L’Ange Corse

Futuropolis revient à la série avec L’Ange Corse, une fresque dans l’Indochine de l’entre-deux guerres prévue en  àsix tomes. Entre vendetta, amours contrariées et trafic d’opium.

Beau comme un ange

Des cheveux blonds, le regard bleu qui porte loin, Ange a dit-on la beauté du diable. Recueilli par un vieux berger corse qui lui a appris à marcher, à chasser, à guider un troupeau, Ange a grandi dans une région reculée de la Corse, entre chèvres et maquis. Nous sommes en 1910. Le garçon ne connaît pas grand chose de ses origines. On lui dit que sa mère, Corse, fut séduite par un Sarde qui l’abandonna.

Une nuit dans la montagne, alors qu’ils viennent de rentrer les brebis, le jeune garçon et son grand-père sont attaqués par des bandits venus d’Ajaccio. Il y a des morts. Ange tue l’un d’eux avec une fourche…

Ainsi commence L’Ange Corse, une fresque prévue en six tomes. Elle marque aujourd’hui le grand retour de Futuropolis à la série. Elle est signée Loulou Dedola pour le scénario et Luca Ferrara pour le dessin. Ces deux-là n’en sont pas à leur première collaboration. Ils ont déjà à leur actif deux albums, dont Le combat du Siècle et Il était une fois en Jamaïque.

Dans le commerce de l’opium

Sous-titré Exode, ce premier opus sert d’introduction à ce que l’éditeur présente comme une grande fresque courant des années 1920 à 1940 en Indochine. Car c’est là que dix ans après on retrouve Ange. Il a dû fuir son île pour échapper à une vendetta…

Le voilà palefrenier. Il est au service de Philippe Maurizi, natif d’Ajaccio, devenue planteur d’opium à Hanoï. Un « mafieux » corse qui a vite compris tout le profit à tirer du « commerce  » illicite de ce pavot somnifère. Il faut dire qu’à l’époque, l’État Français n’est guère regardant sur ces pratiques. La drogue devient aussi le nerf de la guerre, quand il s’agit de financer ses infrastructures !

Homme de main

Ce Maurizi a besoin d’hommes de main pour asseoir son trafic et contrôler par exemple ce qui se passe dans ses fumeries et ses bordels. Ange, peu à peu, sera formé à ses méthodes, au grand dam de sa mère adoptive, Anna, la femme de Maurizi.

Elle, qui a perdu deux enfants à la guerre et qui aime désormais Ange comme un fils, fait tout pour l’éduquer dans le droit chemin. Inquiète, elle veut éloigner Ange de la délinquance. «  Tu dois fuir, dit-elle, sinon il fera de toi un criminel ».

Dans la lignée des grands feuilletons ?

Ange est entré dans une autre dimension. Les alertes d’Anna n’ont rien empêché. Le voilà pris dans le tourbillon des « affaires » louches, à faire le coup de poing contre les Chinois dans une Saïgon où les Corses ont leur place. Son patron s’empresse de lui rappeler: « Nous les Corses, nous n’avons pas l’industrie automobile ou l’hévéa… Nous avons les maisons closes, et les cercles…Mais l’avenir c’est l’opium! ».

Porté par le dessin réaliste de Ferrara, richement documenté, ce premier tome a été préfacé par Philippe Francq. Le dessinateur de Largo Winch salue « le style prometteur » de Ferrara et « le sens du dialogue » de Dedola.

Pour l’heure, on reste toutefois moins enthousiaste quant à la psychologie des personnages et leurs motivations profondes. La dimension politique, voire « anticolonialiste » dont ce récit serait porteur n’apparaît pas encore clairement à nos yeux. Mais comme dans tout feuilleton qui se respecte, l’auteur doit tenir son lecteur en haleine. Wait and see.

L’éditeur annonce un tome 2 pour mars 2026, un troisième pour le mois de septembre de la même année.

Article posté le mercredi 17 septembre 2025 par Jean-Michel Gouin

L'ange corse 1 de Loulou Dedola et Luca Ferrara (éditions Futuropolis)
  • L’Ange Corse ( Tome 1/6)
  • Scénario : Loulou Dedola
  • Dessin : Luca Ferrara
  • Editeur : Futuropolis
  •  Prix : 16 €
  • Parution : août 2025
  • ISBN : 9782754832342

Résumé de l’éditeur : L’Ange Corse se passe dans l’Indochine française d’avant la seconde guerre mondiale, dans une France coloniale en pleine turbulence. Loulou Dédola et Luca Ferrara font naître un nouveau personnage, Ange, dit l’Ange Corse, pour une fresque de 30 ans dans l’Indochine des années 1920 à 40.
Enfant, Ange a été exilé de sa Corse natale vers l’Asie après avoir tué le meurtrier de son père. Mais la vendetta ne s’arrête pas aux frontières de la Corse et survivre au milieu d’une population qui devient hostile requiert une résilience exceptionnelle. Recueilli comme apprenti dans l’écurie de Maurizi, un riche commerçant natif d’Ajaccio, il va découvrir en grandissant que derrière la façade respectable, son protecteur trempe dans le proxénétisme et le trafic d’opium…
Philippe Francq, auteur de Largo Winch, signe la préface de cette série prévue en 6 tomes.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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