Victor Hugo, la bouche d’ombre

Rodolphe et Olivier Roman sont à nouveau réunis pour nous raconter une tranche de vie de l’écrivain Victor Hugo en exil à Jersey. Quand le poète en deuil faisait tourner les tables…

Victor Hugo, la bouche d'ombre de Rodolphe et Olivier Roman (éditions Anspach)

Un poète en exil

Il fallait oser ! S’attaquer à un monument national tel que Victor Hugo tient assurément de la gageure. Mais évoquer une tranche de vie de celui qui eut dit-on plus d’un million de parisiens pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure est dans doute plus simple. C’est le parti pris qu’a choisi un tandem bien connu dans la bande dessinée, le scénariste Rodolphe et le dessinateur Olivier Roman.

Sobrement intitulé Victor Hugo et sous-titré La Bouche d’ombre, en référence à un célèbre poème, cet album a pour décor l’île anglo-normande de Jersey où ce dernier vécut en exil de 1852 à 1855. Un épisode qui intervient à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851, perpétré par Louis-Napoléon Bonaparte. Le poète est proscrit. Durant cette période il écrira certaines de ses œuvres majeures, parmi lesquelles Les Châtiments et Les Misérables. Il s’adonnera aussi au spiritisme, en vogue à l’époque…

Victor Hugo, la bouche d'ombre de Rodolphe et Olivier Roman (éditions Anspach)

Un drame intime

Mais au-delà, c’est aussi un drame intime que vit le poète. Dix ans plus tôt, il a appris la mort de sa fille Léopoldine, noyée dans la Seine lors d’une promenade sur le fleuve. Une disparition tragique à laquelle l’homme de lettres ne peut se résoudre. Le spiritisme, l’appel aux esprits, le mysticisme deviennent ses seuls recours.

A cet épisode documenté, point de départ de l’album, les auteurs ont ajouté une part de fiction avec la création du personnage d’Herbert Salliès, un jeune admirateur venu à la rencontre du maître sur son île. Avec lui, il participe à quelques séances au cours desquelles on fait tourner les tables et guéridons…

Victor Hugo, la bouche d'ombre de Rodolphe et Olivier Roman (éditions Anspach)

 

« Esprit, es-tu présent ? »

C’est un Hugo brisé par le chagrin, comme halluciné, que Rodolphe et Roman restituent dans ce one shot. Un Hugo qui croit aux forces de l’esprit. En convoquant les ombres, il croit parler aussi bien à sa fille disparue qu’à Shakespeare, Galilée, à l’Océan lui-même.

La ligne claire et précise d’Olivier Roman nous livre de belles planches où s’expriment la fureur des océans et des visages tourmentés où dominent les verts et les bleus.

Familier des adaptations littéraires, Rodolphe y ajoute sa patte de scénariste aguerri, jonglant entre la rigueur documentaire et la puissance de la fiction. Un album à découvrir, ne serait-ce que pour relire encore et encore quelques-uns des plus beaux poèmes de la langue française…

Article posté le jeudi 21 mai 2026 par Jean-Michel Gouin

Victor Hugo, la bouche d'ombre de Rodolphe et Olivier Roman (éditions Anspach)
  • Victor Hugo, la bouche d’ombre
  • Scénariste : Rodolphe
  • Dessinateur : Olivier Roman
  • Editeur : Anspach
  • Prix : 15, 50 €
  • Parution : mars 2026
  • Nombre de pages : 48
  • ISBN : 9782931105542

Résumé de l’éditeur. Septembre 1843. En feuilletant distraitement un journal, Victor Hugo apprend la mort tragique de sa fille Léopoldine, noyée dans la Seine avec son mari. Le choc est tel qu’il s’enferme dans un silence de dix ans. En 1853, proscrit par Napoléon III, Hugo s’exile sur l’île de Jersey, avec sa famille et ses fidèles. C’est là, dans l’exil et l’isolement, que commence La Bouche d’ombre. Le poète y reçoit la visite d’un jeune admirateur, Herbert Salliès, qui découvre un homme brisé par le chagrin, presque halluciné. Sous l’influence de Delphine de Girardin, Hugo s’adonne au spiritisme : les tables parlent, les voix répondent, les morts semblent revenir.
Léopoldine, Shakespeare, Galilée, l’Océan lui-même : les esprits deviennent pour Hugo un nouveau langage, un dialogue entre ciel et terre. Entre mysticisme, deuil et quête de rédemption, Victor Hugo – La Bouche d’ombre retrace la métamorphose d’un homme brisé en mystique visionnaire. C’est aussi un portrait sensible de la création artistique, de la douleur transfigurée en poésie, et d’un siècle où science, religion et littérature s’affrontent à la frontière de l’invisible.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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