Publié quelques semaines après son décès, Cartagena est le dernier album dessiné par Hermann et scénarisé par son fils Yves. Un thriller sombre et désabusé autour du trafic de drogue au Mexique.

Un album posthume
En mars 2026 disparaissait un grand nom de la bande dessinée. Hermann, 87 ans, tirait sa révérence au terme de ce qu’il est convenu d’appeler une longue maladie… Né en Belgique en 1938, celui qui affichait une certaine misanthropie et ne croyait guère en l’homme, nous a laissé plus d’une centaine d’ouvrages. Un véritable oeuvre qui aura marqué le neuvième art de son empreinte.
En avril dernier, les éditions Le Lombard, fidèle éditeur du scénariste et dessinateur belge, ont publié Cartagena, dernier album du Grand Prix d’Angoulême 2016, scénarisé par son fils Yves. Un album posthume qui nous entraîne dans le monde glauque et violent des cartels mexicains.

Devenir un tueur
Après l’univers du western ( Comanche ), de la science-fiction (Jeremiah) ou encore les séries médiévales ( Les tours de Bois-Maury ) Hermann père et fils ont choisi cette fois d’explorer celui des cartels mexicains, à travers le parcours de ses hommes de mains, les sicarios, ces tueurs à gages à la solde des cartels de la drogue.
Le jeune Alvaro, 18 ans, ambitionne de faire partie de ces groupes. Il vit dans les quartiers pauvres de Cartagena, cette ville « presque » imaginaire du Mexique où le trafic de drogue et la guerre des cartels rythme le quotidien de ses habitants. Fatalistes, ces derniers ne se font guère d’illusions, car après tout, « crever d’une overdose ou d’une balle… »

Un contrat pour disparaître
À Cartagena, le roi, c’est El Cocho Arriega, chef mafieux tout-puissant qui exige de ses jeunes recrues une obéissance aveugle. Comme de tuer sur commande pour faire allégeance au cartel. Alvaro et son pote Nacho vont en faire la douloureuse expérience.
De l’autre côté de la loi, on trouve Félix Garzon, flic usé mais coriace, qui a fait de la traque d’Arriega une raison de vivre. Alors qu’Alvaro vient de commettre l’irréparable, il va lui proposer une porte de sortie. S’il l’aide à localiser le chef mafieux, il l’aidera à disparaître et à changer de vie, « quelque part où personne ne viendra te chercher ». Pas si facile quand on trouve aussi sur sa route un tueur psychopathe au masque de squelette, « La muerte ».

Pas de place pour les héros
On vous laissera aller plus loin dans votre lecture sans vous en révéler plus … Alvaro s’en sortira-t-il ? Garzon est-il si honnête qu’il y paraît ? Les tueurs parviendront-ils à leurs fins ? Jusqu’au bout, dans cette histoire en 64 pages, les tensions se nouent entre les différents protagonistes, sans qu’on sache toujours vraiment où se situe la frontière entre les bons et les méchants. C’est glauque et sombre à souhait malgré la lumière des paysages d’Hermann et son travail à la couleur directe. Et bien sûr ces tronches, ces gueules cassées, ces expressions si hermaniennes…

Peu enclin à l’optimisme, comme envasé dans un fatalisme qui parcourt toute son oeuvre, Hermann signe ici un dernier coup de maître, sombre et désespéré. Lui, qui toute sa vie a voulu faire du cinéma dessiné et a campé bien des héros tragiques, savait aussi, à l’image de son policier mexicain qu« Ici, il n’y a pas de place pour les héros! ».
- Cartagena
- Scénario : Yves H.
- Dessin : Hermann
- Editeur : Le Lombard
- Prix : 16, 95 €
- Pages : 64
- Parution : 30 Avril 2026
- ISBN : 9782808218597
Résumé de l’éditeur. Gangrénée par le trafic de drogue, Cartagena est une ville qui semble n’offrir qu’un seul débouché aux habitants des quartiers défavorisés : intégrer le cartel local. L’avenir d’Alvaro, 20 ans, lui semble bouché, sans espoir. Il a dès lors pris la décision, avec son copain Nacho, d’intégrer le cartel qui gère le trafic de drogue dans la ville, celui d’« El Cocho » Arriega. De l’autre côté de la loi, Felix Garzon est flic. Il est dans la quarantaine affirmée et père de famille. Dans son collimateur, « El Cocho » et son cartel… La rencontre entre ces deux-là semble donc explosive. Mais méfions-nous des apparences, elles sont souvent trompeuses…
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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