Holmes (1854/†1891?), livre V

Lorsque sort un nouveau tome de Holmes (1854/†1891?), c’est toujours un événement en soi. Le frère ainé résume parfaitement le contenu de cet avant-dernier épisode. Mycroft sera mis en lumière tout au long de ce récit qui sera déterminant pour clore une série d’une incroyable richesse scénaristique et graphique. Ainsi, nous allons nous apercevoir que le frère du célèbre détective n’a pas toujours été dans l’ombre du benjamin de la famille. Bien au contraire. Nous allons constater que l’esprit de déduction spectaculaire n’a pas été découvert en premier lieu chez le jeune Sherlock. Pendant ce temps Watson et Mary sont toujours au chevet de cette femme qui dérange tant elle détient de précieuses informations sur la famille Holmes.

TOUT N’ÉTAIT PAS ROSE AVEC VIOLET HOLMES

Alors que Wiggins ne lâche pas d’une semelle Mycroft, l’unique frère de Sherlock Holmes, le docteur Watson et sa femme continuent de soigner Mme Bannister. Laquelle n’est pas avare de révélations concernant la famille de son meilleur ami. Et celle qui semble être la plus mystérieuse ou en tout cas à l’attitude la plus déroutante semble bien être Violet Holmes. En effet, nous avions déjà pu constater à quel point la mère des deux jeunes garçons se destinait à une vie plus stimulante que celle de rester au foyer auprès de son époux. Nous en avions déjà aperçu les prémices dans le tome IV et la Dame de Scutari, et nous aurons la confirmation que son engagement politique va l’aider un peu plus à s’émanciper.

Cette forte personnalité, fortement conditionnée par une longue période passée aux côtés de Florence Nigthingale, s’imposera sournoisement devant la fragilité de son mari Siger. Lui qui s’est occupé de son premier fils avec une double attention pendant des années, va peu à peu être contraint de s’effacer face à son épouse. D’abord si proche de son père, Mycroft veut comprendre les curieux agissements de sa mère qui s’absente du domicile familial toute la journée. Doté d’une rare intelligence, l’enfant ne tardera pas à le découvrir. Ses capacités intellectuelles hors normes impressionneront les prestigieuses fréquentations de sa mère.

En se mêlant à eux, et notamment auprès d’un célèbre militant révolutionnaire, Mycroft s’offre l’opportunité de se rapprocher de Violet qu’il ne connaît, au fond, pas vraiment.

SI PROCHES ET SI DIFFÉRENTS

Témoin de l’accablement de son père, le petit Sherlock n’a d’yeux que pour son grand frère. Une admiration telle que son retour à la maison, après trois ans d’étude à Cambridge, procure au jeune fougueux une joie non dissimulée. Se rendant compte des prédispositions similaires aux siennes, Mycroft s’empresse d’alerter leur mère des talents de déduction de son deuxième fils.

Mais c’est bien ici que se séparent les points communs des deux pré-adultes. Violet et Mycroft essayant en vain de rallier Sherlock à leur cause, le jeune homme n’adhérera pas à leurs convictions radicales. Séparé de la famille, sa lucidité sera ternie par la fragilité qu’il hérite probablement de son père. C’est ainsi que débute une addiction qui ne le quittera jamais. À ce moment précis, Sherlock Holmes n’est pas encore l’homme à l’assurance inébranlable. Il est seul et ne trouve refuge qu’auprès de son ancienne nourrice, Miss Bannister.

SIR LUC ARTHUR BRUNSCHWIG CONAN DOYLE ?

Exceptionnel ! C’est au minimum ce qualificatif qui nous vient à l’esprit à la fin de cette lecture. On savait que l’histoire allait se concentrer sur le frère de Sherlock. Mais quelle intensité ! Quelle justesse d’écriture ! Notamment dans la démonstration de Mycroft mettant en lumière ses facultés d’observation pour retrouver sa mère, on a l’impression que c’est Sir Arthur Conan Doyle lui-même qui a imaginé cette séquence narrative. L. Brunschwig a un talent scénaristique qui n’est plus à prouver. Mais donner au lecteur autant de similitudes avec la plume de l’écrivain britannique relève du génie !

Le contenu de cet avant-dernier tome se concentre donc sur le frère aîné de la famille mais il apporte également beaucoup d’éclaircissements sur la psychologie de chaque membre qui la compose. Le tout avec une belle fluidité. Et pour cette fois, Wiggins et Watson sont (un peu) sur la touche tout en restant un trait d’union idéal entre le passé et le présent.

CECILUMINEUX POUR LES YEUX…

Et que dire de la représentation graphique de Cecil. Que dire de plus que ce que l’on a déjà évoqué depuis le premier tome ? Nous allons donc nous répéter inlassablement : le dessinateur propose une nouvelle fois une sublime bande-dessinée. Mais offrir des planches, des cases, des émotions, des détails, des décors aussi parfaits ne suffisent pas. Encore faut-il qu’il y ait une vraie complémentarité avec l’intrigue proposée.

Et c’est bien l’une des forces de l’association Brunchwig/Cecil. Pourtant, ce dernier, lors d’une rencontre au festival de Saint-Malo il y a deux ans, nous avait confié que la distance qui le séparait d’avec son compère était difficile à vivre pour la production de leur travail. Force est de constater qu’ils se connaissent suffisamment pour passer au-delà de cette frustration et ainsi offrir un résultat des plus éblouissants.

LE RESPECT DES PERSONNAGES

Notons tout de même pour ce nouveau chapitre que Cecil illustre de façon inédite et brillante différentes époques vécues par les Holmes. Et qu’il est particulièrement savoureux de découvrir Sherlock et son frère à différentes périodes de leur vie. Savoureux, car on sent l’importance qu’accorde Cecil à donner des traits bien spécifiques à ses personnages selon la scène relatée. Encore une fois, rien n’est laissé au hasard.

L’étau se resserre, le dénouement est proche. Nous ne savons pas encore où nous emmènent Luc Brunschwig, Cecil et la famille Holmes, mais une chose est sûre, nous les suivons les yeux fermés ! Non, plutôt grands ouverts !

 

Article posté le vendredi 20 décembre 2019 par Mikey Martin

  • Holmes (1854/†1891?), livre V : Le frère ainé
  • Scénariste : Luc Brunschwig
  • Dessinateur : Cécil
  • Editeur : Futuropolis
  • Prix : 13,50€
  • Sortie : 9 octobre 2019
  • ISBN : 9782754811422

Résumé de Comixtrip : Le frère aîné, titre de ce tome V, dit tout. Pour l’avant-dernier album de ce magnifique album, il est temps d’en savoir un peu plus sur Mycroft Holmes, le mystérieux frère ainé du célèbre détective.

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Mikey, dont les géniteurs ont tout de suite compris qu'il était sensé (!) a toujours été bercé par la bande dessinée. Passionné par le talent de ces scénaristes, dessinateur.ice.s ou coloristes, il n'a qu'une envie, vous parler de leurs créations. Et quand il a la chance de les rencontrer, il vous dit tout !

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