Avec Chère maman, Sophie Adriansen et Mademoiselle Caroline abordent le thème encore tabou des mères toxiques. Quand l’amour maternel peut aussi devenir un poison.
Une affaire de famille
Chère Maman, sous-titré Les mères aussi peuvent être toxiques, est un gros roman graphique de 250 pages proposé chez Glénat par un duo d’autrices talentueuses, Sophie Adriansen et Mademoiselle Caroline. Un titre explicite qui place d’emblée le lecteur au cœur de la problématique, l’emprise maternelle. Rarement abordé en bande dessinée, ce thème parlera sans doute à bien des hommes et des femmes qui y furent ou y sont encore confrontés. Ici, nous faisons connaissance avec Alix, une jeune mère de trois enfants, qui semble épanouie dans sa vie, tant personnelle que professionnelle.
C’est sans compter sur la présence, l’omniprésence d’Anne-Catherine, sa mère. A chaque fois qu’elle l’appelle au téléphone ou qu’elle lui rend visite avec mari et enfants, celle-ci la rabaisse, lui assène des remarques désobligeantes. Jusqu’à lui reprocher son prénom, Alice, qui devait s’appeler Alix…
Comme 20 % de la population
Alors, au fil des saisons, cette relation mère-fille, fausse et sans doute toxique depuis l’enfance, va encore plus se déliter, jusqu’à devenir un véritable poison. Alice redoute de plus en plus les visites chez sa mère, et cette dernière, autocentrée, ne semble rien voir du malaise grandissant de sa fille. Et même quand celle-ci sent véritablement une boule grossir au fond de sa gorge – c’est un cancer- Anne-Catherine minimise et se rend odieuse. Elle, sa mère, en a vu d’autres, et sait mieux que quiconque ce que souffrir veut dire
De quoi s’interroger sur le mécanisme qui est à l’œuvre. On parle alors de toxicité, d’emprise… Selon les spécialistes, 20 % de la population française aurait vécu aux côtés d’un parent toxique.
Se libérer du fardeau
Au fil des pages de ce récit poignant, on va suivre Alice sur le chemin de la guérison. Guérison parce qu’elle viendra à bout de son cancer, guérison parce qu’elle va peu à peu se dégager du carcan maternel. Elle est arrivée à ce constat, formulé auprès de sa meilleure amie : « Toutes les mères ne se valent pas. Je suis désolée ».
Les propres enfants d’Alice, s’ils ne mettent pas les mots sur ce que vit leur maman, dessinent son fardeau. Un jour, la petite fille dessine « Maminoire », comme une ombre menaçante planant au-dessus de la famille. C’est d’ailleurs ainsi que Mlle Caroline a dessiné la mère castratrice. Une silhouette noire, anonyme, sans traits…
On peut choisir sa famille
Des vexations permanentes à la révolte, il n’y a parfois qu’un pas. Ce pas que va franchir Alice pour décider finalement de mettre de la distance entre elle et sa mère. « Achète-toi une vie! » finit-elle par lui lancer. Anne-Catherine ne semble pas comprendre mais Alice va reconquérir son indépendance et redevenir une femme libre, contredisant l’adage selon lequel on ne choisit pas sa famille…
C’est un récit intelligent et porteur d’espoir que proposent ici les deux autrices. Le scénario de Sophie Adriansen ne verse pas dans le pathos et se clôt sur une note d’espoir. Quant au dessin à la gouache et au crayon de Mlle Caroline, il fait ici merveille.
- Chère maman ( Les mères aussi peuvent être toxiques )
- Scénariste : Sophie Adriansen
- Dessinatrice : Mlle Caroline
- Editeur : Glénat
- Prix : 26,00 €
- Parution : 26 Février 2025
- Nombre de pages : 256
- ISBN : 9782344062128
Résumé de l’éditeur : Mère de 3 enfants, Alix mène une vie plutôt épanouie aux côtés d’un époux aimant et d’amis fidèles. Un jour, au détour d’une conversation, sa mère assène une de ces remarques désobligeantes, dont elle seule a le secret. Mais cette fois, c’est la fille d’Alix qui en est la cible. C’en est trop pour elle. Soudain, toutes les années de souffrances enfouies, les humiliations et les mauvais traitements subis durant l’enfance refont surface. Pourquoi cette femme lui rend-elle la vie impossible ? Les constantes critiques et le manque de considération de la part de cette mère énergivore vont pousser Alix à s’interroger… D’après les spécialistes, 20 % de la population aurait grandi aux côtés d’un parent « toxique ». Commence alors, pour Alix, un long chemin. Sa douloureuse prise de conscience pour briser l’emprise et défaire ses liens va la mettre à rude épreuve. Face à l’adversité et aux désillusions, Alix sent bientôt une boule grossir au fond de sa gorge ; une boule qui l’entrave et qui brûle comme une envie de reprendre le contrôle sur sa vie et de crier tout haut son indépendance… Sophie Adriansen nous livre un récit foudroyant, à la fois drôle et terrible qui décortique le mécanisme insidieux de l’emprise. Le trait expressif de Mlle Caroline illustre le vertige que cette silhouette maternelle, inquiétante et anonyme inspire. Un témoignage libérateur à la mise en scène subtile qui aborde, sans fard, un sujet d’actualité lourd de sens.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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