Batman Damned

Onze ans après Joker, une œuvre inoubliable, le duo Azzarello/Bermejo se reforme pour offrir au public une aventure sombre, mêlant ésotérisme et horreur, et dont le protagoniste n’est autre que le chevalier noir.

Il s’agit de Batman Damned, publié chez Urban Comics.

UN DUO MYTHIQUE

Après Lex Luthor : Man of Steel, Batman – Deathblow et Joker, Batman Damned est la quatrième collaboration d’un scénariste d’exception : Brian Azzarello (100 Bullets, Batman Dark Knight III) et d’un dessinateur dont le génie est reconnu de tous : Lee Bermejo (rappelons d’ailleurs qu’un magnifique Art Book : Lee Bermejo Inside, permettant d’admirer son talent, vient d’être publié chez Urban Comics).

Inutile de préciser que l’attente est grande, proportionnelle au talent du duo. Car il faut le dire, s’il est une association artistique capable de susciter la curiosité et l’impatience, c’est bien celle-là.

UN RÉCIT A PART

Chez DC Comics, la publication de Batman Damned a permis de créer une nouvelle collection : le « Black Label », synonyme d’un format de prestige et d’une ambiance sombre.

A ses côtés, d’autres récits ont suivi, tels que Superman : Year one de Frank Miller et John Romita Jr. ou encore Batman : Curse of the White Knight de Sean Murphy. Et dans le même temps, d’autres titres ont été republiés sous ce label comme Batman White Knight du même Sean Murphy ou Joker de Brian Azzarello et Lee Bermejo.

Urban comics a eu la bonne idée de reprendre tous les ingrédients de cette collection. Ainsi, le lecteur français bénéficie d’un ouvrage de très belle facture dont le format sort de l’ordinaire.

Outre la noirceur de ces histoires, il existe un autre point commun : ces récits ne s’inscrivent pas dans la continuité. Il est donc parfaitement possible de les lire, de les comprendre et de les apprécier sans avoir une connaissance précise des aventures des superhéros rencontrés.

Batman Damned ne fait pas exception à la règle car la présence de nombreux personnages emblématiques de l’univers DC pourra s’appréhender sans qu’il soit nécessaire de bien les connaître.

Ainsi, le lecteur habitué aux comics reconnaîtra avec plaisir Etrigan, le Spectre, Deadman, Zatanna, ou Swamp Thing, alors que le néophyte profitera d’une histoire mettant en scène des personnages spectaculaires partageant un goût particulier pour l’ésotérisme.

Et c’est là qu’intervient un personnage central de Batman Damned : John Constantine.

UN PERSONNAGE CLÉ

Malgré les apparences, le chevalier noir n’occupe pas le premier rôle dans Batman Damned, tout au mieux peut-on dire qu’il le partage.

Car c’est bel et bien John Constantine, le sorcier, qui tire les ficelles.

Contre toute attente, l’action se fait extrêmement discrète et petit à petit se développe un récit psychologique, dans lequel se mêlent flashbacks et introspections guidés par la magie du héros de la série Hellblazer. Brian Azzarello connaît d’ailleurs fort bien cette dernière puisqu’il en a été un des scénaristes emblématiques.

Dès lors, la narration cesse d’être linéaire et le lecteur devient spectateur d’une plongée dans l’esprit labyrinthique et torturé de Batman.

Le rythme du récit est lent et volontairement morcelé, ce qui pourra bien entendu surprendre, voire déplaire. Pourtant, la narration, bien que parfois absconse, s’avère finalement très réfléchie. Et à la fin, Brian Azzarello, comme toujours, fait preuve de sa grande maitrise narrative. Tout est réfléchi, construit, dosé et nécessaire.

DES DESSINS HORS DU COMMUN

Côté graphique, Lee Bermejo livre une prestation absolument parfaite, comme à son habitude.

Les traits des divers protagonistes sont saisissants de réalisme et la construction des pages est à couper le souffle. Alternant avec génie plans d’ensemble et gros plans, l’artiste guide l’œil d’un lecteur subjugué.

Lee Bermejo donne à voir un Batman vulnérable, sans artifice technologique, sans « bat-gadget ». Bien souvent, sous le costume, on aperçoit les détails d’une côte de maille destinée à protéger des coups, mais bien inutile face aux cauchemars qui torturent Batman.

Tous ces éléments contribuent à créer une ambiance délicieusement pesante et d’autant plus dérangeante qu’elle nourrit le caractère horrifique et angoissant de l’œuvre.

Batman Damned est une œuvre magnifique, réalisée par un duo qui se connaît parfaitement et qui a visiblement carte blanche chez DC comics. Si on en croit l’interview qui sert de préface à l’édition proposée, leur prochaine collaboration pourrait s’intéresser à Lobo, le terrible chasseur de primes. L’attente sera longue.

Article posté le mercredi 13 novembre 2019 par Victor Benelbaz

Batman Damned de Brian Azzarello et Lee Bermejo (Urban Comics / DC Comics)
  • Batman Damned
  • Scénariste : Brian Azzarello
  • Dessinateur : Lee Bermejo
  • Éditeur : Urban Comics,  DC Black Label
  • Prix : 15.50€
  • Parution :  25 Octobre 2019
  • ISBN : 9791026816751

Résumé de l’éditeur : Le Joker est mort. C’est désormais une certitude. Mais qui, de Batman ou d’une menace autrement plus malfaisante, a pu mettre fin au règne de terreur du clown criminel ? Batman, retrouvé inconscient près du corps de son ennemi, est incapable de mettre ses souvenirs en ordre. Pire, il en vient à douter de la réalité elle-même. Pour l’accompagner, et le perdre un peu plus ?, le justicier reçoit l’aide providentielle de John Constantine au cours d’une enquête qui l’amènera à frayer avec les forces mystiques tapies au coeur de Gotham.

À propos de l'auteur de cet article

Victor Benelbaz

Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.

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