Le mari de mon frère, volume 1

Que faire quand le mari de son frère débarque dans sa vie ? Mike s’est marié au Canada avec Ryôchi, sans que Yaichi son jumeau ne soit au courant. Les relations sont tendues mais Kana, sa fille, va rapidement le mettre à l’aise. Le mari de mon frère est un merveilleux manga de Gengoroh Tagame aux éditions Akata.

MIKE ARRIVE CHEZ YAICHI ET KANA

Japon. Yaichi, séparé de sa femme, élève seul Kana, sa fille. Papa à temps plein, il s’occupe de tout dans la maison. Comme tous les parents du monde, il a du mal à réveiller son enfant pour aller à l’école.

Après avoir un peu bousculé la petite fille de 6/8 ans, il se retrouve enfin seul pour faire le ménage. Sa quiétude est bouleversée par l’arrivée de Mike, le mari de Ryôji, le frère jumeau de Yaichi. Débarqué du Canada, il vient se recueillir sur les lieux de l’enfance de son défunt époux.

UN NOUVEAU TONTON

Le Japonais ne sait pas comment se comporter vis-à-vis de cet homme homosexuel. Alors qu’elle revient de l’école, Kana est d’abord surprise d’avoir un invité mais rapidement elle « adopte » ce nouveau tonton venu de loin. L’homme lui révèle son identité, son histoire et sa vie chez lui avec Ryôji.

Il faut dire que son mari ressemblait comme deux gouttes d’eau à Yaichi. En voyant les photos, la petite fille est enthousiaste; elle pense que c’est son papa. Elle pose toutes les questions à ce nouveau venu : le mariage entre deux personnes de même sexe, son pays ou son oncle – elle ignorait jusque là son existence – Pas du tout déstabilisée, elle aime le mari de son oncle et ne parle que de lui.

Depuis son départ au Canada, Ryôji avait coupé les ponts avec son jumeau. Ce dernier ne connaissait ni Mike et n’était même pas au courant de son mariage.

LE MARI DE MON FRÈRE : MERVEILLEUX MANGA FAMILIAL POUR DÉCONSTRUIRE LES CLICHÉS

Prépublié dans la revue Gekkan Action depuis 2014 au Japon, Le mari de mon frère est un merveilleux-formidable-surprenant manga familial. Comme Akata en France, les éditions Futabasha est un éditeur avant-gardiste, engagé et dénicheur de talents (Taniguchi, Otomo mais aussi les séries Coq de combat, Charisma ou Zéro pour l’éternité) et il était normal de retrouver ce titre de Gengoroh Tagame dans son catalogue. Rapidement, la série (trois volumes parus) est un succès avec plus de sept réimpressions en un an.

Il faut dire que la thématique principale de l’homosexualité est très rarement abordé dans les mangas au Japon (sauf dans les yaois ou les boy’s love, très courus en France, notamment ceux de Taifu Comics). En proposant, Mike – sans jamais voir son mari décédé – le mangaka utilise un angle vraiment original. Mais c’est surtout Kana, adorable petite fille, qui joue le rôle central de la série. Par la naïveté de son questionnement, sa candeur et son enthousiasme, elle fait le lien entre cet homme inconnu et son père. Son innocence juvénile mais tellement rafraichissante permet à Tagame de casser les clichés sur l’homosexualité (mariage, qui est l’homme ?, les enfants…).

DEUX MONDES S’AFFRONTENT

La justesse et l’intelligence de ce premier volume tient aussi à l’opposition de deux mondes : celui hétéro-normé de Yaichi et celui minoritaire de Mike. Le premier est confortablement installé dans ses pré-requis, ses clichés et sa vie. Le lecteur le sent dès les premières pages, il a du mal à se situer par rapport au Canadien : il ne veut pas être touché par lui, pense le contraire de ce qu’il laisse paraître (le procédé narratif pensées-paroles, l’un sous l’autre est très réussi).

De l’autre côté, il y a Mike, grand homme costaud tel un grizzly canadien (bear chez les gays) est un homme simple, généreux, souriant, doux et toujours positif. Il accomplit le rêve de sa vie depuis que Ryôji est décédé : retourner sur ses pas, les lieux de son enfance, telle une très belle quête d’identité. Rien ne l’arrêtera, pas même les obstacles et la méfiance de son beau-frère.

LE MARI DE MON FRÈRE : UNE ŒUVRE HUMANISTE

Si Le mari de mon frère ne parlait que d’homosexualité, il ne serait pas convaincant. C’est pourquoi Gengoroh Tagame y glisse aussi d’autres thématiques fortes qui font de ce manga, une œuvre humaniste, pleine d’optimisme. Le divorce – celui des parents de Kana – est sous-entendu, la jeune fille ne s’en plaint pas pour l’instant. Ainsi, c’est aussi un homme qui est au foyer, ce qui est plutôt très rare au Japon mais aussi en France.

Le deuil est évoqué par l’absence de Ryôchi. Son mari part sur ces traces, son frère ne s’en remet pas, lui qui ne le connait finalement pas du tout. Les non-dits entre les jumeaux sont aussi imposants. L’homosexualité de l’un serait-elle à l’origine de leur éloignement ?

Tagame met aussi en scène les enfants – amis de Kana – et leur permet de débattre sur l’homosexualité mais aussi sur les « étrangers ». Mike, Canadien, représente aussi l’autre, celui que l’on ne connait pas, qui fait peur. Il faut souligner que la société japonaise est très frileuse de ce côté-là et des relents de xénophobie sont latentes dans ce pays. Ce personnage représente donc les deux facettes : étranger et gay.

Le mari de mon frère : un manga qui fait du bien ! A lire de suite !!!

Un manga qui aurait bien pu intégrer notre Top 10 des BD LGBT.

Article posté le jeudi 13 octobre 2016 par Damien Canteau

Le mari de mon frère de Gengoroh Tagame (Akata) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Le mari de mon frère, volume 1
  • Auteur : Gengoroh Tagame
  • Editeur : Akata
  • Prix : 7.95€
  • Parution : 07 septembre 2016

Résumé de l’éditeur : Yaichi élève seul sa fille Kana. Un jour, leur quotidien est perturbé par l’arrivée d’un Canadien, Mike Flanagan, qui n’est autre que le mari du frère jumeau, aujourd’hui décédé, de Yaichi. Mike est venu faire un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait mais Yaichi ne sait absolument pas comment se comporter vis-à-vis de ce beau-frère homosexuel. Kana l’y aidera.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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