Le duo Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse revisite pour Casterman la figure légendaire de Billy the kid. Un cowboy sans foi ni loi ou un gamin perdu broyé par un capitalisme en plein essor? Dans l’Amérique du dix-neuvième siècle, l’histoire est parfois écrite par les vainqueurs.
Un jeune homme juché sur une mule
A qui appartient cette silhouette dégingandée qui chevauche une mule dans le paysage désertique du Nouveau-Mexique ? C’est celle d’un jeune homme de 17 ans, un peu paumé sans doute, qui cherche son chemin. Ainsi débute le roman graphique Billy the Kid, dont l’histoire mythique est revisitée par Alexandre Chenet et Loïc Sécheresse.
Publié chez Casterman en cette fin d’été et sous-titrée L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, ce 232 pages couleur ne manque pas d’ambition. Loin des clichés et des stéréotypes sur l’histoire du Far West, il se propose de redonner à la brève existence de Billy the Kid une dose de vérité. Celle que les auteurs sont allés chercher à la source, à la fois dans les livres et sur place, au Nouveau-Mexique…
La fabrique d’un personnage
Car on sait bien peu de choses de ce gamin, mort à 22 ans, dont la légende a fait une tueur sanguinaire, sans foi ni loi, à l’image des bandits de grand chemin. Or la réalité fut sans doute bien plus complexe et les crimes attribués au jeune homme bien moins nombreux… Il aurait selon certains tué 22 hommes. Faux, affirment d’autres. Neuf personnes seulement… Une exagération peut-être due à son art d’exceller dans le maniement des armes à feu ! On aurait ainsi fabriqué un personnage à une époque en mal de héros, qu’ils soient positifs ou négatifs.
Cette légende noire est pour une bonne part née des écrits d’un certain Patt Garrett, le shérif qui tua Billy, du cinéma hollywoodien, voire de la bande dessinée elle-même, quand Lucky Luke ridiculise ce gamin turbulent…
La diplomatie du revolver
Quand commence ce récit dessiné, Billy a 17 ans. Il sort tout juste d’une enfance au sein d’une famille d’immigrants irlandais. Il n’a pas connu son père biologique, sa mère est morte quand il a 14 ans. Mais le jeune garçon a reçu une éducation. Il a comme on dit aujourd’hui, des principes moraux, des valeurs. Ainsi, il ne devient donc pas hors la loi par vocation. Une fois arrivé au Nouveau-Mexique, pour pouvoir vivre ou survivre, il lui faudra se plier à la loi du plus fort.
Engagé comme « facilitateur », il devra tenter malgré son jeune âge de gérer les tensions entre trois potentats locaux qui se partagent le territoire : un roi du bétail, John Chisum, un gros commerçant, James Dolan, un riche parvenu John Tunstall. On lui demande d’user de diplomatie, mais pas n’importe laquelle. « La diplomatie avec un revolver, lui assure-t-on, est l’assurance d’une paix sincère ».
Une nouvelle lecture
Apprécié pour ses talents de pistolero, Billy sera le jouet de puissants qui se livrent une guerre sans merci pour s’enrichir. Dans cette Amérique de la fin du dix-neuvième siècle au capitalisme en plein essor, il sera commode de le désigner comme coupable alors qu’il s’est retrouvé « coincé » dans des enjeux de pouvoir qui le dépassent. C’est la lecture proposée ici par les auteurs.
Si les thèmes évoqués dans ce récit sont intemporels, résonnant encore dans le monde d’aujourd’hui, tout n’est pas dénué d’humour. L’art du slapstick est ici revendiqué par le duo Chenet/Sécheresse. Ce dernier, avec des aquarelles appliquées en couleur directe, redonne vie et poésie aux grands espaces, brosse des portraits épurés.
Le récit orchestré par Alexandre Chenet, très dense et très dialogué, nous plonge dans une époque à revisiter. Sans diligence, méchants indiens ou femmes soumises et éplorées, loin des accents virilistes que véhiculèrent bien des westerns. Une manière de dépoussiérer l’histoire, à plus forte raison quand elle est fut écrite par les vainqueurs.
- Billy the Kid (L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs)
- Scénario : Alexandre Chenet
- Dessin : Loïc Sécheresse
- Editeur : Casterman
- Prix : 28 €
- Parution : Août 2026
- Nombre de pages : 240
- ISBN : 9782203243750
Résumé de l’éditeur : Qui était réellement Billy the Kid ? Un cowboy sans foi ni loi, à la solde des plus grands éleveurs que l’Amérique n’ait jamais connus, ou un simple gamin broyé par une société en proie au capitalisme en plein essor ? Et combien sont, encore de nos jours, désignés coupables au profit des puissants ? Avec un ton résolument humoristique, qui emprunte au slapstick, toute la vie d’un jeune Américain ordinaire qui, en suivant l’ordre établi, deviendra ce que la société projette sur lui : un assassin de la pire espèce. Mais comme souvent, la vérité est plus complexe. Jeune homme sans famille, Billy intègre la bande d’un riche propriétaire du comté de Lincoln. Il y apprend à être hors-la-loi dans une sorte de légalité, jusqu’à ce que, trahi par ses maîtres, il décide enfin de choisir qui il est vraiment.
Le Far West à la fois mythique et démythifié : un monde de riches exploiteurs et de pauvres gars paumés.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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