Dictionnaire amoureux de la bande dessinée

Benoît Peeters est la figure tutélaire du monde de la bande dessinée franco-belge. Scénariste brillant, éditeur visionnaire, passeur de savoir émérite, défenseur des autrices et auteurs, il est le patron. Les éditions Plon lui ont confié la charge de produire un ouvrage particulier, un Dictionnaire amoureux de la Bande Dessinée. Mais pour quels contenus proposés et avec quelles limites ?

Dictionnaire amoureux de la bande dessinée Benoit PeetersDictionnaire amoureux de la bande dessinée : Soyez adeptes du polyamour

De (À suivre) à Zig et Puces, Benoît Peeters propose 161 articles courts, entre portraits d’artistes, mises en avant de séries ou réflexions sur l’industrie. Avec de petites respirations graphiques réalisées par Alain Bouldouyre.

Comment lire un dictionnaire amoureux de la bande dessinée ?

Mais comment lire un tel ouvrage ? En le prenant à la page 1 et le refermant à sa conclusion ? Je n’en ai pas eu envie. En lisant les seuls articles m’intéressant sur le principe ? Cela ne me correspond pas. Alors j’ai choisi de laisser le hasard guider ma première lecture. J’ai ouvert le livre, lu le chapitre en cours, puis je l’ai refermé avant de le rouvrir à nouveau n’importe où. Un chemin inattendu s’est ouvert à moi :

(À Suivre) / Blutch (l’auteur) / Jack Kirby / Florence Cestac / Questions de métiers / Lewis Trondheim / Milton Caniff / Tchang / Munoz / Blue / Yoshiharu Tsuge / Métal Hurlant / Héros / Gasoline Alley / Morris / Expositions / Rochette / Belgique / Pénélope Bagieu / Cités Obscures / Jirô Taniguchi

Carnet de voyage

Alors, que dire de ce premier voyage ? De cette extraction de quelques chapitres ?

Que l’on y retrouve évidemment l’histoire de Benoît Peeters dans ce média. Le roman graphique, Tintin, les questionnements sur le milieu, les Cités Obscures, le seinen manga… Tout cela parle de Casterman, d’Hergé, de l’Histoire du XXe siècle dans la BD européenne. Mais pas seulement et l’on retrouve aussi les capacités d’exploration du monsieur et sa mémoire de la bande dessinée mondiale.

Que manque-t-il dans ce dictionnaire amoureux de la bande dessinée ?

Une mémoire, qu’il assume en introduction comme sélective, notamment au détriment du manga. Peeters pose qu’il n’est pas connecté à tout le mouvement manga depuis 40 ans et que le shonen par exemple, fait partie de ses failles. Dès l’introduction, l’auteur contrecarre les éventuelles critiques que nous pourrions lui faire. Il est fort. Alors forcément, tout le monde trouvera qu’il manque quelque chose. Pour ma part, comme pour tous les ouvrages écrits par des auteurs de cette époque, je regrette la faible place finalement accordée à la bande dessinée de ces 25 dernières années. Alors je leur donne plus de place, quand c’est moi qui suis à l’écriture. Mais n’est-ce pas là un biais naturel, qui nous amène à écrire sur ce que nous avons vécu nous-même aux premières loges ?

Le fruit du hasard est fort goûteux

Quel bilan tirer de cette première sélection hasardeuse ? Que de manière assez logique, les meilleurs articles sont ceux qui font appel le plus à l’histoire personnelle de Benoît Peeters. Certains articles sont plus courts, moins emportés, car l’auteur s’y livre à une rapide synthèse, plus qu’à une déclaration d’amour. Il serait intéressant de savoir comment s’est effectué son choix d’entrées. A-t-il sacrifié à des passages obligés, de grandes figures qu’il fallait citer pour offrir un panorama plus complet, mais moins connectées à lui ? Ce n’est pas un reproche, car vu la diversité du sujet, c’est une obligation que rencontre tout auteur de tel livre. Mais voilà, Peeters n’est jamais aussi captivant, même en quelques paragraphes, que quand il aime passionnément.

Pour ma part, je retiens notamment les chapitres plus généralistes, comme « questions de métiers », « héros » ou « expositions ». Car l’artiste y offre de véritables moments de réflexion. Une bulle de pensée globale qui appelle à prendre de la hauteur, de la distance, vis-à-vis de notre matière commune d’intérêt.

Ponctions dans les pages du dictionnaire amoureux de la bande dessinée

Voici ma première entrée dans ce livre. Mais dans un souci de précision pour la rédaction de cet article, j’ai aussi voulu aller chercher certains articles spécifiques. Ceux susceptibles de m’intéresser plus personnellement. « Dessiner et redessiner », « féminisation » et « Légitimation » ont été mes articles choisis. Et m’ont fait beaucoup de bien, comme je l’espérais.

Le redessin, concept créé par Benoît Peeters, parle de cette action de reproduction du trait spécifique à la bande dessinée et de ses conséquences sur la production. Avec un angle très lié à Hergé, certes, mais l’exemple reste d’une grande pertinence. Peeters démontre que l’on ne parle pas assez de dessin quand on parle de bande dessinée. Parce que nous avons tous appris à écrire, mais finalement, pas à dessiner.

L’article sur la féminisation rassure. On peut être un homme blanc de plus de 50 ans et avoir un regard féministe et serein sur cette évolution. Personne n’est voué à finir vieux et réactionnaire.

Enfin, l’article sur la légitimation m’était déjà un peu connu ayant eu l’occasion d’écouter l’auteur sur ce sujet. Mais il pose les mots justes, une fois de plus, des mots utiles à propager.

Offrez ou offrez-vous un livre d’amour

Voici comment j’ai lu ce Dictionnaire amoureux de la bande dessinée, signé par Benoît Peeters et publié chez Plon. Chacune et chacun pourra le lire à sa façon. La seule bonne façon d’appréhender cet ouvrage, c’est de le faire dans le même état d’esprit que son auteur : avec curiosité et passion. Le 9e Art n’a pas d’autres frontières que celles de ses lecteurs. Ne craignez pas de les abolir, de belles découvertes vous seront offertes, dans les rayonnages des librairies comme dans ce dictionnaire.

Article posté le dimanche 11 janvier 2026 par Yaneck Chareyre

Dictionnaire amoureux de la BD de Benoit Peeters (éditions Plon)
  • Dictionnaire amoureux de la bande dessinée
  • Auteur : Benoît Peeters
  • Illustrateur : Alain Bouldouyre
  • Éditeur : Plon
  • Date de publication : 08 janvier 2026
  • Nombre de pages : 608
  • Prix : 26€
  • ISBN : 9782259320818

Résumé de l’éditeur : Scénariste, auteur, éditeur et concepteur d’expositions, la relation de Benoît Peeters à la bande dessinée est inséparable de l’enfance. A la fois acteur et témoin, il nous invite à de belles découvertes ou redécouvertes dans un paysage de la bande dessinée en perpétuelle métamorphose.

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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