L’adoption, tome 1 : Qinaya

Après le tremblement de terre ayant touché son pays en 2001, la petite Qinaya débarque dans le vie d’Alain et Lynette qui viennent de l’adopter. Si les débuts sont délicats – notamment avec Gabriel, le grand-père – la fillette avec toute son innocence et sa fraîcheur va devenir le rayon de soleil du vieil homme un peu bourru. Arno Monin, sur un scénario de Zidrou, met en image le premier volet de L’adoption, une très belle comédie dramatique aux éditions Grand Angle.

AREQUIPA, UN SEISME – QINAYA, UNE ADOPTION

Pérou, Arequipa, 2001. Dans cette ville qui a donné son nom à la région péruvienne des Andes, située au pied du volcan Misti à quelque 2330 m, un violent tremblement de terre – 8.4 sur l’échelle de Richter – secoue les maisons et charrie un nombre important de morts et ce en cinq minutes.

Quelques mois plus tard, Qinaya, 4 ans, débarque sur le sol français. A l’aéroport, elle est accompagnée de Alain et Lynette, un couple de quadragénaires qui n’a jamais pu avoir d’enfant et qui vient de l’adopter. Quel immense bonheur qu’est cette petite fille pour ce courtier et cette femme qui passent énormément de temps dans leur boulot respectif.

GABRIEL OU LE PLAISIR D’ÊTRE GRAND-PÈRE

Ancien boucher, Gabriel est le père d’Alain. Vieil ours mal léché et un peu bourru, il forme un très beau couple avec Maryse. Il faut souligner que cet événement ne semble pas plus le toucher que cela. Sa belle vie de retraité, il la passe dans son jardin ou au bistro avec ses deux vieux copains Gaston et Gérard. Les Gégés – leurs prénoms commencent tous par un G – aiment faire un peu de sport dans la forêt voisine, rire, boire des bières et surtout manger au Sénégal, le restaurant du village tenu par Mama Boubou.

Pourtant ce « Michel Simon » comme le soulignera sa femme, va tomber en amour pour cette petite fille orpheline arrivée d’une lointaine contrée d’Amérique du Sud. Si les débuts sont durs – pas de bisou, pas de regards – rapidement il va être conquis par Qinaya. De premiers mots en français au premier jour où le vieil homme doit la garder, tout va le séduire. La relation s’installe avec ses rires et ses pleurs…

« ET SI C’ETAIT LE BONHEUR DES DRAPS D’ENFANTS ET UN PYJAMA MOUILLES ? »

Hormis Les beaux étés avec Jordi Lafebre (Dargaud) et le nouveau Clifton avec Turk (Le Lombard), les derniers scénarios de Zidrou ne nous ont pas convaincu, au contraire de L’adoption qui est une très belle comédie dramatique.

Cachées derrière le prétexte de l’adoption, plusieurs entrées et thématiques se sont glissées dans cet belle histoire : les relations intergénérationnelles, le père et le fils – le premier regrettant de ne pas avoir consacré plus de temps au second et regrettant que celui-ci ne lui ai pas succédé à la boucherie – mais aussi entre Qinaya et Gabriel – il aurait été difficile que ce dernier ne résiste aux charmes et au passé de la petite fille – et enfin entre le couple adoptant et le péruvienne. Dans un élan de bonheur, Alain dira même à sa mère : « Et si c’était le bonheur des draps d’enfants et un pyjama mouillés ? ». Touchant et bouleversant

Le vieil homme, très pudique dans ses sentiments, va se découvrir en grand-père, se rapprocher de la petite fille qui ne parle pas français et qui ne voyait pas d’un bon œil son arrivée mais aussi de son fils qu’il a autrefois négligé pour son travail.

« L’amour ne se vole pas. L’amour ne s’achète pas. L’amour se mérite. »

Ce beau récit repose aussi sur des « vraies gens », une mode très en vogue actuellement dans le monde du Neuvième Art. Zidrou a apporté un grand soin à la personnalité et à la psychologie de ses héros de papier. Il confie d’ailleurs : « On se rend compte que le courage, le vrai, ce n’est pas seulement être shérif ou un pilote de chasse.. c’est aussi affronter notre petit quotidien ».

Ainsi, il met en scène les Gégés, beaux grands-pères, joyeux, épicuriens et qui n’ont pas la langue dans leur poche. Avec force d’un excellent humour – les joutes verbales entre Gabriel et Maryse sont savoureuses – il propose des dialogues ciselés entre drôlerie et douceur bienvenue. Ainsi, le papy dira tout simplement : « L’amour ne se vole pas. L’amour ne s’achète pas. L’amour se mérite. »

Pour pimenter son récit, Zidrou glisse un événement inattendu dans les dernières pages de l’album. Ce cliffangher surprenant appelle un second tome qui risque de dérouter le lecteur puisqu’il sera très différent du premier. L’amour entre les protagonistes sera mis à mal et pourra-t-il résister aux obstacles rencontrés ?

« J’AI EVIDEMMENT PRIS UN GRAND PLAISIR A TRAVAILLER SUR LE TANDEM GABRIEL/QINAYA »

Pour mettre en image cette belle saga familiale, Zidrou a de nouveau fait appel à Arno Monin. De leur premier travail commun – plutôt réussi – Merci aux éditions Grand Angle, le dessinateur dira que c’était un belle récréation qui leur a permis de se tester.

Découvert grâce à la remarquable série L’envolée sauvage scénarisée par Laurent Galandon (Grand Angle), le jeune auteur né en 1981 met en image L’adoption de façon admirable grâce à son trait élégant et aérien et des couleurs chaudes bienvenues. Son dessin chaleureux plaira aux amateurs de belles histoires familiales. Quelques scènes sans dialogues lui permettent de mettre en lumière ses personnages par des plans serrés formidables.

Le lecteur le sent, il a pris beaucoup de plaisir à construire cet album et notamment : « [il a] pris un grand plaisir à travailler sur le tandem Gabriel/Qinaya ».

On attend le second volume de L’adoption, une très belle comédie dramatique portée par une belle partie graphique et un scénario intelligent.

Article posté le jeudi 26 mai 2016 par Damien Canteau

Premier tome de la très belle comédie dramatique L'adoption de Zidrou et Monin aux éditions Bamboo, décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • L’adoption, tome 1/2 : Qinaya
  • Scénariste : Zidrou
  • Dessinateur : Arno Monin
  • Editeur : Grand Angle
  • Prix : 14.90€
  • Parution : 04 mai 2016
  • ISBN : 978-2-8189-3603-0

Résumé de l’éditeur : Lorsque Qinaya, une orpheline péruvienne de 4 ans, est adoptée par une famille française, c’est la vie de tous qui est chamboulée. Mais pour Gabriel, ce sera encore plus compliqué : il lui faudra apprendre à devenir grand-père, lui qui n’a jamais pris le temps d’être père. Des premiers contacts un rien distants aux moments partagés, Gabriel et Qinaya vont peu à peu nouer des liens que même le vieux bourru était loin d’imaginer.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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