En ce mois de septembre 2026, les éditions Panini Comics lâchent un gros coup de semonce. Multiples crises universelles tome 1, Deniz Camp, Eric Zawadzki et Jordie Bellaire, peut s’imposer comme une des grandes lectures de cette année. Si tant est que l’on parvienne à comprendre précisément ce que l’on a lu…
Multiples crises universelles tome 1 : Non mais what the fuck ?
La Terre est en crise. Elle connaît désormais des phénomènes temporels atypiques. Le temps et l’espace partent totalement en vrille. Et au milieu de ce grand n’importe quoi, les états-uniens tentent tant bien que mal de survivre. Mais quand des raptors peuvent apparaître sur votre lieu de travail, ou que le temps peut vous enfermer dans une boucle de plusieurs millions de secondes, survivre n’a rien de simple.
Un article qui ne sait pas où il va…
Il y a des œuvres inattendues, étranges, et qui vous marquent. Des livres qui vous touchent, sans même savoir pourquoi. Une connexion se fait, et vous laisse sans voix.
C’est ce que j’ai vécu à la lecture de Multiples crises universelles tome 1. Pour produire cet article, il m’a fallu lire trois fois l’ouvrage. Et même là, je ne sais pas encore ce que je dois penser. Mais je sais que c’est une lecture marquante pour moi cette année.
Mais que veut raconter Multiples Crises universelles tome 1 ?
Du sens ? Pour l’instant, il n’y en a pas. Deniz Camp se garde d’en donner. D’autres épisodes ont été produits, nous donneront-ils des réponses ? Car fil rouge il y a, même si chaque épisode est à prendre individuellement. L’homme au jet-pack intervient dans chacun d’entre nous. C’est Anna, l’héroïne du 5e chapitre, qui prend conscience de son existence et de sa place à travers le temps. Mais pour l’instant, nous lecteurs, ne comprenons pas.
Le feuilleton en épisode, ça a du sens
Alors puisque le sens global se dérobe, autant avancer épisode par épisode. Là encore, c’est Anne qui nous y encourage, à prendre le temps de franchir les étapes au rythme où elles se présentent. Chaque épisode offre donc un point de vue différent. Le principe reste toujours le même. Une personne lambda est victime d’une « crise » spatio-temporelle. Les dimensions entre les univers se brisent, le temps s’écoule n’importe comment, des objets et des êtres vivants sortent de leur époque et se perdent.
Chaque épisode explore un concept différent. Chaque épisode se construit dans une narration adaptée qui joue avec les codes de la bande dessinée. Les personnages vivent des expériences déstabilisantes, les lecteurices en font de même. Il faut prendre le temps dans cette lecture. Rarement, la publication en épisodes uniques n’aura eu autant de sens. Le recueil est utile, sans aucun doute. Mais il faut sûrement prendre le temps de ressentir chaque épisode un à un.
Multiples Crises universelles tome 1 : changer les règles, pour dénoncer celles qui n’ont pas de sens
Car si les concepts sont totalement barrés et déstabilisants, ils cachent en fait toujours un fait de vie profond. Deniz Camp déploie les outils de la science-fiction pour nous raconter des histoires de vie particulièrement intenses, la violence de la vie aux États-Unis, ses injustices profondes. Il met aussi en avant notre mesquinerie, nos incohérences. Le scénariste livre un réquisitoire sans concession sur ce mode de vie que la crise du COVID était censée mettre à bas. Mais l’aliénation demeure. Des vies qui se gâchent pour survivre dans un système qui les broie. Un temps qui passe sans que l’on puisse l’apprécier pleinement. Multiples crises universelles tome 1, c’est tout cela. Le prétexte d’une crise temporelle, pour dénoncer une société en perte de sens.
Découverte artistique en vue
La puissance de cette série ne tient pas que dans sa critique sociétale. Elle passe aussi par l’épanouissement d’un artiste. Eric Zawadzki est publié pour la première fois en France. The Dregs, une histoire en 4 épisodes publiée en 2017, n’est jamais arrivée jusque chez nous. Mais les années ont bonifié cet artiste. Et son scénariste lui a offert une partition incroyable. La prise de maturité graphique est évidente. Le trait est bien plus assuré qu’auparavant. Le réalisme du dessin est accentué. Un réalisme qui est systématiquement remis en cause par différentes trouvailles graphiques. Le monde de Multiples crises universelles tome 1 est en décalage permanent et Zawadzki développe un trésor d’inventivité pour nous le faire ressentir à la lecture. Il est merveilleusement secondé par la coloriste Jordie Bellaire. Une place gigantesque lui est laissée dans ce livre et la puissance narrative de la couleur peut s’exprimer totalement.
Tous les outils de la bande dessinée sont mis à profit, mis au défi et systématiquement font sens. Oui, il y a de la virtuosité, mais jamais gratuite.
Finalement, je l’ai sorti, cet article sur Multiples Crises universelles tome 1
Voici donc un retour sur cette expérience de « phénomène temporel atypique » vécue à la lecture de Multiples crises universelles tome 1, de Deniz Camp, Eric Zawadzki et Jordie Bellaire. C’est une œuvre qui allie cohérence et folie. Laissez-vous tenter. Que vous soyez lecteurice ou non de comic-book, c’est juste une grande lecture de bande dessinée qui vous attend.
- Multiples crises universelles, tome 1
- Scénariste : Deniz Camp
- Dessinateur : Eric Zawardzki
- Coloriste : Jordie Bellaire
- Traducteur : Jérémy Manesse
- Éditeur USA : Image Comics
- Éditeur France : Panini Comics
- Date de publication : 14 octobre 2026
- Nombre de pages : 200
- Prix : 28€
- ISBN : 9791039149105
Résumé éditeur : Le Temps est en crise. Des hommes préhistoriques côtoient des chevaliers médiévaux et des soldats cyborgs en permission de la Quatrième Guerre mondiale. De jeunes aristocrates victoriennes déambulent, perdues, dans des boutiques de téléphonie mobile. Sur le chemin du travail, des employés épuisés se retrouvent piégés dans des boucles temporelles, attaqués par leurs doubles ou projetés dans des terres post-apocalyptiques. Autant de destins pris dans une réalité qui se fissure, où chacun tente de garder le cap tandis que le monde s’effondre, seconde après seconde…
