Helen de Wyndhorn

Le comic-book chez Glénat, ce n’est pas terminé ! S’il n’existe plus de collection Glénat Comics proactive, les éditeurs de la maison grenobloise n’entendent pas délaisser le marché américain. Et en ce mois d’octobre 2025, c’est une grosse prise qui entre au catalogue, puisque ce ne sont pas moins que Tom King et Bilquis Evely (Supergirl woman of Tomorrow) qui y font leur entrée avec Helen de Wyndhorn. Vous aimez la fantasy et vous avez l’esprit pulp ? Ce livre est pour vous !

Helen de Wyndhorn Tom King Bilquis Evely GlénatHelen de Wyndhorn : le divertissement n’empêche pas la profondeur

Le père d’Helen, romancier pulp à succès, est récemment décédé. La jeune femme est rappelée sur le domaine familial de Wyndhorn, par son grand-père. Mais elle ne parvient qu’à noyer son deuil dans l’alcool. Du moins, jusqu’à ce qu’elle se rende compte que le manoir et son voisinage recèlent des mystères en lien avec l’œuvre de son père. Son grand-père pourrait bien être plus que ce qu’il n’y paraît.

Tom King, une patte d’écriture

Peut-on écrire un récit humain au milieu des créatures féériques et des batailles épiques ? Avec Tom King, la réponse est oui. On pourrait même dire que c’est sa marque de fabrique.

L’ancien agent de la CIA n’aime rien tant que de décortiquer l’âme humaine à part offrir des aventures hautes en couleur. Quel que soit le genre, espionnage, fantasy, super-héros, on retrouve généralement les deux aspects dans ses récits.

C’est à nouveau le cas dans Helen de Wyndhorn, et la couverture française choisie est assez explicite en ce sens. Helen y apparaît, une bouteille de vin à la main, une épée dans l’autre.

Dépression, deuil, alcoolisme d’un côté ; batailles et mondes imaginaires de l’autre.

Helen de Wyndhorn, dans le fond, ça raconte quoi ?

Quand on enlève la couche de fantasy, on conserve une histoire de famille. Celle d’un père qui a choisi le suicide, qui a fui ses origines. On parle d’une mère décédée trop tôt. On parle d’un grand-père qui semble tyrannique et oppressant. Helen, au milieu de cela, tente de vivre avec la mort de son père.

On a vu des romans graphiques « sociétaux » plus joyeux que cette strate du scénario de Tom King. Et ce fil rouge, il le tient, du début à la fin du récit. Cela lui offre l’occasion d’écrire des scènes très touchantes, très humaines.

Il tire son héroïne jusqu’à son point de craquage, comme un élastique dont on testerait les limites. Helen rompt-elle ou bien parvient-elle à sortir sa famille de leurs travers ? Réponses en fin d’album.

Un peu de prestidigitation à l’américaineHelen de Wyndhorn page 7

En bon auteur de pop culture, Tom King traite de sujets durs sans faire mine d’y toucher.
C’est là que la coloration « fantasy » entre en jeu. Elle lui permet d’offrir un récit divertissant, constitué de nombreuses aventures qui détournent volontairement l’attention du lecteur des messages qu’il veut réellement transmettre. C’est donc un monde enchanteur mais peuplé de menaces terribles qu’il nous fait découvrir. Un monde sur lequel il n’ouvre que quelques fenêtres. Pas question de se montrer didactique ou pédagogique. Helen de Wyndhorn n’est pas un carnet d’exploration.

En revanche, chaque nouvelle aventure, chaque obstacle magique dressé sur le chemin de l’héroïne, est une nouvelle étape pour faire face à son processus de deuil. Colère, déni, acceptation, tout cela passera de manière symbolique pour l’acceptation de cette part « magique » de sa vie. Les Américains seront contents, forte, Helen deviendra par le maniement des armes et la destruction de créatures. A moins que ce ne soit qu’une façade pour un récit sur l’émancipation familiale…

Helen de Wyndhorn, un album sur la BD de pop culture ?

Enfin, on ne peut parler de cette série sans évoquer la dimension méta que Tom King y glisse. Car cette histoire nous est narrée. Elle nous est présentée via des entretiens faits par un journaliste avec la gouvernante d’Helen. Des entretiens qui deviennent un livre sur le père d’Helen. Des entretiens bien trop fous pour être acceptés par le journaliste. Mais ces témoignages vont circuler, perdurer.

Cette vérité cachée ne demande qu’à ressortir et finalement, n’est-ce pas Tom King qui aurait retrouvé tous ces enregistrements pour révéler à son tour, la réalité de la famille d’Helen ?

Tom King Bilquis Evely Eisner Awards

Tom King Bilquis Evely – Eisner Awards

Succombez au dessin de Bilquis Evely

Helen de Wyndhorn page 65Cette dualité entre humanisme et aventure se retrouve aussi dans le dessin de l’artiste Bilquis Evely. Ses premières armes dans le comic-book industriel, elle les fait sur Batman et Harley Quinn. Elle se fera connaître notamment par son travail sur Sandman : The Dreaming, série publiée dans le label Vertigo de DC Comics.

Et le succès, c’est Supergirl : Woman of Tomorrow qui lui apportera, notamment depuis que James Gunn a annoncé que cette série serait la base de l’adaptation du film Supergirl annoncé pour 2026. Des super-héros, de la magie, Bilquis Evely a grandi professionnellement dans cette pop culture à laquelle Helen de Wyndhorn appartient pleinement.

Gustave Doré, Barry Windsor-Smith…

Et pourtant, son dessin a toujours offert une esthétique décalée, par rapport à cette approche très «grand public » de la bande dessinée. Dans le trait, se perçoit de manière claire la richesse d’une culture artistique classique. Elle ne dénote pas dans la communauté des auteurs et autrices de comic-book. Elle surnage.

Dans les découpages, dans la mise en scène, l’autrice applique les codes attendus dans cette industrie. Mais dans le trait, elle rejoint une minorité d’artistes très exigeants, adeptes d’un travail minutieux façon gravure à l’ancienne. Cela passe par la quantité de détails représentés, par la densité de traits qu’elle déploie sur ses pages. Cet amour de la Culture offre un cadre graphique idéal pour l’univers de Tom King.

Helen de Wyndhorn n’est pas qu’une leçon de dessin

Et dans le même temps, cette exigence artistique ne se montre pas écrasante. Au contraire, cet album donne envie de lire Bilquis Evely sur un récit encore plus centré sur l’émotion. Voir ce qu’elle pourrait offrir sans les artifices distrayants de la pop culture constituerait une expérience plus qu’intéressante. Osera-t-elle ce mouvement ?

Dernière précision concernant la partie graphique de cet album. La version officielle est colorisée par Matheus Lopes, qui offre des ambiances magiques parfaitement adaptées aux ambitions de l’histoire. Mais une version noir et blanc existe aussi pour profiter du seul dessin de Bilquis Evely. Et vous savez quoi ? Les deux expériences se valent… A vous de choisir, ou pas.

Glénat fait le pari Helen de Wyndhorn, répondez présent !

Parce qu’issu de l’industrie américaine du comic-book, Helen de Wyndhorn passera sans aucun doute sous les radars de nombreux lecteurs français. Et ce sera regrettable. Osez choisir une lecture divertissante ET inspirante. Tom King et Bilquis Evely vous proposent assurément les deux et il n’y a pas de raison de ne pas faire la rencontre d’Helen et de son grand-père.

Article posté le samedi 11 octobre 2025 par Yaneck Chareyre

Helen de Wyndhorn Tom King Bilquis Evely Glénat
  • Titre : Helen de Wyndhorn
  • Scénariste : Tom King
  • Dessinatrice : Bilquis Evely
  • Coloriste : Matheus Lopes
  • Traductrice : Marie Renier
  • Éditeur USA : Dark Horse Books
  • Éditeur France : Glénat
  • Date de publication France : 01/10/2025
  • Nombre de pages : 168
  • Prix : 23€ (version couleur)
  • ISBN : 9782344069554

Résumé éditeur : Une histoire fantastique à la croisée du Magicien d’Oz et de Conan le Barbare Après la mort tragique de son père C.K. Cole, un célèbre écrivain de pulps, Helen doit aller vivre dans l’immense propriété de son grand-père, Wyndhorn House. Marquée par cette disparition, la jeune femme perdue et rebelle est projetée dans un monde nouveau. Elle ne le sait pas encore, mais bientôt son existence tout entière va être bouleversée… Un soir, près du bois, elle est attaquée avec sa gouvernante par une créature maléfique qui semble tout droit sortie d’un roman de fantasy ! Brandissant une hache, son grand-père arrive juste à temps pour les sauver. Mais cet accident n’a rien d’anodin. Peu à peu Helen, va se rendre compte qu’à l’extérieur des murs vivent des créatures légendaires semblables à celles qui peuplaient autrefois les récits de son père. Comment est-ce possible ? Commence alors un fabuleux voyage initiatique en compagnie de son grand-père, qui va lui révéler un univers différent de ce qu’elle a connu jusqu’ici. Tom King nous plonge dans le secret et le mystère en ancrant son récit dans un univers fantastique, auquel Bilquis Evely apporte toute sa fantaisie et son talent grâce à son trait onirique, à la fois moderne et précis, qui rappelle la beauté majestueuse des gravures. Une pépite graphique qui nous transporte loin pour une aventure pleine de suspense et de rebondissements.

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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