La statue de Gilgamesh

Le roi Gilgamesh veut imprimer sa grandeur en faisant construire une statue monumentale à son effigie. Inspiré du plus ancien texte écrit de l’Humanité, Blaise Guinin et Louis Pelosse dévoilent La statue de Gilgamesh, un album d’une grande modernité, entre écriture, oppression, esclavagisme et écologie.

La construction de La statue de Gilgamesh : œuvre monumentale

En 2600 avant notre ère, dans la cité royale d’Uruk. Anzi arrive de son village natal. Pauvre et analphabète, son plus grand rêve est de devenir scribe et poète. Il faut souligner que le jeune homme a des prédispositions pour déclamer les vers.

Son arrivée correspond à la construction de la statue de Gilgamesh, le souverain de la cité. Afin d’imprimer sa grandeur sur le reste du monde connu et alors qu’il craint la mort, sa prêtresse Mananash lui a conseillé de bâtir l’une de plus grandes statues de la région à son effigie. Pour l’instant, les esclaves n’en sont qu’aux pieds du grand roi. Un projet de construction imposant qui risque de durer dans le temps.

Anzi où la quête de l’écrit

L’effervescence de la cité marque l’esprit d’Anzi. Il sait que c’est dans ces lieux qu’il pourra exaucer son vœu d’apprendre à écrire. Mais dans la ville royale, sa quête semble superflue. Les seuls à posséder la science de l’écriture sont les comptables et les scribes. Le jeune homme doit pourtant y parvenir.

Un soir, il est invité chez Abgallu, le contremaître qui supervise la construction de la statue. Il croise alors le regard de Gim, la fille de son hôte. Il en tombe amoureux.

Mais sans le sou, Anzi ne pourra jamais demander la main de Gim à son père. Il décide donc de travailler sur le chantier gigantesque. Travailler n’est pas le bon mot. Il devient esclave. Il est alors attaché à Siskur, dont le dessein est de renverser Gilgamesh…

La statue de Gilgamesh : une épopée drapée dans la réécriture du mythe

C’est vers les XVIIIe et XVIIe siècles avant notre ère qu’aurait été mise en forme la première version de l’épopée de Gilgamesh (en caractères cunéiformes sur tablettes d’argile). Et c’est seulement au IIe siècle avant notre ère que la version “standard” aurait été diffusée dans le monde connu. Ainsi, ce récit épique mésopotamien serait l’une des œuvres les plus anciennes de l’Humanité.

Cette épopée relate l’histoire du roi d’Uruk (dans l’Irak actuelle) entre réalité historique et mythologie.

C’est dans ce patrimoine historique que Brice Guinin s’est glissé et a imaginé un récit fictif. On y retrouve donc Gilgamesh, dont l’ego a été gonflé par ses oracles. En premier chef, la prêtresse Mananash, inventée par le scénariste, ainsi que Gim, Abgallu, Siskur et bien sûr Anzi.

La statue de Gilgamesh : conte moderne aux accents actuels

Blaise Guinin se retrouve assez loin de ce qu’il a publié auparavant (En attendant que le vent tourne, Georges et la mort, Quatre couleurs) mais finalement pas tant que ça. Il utilise La statue de Gilgamesh pour aborder des thématiques très contemporaines, alors que son récit se déroule dans un passé très lointain.

Avec un certain mordant et un sens du cynisme, le scénariste parle d’actualité. A travers Anzi, il aborde les conditions de travail, l’esclavage, mais aussi la lutte des classes, voire de transfuge de classe qui n’arrive pas. Comment un provincial pauvre et analphabète peut-il avoir l’ambition de savoir écrire mais surtout de séduire la fille d’un notable ?

On parle aussi d’ego surdimensionné et de vanité, de culte du chef, de traces laissées par les souverains ou les politiques dans l’histoire. Mais également d’emprise par le sacré, la spiritualité et donc un peu de religion. Sans oublier que Blaise Guinin fait entrer l’écologie dans son intrigue. La montée des eaux à cause de la déforestation menace le projet pharaonique de Gilgamesh.

Dessiner le passé

Si les accents de La statue de Gilgamesh sont contemporains, il faut également dire que cette bande dessinée parle d’Histoire, d’aventure et d’amour, le tout teinté d’humour. C’est ce grand mélange qui fonctionne sur les lecteurices. Une vraie aventure épique.

Pour accompagner Blaise Guinin, Louis Pelosse s’est chargé de la partie graphique. Son trait semi-réaliste pas si naïf que cela est d’une redoutable lisibilité. Ici, l’accent est mis sur les relations entre les personnages. Et le dessin de Pelosse est idéal pour montrer cela. On apprécie tout particulièrement les couleurs chaudes des planches. De grands aplats qui donnent une tonalité lumineuse au récit.

Si vous aimez les grandes sagas historiques et les récits épiques, La statue de Gilgamesh est fait pour vous.

Article posté le dimanche 12 avril 2026 par Damien Canteau

La statue de Gilgamesh de Blaise Guinin et Louis Pelosse (éditions Delcourt)
  • La statue de Gilgamesh
  • Scénariste : Blaise Guinin
  • Dessinateur : Louis Pelosse
  • Éditeur : Delcourt
  • Collection : Mirages
  • Prix: 24,50 €
  • Parution : 19 février 2026
  • ISBN : 9782413085218

Résumé de l’éditeur : Inspirée de la plus ancienne épopée de l’humanité, cette fable originale imagine la genèse de son écriture, en mêlant habilement histoire, mythe et satire du monde moderne. Dans l’antique cité d’Ourouk, Gilgamesh fait bâtir une statue colossale censée le rendre éternel. Anzi, jeune poète illettré, arrive en ville pour apprendre à écrire et transmettre le récit qu’il a imaginé. Il tombe amoureux de Siskur, une révolutionnaire qui souhaite faire tomber le roi. Anzi s’engage à ses côtés, animé par l’espoir d’accéder à un scribe du palais pour graver son récit.

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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