La ballade des frères Blood

Un récit qui se déroule à la fin du 19ème siècle, dans une Amérique encore sauvage et impitoyable plutôt du côté de la frontière Sud du pays. Un récit dur et implacable signé de Brian Azzarello pour l’écriture du scénario et de l’artiste Argentin Eduardo Risso pour le dessin. Une nouvelle collaboration pour ces deux auteurs ayants déjà collaboré sur les séries 100 Bullets ou Moonshine. Nouvelle collaboration pour un one -shot aride et rugueux, sans concession, La ballade des frères Blood.

En préambule à l’histoire

L’histoire terrible et brutale de Jack, Simon et Daniel, trois minots de huit, dix et treize ans approximativement.  Trois frangins, qui vont se voir précipiter dans un monde d’adultes féroces du jour au lendemain. C’est Simon le cadet qui se trouve être le narrateur de cette histoire, de son histoire donc.

Mais avant qu’il nous relate des faits dont il fût témoin et qui vont constituer l’intrigue principale de cette balade terriblement funèbre, un chapitre d’ouverture nous narre les retrouvailles de Billy Boy, Levy et Carter Cain.  Ce dernier vient d’être libéré d’une prison mexicaine où il venait de tirer cinq ans.

Billy Boy, Carter et Levi, trois chasseurs de primes peut-être, trois hors-la-loi plus certainement.  Trois hommes armés en tout cas, auteurs déjà de plusieurs faits d’armes, qui prirent alors à ce moment-là la direction du Nord, du Rio Grande, pour s’en retourner aux États-Unis.

L’histoire vécue par le jeune Simon maintenant. Une histoire qui débute dans le Missouri où leur mère Mary les élève seule lorsqu’elle rencontre le révérend Jon Blood, un homme d’Église qui va s’éprendre d’elle encore jeune, et adopter toute la famille pour un nouveau départ.

Simon ne s’attarde pas trop sur cette partie-là de son histoire, sans doute trop courte, car l’instant fatidique qui va le faire basculer, lui et ses deux frangins dans un monde sans pitié, arrive très tôt, trop tôt assurément.

La nuit fatidique

Un soir à l’heure du dîner, dehors les chiens aboient après trois étrangers qui se tiennent là devant leur ferme isolée.  Levi, Billy Boy et Carter sont juchés sur leur monture. Mary et Jon sortent sur le perron, et Carter s’adresse alors à Anna en regardant Mary.  Cette dernière ne peut pas feindre la surprise, elle connait ces hommes, et confesse alors à son mari qu’elle s’appelait bien Anna avant qu’ils ne se rencontrent. Carter laisse trois jours à Anna pour faire ses adieux avant qu’ils ne reviennent la chercher pour qu’elle chevauche avec eux.

 

Seulement les trois hommes ne laissèrent pas même le soleil se lever à nouveau sur la paisible prairie herbeuse pour revenir chercher Anna. Tandis que Levi allait border les enfants dans leur lit, colt en main le chien armé, Carter et Billy Boy se chargèrent de sortir les époux de leur couche. La tentative de Jon de résister et de s’opposer à cet enlèvement fût vaine et elle n’eut pour effet que d’échauffer les esprits.

Les trois hors-la-loi épargnèrent aux enfants le spectacle du rapt de leur mère, et ce n’est qu’au chant du coq, que les trois minots trouvèrent sa bague de mariage trainant sur le plancher de la chambre.  L’instant d’après ils découvrirent leur père adoptif dans le jardin, pendu à sa croix .

Faire ses valises et partir.

Sortis de l’enfance de façon somme toute assez brutale, c’est à l’initiative de Daniel, l’aîné, que les trois frangins rassemblèrent le peu d’affaires qui leur restaient. Un cheval, quelques couvertures, 2 ou 3 gamelles, une carabine et un bon au porteur qui pourrait leur procurer un peu d’argent, c’est tout le barda qu’ils emportèrent avec eux. Ils prirent alors la route du Sud dans l’espoir de retrouver leur mère et de se venger des trois inconnus qui venaient d’enterrer leur enfance.

Voici le point de départ de cette ballade sanglante, de cette errance cruelle, celle de ces trois gamins aveuglés par leur désir de secourir leur mère. Trois gosses totalement désemparés dans un Sud sauvage, sans foi ni loi, ou si peu, et où la poudre reste encore le meilleur moyen de faire valoir ses droits.

Une fibre maternelle douteuse…

Ce que nous lecteurs savons, et qu’ignorent Jack, Daniel et Simon c’est qu’au moment de suivre Carter et ses deux acolytes, Anna, leur mère, ne chercha pas un instant à résister. Comme si elle savait depuis longtemps que ce jour arriverait, comme si elle l’attendait.

Elle partit simplement, abandonnant ses trois enfants sans même se retourner un instant. Cette donnée apportée au récit, rend la quête des frangins d’autant plus désespérée et fait de leur mère un personnage énigmatique et ambigu.

Qui est-elle réellement ? Qu’attend-t-elle de Carter ? Comment a-t-elle pu abandonner ses enfants sans une larme ?

Kids on the road.

Cette ballade sera ponctuée de plusieurs rencontres plus ou moins heureuses. Évoquons juste celle avec Chouette Enragée, une femme comanche, louve solitaire dont la tête est mise à prix, et qui apporta son aide aux frères Blood quelques temps.

Cette balade qui est tout sauf une promenade de santé, trouvera une issue dans un face à face final que tous n’auront pas l’heure de vivre.

Et je n’en dirais bien entendu pas plus pour vous préserver toute la saveur de ce western humain, sombre, et impitoyable.

Un dessin irréprochable.

Graphiquement Eduardo Risso nous livre des planches d’une incroyable beauté avec un travail de colorisation somptueux réalisé en couleur directe. Des aquarelles puissantes aux couleurs appuyées, très denses.

Le trait est lui aussi remarquable dans un style réaliste irréprochable. On sent la chaleur du soleil, la poussière collée à la peau, la lumière qui aveugle, qui brûle. Et quand la nuit tombe… On a l’impression qu’elle va tout avaler.

Grandir à la vitesse d’un cheval au galop

Ce que La Ballade des frères Blood raconte, au fond, c’est la fin d’un monde. Celui de l’innocence, celui de la morale, celui d’enfants brusquement obligés d’avancés seuls. Azzarello, fidèle à lui-même, ne cherche pas à plaire. Il ne moralise pas, il ne commente pas. Il te balance la violence, la fatigue, la beauté brute de ce qu’il raconte. Et c’est pour ça que ça fonctionne : on y croit. Il déroule un western sans fard, âpre, un récit tragique où l’enfance se fracasse contre la réalité, une ballade qui sonne d’avantage comme une complainte tragique, que comme un poème lyrique enchanté.

Article posté le jeudi 20 novembre 2025 par David Lemoine

La ballade des frères Blood de Brian Azzarello et Édouardo Risso (Delcourt)
  • La ballade des frères Blood
  • Scénariste : Brian Azzarello
  • Dessinateurs :Eduardo Risso
  • Traducteur : Laurent Queyssi
  • Éditeur : Delcourt
  • Collection : Contrebande
  • Prix : 25,50 €
  • Pagination : 224 pages
  • Parution : 17 septembre 2025
  • ISBN : 9782413089391

Résumé de l’éditeur : Brian Azzarello retrouve Eduardo Risso, son collaborateur sur 100 Bullets, pour une quête violente et sauvage où les trois personnages principaux tentent de sauver ce qui reste de leur famille. Des flingues, de la vengeance… Et encore des flingues.

Le Far West de la fin du XIXe siècle. Trois enfants traversent la frontière sauvage du Texas pour secourir leur mère, kidnappée par une impitoyable troupe de hors-la-loi, qui ont aussi assassiné leur père, le pasteur du village. Tout au long de leur voyage, nos héros vont affronter l’hostilité d’une nature impitoyable, des animaux mortels, des chasseurs de primes sans foi ni loi et bien pire encore…

À propos de l'auteur de cet article

David Lemoine

Lecteur de BD depuis sa plus tendre enfance, David a fini par délaisser assez vite les classiques franco-belges, pour doucement voir ses affinités se tourner vers des genres plus noirs, plus grinçants, sarcastiques, trashs, violents, absurdes et parfois même décadents. Il grandissait en somme…. Fan de la première heure de Ranxerox et Squeeze the Mouse, il vénère aujourd’hui l’oeuvre d’auteurs Anglo-Saxon tel que Bendis, Brubaker/Phillips, Ben Templesmith, Terry Moore, Jonathan Hisckman, Ellis/Robertson, sans bouder son plaisir à la lecture des européens talentueux, francophone ou non, que sont Tardi, Ralf Konîg, Michel Pirus, Gess, les frères Hernandez, ou même Fred Bernard. La liste de ses amours dans le 9e art est loin d’être exhaustive, vous vous en doutez, et cela fait plus de 20 ans maintenant qu’il s’efforce de vous convaincre de les embrasser à travers ses chroniques radio qu’il vous livre chaque semaine dans l’émission XBulles sur les ondes de Radio Pulsar (http://www.radio-pulsar.org/emissions/thema/x-bulles/ / https://www.facebook.com/xbulles)”

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