Coquelicots d’Irak

Coloriste reconnue dans le monde de la bande dessinée, Brigitte Findakly décide de raconter son enfance au Moyen-Orient dans Coquelicots d’Irak. Accompagnée au dessin par son compagnon Lewis Trondheim, elle brosse le portrait de son pays natal avant l’arrivée de Saddam Hussein au pouvoir. Cette formidable autobiographie est publiée par L’Association.

UNE ENFANCE HEUREUSE EN IRAK

Brigitte Findakly est née en 1960 en Irak, d’un père irakien et d’une mère française. Matti, son géniteur dentiste est venu en France en 1947 pour suivre des études dentaires. C’est sur le quai de la Gare Saint-Lazare qu’il rencontre sa future femme. Trois ans plus tard, il l’épouse à Paris.

Lorsque la future coloriste nait dans le pays de son père, elle est doublement baptisée : par un prêtre orthodoxe car son père est chrétien et par un prêtre catholique car c’est la religion de sa maman. Cette double culture sera une vraie force dans la petite famille. Malgré les persécutions envers les chrétiens orthodoxes de plus en plus fréquentes au fil des années, la vie est douce dans ce pays entre Tigre et Euphrate.

Le métier de Matti lui permet de subvenir facilement aux besoins de la famille. Il faut souligner qu’il est dentiste dans l’armée irakienne et que ce statut le protège aussi. Sans jamais faire de distinction, l’homme soigne tout le monde – chrétiens comme musulmans, riches comme pauvres – et même lorsqu’il aura son propre cabinet, il exercera son métier comme un vrai sacerdoce, malgré les difficultés financières.

MOSSOUL : VILLE AGITÉE

La petite famille Findakly prend ses quartiers à Moussoul, une ville située à 350 km au Nord de Bagdad sur les rives du Tigre. Cité riche culturellement – Le monastère Saint-Elie ou l’Eglise Notre Dame de l’Heure – abrita la plus grande communauté de chrétiens syriaques orthodoxes avant d’être chassée par les combattants de Daesch. Il faut souligner que stratégiquement, la ville est importante pour les différents pouvoirs qui se sont succédé notamment pour le pétrole ou l’agriculture.

La petite Brigitte étudie dans des écoles privées mais veut aussi apprendre l’arabe afin de ne pas être rejetée par les autres camarades. L’insouciance d’une vie paisible est menacée par les successions de coups d’états ou de prises de pouvoirs militaires. Le pays devenu instable politiquement à la fin des années 60, la famille décide de s’installer définitivement à Paris. L’intégration en France sera elle aussi délicate à cause des difficultés administratives, sociales et culturelles.

COQUELICOTS D’IRAK : SOUVENIRS TENDRES ET ÉMOUVANTS

Délaissant un instant la colorisation d’albums (Le Chat du rabbin, Théodore Poussin, Pipit Farlouse, Chagall en Russie, Retour à la terre ou Ralph Azam entre autre), Brigitte Findakly se mue en scénariste pour raconter son enfance à travers des souvenirs tendres, émouvants parfois et très drôles. Construit à partir de petites saynètes, l’album regorge de moments intelligents et joyeux.

Dans les pas de nombreux auteurs de bande dessinée qui se racontent dans leurs ouvrages (Persépolis de Marjane Satrapi, Maus de Art Spiegelmann, Pilules bleues de Frederik Peeters, L’ascension du haut mal de David B., Journal de Fabrice Néaud ou L’arabe du futur de Riad Sattouf), l’auteure met énormément de vie, prend du recul et glisse de l’humour pour cela. Ecrit à la première personne, l’insouciance de la petite plait tout de suite à la lecture, son esprit d’ouverture et d’envie d’aider les autres également.

Témoignage fort de l’Irak d’avant Saddam Hussein, elle démontre que toutes les communautés pouvaient vivre en parfaite harmonie. Ce magnifique pays pourtant s’enfoncera vers une dictature mise en place par le parti Baas.

UN DESSIN AU DIAPASON DE L’HISTOIRE

Léger et rafraichissant, grâce à ses petites touches d’humour, l’album est plus profond qu’il n’y parait et se révèle très instructif sur l’Irak. Pour mettre en image, les souvenirs de Brigitte Findakly, qui de mieux que son compagnon Lewis Trondheim. Pour cela, l’auteur de la série Donjon délaisse ses animaux anthropomorphes pour de vrais humains. Toujours avec son style minimaliste, il croque la petite Brigitte, sa famille, ses amis et autres protagonistes de manière humoristique, dans un style gros nez qui est idéal pour restituer l’ambiance douce et joyeuse du récit.

Coquelicots d’Irak : une très bonne surprise de cette rentrée littéraire BD 2016.

Article posté le mardi 23 août 2016 par Damien Canteau

Très belle autobiographie, Coquelicots d'Irak est signée Brigitte Findakly et Lewis Trondheim aux éditions L'Asssociation, décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Coquelicots d’Irak
  • Scénariste : Brigitte Findakly
  • Dessinateur : Lewis Trondheim
  • Éditeur : L’Association
  • Prix : 19€
  • Parution :  22 août 2016

Résumé de l’éditeur : Lewis Trondheim et Brigitte Findakly forment en bande dessinée comme à la ville un duo depuis de nombreuses années. Si la bibliographie pléthorique de Lewis Trondheim n’a plus de secret pour personne, celle de Brigitte Findakly, son épouse et coloriste, quoique toute aussi importante, reste pourtant moins connue. De Pif Gadget, à ses débuts, au Chat du Rabbin, des Formidables aventures de Lapinot au Retour à la terre, on lui doit la mise en couleurs d’une centaine d’albums. Avec ce livre à quatre mains, pré-publié en partie dans « Les strips de la matinale » du Monde, Lewis Trondheim délaisse pour la première fois les animaux anthropomorphisés pour raconter l’histoire de celle qui partage sa vie, née en Irak, d’un père irakien et d’une mère française à l’orée des années 1960. Coquelicots d’Irak retrace son enfance passée à Mossoul, ville du nord de l’Irak, à une époque où, bien avant l’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein, se succèdent coups d’État et dictatures militaires. Déroulant le fil de ses souvenirs, on découvre alors une vie de famille affectée par les aberrations de la dictature et leurs répercussions sur la vie quotidienne, jusqu’à un inéluctable exil vers la France au début des années 1970. Une arrivée en France elle aussi difficile, une expérience migratoire faite de difficultés administratives, sociales et culturelles. Dans ce récit qui prend pour toile de fond une triste actualité, Lewis Trondheim et Brigitte Findakly brossent en saynètes percutantes et sans ambages, mais pas moins sensibles pour autant, la trajectoire singulière de la coloriste qui, pour la première fois, occupe le premier rôle dans un livre. Ponctué de photos et de parenthèses sur les coutumes, la culture irakienne et les souvenirs de l’Irak de Brigitte Findakly, on partage avec elle la nostalgie de ceux qui ont laissé derrière eux leur pays d’origine, et les liens fugaces qui subsistent, tout à l’image des coquelicots devenus si fragiles une fois déracinés.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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