La beauté est une forme de malédiction pour qui ne se définit que par son reflet. Dans Baptism, Kazuo Umezu explore la folie d’une mère cherchant sa propre beauté dans les traits de sa fille. Le titre emblématique, publié à l’origine au milieu des années 1970 au Japon, revient dans une nouvelle édition chez Glénat. L’occasion de découvrir ce titre horrifique puissant, explorant des thèmes universels comme le rapport à la beauté, aux autres et à soi.

“Miroir, miroir, dis moi qui est la plus belle ?”
L’actrice Izumi Wakakusa est d’une grande beauté. Mais quand une tâche commence à apparaître sur son visage et que les rides le marquent de plus en plus, elle décide d’agir. Le maquillage n’est pas suffisant. Izumi conçoit alors un plan démoniaque : concevoir une fille, sa fille, pour lui voler sa beauté. Elle est aidée par son médecin traitant de toujours, le docteur Murakami. Mais alors que Sakura, sa fille, grandit, et que l’échéance de l’opération approche, la jeune fille commence à découvrir le plan de sa mère.

Baptism a été écrit par Kazuo Umezu. On le surnomme le maître de l’horreur, représentant emblématique du genre dans le manga. Avec L’école emportée, mais aussi Baptism, il inscrit ses récits dans le malaise graphique, à travers des récits jouant sur les apparences. Dans Baptism, il réinvente et pervertit le mythe de Narcisse, avec Izumi, obsédée par son visage et sa beauté au point de concevoir une enfant uniquement pour la remplacer. Car c’est bien à travers une opération horrible du cerveau, qu’Izumi compte retrouver sa beauté. Avec le docteur, elle envisage donc de transférer son cerveau dans le corps de sa fille, la tuant par la même occasion.
Transfert d’identité
La dernière édition de Baptism chez Glénat date de 2007. Presque 20 ans après, il est donc temps de redonner un nouvel écrin à ce récit. En quatre volumes, le premier tome est donc l’occasion de se replonger dans ce récit. Le trait de Kazuo Umezu est épais, joue sur ce qui est visible et ce qui est invisible. Cet effet graphique nous pousse à nous interroger et à imaginer le pire, distillant ainsi l’horreur dans l’attente de la révélation. On retrouve un sens de la narration et de la mise en pages qui rappellent par moment Junji Ito… et pour cause ! En posant les base de l’horreur en manga, Kazuo Umezu a largement influencé Junji Ito. Selon Junji Ito, Umezu est d’ailleurs le grand Maître de l’Horreur.

Cette réédition de Baptism est donc l’occasion de remettre sur le devant de la scène cet auteur malheureusement décédé en 2024. Par son sujet, en lien avec l’obsession des apparences et du regard des autres, Baptism tend à l’universel. L’horreur réside dans la folie d’Izumi, dans ce qu’elle est prête à faire pour retrouver sa beauté. Puis, finalement, sur les obsessions de la mère-devenue-sa-fille : maintenant qu’elle a la jeunesse et la beauté, quel sera l’objet de sa prochaine obsession ? Ici pas de bâton magique à casser pour exaucer son souhait. L’horreur passe par la folie, l’obsession de la beauté, les actes extrêmes et le manque de moralité d’Izumi. Cela passe aussi par l’espoir : que Sakura s’en sorte, que les manipulations soient découvertes…
Un titre patrimonial
Prix du Patrimoine au Festival d’Angoulême en 2018 pour Je suis Shingo au Lézard Noir, l’œuvre de Kazuo Umezu fait partie de ces récits intemporels qui ont largement influencé le manga. Que ce soit dans sa composition, dans les codes narratifs, dans les rebondissements, l’auteur nous plonge dans son histoire. Les thèmes, universels, nous font envisager le meilleur comme le pire, jouant sur nos attentes pour nous déstabiliser, pour nous embarquer totalement.

Avec cette nouvelle réédition de Baptism, les éditions Glénat offrent un nouvel écrin à l’œuvre de Kazuo Umezu. Il n’y a donc plus aucune excuse pour ne pas découvrir cette œuvre puissante et terrifiante.
- Baptism – Tome 1
- Auteur : Kazuo Umezu
- Dessinateur : Kazuo Umezu
- Éditeur : Glénat
- Prix : 14,95 €
- Parution : 23 septembre 2026
- Nombre de pages : 304pages
- ISBN : 9782344075241
Résumé de l’éditeur : Anéantie par la dégradation de ses charmes, et en particulier l’apparition d’une horrible tache sur son visage, la célèbre actrice Izumi fomente un plan monstrueux pour retrouver sa jeunesse perdue. Elle se réfugie dans l’anonymat loin des feux des projecteurs pour donner naissance à une ravissante enfant, Sakura. Comblée d’attentions du soir au matin, la fillette ignore les véritables intentions de sa mère à son égard. Jusqu’au jour où elle découvre la seule et unique raison de sa venue au monde…
À propos de l'auteur de cet article
Bénédicte Coudière
Journaliste spécialisée en bande dessinée mais aussi en jeux vidéo depuis près de 15 ans, conférencière, autrice et plein d'autre chose encore ! Membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), elle est passionnée d'art et de narration, d'exploration de papier et de pleins d'autres choses encore.
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