Je ne veux pas travailler

Trouver du travail grâce à une émission de télé-réalité, voilà la nouvelle expérience que tente Édith. Si tous les candidats semblent motivés, la jeune femme ne sait plus où elle en est. L’autrice allemande Nele Jongeling imagine son histoire dans Je ne veux pas travailler. Un livre qui dénonce la méritocratie et les logiques individualistes dans la recherche d’emploi.

Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling (éditions L'employé.e du moi)

Projet Job de rêve : la télé au secours du chômage

L’agence fédérale pour l’emploi veut innover dans le domaine de la recherche du travail pour les chômeurs. Elle a décidé de mettre en place un nouveau projet : Job de rêve. Il consiste à filmer les chercheurs d’emplois par la télévision.

A la tête de l’émission : Cornelia Freude, docteure en sciences commerciales et journaliste économique. Ce programme a été conçu avec Britta Meyer, cheffe de projet à l’agence fédérale pour l’emploi.

L’équipe de Cornelia s’installe donc dans les locaux de l’agence afin de tourner pendant deux semaines avec les candidat.e.s.

Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling (éditions L'employé.e du moi)

Edith ou le mythe de la réussite à tout prix

Édith Feder est l’une des cinq candidatures retenues pour participer à Job de rêve. Depuis un certain temps, la jeune femme ne sait plus trop où elle en est de sa recherche de travail. Allant de déboires en désillusions, ce nouveau projet pourrait vraisemblablement lui permettre d’atteindre son objectif.

Mais Édith, contrairement aux quatre autres candidat.e.s, n’a pas l’air d’accrocher à ces défis filmés…

Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling (éditions L'employé.e du moi)

Je ne veux pas travailler : trouver sa place

Avec Je ne veux pas travailler, Nele Jongeling imagine avec un belle justesse les affres de la recherche d’emploi. Des chômeuses et des chômeurs prêts à tout pour trouver un travail, y compris de se mettre en scène à la télévision.

Si cela ne pose aucun problème à certain.e.s – la notoriété pousse leurs limites – Édith ne semble pas faite pour cela.

Trouver sa place dans la société passe inévitablement par un travail. Ce mythe qui consiste à dire que l’on ne peut pas être “quelqu’un”, on ne peut “être utile” que si l’on travaille. On ne peut pas être oisif, ni se chercher dans une société si concurrentielle.

Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling (éditions L'employé.e du moi)

Télé et chômage font-ils bon ménage ?

Telle une télé-réalité, Projet Job de rêve pousse à se dépasser, le tout sous l’œil inquisiteur de la télévision. A la clef, un travail. Alors toutes et tous font ce qu’on leur demande : des défis, toujours avec le sourire. ça fait une belle image et ça inciterait les autres chômeurs à se bouger.

Nele Jongeling écrit donc à rebours de notre société actuelle. En fustigeant la performance et la méritocratie, elle dresse sa vision idéale en négatif : revenir à l’humain dans l’accompagnement des chercheuses et des chercheurs de travail.

Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling (éditions L'employé.e du moi)

Je ne veux pas travailler : méritocratie, libéralisme et performance

Dans Je ne veux pas travailler, le travail ne sert avant tout qu’à s’épanouir, se sentir bien. Il serait constitutif exclusif de notre bien-être.

Être méritant par ses efforts amènerait automatiquement à du mieux, donc un travail. La méritocratie, concept bourgeois-libéral, ne fonctionne pas. Il a été dévoyé depuis belle lurette.

Alors reste Édith, grande femme qui se liquéfie, ses bras et ses jambes en chewing-gum. Elle ne sait pas, elle ne veut pas ; son corps mou parle pour elle. Il y a de l’humour dans cet album.

Pour son deuxième album aux éditions L’employé.e du moi après Emil.ia, Nele Jongeling réussit à nous faire réfléchir à des concepts modernes comme l’accomplissement personnel, au cheminement intellectuel de chacun.e ou encore à notre rapport à l’image projetée vers les autres. Un joli moment de lecture !

Article posté le samedi 23 mai 2026 par Damien Canteau

Je ne veux pas travailler de Nele Jongeling (éditions L'employé.e du moi)
  • Je ne veux pas travailler
  • Autrice : Nele Jongeling
  • Traduction : Nelle Cernero
  • Editeur : L’employé.e du moi
  • Prix : 28 €
  • Parution : 07 mai 2026
  • Nombre de pages : 304 pages
  • ISBN : 9782390041597

Résumé de l’éditeur : Depuis la fin de ses études, Edith est à la recherche d’un emploi. Mais si elle ne trouve pas, c’est peut-être parce qu’au fond, elle n’a pas vraiment envie de travailler. Pour sortir de cette impasse, elle décide malgré elle de participer à « Projet Job de rêve », une nouvelle émission de télévision organisée par l’Agence Fédérale pour l’Emploi. Le concept est simple : deux semaines durant, cinq candidat·e·s aux profils très différents vont devoir relever une série de défis. À la clé ? Le poste idéal, celui que l’Agence estime correspondre parfaitement à leurs aspirations. Se servant du microcosme de la télé-réalité, Nele Jongeling condense, sur le ton du grand divertissement, toutes les injonctions du monde professionnel actuel : la performance, l’optimisation de soi, l’accomplissement personnel… Je ne veux pas travailler révèle l’hypocrisie d’un système qui entretient l’idée que chacun serait capable de trouver sa place à force de bonne volonté. L’autrice allemande pousse la satire même encore plus loin en nous faisant croire que, dans une société pourtant essentiellement méritocrate, dominée par des logiques individualistes, l’État peut nous aider à nous épanouir. Après Emil·ia, Nele Jongeling s’attaque ici à notre rapport au travail, une des thématiques sociétales de premier plan dont s’emparent les jeunes générations aujourd’hui.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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