Avant le phénomène Scott Pilgrim, Bryan Lee O’Malley avait commencé sa carrière en narrant l’aventure de Raleigh dans A la Dérive. Le titre est enfin mis à disposition du lectorat français, par la maison d’édition HiComics. Le lecteur accompagne, dans ce récit, Raleigh, jeune femme à la sortie de l’adolescence tout au long d’un road-trip direction le Canada.
Des tours et des détours

« Ça se bouscule dans ma tête et je n’ai pas grand chose à faire, alors je vais tout laisser sortir, comme ça vient, et ensuite, peut-être que ça commencera à avoir une certaine logique. »
C’est comme ça que démarre A la Dérive. Raleigh est déjà dans une voiture au moteur allumé, avec trois vagues connaissances du lycée. Tous reviennent sur les terres de leur enfance, le Canada. Le récit s’appliquera alors à suivre la même forme que les pensées de la protagoniste. Une forme décousue, qui rebondit d’endroits en endroits, mais qui retombe pourtant habilement sur ses pattes.
Personnage sans âme
Petit à petit, alors qu’elle se perd dans ses pensées, Raleigh nous en dévoile plus sur elle. Son rapport à sa famille, ce qu’elle fait dans cette voiture, et ce qui serait arrivé pour qu’elle perde son âme. Parce que qu’est-ce que serait un récit de Bryan Lee O’Malley sans ce genre de croyances saugrenues que peuvent avoir ses personnages ? Au rythme que Raleigh se donne pour se découvrir elle-même, le lecteur l’accompagne dans son processus. On se plait alors à découvrir un récit qui s’inspire des rares coïncidences de nos propres vies, dans ces moments d’égarement tandis que les étoiles s’alignent petit à petit en silence pour nous dévoiler un certain sens, à un moment donné.
L’avant Scott Pilgrim

Pour les grands amateurs de l’œuvre culte de l’auteur, on retrouve le style déjà bien marqué de l’illustrateur O’Malley, mais surtout les prémices de l’écrivain O’Malley. À gauche un détail d’une planche de A la Dérive, et à droite un détail d’une planche du premier tome de Scott Pilgrim. Le cadre est plus resserré, évidemment puisque tenant dans un seul album, mais on repère cependant des caractères similaires à ceux de son œuvre future et des poses de personnages similaires. En revanche, ses yeux très ronds et expressifs présents dans l’œuvre la plus récente ne sont pas présents dans son premier travail. Il en résulte, pour les plus intéressés, une comparaison intéressante à faire entre deux récits pourtant réalisés à seulement une année d’écart (2003 pour A la dérive, 2004 pour le début de Scott Pilgrim).
Une œuvre entière
Il y a quelque chose de poétique dans la façon dont Bryan Lee O’Malley construit ici son histoire. Ses personnages se font plus attachants au fur et à mesure que la voiture roule, au rythme de nos découvertes sur eux. C’est avec une sincère et touchante tendresse qu’il nous conte une partie de la vie de Raleigh qui se dirige lentement vers les responsabilités d’une vie plus adulte, et une compréhension un peu plus mature de la vie que hier. A la Dérive est, pour conclure, une réussite grâce à la sincérité de son auteur, notamment quant à ses personnages.

- A la dérive
- Auteur : Bryan Lee O’Malley
- Traduction : Nadège Gayon-Debonnet
- Éditeur : HiComics
- Collection : HiGraphics
- Prix : 24.95€
- Sortie : 07 janvier 2026
- Pagination : 192 pages
- ISBN : 9782378874308
Résumé de l’éditeur : Parfois, se perdre devient le seul moyen de se trouver
Raleigh, 18 ans, est persuadée qu’on a volé son âme… et que celle-ci est cachée dans un chat ! En tout cas, c’est ce qu’elle raconte. Enfin, c’est ce qu’elle raconterait si elle s’ouvrait un peu aux autres. Mais alors comment se retrouve-t-elle embarquée dans un road trip vers le Canada avec trois copains de lycée qu’elle connaît à peine ?
Découvrez le tout premier roman graphique de Bryan Lee O’Malley, l’auteur de Scott Pilgrim, qui nous propose un voyage intérieur où se mélangent douceur et amertume.
À propos de l'auteur de cet article
Hippolyte Girier
Il est né en même temps que le Printemps, il ne jure que par le Hawkeye de Matt Fraction et le Grand Vide de Léa Murawiec. Il croit dur comme fer à la prise de pouvoir artistique de Zoé Thorogood, autant qu'il renie l'existence de roman graphique. Bref, cet article vous est offert avec plaisir, mais surtout par Hippolyte Girier.
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