Gramercy Park

New York, 1954. D’un toit surmontant Gramercy Park, une jeune femme observe les habitants de la ville, tout en prenant soin de ses ruches. Dans l’immeuble d’en face, un caïd vit un quotidien réglé comme du papier à musique.

Paris – New-York

À la fin de la Seconde guerre mondiale, Madeleine est danseuse à l’opéra de Paris. La Libération lui fait rencontrer Jeremiah, un jeune soldat Américain qui la courtise en faisant le pied de grue après le spectacle. De fil en aiguille, l’amour naît, et le couple finit par quitter Paris pour New-York. Mais le rêve américain des deux amants se transforme en cauchemar.

Lorsque l’argent vient à manquer, Madeleine sent Jeremiah s’éloigner malgré ses efforts pour maintenir leur histoire à flots. Jeune femme optimiste mais étrangère dans la Grande Pomme, son univers se réduit à Jeremiah, aux lettres qu’elle écrit à son grand-père resté à Paris et aux cours de danse qu’elle dispense, ses jeunes élèves lui apprenant avec enthousiasme un langage de charretier. Jeremiah sombre lentement et les questions sans réponses s’accumulent, laissant Madeleine impuissante.

Gramercy park : polar en flashbacks

Quelques années plus tard, la jeune femme a un air à la fois triste et déterminé. De son promontoire, elle est témoin des journées qui se déroulent derrières les fenêtres des autres. De monsieur Day en particulier. Au milieu des gratte-ciel de Manhattan, chacun est conscient de la présence de l’autre et feint de l’ignorer avec application. Que peuvent avoir en commun une ancienne danseuse esseulée et un roi de la pègre ?

Les silences de Madeleine sont entrecoupés de flashbacks permettant au lecteur de récolter des indices au goutte à goutte, ceux du criminel sont lourds de menace. Madeleine est ancrée dans le passé, Day cherche à concilier la violence sous-jacente de ses activités présentes et le fait d’élever une petite fille qui refuse de lui adresser la parole. Chaque dimanche, il s’absente à 11 heures pile.

la vengeance est un plat qui se mange froid

Les personnages de Gramercy Park, attendent. Dans les ombres charbonneuses de Christian Cailleaux, ils s’épient, se tournent autour, se surveillent. Seule Billie, petite fille fugueuse, s’échappe régulièrement dans le parc privé réservé à la résidence, comme pour se rebeller contre les petites cases de sa prison dorée, atteindre les espaces plus larges dans lesquels Madeleine évolue.

Avant que le puzzle ne s’assemble, se sont les abeilles, personnages à part entière de l’album, qui font le lien entre les êtres et les époques. Libres de circuler, elles ne sont arrêtées ni par le vide ni par les fenêtres, et emmènent le lecteur dans de multiples perspectives : vues aériennes de New-York, plans rapprochés sur les visages… jusqu’à agir directement dans l’histoire, par les réactions diverses qu’elles suscitent.

C’est une histoire de vengeance que nous content Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux. Auteur de Tobie Lolness, Vango, ou encore Neverland, Timothée de Fombelle écrit également pour le théâtre et choisit pour chacune de ses histoires le medium le plus approprié.

Christian Cailleaux a habitué le lecteur à ses carnets de voyages – avec Tchaï Masala ou Embarqué – mais aussi proposé des biographies de Boris Vian et Jacques Prévert. Son trait voyageur s’est posé dans le New-York des années 50 pour nous livrer avec Gramercy Park un polar à la mine et à l’estompe, dont l’apparente lenteur se différencie des autres et n’en est que plus efficace.

Article posté le mardi 01 mai 2018 par Elisabeth Eon

Gramercy Park de Timothée de Fombelle et Christian Cailleaux (Gallimard) décrypté par Comixtrip
  • Gramercy Park
  • Scénariste : Timothée de Fombelle
  • Dessinateur : Christian Cailleaux
  • Editeur : Gallimard
  • Parution : 05 avril 2018
  • Prix : 20€
  • ISBN : 9782070657568

Résumé de l’éditeur : New York, 1954. Sur le toit d’un immeuble, une jeune femme s’occupe patiemment des ruches qui l’entourent et semble attendre quelque chose. Dans l’immeuble d’en face, un caïd de la pègre reste cloîtré chez lui à l’exception d’une mystérieuse sortie hebdomadaire. Ils ne se connaissent pas, mais ils se voient. Entre eux, le vide, une voiture de flics et un parc dont l’accès est réservé à quelques privilégiés. Qu’est-ce qui pourrait lier cette ancienne danseuse de l’Opéra de Paris et cet homme insaisissable que tout le monde craint ?

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Elisabeth Eon

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