Le duo chevronné Rodolphe/Griffo adapte librement le roman fantastique de Balzac, La Peau de chagrin. Dans Chagrin, les rêves de gloire et de richesse d’un jeune homme dans le Paris du dix-neuvième siècle tournent au drame…

Un duo chevronné
Quand littérature et bande dessinée font bon ménage. C’est encore une fois la réflexion que les lecteurs de Chagrin se feront en tournant les pages de cette adaptation dessinée du roman de Balzac, La peau de chagrin, publiée en 1831…
C’est aujourd’hui pour le compte des éditions Glénat qu’un duo d’auteurs chevronnés, Rodolphe au scénario et Griffo au dessin, s’est emparé librement de cette histoire, l’une des plus célèbres de la littérature du dix-neuvième siècle. Une histoire qui dit beaucoup, déjà à cette époque, des ambitions destructrices et des bassesses des hommes.

» Un objet magique qui exauce tous les vœux »
Car de tous temps, les rêves de richesse et de puissance n’ont cessé d’animer celles et ceux que la vie repousse sur ses marges. Ainsi ce jeune Raphaël de Valentin, noble désargenté et ruiné par une suite de décisions hasardeuses. Le voilà qui se rêve écrivain à succès dans un Paris qui ne fait guère de place aux plus démunis. Alors, quand il rentre un jour dans une boutique d’antiquités et qu’un vieux marchand lui donne une peau, son destin bascule. C’est d’apparence une vulgaire peau d’âne ou d’onagre, en fait un talisman, lui assure l’antiquaire, « un objet magique qui exauce tous les vœux… »

Et à chaque souhait elle rétrécit
De la déchéance à la puissance, il n’y aurait donc qu’un pas ? C’est ce qui arrive à Raphaël. De pauvre et sans charme, le voilà devenu riche et séduisant ! De beaux habits, de l’argent, une belle demeure, les plus belles femmes de Paris à sa merci…Mais ce sera sans compter sur la peau, cette étrange peau. « L’antiquaire m’avait en effet parlé de quelque chose, un phénomène de soi-disant magie, se souvient Raphaël, auquel je n’avais pas prêté grande attention…Selon lequel la peau rétrécirait au fur et à mesure de l’accomplissement des volontés de son acquéreur ? »

Une malédiction divine ?
Alors, si la peau donne autant de pouvoir qu’elle retire de vie, ne faut-il pas s’en séparer pour stopper le mal qui frappe bientôt Raphaël ? Le jeune héros apprendra bientôt à ses dépens qu’on n’échappe pas à son destin. Dans son roman, Balzac avait écrit, apostrophant son personnage: « Si tu me possèdes, tu possèderas tout. Mais ta vie m’appartiendra. Dieu l’a voulu ainsi ».
On laissera au lecteur de cette fable fantastique le soin de découvrir l’issue de ce dilemme. Avec délicatesse, Rodolphe prend quelques libertés avec le roman sans en dénaturer le propos initial. Quant à Griffo, familier lui aussi des adaptations littéraires, il souligne avec son style élégant le désespoir de ces personnages malmenés par le destin.
Le Paris sombre et gothique aux rues pavées revit sous un trait de crayon et des encrages précis. La patte, les cadrages intelligents, le sens de la narration de ces quasi-octogénaires de la bande dessinée n’ont rien perdu de leur acuité. C’est avec plaisir assurément que l’on se laissera porter par ce Chagrin…
- Chagrin
- Scénario : Rodolphe
- Dessin et couleurs : Griffo
- Editeur : Glénat
- Prix : 24 €
- Parution : mars 2026
- Nombre de pages : 136
- ISBN : 9782344068458
Résumé de l’éditeur. Dans le Paris des années 1830, Raphaël de Valentin, un jeune noble ruiné par une série de mauvaises décisions, de mauvaises fréquentations et de malchances, erre en quête d’un peu d’amour, de bonheur et d’argent ! Au bord du suicide, il entre dans une boutique d’antiquités, espérant y trouver quelque chose susceptible de le distraire de ses pensées noires et son chagrin. Un vieil homme mystérieux, lui montre un objet étrange : une peau. Cette peau, selon l’antiquaire, exauce tous les désirs de son propriétaire, mais à chaque souhait réalisé, elle rétrécit et la vie de son possesseur diminue proportionnellement. Rodolphe et Griffo revisitent le chef d’œuvre de Balzac en lui insufflant une formidable modernité. Certes, on y remonte le singulier destin de ce pauvre Raphaël, mais on retrouve aussi le Paris oublié des romantiques, des rapins et des poètes : Balzac bien sûr mais encore Baudelaire, Nerval, ou le fameux Nadar qui les immortalisa de ses clichés. Le spleen cher à Baudelaire y déploie ses ombres et ses fantômes car Chagrin est d’abord un récit fantastique peuplé de diables et de succubes et bien entendu dominé par la malédiction, fatale au malheureux Raphaël, de cette peau magique qui donne à son propriétaire autant de pouvoirs qu’elle retire de vie.
Le duo Rodolphe et Griffo redonne vie au réalisme fantastique du roman d’Honoré de Balzac paru en 1831 à travers cette libre adaptation en BD. Entre ambitions et désillusions, mysticisme et décadence, le héros s’anime sous le trait élégant, expressif et tourmenté de Griffo dans une ambiance gothique romantique où l’acuité du scénario laisse place à l’émotion.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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