Alvin

Gaston se morfond ; il est inconsolable depuis la mort de son compagnon de voyage Abélard. Pourtant son existence va être bouleversée par l’arrivée inopinée dans sa vie d’Alvin, un petit garçon tout juste orphelin. Agréablement surpris par le succès de Abélard, Régis Hautière et Renaud Dillies proposent une suite à cette belle série, Alvin édité par Dargaud.

 POÉSIE ET DURETÉ DE LA VIE

Disons-le tout de suite, le lecteur peut tout à fait comprendre Alvin sans avoir lu la série Abélard. Entre poésie et dureté de la vie, Régis Hautière a réussi son pari ; il dévoile un formidable, excellent et passionnant premier tome de la série, L’héritage d’Abélard. L’univers qu’il avait imaginé lors de la série-mère, il le développe encore un peu plus dans cet excellent opus du diptyque. Sous ses faux airs d’album jeunesse (c’est la partie graphique faite d’animaux qui veut cela), les adolescents et les adultes apprécieront d’ailleurs beaucoup plus le récit.

 UNE ODE A L’AMITIÉ

Habitué aux succès grâce à des récits polar (Périco), de science-fiction (Aquablue) ou thriller (Contraires), le scénariste prouve encore une fois son grand talent de conteur. Il dévoile une histoire où les thématiques variées et fortes intéressantes émaillent l’album : l’enfance brisée, la perte d’un être cher, le souvenir et la nostalgie, la solitude ou l’ostracisme mais aussi l’entraide. Tout cela flirte avec l’arrivée d’un enfant dans une vie peu stable. Ode à l’amitié, ce récit simple entre ombre et clarté mise sur des personnages anthropomorphes très réussis et à la psychologie complexe : deux êtres dont la vie est brisée en plusieurs morceaux, qui essaient de s’apprivoiser, se reconstruire malgré leur passé si lourd.

 DEUX FORTES TÊTES

D’un côté, Gaston, ours bourru, solitaire, qui travaille sur les poutres de chantiers de buildings à des centaines de mètres du sol et qui dilapide son salaire chez Georges, un café miteux où les prostituées ont leurs habitudes. Parmi elles, Purity, est celle qu’il fréquente le plus souvent. Cette femme laisse derrière elle, Alvin, lorsqu’elle décède. Le petit garçon, laissé en garde dans une famille d’accueil doit partager la vie de Gaston qui avait fait le serment à sa mère de ne jamais l’envoyer à l’assistance publique. De l’autre, forte tête, colérique et avec un sens de la répartie, Alvin doit composer avec son nouveau compagnon.

 UN DESSIN PRÉCIS ET POÉTIQUE

Découvert  grâce à l’excellent album Saveur Coco (Dargaud), Renaud Dillies envoûte le lecteur par son dessin précis et ô combien poétique. Les animaux zoomorphes, il sait admirablement bien les dessiner. Le talentueux dessinateur sait jouer avec un découpage original, fait de moments de silence bienvenus.
Alvin : un petit bijou narratif et graphique, porté par deux personnalités torturées et tourmentées.

Article posté le mardi 23 juin 2015 par Damien Canteau

  • Alvin, tome 1/2 : L’héritage d’Abélard
  • Scénariste : Régis Hautière
  • Dessinateur : Renaud Dillies
  • Editeur: Dargaud
  • Prix: 13,99€
  • Sortie: 12 juin 2015

Résumé de l’éditeur : Régis Hautière et Renaud Dillies signent la suite d’Abélard avec le nouveau diptyque Alvin. Son ami disparu, l’ours mal léché Gaston traîne son désespoir à New York. Mais rien à faire ! Son karma doit être d’aider les petits êtres aux mille questions ! Alvin, un jeune orphelin revêche, profitera de sa belle âme. Les voilà sur les routes, accompagnés, pour ne rien arranger, d’un prédicateur fou !

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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