Je vais rester

On adore, lorsque l’on part en vacances estivales, emmener de quoi flâner au bord de la mer ou dans son hamac à l’ombre d’un soleil radieux. Et si on a eu la bonne idée d’emporter dans ses bagages cette petite pépite qu’est Je vais rester, on aura eu peut-être l’inconscient réflexe de regarder autour de nous, lors d’une promenade le long d’un quai. Pour cette association inédite, Lewis Trondheim & Hubert Chevillard nous parlent d’un couple fraîchement débarqué à Palavas. Roland a tout prévu pour que Fabienne et lui passent un séjour parfait. Tout, sauf ce qu’il ne pouvait pas présager.

DES VACANCES AU DRAME

Une semaine de vacances pour profiter de Palavas-les-Flots. Voilà ce qui attend Fabienne et Roland. Avant d’arriver à la résidence des Acacias, ils prennent le temps de déambuler le long des quais. Il fait beau, le vent souffle. Et en un instant, ils vont se retrouver dans la rubrique faits divers du journal local. Le destin qui les a fait arriver trop tôt pour accéder à leur location, aura la lourde conséquence de laisser Fabienne livrée à elle-même. Roland a perdu la tête… et une question demeure. Fabienne pourra t-elle relever la sienne face à la violence inouïe qu’elle vient de subir ?

Quatre. c’est le nombre de fois où l’on verra le visage de Roland dessiné sur une case. Bien qu’il disparaisse dès la quatrième planche, sa présence ne cessera de planer dans ce roman graphique qu’est Je vais rester. Et pour cause, on s’aperçoit, tout au long de l’histoire, que ce séjour en amoureux avait été minutieusement préparé par le compagnon de Fabienne. En témoigne cet agenda où il avait tout noté. Jusqu’à l’ultime soirée au restaurant, Roland n’avait absolument rien laissé au hasard.

JE VAIS RESTER ENCORE UN PEU AVEC TOI

D’abord stoïque, puis totalement démunie lorsque un agent de police lui énonce les procédures habituelles, Fabienne va prendre sa décision en un instant. Dès lors qu’elle aura répondu à un appel téléphonique, elle sait qu’elle va rester. Là où tant de personnes auraient fui ce cadre idyllique devenu le théâtre d’un horrible événement. Est-ce du déni, du courage, de l’inconscience ? Certainement un mélange de tout ça, au début.

Mais, lorsque les pages se dévoilent une à une, subsiste cette sensation beaucoup plus poétique autour du comportement de Fabienne. Si l’on s’attarde sur ses occupations, que ce soit les promenades, lorsqu’elle emprunte le transcanal, ou même lorsqu’elle s’assoit sur un banc public, la présence de Roland à ses côtés est évidente. Accompagnée du mémorandum de son compagnon, elle se laissera porter et ne donnera place qu’à une rencontre inopinée. Voire deux. Celle avec cet étrange mais tendre collectionneur Paco, mais aussi avec un chien…

DEUX AUTEURS POUR UNE BELLE COHÉSION

Lewis Trondheim délivre dans Je vais rester, une histoire d’une belle authenticité. Partant d’un drame qui, à l’image des touristes qui s’agglutinent autour, pourrait n’être qu’un malheureux épisode estival que les vacanciers ramèneraient dans leurs souvenirs, devient une formidable quête existentielle. Imaginer son héroïne bouleverser les codes légitimes de la femme éplorée, et la voir faire son deuil en respectant le programme imaginé par Roland, forcent l’admiration du lecteur. Bien plus encore, le scénariste permet cette idée que, malgré l’absurdité de certaines séquences de notre vie, nous pouvons choisir comment la recevoir. Soit en la subissant ou en la contrôlant.

Que dire du coté graphique réalisé par Hubert Chevillard.  Dès la première page, on sent la brise sur nos joues. Souvent découpées en gaufriers, ses planches ne possèdent aucune surcharge. Allant à l’essentiel, il donne tout à ses personnages. L’exemple de Fabienne est le plus significatif. Le visage de ce personnage est plusieurs fois dessiné avec deux billes rondes pour les yeux et des sourcils très hauts. Non sans rappeler un célèbre héros de bande dessinée, H. Chevillard donne une multitude d’expressions à la protagoniste du récit. Alors même que ses traits ne laissent rien paraître. Si on s’attarde sur les quelques dessins pleine page ainsi qu’à une colorisation remarquable selon le moment relaté, le dessinateur prouve qu’il s’est complètement approprié l’ambiance de Je vais rester.

Au final, le duo Trondheim/Chevillard délivrent une jolie intrigue qui fonctionne du début à la fin. Nous avons eu, nous aussi, envie de rester avec Roland jusqu’au bout des vacances…

Article posté le dimanche 16 septembre 2018 par Mikey Martin

Je vais rester de Lewis Trondheim et Hubert Chevillard (Rue de Sèvres) décrypté par Comixtrip
  • Je vais rester
  • Scénariste : Lewis Trondheim
  • Dessinateur : Hubert Chevillard
  • Coloriste : Hubert Chevillard
  • Éditeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 18,00 €
  • Parution : 02 mai 2018
  • ISBN : 9782369812289

Résumé de l’éditeur : Fabienne et Roland débarquent à Palavas pour passer la semaine. Roland a tout payé, tout organisé et scrupuleusement consigné chaque étape du séjour dans un carnet. Ils s’apprêtent à déposer leurs bagages à l’appartement. Soudain, elle se retrouve seule. Stupeur, déni… Contre toute attente, elle décide de rester.

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s'installe avec sa compagne juste en face d'une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s'y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d'être partagée par de petites chroniques.

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