La maison cachette, c’est un lieu réconfortant et bienveillant. C’est un lieu de reconstruction pour les enfants et leurs mères après avoir vécu des traumatismes liés aux hommes violents. La maison cachette, c’est une très belle bande dessinée jeunesse d’Erika Soucy et Geneviève Bigué mettant en scène Tania, petite fille, son frère et sa mère, mis à l’abri dans cette structure d’accueil.
Rester dans son lit pour se protéger
Hier, Tania a eu huit ans. Mais contrairement à l’année précédente, elle n’a pas eu le droit à une fête.
“On vit au rythme des humeurs de papa.”
Chez Tania, ce n’est pas très joyeux. Ses parents se disputent souvent la nuit. Pire, son père, menaçant, peut être violent envers son épouse.
Alors, la petite fille reste prostrée dans son lit en attendant que ça se calme. Elle espère que Laurent, son petit frère, dort profondément pour ne pas entendre l’indicible.

Trouver du réconfort dans La maison cachette
Une nuit, tante Luce vient réveiller Tania. Tout est prêt pour fuir. Les valises sont descendues et mises dans la voiture de son oncle.
Avec Laurent, Tania rejoint sa maman dans la maison cachette. Une dame les accueille et propose à la petite fille deux doudous : un chat-pieuvre et un panda fuschia. Laurent, lui, sert dans ses bras, un renard.
Cette maison cachette, c’est le début d’une nouvelle vie à trois…

Des difficultés de parler de violences intra-familiales.
Il y a besoin de livres comme La maison cachette. Un livre pour les jeunes lecteurs afin de mettre des mots sur les violences intra-familiales. Quoi de mieux que la fiction pour ouvrir le dialogue. Une bande dessinée, simple et réconfortante, pour servir de support aux maux.
Cet ouvrage est signé Erika Soucy et Geneviève Bigué. La première est autrice et comédienne, scénariste de cette bande dessinée poignante. La seconde est illustratrice. Les deux canadiennes mettent leur talent en commun pour aborder des thèmes délicats, le tout avec délicatesse et bienveillance.

Des chiffres en hausse
Surtout que les chiffres sont glaçants. Selon le ministère de l’intérieur français : “9 personnes majeures vivant en France sur 10 000 déclarent avoir été victimes de violences intrafamiliales physiques ou sexuelles commises par un membre de leur famille autre qu’un partenaire ou ex-partenaire, et 2,7 % des personnes interrogées ont subi avant l’âge de 18 ans des violences physiques ou des violences sexuelles physiques de la part d’un membre de leur famille.” Ce chiffre est en hausse de 14% entre 2022 et 2023.
Les taux de violences sont aussi impressionnants au Québec. 20 590 femmes ont été victimes d’infractions contre la personne en contexte conjugal pour l’année 2023.

La maison cachette pour fuir “la chicane”
Mais s’il existe de nombreux freins pour dénoncer ces actes abominables, des lieux d’accueil permettent de se mettre à l’abri.
Ici, la maison cachette permet à Tania, Laurent et leur mère d’enfin être dans un lieu sécurisé, avec des professionnelles. Un endroit sûr, où la petite fille peut grandir sereinement. Ce lieu bienveillant permet de remettre de l’amour entre les trois personnages. Et d’entamer une nouvelle vie. Un long chemin de reconstruction.
Il faut souligner que les “chicanes” entre les parents de Tania étaient plus que des chamailleries, mais plutôt des violences.
Qui aurait pu croire de l’extérieur que les trois protagonistes vivaient dans la peur et la violence ? Personne. Heureusement, l’oncle et la tante viennent les sortir de ces années de brutalité du père.

De la douceur du dessin
Geneviève Bigué propose des planches tout en douceur. L’autrice de Parfois les lacs brûlent (Prix Bédéis Causa, Prix des libraires Québec en 2023) alterne les grandes illustrations pleine page avec des planches en gaufrier de 3 à 8 vignettes.
Si les premières planches de la maison à la maison cachette sont colorées par des teintes sombres (gris, bleu), la gamme chromatique devient lumineuse à partir du moment où Tania défait ses cartons dans son nouveau lieu de vie. Ces gestes pour prendre possession des lieux est le signal de départ pour se sentir mieux.
C’est avec ce changement souligné par des couleurs chaudes voulues par Erika Soucy et Geneviève Bigué que le livre prend son envol. L’histoire est alors porteuse d’espoir.
Sans jamais monter les scènes de violence – elles sont suggérées par le point de vue de Tania, par les bruits – la bande dessinée permet de ne pas mettre frontalement les lecteurs-victimes face à des images violentes et de les ramener à leurs propres traumatismes.
Édité par La pastèque, La maison cachette est un superbe album tout en retenue sur les violences intra-familiales à destination des jeunes lecteurices. Une bande dessinée positive, qui peut faire du bien.
- La maison cachette
- Scénariste : Erika Soucy
- Dessinatrice : Geneviève Bigué
- Éditeur : La Pastèque
- Prix : 17 €
- Pages : 80
- Parution : 19 septembre 2025
- ISBN : 9782897771935
Résumé de l’éditeur : Cette nuit-là, quand ils sont venus nous chercher, mon petit frère et moi, mon oncle et ma tante nous ont dit qu’ils nous emmenaient dans une maison qui nous protégerait de la chicane. Pourtant, cette maison n’est pas au fond d’une grotte. Elle n’est ni au sommet d’une montagne, ni sous l’eau, ni au milieu de la forêt. Ce n’est ni un manoir, ni un château, encore moins une cabane. C’est une maison caméléon : de l’extérieur, elle ressemble à toutes les autres maisons du quartier, et la dame qui nous y accueille n’a rien d’une espionne ou d’un ninja. Ce sera notre refuge. Une maison cachée…
À travers un texte puissant et des illustrations sublimes, La maison cachette donne une voix aux enfants et aux mères qui trouvent refuge dans ces maisons cachées, où commence leur chemin vers une nouvelle vie.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
En savoir