépeint la bonne histoire d’un magazine de bonnes histoires dans une bonne histoire. La boucle est bouclée.
Tokyo, ces jours-ci de Taiyô Matsumoto, aux éditions Kana

Tokyo, ces jours-ci aussi, s’inscrit dans l’histoire réelle de l’édition. Ici, c’est l’incontournable auteur Taiyô Matsumoto qui raconte l’histoire – dans une version fictionnelle – de son propre premier éditeur.
Voici le récit d’un amoureux des mangas. Un éditeur passionné mais fatigué, qui tente de tourner la page et de passer à autre chose. Mais on ne se débarrasse pas si facilement d’une passion. Elle s’accroche à vous, vous tient au corps, au cœur, revient à la charge à la moindre inadvertance. Alors l’éditeur sillonne des routes encore inconnues et commence, pas à pas, à construire sa propre maison d’édition…
Sous le trait reconnaissable entre mille de Taiyô Matsumoto, l’auteur s’exprime pour la première fois dans un environnement purement réaliste. Laissant la fantasy des girafes en bermuda et la violence des gamins caïds au placard, il rend hommage à un collègue inestimable. Plus qu’un hommage, l’auteur touche à la sensibilité des créateurs et de celles et ceux qui vouent leur vie à les mettre en lumière.
C’est donc ce titre qui remporte les suffrages des membres de l’ACBD. Chez Comixtrip – qui en toute transparence, ne compte pas moins de cinq membres de l’ACBD – nous vous conseillons de lire chacun de ses titres. Partagez-nous votre propre lauréat via nos réseaux sociaux.
À propos de l'auteur de cet article
Marie Lonni
"C'est fou ce qu'on peut raconter avec un dessin". Voilà comment les arts graphiques ont englouti Marie. Depuis, elle revient de temps en temps nous parler de ses lectures, surtout quand ils viennent du pays du soleil levant. En espérant vous faire découvrir des petites pépites à savourer ou à dévorer tout cru !
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