Animabilis

Après l’exceptionnel Etunwan, Thierry Murat imagine Animabilis, une étonnante enquête journalistique, entre poésie, amour et errance initiatique. Sublime !

Dans l’hiver de Hawton Bridge

Journaliste parisien, Victor débarque dans le Yorkshire anglais en plein hiver. Les pieds dans la neige, il marche jusqu’à Hawton Bridge pour y séjourner afin de découvrir la vérité sur des morts inexpliquées.

Dans ce village, il trouve refuge au Old farmer’s inn, une vieille auberge tenue par un propriétaire sarcastique. La solitude de sa chambre le fait rêver. Il se met alors à écrire des poèmes.

Padfoot, le chien aux yeux rouges

Le lendemain, Victor se rend dans un champ où un prêtre donne les derniers sacrements à une brebis déchiquetée par une vilaine morsure à la gorge. Il oppose une citation de Voltaire à la prière de l’homme d’Eglise. Le pauvre animal aurait croisé la route de Padfoot, le chien noir aux yeux rouges.

Le surlendemain, accompagné par le docteur de la ville, Victor se rend dans un verger où un homme se serait pendu. Etonnament, en arrivant, point de macchabée mais un loup suspendu à la corde…

Animabilis : ode à l’écriture, la poésie et les superstitions

Thierry Murat est décidément un fabuleux auteur ! Il nous avait charmé avec Etunwan, son précédent ouvrage, il nous envoute avec Animabilis, surprenant polar so british entre croyances, superstitions, poésie et amours évanouies.

Mystérieux de la première à la dernière page, ce récit subjugue par la force de son écriture et sa partie graphique. Comme Etuunwan, Animabilis repose avant tout sur une histoire haletante malgré sa lenteur, mais aussi sur l’excellence de la prose. Thierry Murat a pris énormément de soin à peser et soupeser les mots constituant les phrases de son album. Les récitatifs sont merveilleux de justesse, de sobriété et d’envoutement.

Victor représente l’écrit par son travail de journaliste mais aussi la passion qu’il entretient avec la poésie. Exercice stylistique nouveau pour lui, à la lueur d’une bougie, il fait glisser sa plume légère sur son carnet.

Muse et loup

Pourquoi Victor est-il vraiment venu se perdre dans cette contrée reculée du Royaume-Uni ? Est-ce vraiment pour découvrir le padfoot ou pour renaître, s’aventurer ailleurs pour mieux se recentrer ?

Dans Animabilis, Thierry Murat joue avec les croyances et les superstitions païennes qui se couplent avec la religion protestante. Pour attirer ses ouailles, les Eglises se sont souvent accommodées du paganisme pré-monothéiste, multipliant les cultes à des saints.

Cette ambiance quasi-mystique est couplée avec une belle romance entre Victor et Mëy. Là encore, la jeune femme existe-t-elle réellement, est-ce un rêve ou le souvenir lointain d’une ex-compagne ? Ce sont les mystères qui attirent le lecteur.

De la force du dessin

Né en 1966, Thierry Murat suit des études d’art et ne publie son premier album de bande dessinée qu’en 2002. Animabilis est le cinquième ouvrage de ce merveilleux auteur publié par Futuropolis (Les larmes de l’assassin, Au vent mauvais, Le vieil homme et la mer et Etunwan).

Comme pour Etunwan, l’auteur privilégie un découpage avec très peu de vignettes par planches (1 à 4 maximum), ce qui lui laisse toute la place pour ses magnifiques dessins. Il suffit de regarder sa vidéo (ci-contre) pour découvrir toute l’intensité qu’il met dans ses coups de pinceaux afin de réaliser ses sublimes pages. Ses couleurs brunes, grises et ocres sont somptueuses. Pour ajouter au côté anglo-saxon de son récit, Victor ressemble à Bob Dylan jeune, une belle idée pour rendre hommage à la poésie du prix Nobel de littérature de 2016.

Animabilis : un très beau récit entre fantastique et réalité, dans les pas de Comès. Epoustouflant !

Article posté le samedi 10 novembre 2018 par Damien Canteau

Animabilis de Thierry Murat (Futuropolis)
  • Animabilis
  • Auteur : Thierry Murat
  • Editeur : Futuropolis
  • Prix : 23€
  • Parution : 02 novembre 2018
  • ISBN : 9782754823203

Résumé de l’éditeur : Hiver 1872. Le journaliste Victor de Nelville débarque de Paris dans le nord du Yorkshire pour relater les faits extraordinaires qui se déroulent dans la lande de Fylingdales dont l’écho est venu jusqu’en France. Padfoot, le loup-garou, le chien noir aux yeux rouges, annonciateur de mort, serait revenu dans la région. Depuis, une maladie décime les troupeaux. L’engouement du lectorat mondain de la capitale, friand de ces péripéties ésotériques à la mode, saupoudrées de celtitude et d’exotisme anglo-saxon, a poussé son journal à l’envoyer là-bas relater ces « balivernes »… Au village où il s’installe, l’accueil est glacial. L’aubergiste le prévient : il ne trouvera aucune explication à ces phénomènes. Puis, le vieil Hodgkin, un berger qui avait la réputation d’être un magicien magnétiseur disparaît… avant d’être retrouvé pendu. Serait-ce la fin du padfoot ? Lors d’une promenade nocturne dans la lande, Victor croise Mëy, une femme aussi belle que mystérieuse, qui va le pousser délaisser son article pour écrire de la poésie…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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