Avec La main du diable, le duo Rodolphe-Griffo adapte avec brio une nouvelle fantastique de Robert Louis Stevenson, un des maîtres du roman d’aventures.

À bord du Caldonia
On fait parfois de drôles de rencontres sur un bateau. C’est à bord d’un élégant steamer qui fait route pour San Francisco qu’un beau jour de l’année 1892, l’écrivain britannique Robert Louis Stevenson est reconnu par un certain Charles Dawson. Le second admire le premier pour ses talents de conteur.
Il est alors au faîte de sa gloire. Romans, contes et nouvelles dont sa célèbre Île au Trésor ont fait de lui un homme aisé et adulé. Pas tout à fait assez riche cependant pour se faire construire une villa comme celle de Dawson. C’est le début d’une bien étrange aventure qu’il va confier à l’écrivain. Et c’est le sujet de La main du diable, le nouvel album de deux géants de la bande dessinée franco-belge, Griffo et Rodolphe. C’est Anspach, jeune éditeur basé en Belgique, qui publie cette histoire complète en un tome.

Un étrange achat
Dawson ne doit sa fortune à rien d’habituel. Ni son intelligence, ni sa force de travail ne l’ont conduit là où il se trouve. Retour en arrière, un an plus tôt, avant la rencontre avec Stevenson. Dawson, alors qu’il a presque tout perdu au jeu, va entrer en possession d’un bien étrange objet, une main momifiée…
C’est un certain Edward, un riche industriel habitant une luxueuse villa, qui lui a proposé de lui vendre cette relique. Dawson hésite. Cet homme est-il fou? Quel mystère, quel coup fourré se cache derrière cette transaction? Le vendeur annonce la couleur. Cette main est celle du diable. Elle est magique. Elle peut exaucer tous les vœux de celui qui la possède…Avec les quelques dollars qui lui restent, Dawson prend la main…

Un mythe revisité
On apprendra bien vite que ce marché comporte une sacrée contrepartie. Le propriétaire de la main devra se défaire de cet objet avant de mourir de peur de finir en enfer. Et le vendre, chaque fois à un prix inférieur à celui payé par son précédent acquéreur. Dawson y parviendra-t-il ? Renoncera-t-il au bonheur terrestre, à ses plaisirs faciles ? La femme qu’il épousera bientôt, la belle Rose, pourra-t-elle le sauver de ce qui s’apparente à une malédiction ? On n’en dira pas plus à ce sujet, en laissant le plaisir de la découverte au lecteur de ce formidable suspense de 56 pages.
Les auteurs proposent ici une relecture inédite d’un classique de la littérature fantastique, adaptée d’une nouvelle du même Stevenson, » The bottle imp », publiée en 1891 dans le New York Herald. Elle est inspirée du mythe et de la légende de Faust, ce savant (il a réellement existé) qui fît un pacte avec le diable, ce dernier lui garantissant une nouvelle jeunesse en échange de son âme… De l’écrivain Goethe aux cinéastes Brian de Palma (Phantom of the paradise ) ou Maurice Tourneur (La main du diable ) en passant par de nombreux poèmes et opéras, ce mythe de l’éternelle jeunesse et de la richesse perpétuelle a traversé les époques et continue de hanter les esprits.
Le mérite de cette nouvelle interprétation tient dans le double talent de conteur de Rodolphe et de dessinateur de Griffo. Son trait précis et dynamique, sa maîtrise de la couleur font de cet album une jolie découverte. Sa lecture devrait ravir tous les amateurs du genre fantastique. Les autres aussi…
- La main du diable
- Scénariste : Rodolphe
- Dessin et couleur : Griffo
- Editeur : Anspach
- Prix : 16 €
- Parution : 17 janvier 2025
- ISBN : 9782931105351
Résumé de l’éditeur. 1892, à bord du Caldonia, en route vers San Francisco, le grand écrivain britannique Robert Louis Stevenson rencontre un certain Charles Dawson. Cet homme manifestement très fortuné est un admirateur de son oeuvre et il propose de lui raconter son étrange histoire qui, peut être, pourra inspirer une de ses prochaines nouvelles. Car son immense richesse n’est ni le fruit de son travail ni celui d’un héritage. Dawson doit sa fortune à une étrange relique : une main momifiée qui passe pour être celle du diable, lui-même. Quiconque la possède voit réaliser le moindre de ses souhaits. Mais, rien n’est jamais gratuit avec Satan. Et le malheureux qui meurt sans avoir réussi à se défaire de l’encombrante main est directement envoyé brûler dans les flammes de l’enfer. Son détenteur doit donc veiller à la vendre avant son décès, mais à un prix inférieur à celui payé par le précédent propriétaire. Dawson précise que son histoire personnelle n’est pas encore finie, mais qu’il ne manquera pas de venir en narrer l’épilogue à Stevenson. Arrivera-t-il à céder la main avant de rendre son dernier souffle ? Les deux hommes se reverront-ils pour découvrir la fin de l’histoire ? Seul le diable le sait…
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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