L’Arabe du futur #2

Riad Sattouf signe le deuxième tome dessiné de son enfance syrienne. Encore une réussite.

UN PETIT GARÇON DIFFÉRENT

S’il est vrai que le succès appelle le succès, alors ce second volet de l’Arabe du Futur devrait lui aussi être  » un carton « . Le premier opus de cette Jeunesse au Moyen-Orient s’est en effet vendu à plus de 200.000 exemplaires en France, a été traduit dans 15 pays et a valu à son heureux auteur, Riad Sattouf, le prix du meilleur album à Angoulême 2015.

Dans le premier tome, on avait découvert le petit Riad, fragile bonhomme aux cheveux blonds ballotté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie. On le retrouve ici pour sa première année d’école en Syrie ( 1984-1985 ). C’est l’année de ses six ans. La famille de Riad est revenue vivre au village, près de Homs. Sur les bancs de l’école, Riad est confronté à une double réalité : le racisme anti-juif de ses petits camarades parce qu’il est blond et les châtiments corporels qu’une institutrice lui inflige,  portant avec son hijab « des jupes serrées et très courtes . Quand elle parlait, elle avait un visage apaisé et une voix très douce. Mais juste avant de frapper avec son bâton, elle se mordait la lèvre inférieure et son visage exprimait la haine absolue « . 

UN PERE BOURRÉ DE CONTRADICTIONS

En dehors de la sphère de l’école où l’on récite le Coran et où l’on chante les louanges du président Hafez-al-Hassad, Riad retrouve la chaleur du foyer. Avec une mère bretonne qui rêve de confort et un père vélléitaire qui promet sans cesse de construire  » la villa de grand luxe  » mais qui n’en fait rien, qui n’est qu’assistant et qui ne parvient pas à devenir maître de conférences à l’université de Damas et cherche des appuis dans l’entourage du pouvoir syrien, Riad doit se faire une place, à l’ombre de ses deux figures tutélaires empêtrées dans les contradictions.

GALERIE DE PORTRAITS

Il faut une bonne dose de talent pour savoir raconter des souvenirs intimes et les faire partager au plus grand nombre. Riad Sattouf y parvient, sans pathos, et nous rend familiers des personnages hauts en couleurs. Il y a, on l’a vue, cette maîtresse d’école « ogresse », cette femme de général qui porte sur elle 4 kilos de bijoux en or, cette partie de chasse où le père massacre des moineaux et les cuisine, cette nuit d’angoisse où sa cousine Leïla disparaît… Autant de petites anecdotes, de moments tragi-comiques ou tristes qui émaillent la petite enfance de Riad et que l’auteur nous restitue des années plus tard. Toutes ces histoires dans l’histoire finissent par nous révéler la toile d’un pays déjà livré à la dictature.

Le trait rond de Riad Sattouf, la ligne claire font de son Arabe du Futur un roman graphique étonnant.  » J’ai écrit l’Arabe du Futur en espérant que ma grand-mère puisse le lire « , a souvent rappelé le réalisateur-dessinateur au cours d’interview. Avec aussi cet objectif «  de faire taire tous ceux qui pensent que la BD est destinée aux débiles légers « .

Un troisième et un quatrième volet de cette jeunesse au Moyen Orient sont d’ores et déjà en préparation.

Article posté le dimanche 22 novembre 2015 par Jean-Michel Gouin

  • L’Arabe du Futur 2
  • Auteur : Riad Sattouf
  • Editeur : Allary éditions
  • Prix : 20, 90 €
  • Parution : juin 2015

Résumé de l’éditeur. Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père.

La vie paysanne et la rudesse de l’école à Ter Maaleh, les courses au marché noir à Homs, les dîners chez le cousin général mégalomane proche du régime, les balades assoiffées dans la cité antique de Palmyre : ce tome 2 nous plonge dans le quotidien hallucinant de la famille Sattouf sous la dictature d’Hafez Al-Assad.

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À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin est journaliste à Poitiers.

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