Le prince des oiseaux de haut vol

Vous pensiez tout connaître du Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry ? C’était sans compter sur Philippe Girard et Le prince des oiseaux de haut vol. Dans cet album, le Québécois revient sur le début de la création du célèbre livre. Passionnant.

Saint-Exupéry à Montréal

29 avril 1942. Antoine de Saint-Exupéry est invité pour une tournée promotionnelle à Montréal. Il est alors un auteur mondialement reconnu. Il a déjà publié Courrier Sud, Vol de nuit et Terre des hommes. Tous des best-sellers. Des ouvrages inspirés de ses propres expériences de pilote d’avion dans l’Aéropostale pour la compagnie Latécoère au Maroc ou en Argentine.

Tout sourit à Saint-Ex ? Pas vraiment. Il aimerait servir son pays, la France, dans l’aviation, mais le conflit mondial ne le lui permet plus. Il veut pourtant réintégrer l’armée.

Ménager la chèvre et le chou

Surtout que Saint-Exupéry ne critique jamais à mots ouverts le gouvernement collaborationniste de Vichy. Pourtant, il veut en découdre avec les Nazis. Personne ne comprend réellement cet étrange positionnement.

Comme son passeport a été signé par les autorités de Vichy, il a pu entrer au Canada. Mais, il ne pourra pas quitter le pays. Il est donc coincé.

Il est accompagné par Consuelo Suncin Sandoval de Gómez, sa femme. Elle est autrice et artiste salvadorienne. Avec elle, Antoine est à la fois proche et distant. Elle cède à tous ses caprices, y compris ses tromperies avec d’autres femmes.

Au commencement du Petit Prince

Saint-Ex répond donc ainsi aux journalistes et à ses lecteurs. Il va d’hôtels en salles de réception pour raconter sa vie et ses livres.

Si cela l’amuse au début, il perd patience. Il papillonne mais il réfléchit aussi beaucoup. Lors de ce long séjour, il met en place les éléments de son futur livre, Le petit prince, après avoir rencontré une petite fille qui dessine des moutons. Là encore, cet ouvrage pour lequel il illustre aussi les pages, deviendra, à titre posthume, son plus grand succès. Mieux, il serait l’ouvrage le plus lu au monde après la Bible (145 millions d’exemplaires vendus depuis 1943).

Le prince des oiseaux de haut vol : un superbe portrait de Saint-Exupéry

Philippe Girard est un auteur facétieux. Il s’attaque à la figure quasi légendaire d’Antoine de Saint-Exupéry. Et bien lui en a pris. Dans Le prince des oiseaux de haut vol, il brosse le portrait de l’un des plus grands écrivains français du 20ᵉ siècle.

Peut-être fallait-il un auteur québécois de bandes dessinées pour décrire au mieux notre écrivain le plus lu dans le monde ? La distance est la meilleure des manières pour aborder cela, sans courbettes.

Pour dépeindre Saint-Ex, l’auteur du magnifique Leonard Cohen sur le fil, a choisi une période précise. Celle du séjour prolongé malgré lui de l’écrivain-pilote au Canada. Voilà le lien entre Philippe Girard et Saint-Exupéry : le Canada.

L’écrivain était en exil à New-York. Pour briser cette monotonie, il accepte une tournée dans le pays voisin.

De la politique et une femme trompée

Dans Le prince des oiseaux de haut vol, on découvre ainsi un Saint-Exupéry parfois peu sûr de lui. Entre deux eaux. Entre la gloire de son œuvre littéraire et ses années de pilote, mais également ses difficultés avec les femmes.

Il est volage et trompe sa femme. Il aime encore Consuelo malgré ce qu’il peut lui faire subir. Elle n’est pas dupe. Elle le sait. Et il a besoin d’elle lorsqu’il est physiquement et psychologiquement touché.

Ce séjour canadien lui permet ainsi d’aplanir des ambiguïtés. Vis-à-vis de sa femme, mais aussi de son positionnement politique. Lorsque le gouvernement de Vichy se met en place, il attend de voir, il ne dit rien. Et lorsque De Gaulle s’installe à Londres, il n’est pas des plus enthousiastes. Pourtant, à Québec, il prend ses distances face à Pétain et veut retourner dans l’Armée pour combattre.

Le prince des oiseaux de haut vol : un Saint-Ex tourmenté et pince-sans-rire

Dans l’album de Philippe Girard, on découvre également un Saint-Exupéry tout en humour. Un humour pince-sans-rire. Un humour qui lui permet de faire passer ses idées auprès des autres.

Mal dans sa peau, tourmenté par l’alcool, ayant mauvais caractère et physiquement atteint depuis ses accidents d’avion, il est diminué. De plus, Saint-Exupéry est empli de grandes contradictions. Mais, Québec lui fait du bien, intellectuellement.

Philippe Girard glisse de la poésie dans Le prince des oiseaux de haut vol. Une poésie teintée de nostalgie. Cette ambiance est soulignée par un dessin très en place, très solide. Les couleurs apportent, elles aussi, de la dramaturgie à ce très bel album édité par La Pastèque.

Article posté le samedi 22 mars 2025 par Damien Canteau

Le prince des oiseaux de haut vol de Philippe Girard (éditions La Pastèque) - Antoine de Saint-Exupéry Le petit prince
  • Le prince des oiseaux de haut vol
  • Auteur : Philippe Girard
  • Éditeur : La Pastèque
  • Prix : 25 €
  • Parution : 17 janvier 2025
  • Nombre de pages : 152
  • ISBN : 9782897771829

Résumé de l’éditeur : Avril 1942, Antoine de Saint-Exupéry est exilé à New York depuis sa démobilisation. Déprimé, l’écrivain-aviateur ne songe qu’à retourner se battre pour défendre la France occupée. C’est dans ce contexte qu’il est invité part son éditeur canadien pour une tournée promotionnelle. Il débarque à Montréal avec son épouse alors que le Canada, en guerre contre l’Allemagne, ordonne la fermeture de toutes les ambassades françaises sur son territoire. Résultat, l’écrivain est coincé au Québec. Commence alors un séjour qui le fera sortir de sa torpeur. Entre parties de pêches et balades en forêt, il rencontre une fillette qui dessine des moutons, un allumeur de réverbères, et un petit garçon au regard clair qui pose beaucoup de questions….

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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