Lettres d’amour de 0 à 10

Petit garçon élevé par sa grand-mère, Ernest voit sa vie bouleversée par l’arrivée de Victoire, sa nouvelle camarade de classe. L’amitié et l’amour entrent alors dans son existence si terne. Thomas Baas adapte habilement le roman de Susie Morgenstern, Lettres d’amour de 0 à 10. Poétique et drôle !

De la monotonie de la vie…

Depuis petit, Ernest est élevé par sa grand-mère, Précieuse. Sa maman est décédée et son papa n’a plus donné signe de vie depuis très longtemps. Pas simple donc de vivre avec une personne âgée, pourtant aimante et bienveillante, dans un appartement cossu. Les bonnes manières sont de mise et les effusions proscrites.

Pour tous les moments du quotidien, Précieuse et Ernest sont aidés par Germaine, la gouvernante. Les devoirs et la radio sont les seules distractions du garçon. Impossible, par exemple, d’aller jouer dehors au ballon.

… à la folie de celle de Victoire

Ernest est un bon élève. Aujourd’hui est un jour particulier : Victoire de Montardent vient d’arriver. Cette nouvelle camarade de classe s’installe d’ailleurs à côté d’Ernest.

Bavarde, extravertie et exubérante, elle s’impose comme amie à Ernest. Le pauvre ne peut que constater sans rien dire. Il subit alors la tornade Victoire, dernière d’une fratrie de douze frères.

Sans lui demander son avis, elle l’invite chez elle. Ernest découvre alors cette grande famille. Tout cela est nouveau pour lui et ne lui déplaît pas…

Lettres d’amour de 0 à 10 : tourbillon de vie(s)

Quelle belle leçon de vie que Lettres d’amour de 0 à 10 ! Thomas Baas (Le prince pressé, L’envol d’Osvaldo) adapte avec intelligence le roman éponyme de Susie Morgenstern paru aux éditions de L’école des loisirs en 1996. Multi-récompensé par une vingtaine de prix, ce livre est un délice de douceur, de poésie et d’amour.

Lorsque le matériel est excellent – Susie Morgenstern est une grande autrice jeunesse – cela semble plus facile d’en tirer une très bonne bande dessinée.

Cette belle histoire d’amitié/amour est originale par le duo de personnages. Ernest est timide, introverti, ne sort que pour aller à l’école et élevé par deux vieilles femmes. Victoire n’a peur de rien et est enthousiaste tout le temps (parfois un peu trop). Cette arrivée inopinée dynamite la vie du premier. L’humour est d’ailleurs très présent dans l’album.

Ce sont les dualités et les oppositions qui accrochent les jeunes lecteurs. D’un côté la solitude d’Ernest est contrebalancée par la très grande famille de Victoire. La routine et la vieillesse, de l’autre la folie de la vie et la jeunesse. Ernest qui ne connait ni père ni mère, de l’autre des parents présents. En plus de tout cela, il y a la solidarité des Montardent. Les uns s’occupent des autres.

De l’importance de l’écriture

Le roman de Susie Morgenstern fut publié alors que les réseaux sociaux et les Internets n’étaient pas encore démocratisés. D’où la très grande importance de l’écrit dans Lettres d’amour de 0 à 10.

Précieuse garde précieusement des lettres du front de son grand-père Alphonse. Elle ne peut les déchiffrer, lui qui connu l’enfer des tranchées. Ernest n’a jamais connu, lui non plus les joies, de la correspondance. Personne ne lui a jamais écrit.

Sans rien divulgâcher de la deuxième partie de l’album, l’on peut dire que l’écriture sera centrale dans la vie des protagonistes.

Un très beau dessin ligne-claire

Né en 1975, Thomas Baas a suivi les cours de Claude Lepointe dans la prestigieuse Ecole des Arts décoratifs de Strasbourg. Sa carrière est jalonnée d’illustrations en littérature jeunesse pour Sarbacane, Hélium, Seuil Jeunesse, Rageot ou encore Albin Michel.

Il est aussi très connu pour ses travaux publicitaires. Il illustre à partir de 2001, les campagnes des vins Nicolas, Rock en Seine, Mondial Assistance, la RATP ou encore le magazine Lafayette Gourmet ou Picard. Il faut souligner que son trait ligne-claire est idéal pour tout de suite sauter aux yeux des clients.

Pour Lettres d’amour de 0 à 10, son dessin composé d’un simple trait lui permet de réaliser des planches d’une grande lisibilité; idéale pour les jeunes lecteurs. Son dessin permet aussi d’apporter de la poésie. Ses couleurs aquarelles sont très sobres et lumineuses.

Lettres d’amour de 0 à 10 : une tornade d’amour et d’amitié; une belle adaptation du roman de Susie Morgenstern. Pour un premier essai en bande dessinée de Thomas Baas, c’est une jolie réussite ! Un auteur à suivre…

Article posté le mardi 29 octobre 2019 par Damien Canteau

Lettres d'amour de 0 à 10 de Thomas Baas d'après Susie Morgenstern (Rue de Sèvres)
  • Lettres d’amour de 0 à 10
  • Auteur : Thomas Baas, d’après le roman de Susie Morgenstern
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 14€
  • Parution : 23 octobre 2019
  • IBAN : 9782369810414

Résumé de l’éditeur : La mère d’Ernest est morte et son père a disparu. Ernest a été recueilli par Précieuse, sa grand-mère. Aujourd’hui, à dix ans, il ne connaît que la vie ennuyeuse qu’il partage avec elle. Excellent élève, Ernest prend garde à rester éloigné des autres. Jusqu’au jour où Victoire arrive dans sa classe. Elle a treize frères, ce n’est pas Ernest qui va l’impressionner. Au contraire, la voilà qui le sort de la monotonie pour le projeter dans la vie…

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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