Après La Bibliomule de Cordoue, le duo Lupano/Chemineau est de nouveau associé dans une désopilante aventure humoristico-scientifique. Cela donne Le mètre des Caraïbes, une bande dessinée au carrefour de l’absurde et du gai savoir !

Rencontre spatio-temporelle
Devinette. Quel rapport entre le crash d’une sonde spatiale américaine en 1999 et un boulet de canon pirate endommageant une partie d’un navire français en 1774, au large de Pointe-à-Pitre ?
Vous ne voyez pas? Pour connaître la réponse, lisez donc Le mètre des Caraïbes, la nouvelle livraison graphique du tandem Wilfrid Lupano/Léonard Chemineau, publiée à l’automne 2025 pour le compte des éditions Dargaud.
Après La bibliomule de Cordoue, les auteurs nous entraînent cette fois dans les eaux turquoises de la mer des Caraïbes, aux abords de Cocagna. C’est là, sur cette île où l’on n’accepte « Ni dieu Dieu ni Maître », qu’une bande de pirates farfelus accoste après avoir attaqué « au boulet » une caravelle française…

Mètre étalon et poulet des montagnes
Bon. Alors ? A bord du bateau pirate se trouve un certain Joseph Dombey, (le personnage a réellement existé), savant botaniste envoyé par la jeune République française en Amérique pour lui faire découvrir sa dernière invention : le mètre étalon ! Mais devant des pirates incrédules, le savant n’est pas pris au sérieux. Il est fait prisonnier sur cette île où l’on ne mange que du poulet des montagnes, sorte de grenouille obèse accommodée en ragoût.

Projets d’évasion
Avec son compagnon de détention, le marquis d’Amblimont, Dombey projette de s’évader. En attendant, il écrit au citoyen Robespierre. Sa lettre arrivera-t-elle un jour jusqu’à Paris ?
En attendant, sur Cocagna, on a le sens de l’humour et de la formule. Au slogan Ni Dieu, ni maître, on a rajouté deux mots : Ni mètre ! Tandis que le capitaine Jacques, tout à l’écriture d’un opéra, laisse sa place à un certain Blaise, élu chef à la suite d’un drôle de scrutin, Dombey et le marquis prennent la poudre d’escampette.
Dans la jungle hostile, « ce cloaque moite et suintant », les deux évadés tentent le tout pour le tout. Mais une éruption volcanique change la donne. Ce n’est là qu’une des multiples péripéties de cet album loufoque et déjanté, où les jeux de mots et les données historiques et scientifiques s’entremêlent.

Le gai savoir
Comme dans Les Vieux Fourneaux , Lupano au scénario distille un humour corrosif anarchisant qui semble sa marque de fabrique. Au dessin, Chemineau s’en donne aussi à cœur joie. Il multiplie d’un trait nerveux les trognes somme toute débonnaires de ces drôles de pirates.
Tout cela pour nous dire aussi l’importance d’une découverte scientifique telle que la nécessité d’avoir un système de mesure universel. En 1998, le crash de la sonde spatiale américaine était dû à une incroyable erreur. Dans le logiciel de navigation, les pouces et les pieds du système anglo-saxon de mesures de longueur côtoyaient les mètres. La Nasa n’avait pas prévu la conversion automatique de ces deux types de données.
Avec humour, en 112 pages, les auteurs de ce Mètre des Caraïbes font aussi un peu d’histoire, un peu de science sans jamais ennuyer leur lecteur. Une dose de ce gai savoir à consommer sans modération !
- Le mètre des Caraïbes
- Scénario : Wilfrid Lupano
- Dessin : Léonard Chemineau
- Éditeur : Dargaud
- Prix : 21,50 €
- Parution : Octobre 2025
- Nombre de pages : 112
- ISBN : 9782505128786
Résumé de l’éditeur. Février 1794, en pleine mer des Caraïbes, Louis, canonnier du bateau pirate Le Fieffé Coquin, vise toujours juste ! Mais cette fois, la recette est maigre : vin, pommes, pruneaux et… Un savant. Un savant français qui plus est : Joseph Dombey. Envoyé par le gouvernement révolutionnaire pour rencontrer le président américain Thomas Jefferson, il transporte une mystérieuse mallette qui intrigue les terribles pirates – pas si terribles que ça, pour être honnête ; plutôt une communauté adepte de chorale… À l’ouverture : une étrange barre graduée, un contenant cubique et un drôle de cylindre, faits dans un métal sans valeur. Pour les pirates, c’est forcément une arme secrète. Devant « l’élite intellectuelle » des pirates de Cocagna, Dombey dévoile le fleuron de la technologie française, l’instrument révolutionnaire : le mètre décimal ! Sans oublier le cube de dix centimètres de côté pour mesurer le litre, ni, enfin, le cylindre en cuivre d’un kilogramme. Chacun pourra ainsi tout mesurer, peser, quantifier… Ce à quoi les pirates répondent « Ni Dieu, ni maître, ni mètre ! ». Dombey parviendra-t-il à échapper à ces réfractaires au « progrès » pour mener à bien sa mission ?
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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