Le fils de l’ursari

Lézechek, voilà la nouvelle passion de Ciprian, petit Rom venu s’installer avec sa famille à Paris. Ce hobby va lui ouvrir de nouveaux horizons. Cyrille Pomès adapte Le fils de l’Ursari en bande dessinée, une très jolie histoire de Xavier-Laurent Petit.

Partir pour Paris

Roms nomades, la famille Zidar parcourt les routes de France. Pour gagner quelques pièces, Lazar le père, a monté un numéro de montreur d’ours avec Gaman, un énorme colosse brun. Il y a aussi la mère, Mammada la grand-mère, Vera, Dim et le petit dernier, Ciprian.

Après une embrouille concernant un vol, des habitants du coin mettent le feu à la vieille voiture des Zidar. Lazar relâche alors Gaman dans la nature et toute la famille montent dans un camion, direction Paris. Mammada, trop âgée, décide de ne pas les suivre.

Lézecheck au Lusquenbour

La famille Zidar pensait trouver le paradis, ils sont accueillis dans un bidonville de la région parisienne. Ils se construisent alors une cabane de bric et de broc.

Il a là, Karoly, l’homme-de-main de Zslot et Lazlo, qui leur soutire une énorme somme d’argent à rembourser avec des intérêts puisqu’ils se sont installés sur leur camp. Comment faire pour payer ses dettes ? Voler ! Dim et Cip se lancent alors dans le chapardage de portefeuilles.

Un jour alors qu’il erre dans les rues, Ciprian entre au jardin du Luxembourg. Il épie M. Enorme et Mme Baleine qui jouent aux échecs. Il est fasciné par Tchéquématte de Lézechek au Lusquenbour.

La vieille dame ayant aperçu son manège, l’invite à se joindre à elle pour une partie. Cip s’avère être un petit génie des échecs. Un nouveau monde s’ouvre à lui…

Le fils de l’Ursari : coup de cœur jeunesse

L’ursari, c’est le montreur d’ours dans la culture rom. Le fils de l’Ursari, c’est Ciprian, petit être timide et débrouillard, héros de cette magnifique histoire imaginée par Xavier-Laurent Petit.

Quelle belle idée de Cyrille Pomès d’avoir décliné en bande dessinée le livre du romancier, Grand prix du roman de la Société des gens de lettres 2017 !

Ce récit qui débute comme un drame avec ses tensions, ses bagarres et son mort, se poursuit comme une histoire solaire et positive, idéale pour les jeunes lecteurs.

De l’acceptation de l’autre

Le lecteur apprécie ce bel optimisme dégagé  par Le fils de l’Ursari. Pourtant rien n’est simple lorsque l’on est Rom. Rejetés par tout le monde à cause de leur mode de vie multi-séculaire, de cette volonté de nomadisme, cette liberté ne plait pas. Depuis des siècles, gitans, tziganes et roms ont fait l’objet de répression des gouvernements, des habitants voire de génocides comme lors de la Seconde guerre mondiale de la part du régime nazi. Pourtant cette liberté de voyager, pour rien au monde ils ne la troqueraient.

Le fils de l’Ursari, c’est aussi cela : la pression du monde extérieur, l’immigration et la précarité. Ce racisme institutionnel, étatique ou individuel est encore trop ancré en France. Lire l’album, c’est une belle manière de le dénoncer.

S’élever par la culture

Et au milieu de cette famille Zidar, il y a Ciprian, petit garçon analphabète, débrouillard et timide. Lézecheck vont lui sauver la vie. Son apprentissage rapide étonne tout le monde jusqu’aux joueurs confirmés.

Avide d’apprendre, il se retrouvera même en classe bien qu’il n’ait pas de papier. La France a cela de belle qu’elle instruit tous les enfants quelque soit leur situation.

Malgré les pressions et les bagarres de clans, la bienveillance autour de Cip est belle et fait chaud au cœur. Ainsi Le fils de l’Ursari s’élève socialement par la culture et l’éducation. Une très belle ode à ses valeurs fondamentales.

De la modernité du dessin

Cyrille Pomès est l’auteur idéal pour restituer cette très jolie histoire. L’auteur diplômé de l’EESI d’Angoulême en 2003, nous charme par des planches modernes et dynamiques.

Aidé au couleurs par la brillante Isabelle Merlet, il dévoile des personnages aux visages emplis d’émotions.

Le fils de l’Ursari : merveilleuse fable moderne, un très beau conte d’apprentissage aux thématiques contemporaines pour l’acceptation des autres et pour l’élévation sociale par la culture. Un vrai coup de cœur !

Article posté le jeudi 28 mars 2019 par Damien Canteau

Le fils de l'Ursari de Cyrille Pomès (Rue de Sèvres)
  • Le fils de l’Ursari
  • Auteur : Cyrille Pomès d’après le roman de Xavier-Laurent Petit
  • Coloriste : Isabelle Merlet
  • Éditeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 14€
  • Parution : 03 avril 2019
  • ISBN : 9782369817802

Résumé de l’éditeur : Quand on est le fils d’un montreur d’ours, d’un Ursari comme on dit chez les Roms, on sait qu’on ne reste jamais bien longtemps au même endroit. Harcelés par la police, chassés par des habitants, Ciprian et sa famille ont fini par relâcher leur ours et sont partis vers une nouvelle vie à Paris où, paraît-il, il y a du travail et plein d’argent à gagner. Cependant leurs rêves se fracassent sur une réalité violente. À peine installés dans le bidonville, chacun se découvre un nouveau métier. Daddu, le montreur d’ours, devient ferrailleur, M’man et Vera sont mendiantes professionnelles, Dimetriu, le grand frère, est « emprunteur » de portefeuilles et Ciprian son apprenti. Un soir, Ciprian ne ramène rien de sa « journée de travail ». C’est qu’il a découvert le paradis, le jardin du « Lusquenbour » où il observe en cachette des joueurs de lézecheck. Le garçon ne connaît rien aux échecs mais s’aperçoit vite qu’il est capable de rejouer chaque partie dans sa tête. C’est le début d’une nouvelle vie pour le fils de l’Ursari.

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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