La nuit des lanternes

Avec La nuit des lanternes, le jeune dessinateur amiénois Jean-Etienne livre une première bande dessinée surprenante, entre drame fantastique et conflit familial.

La nuit des lanternes de Jean-Etienne (éditions Delcourt)

Un drôle de rituel

Nous sommes sur une île. Irlandaise? Bretonne? Autre ? On ne sait pas bien, dans cette nuit si noire. C’est vers elle en tout cas que navigue le bateau transportant Eloane. On sait seulement qu’il s’agit de l’île aux lanternes, là où cette jeune femme est née. Après des années d’absence, elle arrive à bon port pour un rendez-vous avec un rite ancestral qui réunit tous les habitants de l’île. Ainsi débute La nuit des lanternes, premier roman graphique du dessinateur Jean-Etienne, publiée par Delcourt.

La nuit des lanternes de Jean-Etienne (éditions Delcourt)

La colère du monstre

Dans une atmosphère qui tient à la fois du gothique et du celtique, on voit évoluer des personnages tout entiers voués à un culte qui s’apparente à celui du feu et de la lumière. Une grande prêtresse, postée sur un rocher dominé par une immense statue, invite la population à honorer l’entité des lanternes… Selon la coutume, chacun devra déposer sa lanterne au pied de celle-ci.

« Pensez à toutes ces choses que vous gardez en vous et qui vous brûlent de l’intérieur », lance la maîtresse de cérémonie, allumez votre lanterne. Et gardez-là précieusement. Laissez-là s’éteindre toute seule. Vous serez apaisés et une belle année s’offrira à vous! »

Mais voilà, seule Eloane semble ne pas croire à ce « bla-bla ». Pour elle, pas de feu purificateur ou de rite magique qui tienne. Son retour sur l’île n’est pas celui de la fille prodigue. Elle y retrouve un petit frère mutique et une mère autoritaire. De colère, Eloane casse sa lanterne. Et c’est là que tout bascule. Par son geste, elle aura déclenché une étrange malédiction. Un monstre ardent, c’est ainsi qu’on l’appelle, a été libéré. La vieille prêtresse l’a lu dans ses cartes :

« La cérémonie réalisée,

Quiconque brisera volontairement sa lanterne allumée,

Le cœur empli de colère larvée,

Provoquera sa combustion instantanée,

Donnera un monstre embrasé par ses émotions non exprimées »…

La nuit des lanternes de Jean-Etienne (éditions Delcourt)

Une fable fantastique

Case après case, dans lesquelles souvent le dessinateur joue sur les verticalités, on suit une histoire haletante portée par un style graphique et une mise en couleurs des plus percutantes. Les noirs et les bleus profonds s’opposent aux rouges et jaunes incandescents dans un récit qui navigue sans cesse entre ombre et lumière. Découpé en quatre chapitres, ce récit allégorique fait penser à un cauchemar lovecraftien .

Jean-Etienne y développe des thèmes psychanalytiques pas forcément originaux ( quête d’identité, refoulement des affects, gestion du deuil, etc) mais transcende le tout par un dessin très moderne, qui lorgne du côté des comics portés par un Mike Mignolia survitaminé. Une belle découverte.

Article posté le mercredi 09 avril 2025 par Jean-Michel Gouin

La nuit des lanternes de Jean-Etienne (éditions Delcourt)
  • La nuit des lanternes
  • Scénario et dessin : Jean-Etienne
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 25, 95 €
  • Parution : mars 2025
  • Nombre de pages : 184
  • ISBN : 9782413081555

Résumé de l’éditeur :  À l’occasion du festival des lanternes, Éloane retourne dans la maison familiale située sur son île natale. Elle y retrouve sa mère autoritaire et son petit frère devenu mutique. Cette famille, elle l’a quittée plusieurs années auparavant, suite à la mort de son père. Après une dispute avec sa mère, Éloane voit sa vie basculer en marge de la cérémonie quand une créature ancestrale s’éveille.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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